CHAPITRE ONZIÈME
a représentent, à peu près comme le billet de banque représente les espèces léposées dans les caves de la banque, et qui se transmettent par simple endossement au porteur. — L'opération de la livraison est donc singulièrement facile et simple aussi bien en cas de vente qu'en cas de prêt sur nantissement. De plus, grâce aux dispositions qui, en cas d'engagement, permettent au prêteur, s'il n'est pas payé à l'échéance, de se rembourser, sans formalités, sans frais, sans retard, sur le prix de la marchandise qui se réalise immédiatement, la marchandise devient pour celui qui en est propriétaire le moyen de crédit le plus facile et le plus sur, celui par conséquent qui lui assure du prêteur les conditions les plus favorables. — En Angleterre, le système n'est pas sans inconvénients et sans abus, qui tiennent à ce que, dans la législation actuelle, tout individu peut ouvrir des magasins publics librement, sans autorisation et sans contrôle du Gouvernement, avec droit de délivrer des warrants,... Eh bien! malgré les abus et les inconvénients, l'institution est dans les mœurs, elle fonctionne dans de grandes proportions, les négociants les plus honorables en font usage, comme prêteurs et comme emprunteurs. C'est apparemment que, non seulement elle répond à des besoins sérieux, mais aussi que, par la simplicité du mécanisme, elle se prête à toutes les nécessités du commerce, et enfin que, par la suppression de toutes formalités gênantes et coûteuses, et par la grande sécurité qu'elle offre aux prêteurs sans nuire aux garanties dues aux emprunteurs, tout le monde y a trouvé son compte et a été intéressé à en user, les prêteurs aussi bien que les emprunteurs... »
Premiers essais des magasins généraux en France. —Malgré les immenses services rendus par les docks et les warrants en Angleterre, malgré l'exemple de la Hollande et de l'Allemagne, cette institution, importée chez nous récemment, n'est pas encore complètement entrée dans nos habitudes commerciales. Cela tient un peu au préjugé d'après lequel nos négociants n'ont recours au prêt sur nantissement que lorsqu'ils se trouvent dans une situation embarrassée. L'exemple des Anglais, mieux que tout raisonnement, finira par détruire cette erreur.
C'est en 1848, à la suite de la grave perturbation causée par la révolution de février aux aflaires commerciales et industrielles, que le Gouvernement provisoire, pour conjurer la crise, fonda en France les premiers magasins généraux, par décret du 21 mars 1848. Mais ce décret, rédigé sans doute à la hâte pour répondre aux besoins du moment, contenait plusieurs dispositions vicieuses que la loi du 28 mai 1858, complétée par un décret réglementaire en date du M mars 1859, a fait disparaître.
Établissement des magasins généraux. Titres qu'ils délivrent. — Les magasins généraux sont ouverts, les Chambres de commerce ou les Chambres consultatives des arts et manufactures entendues, avec l'autorisation du Gouvernement et sous sa surveillance. Jusqu'à la loi du 31 août 1870, un décret du chef de l'État, rendu après avis du ministre des finances et du ministre du commerce, était nécesssaire. Depuis cette loi, un simple arrêté préfectoral suffit, après avis de la Chambre de commerce ou de la Chambre consultative des arts et manufactures 1.