‹ Manuel élémentaire de droit romainChapitre 23 sur 760 · i\Iommsen, Dr. publ., 5, p. 166, n · texte numérisé non relu

i\Iommsen, Dr. publ., 5, p. 166, n

3. Texte et notice, Textes, p. 205 et ss. C'est à Mommsen que revient l'honneur d'avoir dégagé l'importance exceptionnelle de ce document. V. en sens contrairer Krueger, p. 128, n. 7. — Nous négligeons ici tout ce qui concerne le travail de délibération juridique et de confection matérielle des diverses constitutions impériales. V. à ce sujet Krueger, p. 142 et ss. et les renvois.

la période du Principat * ; ainsi un édit de Claude de l'an 46 donnant ou confirmant le droit de cité à des populations des environs de Trente, trouvé à Clés en 1869 ; ainsi une constitution d'Hadrien sur les droits successoraux des enfants des militaires dont la version grecque nous a été conservée par un des papyrus de Berlin ; ainsi un rescrit de Commode répondant aux plaintes de colons contre les administrateurs de domaines impériaux, découvert en Afrique en 1880; ainsi encore la constitution précitée de Scaptoparène. Il en existe un nombre beaucoup plus considérable dans les recueils officiels ou privés de la période postérieure à Dioclétien.

VI. La science du droit et les réponses des prudents. — L'histoire de la science du droit dans cette période ^ qui est la plus célèbre et qui, au moins jusqu'à la mort d'Alexandre Sévère, constitue ce qu'on appelle la période des jurisconsultes classiques, s'ouvre par un événement à la fois très connu et très obscur : la division des jurisconsultes en deux sectes, en deux écoles, l'une fondée par Labéon, dont le successeur fut Proculus, d'où le nom des Proculiens, et l'autre par Capiton dont le successeur fut Masurius Sabinus, d'où le nom des Sahiniens \

Labéon, M. Antistius Labeo, issu d'une vieille famille plébéienne, fils d'un jurisconsulte qui servit la République à Philippes et qui se suicida après sa défaite, resta sous Auguste ouvertement attaché aux anciennes institutions et refusa le consulat après avoir occupé la préture*. Son ad-

1. Textes, p. 184 et ss. — Il convient de citer, quoique forcément il ne soit plus au courant, le livre de Haenel, Corpus legumah imperatoribus ftomanis ante Justinianum latarum, 1857, qui donne, pour cette période et la suivante, toutes les constitutions impériales transmises en dehors des compilations, puis des tables générales des constitutions des Codes, par dates, par noms de personnes, par noms

de lieux, etc.

2. V. d'une manière générale l'ouvrage de Krueger, §§ 18-27, qui rend à peu près inutile de renvoyer, pour la biographie des jurisconsultes, à la littérature plus ancienne. Il est au contraire très aisé et très profitable de dépouiller, dans la Palingenesia de Lenel (ou même dans le Digeste, à l'aide de tableaux mis par M. P. Krueger depuis 1906, à la fin du tome Idel'éd. stéréotype du Corpus Juris, éd. 12, 1911, pp. 932-949) les textes qui nous ont été transmis de chaque jurisconsulte. On trouvera aussi quelques indications sur la vie des jurisconsultes et la succession chronologique de leurs ouvrages dans les notices qui 'précèdent, dans nos Textes, les fragments de Pomponius, Gains, Papinien, Paul, Ulpien et Modestin. Enfin l'on pourra encore se reporter aux notices de la Prosopographia imperii Romani saec. /, //, ///, 3 vol. in-4°, Berlin, 1897-1898, puis, pour la période d'Auguste à Hadrien, au tome II de la jurisprudentia antehadriana de Bremer et, pour celle d'Hadrien aux Sévères, à H. Fitting, Aller und Folge der Schriften romischen Juristen von liadrian bis Alexander, 2« éd., 1908 (cf. notre compte rendu Mélanges, 1, pp. 309-340).

3. Pomponius, ^., 1, 2^ Z>e 0. J., 2, 47-53. Voir en dernier lieu, G. Baviera, Le due scuole dei g iureconsulli romani, 1908 ; Scriiti giuridici, 1909,. pp. 109-120. Joers, dans Pauly-Wissowa, 3, 2, 1899,* v» Cassiani, et Kuebler dans Pauly-Kroll-Witte, 1, 1, 1914, pp. 386-394, v» Rechtsschulen.

4. Le Labeo de Pernicé, 1, pp. 7-92, commence par une biographie détaillée de Labéon.

versaire G. Ateius Capito l'a, toul en reconnaissant sa puissance juridique, accusé d'un esprit d'indépendance exagéré. Tacite rapporte, au contraire de Capito, qu'il fut d'une telle servilité qu'il s'attira, eu même temps que les faveurs d'Auguste et de Tibère, le mépris universel. On peut du reste se demander si ce n'est pas par un goût classique de symétrie qu'on les a opposés l'un à l'autre ; car, autant la trace de Labéon se dessine visible et profonde dans la littérature postérieure, autant les citations de Capiton y sont clairsemées : il n'y en a pour' ainsi dire aucune qui se rapporte au droit privé.

Après eux on cite comme ayant été à la tête des deux groupes, du règne de Tibère à celui d'Hadrien à peu près, divers jurisconsultes dont les principaux sont : pour les Proculiens, Proculus, les deux Nervas, Pegasus, Neratius et les deux Gelses dont le second, le fils, consul en 129 pour la seconde fois, a été un des jurisconsultes romains les plus vigoureux et les plus originaux ; pour les Sabiniens, les deux Sabinus, Masurius et Gaelius, entre lesquels se place C. Cassius Longinus, consul en l'an 30 après J.-C, — de qui la secte tire parfois le nom de Cassiani et qui montre que les dissentiments politiques de Labéon et de Capiton n'ont pas influé sur les destinées postérieures des deux écoles ; car c'était un descendant du meurtrier de César et il fut exilé sous Néron à raison du culte qu'il rendait à la mémoire de son ancêtre ; — ensuite Javolenus, qui occupa de hautes fonctions sous Domitien et sous Trajan, et enfin Salvius Julien, l'auteur de la codification de l'édit, contemporain et rival de Celse, un des jurisconsultes les plus importants et un de ceux dont la littérature postérieure contient le plus de citations \ On admet d'ordinaire que Pomponius, qui donne cette énumération, aurait été luimême Sabinien. Ensuite la distinctions des deux sectes n'est plus signalée comme quelque chose de vivant que par Gains, contemporain d'Antonin le Pieux et de Marc-Aurèle qui appelle les Sabiniens ses maîtres {prae-

1. Le livre de H. Bulil, Salvius Julianus, 1, 1886, s'ouvre par une biographie étendue de Julien. Une notice plus brève lui est consacrée, Prosopographia, III, pp. 164-165, no 102. Il faut aujourd'hui les rectifier et les compléter toutes deux à l'aide d'une importante inscription découverte en 1899 à Souk-el-Abiod, en Tunisie, qui a entièrement renouvelé la biographie de Julien. V. sur cette inscription et les documents corrélatifs Gauckler, C. r. de l^Acad. des Inscr., 1899, pp. 366-374. Th. Mommsen, Z. S. St., 1902, pp. 54-60 = Ges. Schr., II, pp. 1-6 ; Boulard, L. Salvius Julien, Thèse Paris, 1903, pp. 9-20 ; Kornemann, Klio, 6, 1906, pp. 178-184; Girard, Mélanges, pp. 232-234. 239-247. Cette inscription a sûrement été dédiée au jurisconsulte Julien, duquel elle rapporte qu'il fut, dès l'époque de sa questure, l'objet d'une faveur exceptionnelle d'Hadrien, propter imigtiem dôctrinam, et elle fait connaître pour la première fois ses noms complets et sa carrière politique jusqu'au proconsulat d'Afrique, occupé par lui après l'avènement de Marc-A.urèle et de L. Verus. Elle autorise en outre, par les données chronologiques qu'elle fournit sur sa carrière, à placer son consulat en l'an 148 en l'identifiant avec le consul de cette année Salvius Julianus suivant une conjecture ancienne de Borghesi, que Mommsen avait solidement combattue, mais qu'il a reconnu être justifiée par notre inscription.

fi4 LIVRE PREMIER. — CHAPITRE III

ceptores nostri)j mais que nous croyons avoir vécu en province et qui suit là probablement une habitude ancienne déjà démodée dans la capitale \

Un fait singulier est l'obscurité dans laquelle nous sommes soit sur le caractère théorique des dissentiments des deux groupes, soit sur la forme positive de leur séparation. Sous le premier rapport, Pomponius prétend que la différence aurait été dans Tesprit plus ou moins routinier des doctrines * ; mais ce n'est que médiocrement justifié par l'ensemble des controverses qui nous sont connues et qui sont d'ailleurs beaucoup^ moins nombreuses qu'on n'a souvent admis en voyant des controverses d'école dans tous les textes où un chef d'école était cité ^ Quant à la forme matérielle de la séparation, la manière dont Pomponius rapporte la succession des jurisconsultes à la tête des deux sectes fait penser à la direction des deux établissements d'enseignement, de deux stationes jus publiée doceniium * telles qu'il commençait à y en avoir à cette époque pour donner un enseignement systématique à côté de l'enseignement purement empirique de la période précédente \ Cependant cette notion n'est pas sans rencontrer certaines difficultés ; ainsi par exemple on trouve, dans la liste des chefs des deux écoles, une bien forte proportion de personnages politiques qu'on ne s'imagine pas aisément prenant la direction d'une école privée à la disparition des prédécesseurs.

Quelles qu'aient été sa forme matérielle et sa portée théorique, la distinction des deux sectes ne se prolonge guère au delà du temps d'Hadrien. On ne classe plus ni dans l'une ni dans l'autre les jurisconsultes postérieurs très nombreux du 11^ siècle et du début du IIP siècle. Nous citerons parmi eux : le contemporain d'Antonin le Pieux Sextus Gaecilius Africanus, élève de Julien ^ le contemporain d'Antonin et de Marc-

1. V. pour sa biograptiie la notice de nos Textes^ p. 220 et ss. Exposé et réfutation d'une doctrine qui a voulu l'identifier au juriconsulte du I" siècle, Gaius Gassius Longinus, chez N. Herzen, Z. S. St., 20, 1899, pp. 211-229.

2. Pomponius, ^., 1, 2, Z)e 0. J., 2, 47 : Nam Ateius Capilo in his quae et tradita fueranl perseverabat ; Labeo, ingenii qualitale et fiducia doctrinae, qui et ceteri& operis sapientiae operam dederal, plurima innovare inslituit.

3. Bonne énumération critique dans Krueger, Sources, p. 197, n. 1. Discussion détaillée dans G. Baviera, pp. 38-119.

4. Aulu-Gelle, 13, 1, 31 : In plerisque. Romae stalionibus fus publiée docentiumaui respondentium. V. sur l'enseignement du droit, Krueger, Sources, p. 189 et ss. Bruns-Lenel, § 47.

5. Cf. Krueger, Sources, p. 184 et ss. Bruns-Lenel, § 48 (cf. 6« éd., p. 134, n. 3, une note de Pernice non reproduite dans la 7* éd.).

6. Les quaestiones d'Africain, son ouvrage le plus connu, sont, comme avaient déjà vu les interprètes grecs et nos anciens auteurs, principalement un recueil de décisions de Julien. C'est à Julien que se réfèrent les citations d'Africain, non seulement quand il le nomme, mais dans les textes plus nombreux où il écrit simplement ail, putal, inquii, respondit en sous-entendant son nom, et on peut se demander s'il ne rapporte pas encore son opinion dans d'autres endroits où il paraît parler lui-même et où par ex. le mot inquit peut avoir disparu. V. Buhl, Salvius Julianus, 1, pp. 67-85. Cf. P. Krueger, Sources, p. 236, n, 1, et les renvois.

Aurèle Ulpius Marcellus, Q. Gervidius Scaevola, jurisconsulte un peu plus récent du même siècle et, en omettant beaucoup d'autres noms, les trois jurisconsultes célèbres du temps des Sévères, Papinien, Paul et Ulpien. Papinien, Aemilius Papinianus, qu'on considère habituellement comme le premier des jurisconsultes romains, a été préfet du prétoire sous Septime Sévère et a été tué par ordre de Caracalla en 212 ou 213 pour n'avoir pas voulu faire l'éloge du meurtre de Geta. Paul et Ulpien, qui ont été comme lui fonctionnaires et jurisconsultes et qui ont même laissé beaucoup plus d'écrits que lui, ont été l'un et l'autre ses assesseurs pendant sa préfecture du prétoire, puis eux-mêmes préfets du prétoire sous Alexandre Sévère. On ne connaît pas très bien la date de la mort de Paul ni la chronologie de ses ouvrages. Ulpien paraît avoir écrit à peu près toutes ses œuvres pendant qu'il était en disgrâce sous Caracalla (212-217) et il a été tué par les prétoriens en 228. Par suite de l'étendue et de la clarté de ses ouvrages, il a fourni le tiers du Digeste et il est souvent considéré comme étant avec Papinien et Paul, et presque à l'égal du premier, l'un des trois plus grands jurisconsultes romains. C'est au fond surtout un compilateur clair et intelligent, mais un peu hâtif, très inférieur aux jurisconsultes créateurs de la fin de la République et des premiers siècles de l'Empire \

Après Papinien, Paul et Ulpien, la série des jurisconsultes se termine assez brusquement par Herennius Modestinus, préfet des vigiles entre 226 et 244, qu'on appelle parfois le dernier des jurisconsultes classiques. On ne rencontre plus ensuite que quelques auteurs de second ordre, entre lesquels nous nommerons seulement, comme les plus récents de ceux qui ont été mis à contribution par le Digeste, les deux jurisconsultes de date incertaine Hermogénien et Arcadius Charisius.

Les ouvrages de ces jurisconsultes qui sont presque exclusivement relatifs au droit privé, au droit pénal et à la procédure, où le droit public proprement dit est peu représenté, peuvent, en dépit de leurs diversités, se ramener à certaines catégories ^ : 1° les recueils de consultations {quaestiones, responsa), délivrées par les jurisconsultes en présence de leurs élèves ou en réponse à leurs élèves eux-mêmes dont l'usage remonte à la République et a continué sous l'Empire ; 2° les commentaires sur l'édit, libri ad edictum, étudiant successivement les diverses matières à propos des édits et des formules que contient l'Album ; 3° à côté, les ouvrages de droit civil, traitant non pas précisément àe toutes les matières du droit civil, mais de celles qui n'étaient pas

1. A. Pernice, Ulpian ah Schrifisteller, Slizungsberichte de Berlin, 1885, 1, p. 443 etss. Cf. Krueger, pp. 297.288, n. 3. 443, n. 2, et Joers dans Pauly-Wissowa, 5, 1, 1903, pp. 143o-1509, \o Domilius Ulpianus.

Page 1