Pomponius, D., 1, 2, De
r». Le iMbeo de Pernice commence par une biographie détaillée de La])éon, i, pp. 7-92.
l'empire ^ 61
traire de Capito, qu'il fut d*une telle servilité qu'il s'attira, en môme temps que les faveurs d'Auguste et de Tibère, le mépris universel. On peatda reste se demander si ce n'est pas par un goût classique de symétrie qu'on les a opposés l'un à l'autre ; car, autant la trace de Lahéon se dessine visible et profonde dans la littérature postérieure, autant les citations de Capiton y sont clairsemées : il n'y en a pour ainsi dire aucune qui se rapporte au droit privé.
Après eux on nous cite comme ayant été à la léte des deux groupes, du règne de Tibère h celui d'Hadrien à peu près, divers jurisconsultes duntles principaux sont: pour les Proculiens, Proculus, Nerva, Pegasus, Neratius et les deux Celses dont le second, le fils, consul en 129 p«jur la seconde fois, a été un des jurisconsultes romains les plus rigoureux et les plus originaux ; pour les Sabiniens, les deux Sabinus, Massurius et Coelius, entre lesquels se place Cassius, consul en l'an 30 après J.-C, — de qui la secte tire parfois le nom de Cassiani et qui montre que les dissentiments politiques de Labéon et de Capiton n'ont pas influé sur les destinées postérieures des deux écoles ; car c'était un descendant du meurtrier de César et il fut exilé sous Néron à raison du culte qu'il témoignait à la mémoire de son ancêtre ; — ensuite Javole- DQs, qui occupa de hautes fonctions, sous Domitien et sous Trajan \ et enfin Julien, Tauteur de la codification de l'édit, contemporain et rival de Celse, un des jurisconsultes les plus importants et un de ceux dont la littérature postérieure contient le plus de citations *. On admet d'ordinaire que Pomponius qui donne cette énumération, aurait été lui-même Sabinien. Ensuite la distinction des deux sectes n'est plus signalée comme quelque chose de vivant que par Gains, contemporain d'Antonin le Pieux et de Marc-Aurèle qui appelle les Sabiniens ses maîtres (praeceptores nostn), mais que nous croyons avoir vécu en province et qui suit probablement là une habitude ancienne déjà démodée dans la capitale.
Un fait singulier est l'obscurité dans laquelle nous sommes soit sur le caractère théorique des dissentiments des deux groupes, soit sur la forme positive de leur séparation. Sous le premier rapport, Pomponius prétend que la différence aurait été dans Tesprit plus ou moins routinier des doctrines ' ; mais ce n'est que médiocrement justifié par l'ensenable des controverses qui nous sont connues et qui sont d'ailleurs beaucoup moins nombreuses qu'on n'a souvent admis en voyant des «"Dtroverses d'école dans tous les textes où un chef d'école était cité *.
1. V. N. R. hist,, 1894, p. 336, une nouvelle inscription relative à la carrirre politique de Javolenus.
i. Le livre de M. H. Buhl, Salvius Julianusj \, 1886, s*ouvrc par une biographie eteodue de Julien.
3. Pomponius, D., 1, 2, De 0. /., 2, M : Xam Ateius CapUo iw his quae ai Iradila fueranl, perseverabat ; ÎMbeo ingenii qualitate et fiducia doctrinae^ qui et ceUr'ut operis sapienliae operam dederal,pluritna innovare inslituit.
4. Bonne énumération critique dans Krur^'er, Sources, p. 19", n. 1.
Quant à la forme matérielle de la séparation, la manière dont Pomponius rapporte la succession des jurisconsultes à la tète des deux sectes fait penser à la direction de deux établissements d'enseignement, de deux siationes publiée docentium ^ telles qu*il commençait à y en avoir à cette époque pour donner un enseignement systématique à côté de renseignement purement empirique de la période précédente^. Cependant cette notion n'est pas sans rencontrer certaines difficultés : ainsi par exemple on trouve, dans la liste des chefs des deux écoles, une bien forte proportion de personnages politiques qu'on ne s'imagine pas aisément prenant la direction d'une école privée à la disparition de leurs prédécesseurs.
Quelles qu'aient été sa forme matérielle et sa portée théorique, la distinction des deux sectes ne se prolonge guère au delà du temps d'Hadrien. On ne classe plus ni dans Tune ni dans l'autre les jurisconsultes postérieurs très nombreux du 1I« siècle et du début du 1I1« siècle. Nous citerons parmi eux : le contemporain d'Antonin le Pieux Sextus Caecilius Africanus élève de Julien, le contemporain d'Antonin et de Marc Aurèle,UlpiusMarcellus, Q.GervidiusScaevola, jurisconsulte un peu plus récent du même siècle et, en omettant beaucoup d'autres noms, les trois jurisconsultes célèbres du temps des Sévères, Papinien, Paul et Ulpien. Aemilius Papinianus, qu'on considère habituellement comme le premier des jurisconsultes romains, a été préfet du prétoire sous Septime Sévère et a été tué par ordre de Garacalla en âi2 ou 213 pour n'avoir pas voulu faire l'éloge du meurtre de Geta. Paul et Ulpien, qui ont été comme lui fonctionnaires et jurisconsultes et qui ont incarne laissé beaucoup plus d'écrits que lui, ont été l'un et l'autre ses assesseurs pendant sa préfecture du prétoire, puis eux-mêmes préfets du prétoire sous Alexandre Sévère. On ne connaît pas très bien la date de la mort de Paul ni la chronologie de ses ouvrages. Ulpien paratt avoir écrit à peu près toutes ses œuvres pendant qu'il était en disgrâce sous Garacalla (212-217) et il a été tué par les prétoriens en 228. Par suite de rétendue et de la clarté de ses ouvrages, il a fourni le tiers du Digeste et il est souvent considéré comme étant avec Papinien et Paul, et presque à l'égal du premier, l'un des trois plus grands jurisconsultes romains. G'est au fond surtout un compilateur clair et intelligent, mais un peu hàtif, très inférieur aux jurisconsultes créateurs de la fin de la République et des deux premiers siècles de l'Empire'.
1. Aulu-Gelle, 13, 3 : In pleiisque Romae stationihus jus pnhlice docentium aui respondentium. V. sur l'enseignement du droit, Krueger, SourceSj p. 189 et ss. Pernice, Gesch. und Quell.^ § 49.
2. Cf. Krueger, Sources^ p. 184 et ss. Pernice, Gesch. undQuelL,^. 151, note 3. S.A. Pernice, VlpianaU Schriftsteller, Silzung$bench(e de Berlin, 1885, 1,
p. 443 et ss. Cf. Krueger, pp. 297. 288, n. 3. 443, n. 2.
L*EMPIRE 6a
Après Papinien^Paul et Ulpien, la série des jurisconsultes se termine assez brusquement par Herennius Modestinus, préfet des vigiles entre 226 et 244 qu'on appelle parfois le dernier des jurisconsultes classiques. On ne rencontre plus ensuite que quelques auteurs de second ordre, entre lesquels nous nommerons seulement, comme les plus récents de ceoK qui ont été mis à contribution pour le Digeste, les deux juriscongultesdedate incertaine Hermogénien et Arcadius Charisius.
Les ouvrages de ces jurisconsultes qui sont presque exclusivement relatifs au droit privé, au droit pénal et à la procédure, où le droit public est très peu représenté, peuvent, en dépit de leurs diversités, se ramener à certaines grandes catégories * : 1^ les recueils de consultations délivrées par les jurisconsultes en présence de leurs élèves ou en réponse à leurs élèves eux-mêmes dont Tusage remonte à la République et a cuntinuésous TËmpire ; 2<* les commentaires sur Tédit, libri ad edictum^ étudiant successivement les diverses matières h propos des édits et des formules que contient Valbum\ a*" à coté, les ouvrages de droit civil, Imitant non pas précisément de toutes les matières du droit civil, mais de celles qui n'étaient pas déjà étudiées à propos des formules d^actions civiles, dans les commentaires sur l'édit, et pour les({uels Tordre systématique arrêté par Q. Mucius Scaevola fut adopté avec quelques remaniements par Masurius Sabinus dans ses trois livres sur le jus civile qui forent eux-mêmes la base des /i7>n acf Sa^inum postérieurs ^ ; 4** des espèces d'encyclopédies (digesta) juxtaposant ces matières et même certaines autres en une première partie correspondant aux commentaires sur redit et une seconde correspondant aux traités de droit civil, suirant un plan composite qui a été observé non seulement dans tous les traités de même nature, par exemple, dans les digesta de Celse et do Julien, mais en outre dans des recueils de décisions d'espèces, comme les Questions et les Réponses de Papinien et dans des manuels, comme les Sentences de Paul ; 5o des ouvrages élémentaires didactiques, institutiones^ regulae, enchiridia ^ fondant dans un exposé systématique les matières du droit, sans distinction de partie prétorienne et de partie cirile ; 6' enfin une quantité de monographies de caractère très disparate sur des lois, sur des fonctions de magistrats déterminés par exemple.
L'ensemble de ces ouvrages ou plus largement la collection complète