‹ Manuel élémentaire de droit romainChapitre 172 sur 760 · LIVRE III. — I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — I

valeur entre le bœuf et le mouton ; le bœuf valait dix moutons, comme en Islande il en valait douze*.

Mais dès avant la disparition de cette monnaie, dès avant les XII Tables et peut-être dès avant la fondation de Rome, les populations italiques connaissaient, à côté du bétail, un autre instrument d'échange, le cuivre [aes], employé à l'état brut {aes rude) % en lingots que l'on pesait pour chaque paiement, en les rognant au besoin de manière à obtenir le poids requis \ ^

Enfin les Romains sont parvenus de bonne heure à la possession d'une monnaie métallique semblable à notre monnaie moderne dont les exemplaires frappés ou fondus d'avance par l'État, ayant toujours une valeur uniforme, n'ont plus besoin d'être pesés, peuvent être comptés. Cette réforme qu'on a fait parfois remonter au temps légendaire de Servius Tullius \ n'a certainement pas été établie avant l'époque des XI[ Tables : le point délicat est de savoir si elle a été établie par les XII Tables elles-mêmes ^ ou, comme le veut une doctrine plus récente,

1. Le premier point est prouvé d'abord par le nom de la monnaie, pecunia, qui vient de pecus, comme en anglais fee, salaire, vient du mot germanique qui signifie bétail, comme le nom de la roupie indienne vient de ?mpû, bétail ; il est prouvé surtout par le fait que, dans les vieilles lois romaines, les amendes sont fixées en bétail : elles allaient, dit Festus, v» Ovibus, de 2 moutons à 30 bœufs. Quant au second, le rapport établi entre les moutons et les bœufs résulte de ce que, lorsque les amendes en bétail furent converties en amendes en argent, le bœuf fut évalué à 100 as et le mouton à 10 : Festus, v» Ovibus et v» Peculatus.

2. Le souvenir de cette monnaie a encore laissé sa trace non seulement dans la langue du droit, dans les termes nombreux dérivés de pendere (expenailatio, compensation etc.), mais dans les institutions juridiques elles-mêmes, dans les modes d'acquérir et de s'obliger per aes et libram (mancipation, nexum).

3. V. un exemple de lingot ainsi coupé dans Daremberg et Saglio, v° ASy fig. 547.

4. L'opinion qui tait remonter la"' monnaie à Ser. Tullius a été longtemps très répandue, notamment parmi les jurisconsultes. IMais elle repose sur une confusion, d'ailleurs déjà faite par des écrivains anciens (Cassiodore, Var., 7, 22 ; Plutarque^ Poblic, 11). L'innovation attribuée à Ser. Tullius ne consista pas à supprimer la nécessité de la pesée, mais à remédier à un autre inconvénient de l'usage des lingots. Il fallait, dans l'ancien système, non seulement les peser, mais vériûer la pureté du métal ; ce qui est attribué par ex. par Pline, A'. H.^ 18, 12. 33, 43, à Ser. Tullius, c'est l'établissement d'une vérification officielle du métal qui était ensuite poinçonné d'un signe de contrôle, mais qui était néanmoins toujours en blocs inégaux qu'il fallait peser et morceler pour les paiements (v. des exemples de pareils lingots marqués de l'image d'un mouton, d'un bœuf ou d'un porc dans Daremberg et Saglio, v As, fig. 546. 547. 548).

5. Cette doctrine admise jusqu'aux derniers temps par des personnes les plus compétentes et qui avait été soutenue par Mommsen, Monnaie romaine, 1, p. 179, s'appuie principalement sur le rapprochement, assurément très Irappant, de deux textes de Festus, d'après lesquels la réforme semble avoir été faite entre l'.m 300 et l'an 324 de la chronologie traditionnelle ; en l'an 300, l'on trouve encore une loi Aternia Tarpeia qui fixe le maximum des amendes en têtes de bétail, qui ne connaît donc pas d'autre monnaie officielle : en l'an 324, ces amendes sont converties en monnaie métallique (Festus, \° Ovibus ; vo Peculatus). Cela place la réforme

seulemeat au début du V* siècle de Rome '.La monnaie ainsi créée a du reste été d'abord uniquement une monnaie de cuivre, naturellement fort volumineuse et fort incommode dans les paiements un peu importants dont l'unité était l'as d'une livre, as libral, ainsi nommé d'après la première doctrine parce qu'il aurait pesé légalement une livre romaine de 327 grammes tout en n'en pesant pratiquement que les 10/12, dix onces, 272 grammes, d'après la seconde doctrine, parce qu'il aurait été émis sur le pied de l'ancienne livre italique de 272 grammes.

Ce fut seulement en l'an 485 de Rome'qu'on établit une monnaie légale d'argent, que l'argent, depuis longtemps employé en lingots dans les transactions, fut frappé en pièces d'un denarius {iO as), d'un quinarius (5 as) et d'un sesterce (2 as 1/2) au temple de Juno moneta in arce, d'où le nom de la monnaie.

Ce n'est que depuis l'Empire que la monnaie d'or commença à être frappée comme monnaie officielle.

Nous n'avons pas à énumérer ici toutes les monnaies ni à suivre les variations de leur cours. Il suffira pratiquement, pour l'intelligence de la plupart des monuments juridiques, de savoir : 1° quant au cuivre, que l'as, qui perdit constamment de son poids, avait déjà subi lors de l'introduction de la monnaie d'argent une réduction assez importante pour que l'on considérât le sesterce de deux as et demi nouveaux eomme correspondant à un as ancien suivant une équivalence indiquée dans des textes assez nombreux ^ ; il tomba encore beaucoup plus bas ;

entre les deux dates et il est assez naturel de croire qu'elle a été faite en 305 par les décemvirs.

1. Les arguments de forme et de fond ont paru beaucoup se multiplier dans les dernières années pour placer Tintroduction de la monnaie à Rome dans la première partie du V* siècle, un peu après la' victoire d'Actiutti de 416 que rappellent les proues de navires représentées au revers des anciennes monnaies de cuivre. V. en faveur de cette doctrine, les résumés des travaux de Samwers, Bahrfeld, Haeberlin et Willers, donnés par Regling, Klio, 6, 1906, pp. 489-524, et parB. Pick, Handworlerhuch der Slaatswissenschaften de Conrad, 3«éd., 6, 1910, vo Mûnzwesen, pp. 832-839.

2. V. par ex. Paul, Collai., 2, 5, 5, rapproché de Gains. 3, 223 ; Dion Cassius, 56, 10, rapproché de Gaius, 2, 274 ; autres exemples dans Mommsen. Monnaie romaine, 2, p. 32. — Dans la doctrine selon laquelle l'as aurait été introduit par les XII Tal)les avec un poids nominal de 327 grammes, et réel de 272, on disait qu'il était devenu, en l'an 485, un as trjentaire, pesant le tiers de son poids nominal, quatre onces, soit 109 grammes, et qu'en conséquence, le sesterce de 2 as Irientaux et demi, soit donc de 272 grammes, équivalait à l'ancien as de 272 grammes. Mais il ne paraît pas y avoir eu, au cours des réductions de l'as, d'as trientaux, et en 485, on abaissa son poids non pas à quatre onces, mais h deux : on passa de l'as semilibral de six onces qui existait auparavant, à l'as sextantaire de deux onces. En conséquence, l'équivalence de l'as ancien et du sesterce doit être expliquée autrement. On l'explique par ex. dans la doctrine récente en disant que, tandis que les as semilibraux antérieurs à 485 avaient leur poids calculé d'après l'ancienne livre de 272 grammes, et pesaient donc 136 grammes, les as sextantaires émis en 485 avaient leur poids réglé d'après la livre romaine moderne de 327 grammes et pesaient par conséquent 54 gr. 50 : en sorte qu'une

Page 1