SYPHILÎS — PERFORATION DE LA CLOISON — NEZ EN LORGNETTE
Les lésions tertiaires des naiines sont fréquentes, ce sont surtout des lésions osseuses. Le squelette du nez est un des sièges d'élection des lésions de la syphilis vieille; ces lésions sont insidieuses, elles surviennent et elles évoluent sans douleur; c'est un coryza chronique au cours duquel le malade mouche du pus vrai, puis un jour, parmi le pus, des esquilles osseuses — Tantôt la lésion siège sur la cloison et la perfore. (Presque toutes les perforations de la cloison appartiennent à la syphilis tertiaire ou héréditaire ulcéreuse.) Tantôt les lésions siègent dans le squelette de la glabelle, aux os propres du nez. Dans ce cas le coryza chronique suppure longuement, les éliminations osseuses se répètent, l'haleine est fétide, quelquefois même horriblement. Puis un jour le squelette du nez S'effondre, le dos en arête du nez garde sa forme, mais il s'est enfoncé dans une ogive que les deux apophyses montantes des maxillaires supérieurs restés intacts lui dessinent. Ce nez rentré en lui-même, ce nez en lorgnette est tout à fait caractéristique de la syphilis tertiaire. Il per-
(') Pour le traiteinentphotothérapique, voir p. 23.
met trautant plus de porter iiiidiagnostic rétrospectif, que cette lésion une fois constituée demeure permanente, naturellement, malgré tout traitement.
Le traitement à effectuer au plus tôt est celui de la sypliilis de tous
Fiu. 55. — Syiiliilis tertiaire du s(|uelette uasnl « nez en lorgnette ». (Malade de Sabouraud. riiologra|iliie de Noire.)
sièges. Se hâter, car ces lésions, souvent, marchent vite et sont irréparables.
SYPHILIS HÈRÉOlTAmE DU NEZ
La syphilis héréditaire tardive peut se manifester an nez et aux narines par des lésions ulcéreuses qui copient d'assez près le type du lupus ulcéreux de môme siège pour être d'ordinaire confondues avec lui.
C'est un ulcère gommeux d'apparence torpide, évoluant sans symptômes fonctionnels, et surtout sans douleur, lentement, progressivement, et qui huit par convertir le centre de la face en un vaste
ulcère ayant détruit la sous-cloison, la partie supérieure de la lèvre, quelquefois toute la partie inférieure du nez; le squelette lui-même est atteint et détruit.
Ces lésions mutilantes, heureusement rares, s'observent à Tàge du lupus, 12-15-18 ans, ce qui ajoute à la difticulté du diagnostic. Les stigmates de l'hérédité syphilitique: dents, œil, oreille, tibias, etc., doivent être recherchés soigneusement. La lésion est gommeuse et s"ulcère sans délai. Le lupus suit rarement cette évolution. 11 est hypertrophique avant d'être ulcéreux, le plus souvent. La syphilis détruit, perfore et séquestre les os; la tuberculose s'y attache seulement par la surface, elle les corrode lentement, sans les trouer, sans produire de séquestration proprement dite.
Le traitement est souvent la seule démonstration de la nature syphilitique de la maladie. Encore la syphilis héréditaire peut-elle résister longtemps au traitement mixte le mieux conduit, et beaucoup de lupus tuberculeux retirent-ils un certain bénéfice des trnitements mercuriels ;ui moins au début!
RHINOSCLEROME
Le rhinosclérome est une maladie de l'Amérique équinoxiale caractérisée par un catarrhe rhino-pharyngien et une néoplasie en nappe des mêmes régions. Cette néoplasie de mœurs relativement bénignes })eut cependant envahir la gorge entière, les piliers, le voile du palais et se terminer par la mort. En général elle se. propage à l'orifice narinaire et à la lèvre supérieure sous la forme d'une tumeur en croissant entourant Eoritice du nez et faisant corps avec la lèvre. Cette tumeur est d'un rouge violacé, de forme très régulière, de consistance dure, son évolution en nos pays s'arrête souvent. Cette maladie parait due à un bacille très analogue, sinon identique, au pneumo-bacille de Friedlander, et qu'on trouve inclus dans les grandes cellules phagocytaires caractéristiques de la maladie. On a appliqué à cette affection tous les traitements préconisés contre le lupus. Contre les lésions jeunes on pourrait essayer Eopération chirurgicale : l'ouverture du nez et le grattage. Quand l'opération devrait forcément être incomplète, les traitements palliatifs sont les seuls qui vaillent, et la dilatation mécanique des fosses nasales reste l'un des plus utiles.
NEZ ET JOUES
Le nez avec le centre du visage est riine des régions dermatologiques les plus intéressantes qui soient :
On y voit débuter la séborrhée et les \ processus séborrhéiques ou sur-séborrhéiques les plus divers. C'est sur les ailes , „„ , , .„„
,,,,,, , 7-7 ) Séborrhée p. 102.
et le lobule du nez que commence la dila- '
tation des pores sébacées qui signale la séborrhée vraie
C'est là aussi qu'on voit naître toutes ses ) complications, l'acné-comédon avec ses [ Acné-comédon . . p. 104. ponctuations noires 1
...L'acné polymorphe avec ses éléments ) variés : rougeurs, éléments indurés, pustu- Acné polymorphe., p. 10-4. leux, kystiques, etc i
...Et même le plus souvent l'acné nécro- ) . ■ . ^.
., . , . . ,.„ ; Acné necrotique. . p. 104.
tique qui laisse des cicatrices variohformes. )
C'est enfin dans le pli naso-génien que ) naît l'une des plus fréquentes complications f Pityriasis du sillon de la séborrhée des régions glabres : le ( naso-génien . . . p. 106. pityriasis à squames stéatoïdes )
Tout le groupe des dermatoses liées aux
troubles vasomoteurs et vasculaires a , „
, .7-7 j- ni Troubles vaso-mo-
encore au nez un sieqe de prédilection. On > . t. i <nr,
, , , , , , , „ teurs. Engelures, p. 107.
voit au lobule le type le plus net de 1 enge- \
lure permanente ou récidivante j
On y observe même l'érythème pernio )
qui semble couvrir le nez d'une engelure : Érythème pernio . . p. 108.
en. nappe i
Le dos et les faces latérales du nez sont i , . ., ,
7 •- 7 7 i? ' * 7 7 ■ tu ■ Lupus erythema-
le siège le plus fréquent du lupus erythe- .S n 108
mateux fixe, en vespertilio \
On observe au nez non seulement des \ érythèmes tuberculeux, mais des tuberculoses vraies, car le lobule et les ailes du , ., . , , ..„ ' . , , . , > Lupus tuberculeux, p. 110. nez sont souvent atteints et détruits par le '
lupus tuberculeux né au pourtour de l'orifice narinaire y
102 DERMATOLOGIE TOPOGRAPIIIQUE
Le nez peut être le siège de tout un
, .,., , ,. . ..j, , Syphilides tertiai-
groupe de syphilides tertiaires acneitor- ■. "'': ^^q
mes particulières )
Enfin, vers la cinquantaine, tout un groupe de lésions congestives passives s'allient à la séborrhée pour créer au centre
du visage des types nouveaux. Des varices [ Acné congtstive de du nez qui dessinent, sur les ailes et le la cinquantaine. lobule, des serpents violets flexueux, ou | Couperose. ... p. 111. bien cette congestion passive qui fait les gros nez rouges qu'on a dit spéciaux aux buveurs
...Et cette congestion passive s'accom- j pagne de tous les types d'acné évoluant au [ Acné hypertrophimilieu d'un processus hypertrophique et i que. Rhynophyma. p. 112. même néoplasique bénin ]
D'autres processus néoplasiques papillo- ) mateux peuvent se superposer à la sébor- [ Verrues séniles. . . p. 113. rhée de la cinquantaine \
...Et dont quelques-uns moins bénins, )
tels que l'épithélioma qui s'y montre lui- r t. -x, -,• ..^
„,,..,. . / Epithelioma .... p. 115.
même d une bénignité relative au moins
au début
/ Hypertrichose ... p. 116.
Enfin je terminerai ce chapitre en disant , Naevi p. 116.
quelques mots de divers faits cliniques de \ Xanthelasma. ... p. 116.
moindre importance ou de moindre fré- \ ^olluscum conta-
1 qiosum p. 116.
quence qui peuvent s observer dans la Adénomes sébacés . p. 117.
même région [ Maladie de Darier . p. 117.
\ Morve p. 118.
SÉBORRHÉE
Tout le monde connaît cet état de la peau du nez si marqué chez certaines personnes et dans lequel la peau prend un grain grossier et se couvre de pertuis visibles qui sont les orifices des glandes sébacées. C'est là la lésion élémentaire de la séborrhée (p. 14). La séborrhée débute dans le pli naso-génien et sui- le nez un peu avant l'âge de la puberté. Elle se prononce et étend les limites de son premier domaine pendant la juvénilité.
Cet état a tous les degrés, les moins marqués à peine reconnais-
NEZ ET JOUES. 105
sables, les plus marques dans lesquels le nez se couvre vers le soir d'une couche oléagineuse, issue des pores sébacés. La caractéristique de cet état qui ne présente aucun signe subjectif est la surproduction de la graisse cutanée et son accumulation dans les canaux sébacés.
Les doigts expriment cette graisse qui sort de chaque orilice sébacé comme un ver. Ce cylindre gras, origine du comédon, est nue colonie du microbacille caractéristique de Tétat séborrhéique que je viens de décrire (voir ses méthodes d'examen, et de culture, p. 14).
Dans ses formes excessives, Tabondauce de Thypersécrétion appelle un traitement. Dans les formes les moins marquées de cet état morbide, quasi normal, la plupart des sujets ne se traitent pas.
Le traitement a pour agent électif le soufre qu'on peut employer en poudre, lotion, pommade. En dépit des idées préconçues de beaucoup d'auteurs, l'expérience montre que les pommades font aussi bien que les lotions :
l'OUDRE
Soufre précipité )
Oxyde de zinc ;ïïi 15 grammes.
Talc de Venise )
Cette poudre est appliquée avec une houppe à poudre de riz le soir (en protégeant les yeux avec un peu de vaseline aux paupières) ; savonner le matin.