‹ Manuel encyclopédique du commerceChapitre 1073 sur 1459 · LIVRE ONZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIEME

Les négociants, presque toujours séparés par de grandes distances, ne peuvent communiquer entre eux qu'à l'aide de la correspondance ; c'est elle qui leur donne les moyens de s'entretenir de leurs intérêts; c'est par elle qu'ils s'éclairent dans leurs opérations et puisent à des sources certaines les connaissances qui doivent en assurer le succès, qu'ils s'instruisent des usages et des lois des différentes nations, apprennent à en connaître les besoins et les produits, nouent et resserrent leurs liaisons, étendent et activent leurs rapports.

Spéculations, achats, ventes ou traités quelconques, tout se négocie, se discute et se conclut par lettres.

La correspondance est donc l'âme du commerce ; elle influe essentiellement sur la prospérité des affaires d'une maison par la manière plus ou moins habile dont elle est tenue : négligée, elle refroidit les correspondants, laisse éteindre peu à peu les liaisons, et s'échapper bientôt des opérations qui sont confiées à des concurrents plus attentifs; au contraire, une correspondance active, pressante, soutenue, réveille les commettants, provoque leurs ordres, et fait naître des affaires auxquelles ils n'eussent pas songé.

D'un autre côté, comme il n'est pas rare qu'on juge des hommes sur leur langage ou leurs dehors, il arrive aussi, dans le commerce, qu'on juge d'une maison par sa correspondance. On peut en effet, par une observation attentive, apprécier l'ordre et l'habileté qui président à ses aflaires, comme on pourrait pressentir la négligence et le désordre qui s'y seraient introduits.

On ne saurait donc apporter trop de soins à cette partie importante, qui exerce une influence si grande, si directe sur la prospérité d'une maison de commerce, et dont le moindre mérite sera toujours de la faire juger favorablement au dehors.

Les correspondances réciproques de deux négociants formant entre elles une sorte de chaîne, dont les lettres échangées sont comme les anneaux, il faut, dès le premier paragraphe, annoncer la réception de la dernière lettre, ou confirmer la dernière que l'on a écrite, si elle est restée sans réponse. Par cette précaution utile, les lettres composent une suite non interrompue, facile à parcourir, et aucune ne peut s'égarer.

Dans les affaires litigieuses ou difficiles, il faut revoir avec le plus grand soin les lettres précédemment écrites, pour se bien pénétrer de l'état de la discussion; il faut surtout ne pas oublier, quand on écrit une lettre sur un semblable sujet, que c'est un titre qu'on va donner contre soi-même, et qu'il est indipensable d'en peser tous les mots, afin de n'y prendre que les engagements qu'on veut s'imposer.

Il convient, en général, d'écrire avec un certain décorum, et sans termes ambigus, les lettres même les plus confidentielles; autrement, le hasard ou des circonstances de force majeure les produisant quelquefois au grand jour, on s'exposerait à les voir incriminer pour des détails innocents au fond, mais échappés à l'irréflexion.

On sent aussi qu'il est des choses qu'il faut laisser entendre ou deviner, des choses, en un mot, qui se disent quelquefois, mais qui ne s'écrivent jamais.

Les événements politiques influent directement sur les affaires commerciales; on est donc obligé d'en entretenir quelquefois ses correspondants, mais ce doit être avec réserve. Il faut annoncer les événements sans réflexions, si l'on veut éviter de heurter par ses propres sentiments les opinions politiques de ses correspondants, et de voir par là se refroidir des rapports qu'il s'agit, au contraire, d'animer par des sujets qui leur soient agréables.

Page 1