AVANT-PROPOS
Utilité professionnelle de l'économie politique. — Le temps n'est plus où un père pouvait dire d'un enfant incapable ou paresseux : Je le mettrai dans le commerce. Aujourd'hui le commerce et l'industrie, par l'admirable extension que leur ont donnée d'un côté le génie de la mécanique, de l'autre la liberté de l'échange, la facilité des communications, exigent des personnes qui ce livrent à ces professions des connaissances variées, étendues, spéciales. Au premier rang de ces connaissances, on ne doit pas hésiter à placer l'économie politique; car elle est précisément la science de ces intérêts matériels qui forment le domaine de l'agriculture, de l'industrie et du commerce. Sans entrer dans aucun des détails techniques de ces diverses professions, elle se donne pour mission de chercher suivant quelles lois ces intérêts matériels peuvent être assurés avec le plus de certitude, avec le moins d'effort, au meilleur prix possible, sans léser aucun droit. Elle est essentiellement la science du travail et, par conséquent, la règle suprême de tous les travailleurs.
Résumé de son histoire. — Il n'y a pas bien longtemps que l'économie politique est une puissance en ce monde ; à vrai dire, ce n'est qu'en 1846 que l'Angleterre, dans la personne de Robert Peel, la plus illustre conquête de Cobden, a constaté officiellement les droits de la science au gouvernement des choses humaines. Il n'y a même pas bien longtemps qu'elle est une science ayant conscience d'elle-même, sûre de son objet et de sa méthode, offrant enfin un corps de doctrines. Vauban, Boisguilbert, surtout Boisguilbert, l'ont pressentie; Quesnay l'a commencée avec une imposante grandeur ; Adam Smith et Jean- Baptiste Say l'ont méthodiquement constituée. Elle n'a pas encore un siècle d'existence! de sorte qu'il n'y a rien de plus facile à la fois et de plus démonstratif que de comparer les époques et de voir les résultats.
Son influence civilisatrice. — Tant que l'économie politique n'est pas née, tant qu'elle n'est pas sortie de l'école et passée des livres dans les mœurs, puis dans les lois, que voyons-nous ? Pendant des siècles, les idées les plus fausses sur la richesse, sur la monnaie, sur les métaux précieux, sur le commerce, sur l'échange, sur les douanes, sur les colonies, sur les conditions de la prospérité nationale à l'intérieur, et au dehors sur les rapports des peuples entre eux, mettent aux prises les hommes, leur soufflent au cœur des haines vivaces, déchaînent le démon de la guerre et changent la surface des terres et des mers en un théâtre d'affreuses dévastations.
Sans doute, depuis que la philosophie morale et l'économie politique, au xvme siècle et de nos jours, ont su faire entendre leur voix des rois et des peuples , le monde n'est pas transformé , comme par un coup de baguette, en un paradis terrestre ; mais quels pas de géant l'humanité a faits en moins d'un siècle l Le spectacle a bien changé : privilèges et monopoles s'en vont l'un après l'autre; le droit remplace l'arbitraire; la liberté du travail, propriété la plus sacrée de ''homme, est de plus en plus proclamée et respectée; lès barrières