CHAPITRE I. — LA ROYAUTE
SECTION I. — La royauté primitive. La cité patricienne.
§ 1. — Institutions de l'époque royale ^
L'histoire romaine commence à la période royale. Assurément les populations qui fondèrent Rome avaient alors déjà derrière elles un long passé ^ et leur régime politique n'est, comme leurs autres institutions civiles ou religieuses, que le résultat d'une lente évolution ^
Mais la phase de la royauté est la plus reculée à laquelle remonte l'histoire politique de Rome. Encore cette histoire n'est-elle, en grande partie, qu'un amas de formations légendaires ou même encore plus de falsifications conscientes, dans lequel il n'y a peut-être de vrai que de rares noms propres et la vague réminiscence de quelques faits matériels *. Il y a certainement eu, à Rome, une période royale : la meilleure preuve
1. Girard, Organisation judiciaire des Romains, 1, 1901, pp. 1-45. Mommsen, Hist. rom., livre 1, chapitres 4 et 5. Bruns-Lenel, Gesch. und Quell., §§ 4-10. P. Bonfante, Sloria, pp. 7-101. Niese, Grundriss, pp. 32-44 et les auteurs cités.
2. Cf. Helbig, Die Italiker in der Poebene, 1879, et l'analyse de G. Perrot, Journ. des savants, 1880, pp. 434-442. 476-484. 530-539; R. de Ihering, Les Indo - Européens avant l'histoire, 1895; Girard, Org. jud.,\, pp. 6-9.; B, Modestov, Introduction à l'histoire romaine, tr. fr., Paris, 1907, et le résumé critique de l'ouvrage original par Salomon Reinach, Anthropologie, 1902, pp. 371-376 ; P. Bonfante , Storia, pp. 7-65, et tout récemment les études de Tito Giorgi sur l'origine des Tndo-Européens, R. dltalia, 17, 1914, pp. 562-592 et sur leurs institutions, R . italiana per le se. giur., 55, 1914, pp. 3-34.
3. V. sur les groupements politiques des populations indo-européennes avant leur séparation, Schrader, Sprachvergleichung und Urgeschichte, 3« éd., 2, 1907, pp. 370-392, et sur des rapports possibles delà migration et du développement du pouvoir royal, de Ihering, p. 368 et ss.
4. V. Mommsen, Hist. rom., livre 2, chapitre 9. Schwegler, Rômische Geschichte , 1, 1853, a donné une analyse critique détaillée et encore très utile des divers matériaux dont se compose la prétendue histoire de l'époque royale. La dissertation de Mommsen sur la légende de Remus, Gesammelte Schriften, 4, 1906, pp. 1-21 , montre par un exemple singulièrement frappant les procédés de travail des auteurs de cette histoire.
en est dans des institutions de la République explicables uniquement comme survivances, telles que sont par exemple le rex sacrorum et Vinterrex *. Seulement c'est à peine si Ton peut discerner ses caractères les plus généraux à travers une tradition impure et récente, faite pour une bonne part de conclusions tirées du présent au passé.
La Rome royale paraît avoir été d'abord une assez modeste agglomération de cultivateurs et de propriétaires de troupeaux, groupés à l'extrémité du Latium, à quelques kilomètres de l'embouchure du Tibre, autour d'un refuge fortifié {Roma quadrata), sur un territoire d'étendue et de fertilité médiocres. Ses habitants ne se distinguent pas du reste des populations de race indo-européenne installées dans les régions avoisinantes de la rive gauche du Tibre. On a, surtout jadis, construit beaucoup de théories sur les trois tribus — Tities ou Titienses, Bamnes ou Ramnenses, et Luceres ', — dont la fusion a constitué la cité, en voulant y voir des groupes ethniques opposés et même parfois en répartissant entre eux par le menu la paternité des diverses institutions. Mais, quoiqu'il ait pu y avoir, à l'origine ou après coup, une certaine incorporation d'éléments étrangers et une certaine action d'influences étrangères, en particulier à raison d'une prépondérance temporaire des Etrusques à Rome et dans le Latium ^ la cité romaine présente, dès le principe, une unité très grande. Elle ne diffère sensiblement des autres cités latines, ni par le niveau économique, ni par les institutions privées, ni par le régime politique.
Quant aux conditions économiques, les premiers Romains vivent principalement de la culture du sol et de l'élevage du bétail. Au moment de la fondation de leur ville, ils ont dépassé la phase sociologique où l'homme primitif, n'ayant ni terres cultivées, ni animaux domestiques, a pour moyen d'existence à peu près exclusif le produit hasardeux de sa chasse et de sa pêche ; ils ont aussi dépassé la phase plus récente, mais également antérieure à la séparation des différentes branches de la familîe indo-européenne où, après la domestication des premiers animaux,