PELADE DE LENFANT
Admirablement décrite par Celse {De re viedica), la pelade de l'enfant appartient, d'ordinaire, au type qu'il nommait o-^'laTu. C'est une
Fifi. 92. — Cheveux peladiques en forme d'épis, vus à la loupe. (Préparation de Sabouraud. Photoiiraoliie de iSoiré.)
Fin. 93. — Cheveux peladiques \'us à la loupe. (Préparation de Sabouraad. Photographie de Noire.)
alopécie primitive, qui n'est précédée d'aucun svmptome fonctionnel, sinon d'un certain prurit local rarement perçu par le malade. Le cheveu tombe, soit ditlusément sur une région limitée, soit en aire, complète d'emblée, ordinairement. Cette aire est médiane, occupe la fosse sous-occipitale, ou bien elle est bilatérale et grossièrement symétrique, de part et d'autre de l'occiput. La surface déglabrée est irrégulière, de forme quelconque, lisse, sans rien d'anormal. La pelade peut se limiter, s'arrêter et rétrocéder à tout moment; inversement elle
Sabouraud. — Dermatologie topogr. 15
FiG. 9i. — Débris de cheveux atrophiques autoui- d'une plaque peladique. (Préparation de Sabouraud. l'hotographie de INoiré.)
peut grandir, jusqu'à déglabrer le cuir chevelu entier et le poil de tout
le corps. Au cuir chevelu, les surfaces en extension sont signalées par
la présence en unités isolées, en groupes ou en bandes, du cheveu peladique (fig. 92 et 95).
Ce cheveu en point d'exclamation d'imprimerie est un cheveu en voie d'atrophie, il est comme un morceau d'aiguille plantée sur la peau par sa pointe. De haut en bas il est de moins en moins gros et de moins en moins coloré. Plus ou moins rapidement, ces cheveux tombent toujours. Lessur-
faces en guérison dans la pelade sont signalées par la repousse
de duvets tins comme de la laine, et
incolores, auxquels succéderont des
cheveux plus normaux, plus gros et
pigmentés. Souvent sur une surface
peladique demeurent, ou ])ien des
cadavres de cheveux inclus dans la
peau et qu'on eu épile sans traction,
ou bien des débris noirs punctiformes
inclus dans l'orifice pilaire et qu'un
simple raclage en expulse (bols pilaires )
(f]g. 95). Ces débris sont souvent pris
à tort pour des cheveux de repousse, ce
sont au contraire des cheveux en voie
de disparition ou des débris de cheveux
morts. La pelade de la nuque, eu
extension, guérit souvent par le bas à
mesure qu'elle s'étend par le haut.
Elle peut prendre toute forme. Souvent
à distance de sa bordure naissent de petites plaques nouvelles qui aug
mentent et se fusionnent avec la plaque primitive (pelade en arceaux)
Fir,. 93. — Bols pilnives. — Agglomérats de cellules corticales de cheveux éliminéesà l'orilicedn follicule. (Préparation do Sabouraud. Photographie do iNoiré.)
D'autres fois elle se prolonge au-dessus des deux oreilles, dépouille les deux tempes, et ses deux extrémités peuvent se rejoindre sur le front. Du reste sa marche peut être inverse; elle peut commencer par une large encoche frontale et se propager d'avant en arrière, ou hien se limiter au-dessus des oreilles, d'un seul ou des deux côtés.
Quoi qu'il en soit, cette pelade montre une remarquable tendance à se limiter aux bordures et à faire le tour de la tète. Pouitant, même avec cette localisation, elle peut s'accompagner de plaques de toutes formes et dimensions, diversement éparpillées sur le cuir chevelu. La pelade qui deviendra décalvante, totale, procède d'ordinaire ainsi.
La marche de la maladie est toujours lente, mais très variable.
La moyenne de sa durée est d'environ 17 à 18 mois; les meilleurs cas guérissent en 5 ou 4 mois. Il y en a qui ne guérissent jamais.
C'est le cas particulièi-ement d'une forme rétro-auiiculaire ditfuse, qui reste diffuse et incomplète toujours, etse termine parla disparition, histologiquement absolue, des follicules touchés. La guérison dans cette forme ne peut donc comporter la rénovation des cheveux. Dans les autres formes, même guérie en apparence, cette maladie est récidivante, même à 5, 10 et 15 ans d'intervalle. Elle est quelquefois, et assez souvent, héréditaire et familiale. En règle elle ne parait nullement contagieuse. Cette maladie de localisation pilaire semble une maladie générale, car, dans nombre de cas, les ongles des mains et des pieds portent des traces évidentes d'altération. La cause en est complètement inconnue à mon avis; elle a pour âge habituel de début 4 à 7 ans, la puberté la guérit ordinairement, mais non toujours, puisqu'il y a des cas qui ne guérissent jamais. On relève souvent chez les enfants atteints de pelade : le manque de tonicité du système veineux, les tics et mouvements choréii'ormes, l'adiposité excessive. Hormis l'hérédité peladique que j'ai relevée dans la proportion de 4 pour 100 des cas environ, aucune tare héréditaire ne m'a semblé appréciable avec fréquence.
La thérapeutique se ressent de l'incertitude étiologique du sujet.