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LE SAHARA ET LE SOUDAN

Les États barbaresques, Tripoli, Tunis et le Maroc, sont le débouché le plus important d'une des régions les plus fertiles et les plus peuplées de l'Afrique : le Soudan, situé entre ie Sahara au nord; la Sénégambie à l'ouest; la Guinée et les

régions inconnues de l'Afrique équatoriale au sud ; les États égyptiens à l'est. Le Soudan est arrosé dans sa partie orientale par les affluents du Nil; dans sa partie centrale, par ceux du lac Tchad et du Niger (Binoué, etc.); dans sa partie occidentale, par le Niger, Djoliba, ou Kouara. Les grands marchés du Soudan où viennent aboutir les routes de caravanes qui partent des ports barbaresques de la Méditerranée ou de l'Océan sont :

4° Dans la partie occidentale, Tombouctou, Ségou et Boussa dans la vallée du Niger;

2° Au centre, Sackatou, Vournou, Kanou, Kouka et Yakoba dans le bassin du lac Tchad et du bas Niger;

3° A l'est, Ouara dans l'Ouadaï, et Tendelty dans le Dar-Four.

Parties de ces centres commerciaux, les caravanes soudaniennes se rendent à travers les steppes, les plateaux accidentés et les plaines sablonneuses du Sahara où dominent les races guerrières des Touaregs et des Tibbous, jusqu aux grands marchés sahariens de Ghât et d' Aïn-Salah (oasis de Touat), où elles se donnent rendez-vous avec les caravanes organisées par les négociants musulmans de Mourzouk, de Ghadamès, et de Tafilet dans le Maroc. Les routes les plus suivies sont celles de Mourzouk à Kouka parBilma et Aghadès; de Ghadamès à Kanou, par Ghât et Aghadès; de Ghadamès et de Tafilet à Tombouctou, par l'oasis de Touat.

Le chargement des caravanes du Soudan se compose d'ordinaire de dents d'éléphant, de plumes d'autruche, de peaux de bœufs sauvages, de séné, de benjoin, de gommes, de cire, de musc, d'indigo, de peaux de lion ou de panthère, et de poudre d'or, et si les transports étaient plus faciles, les céréales, les laines, le coton, les bois de toute espèce, les graines oléagineuses pourraient fournir au commerce d'inépuisables ressources et d'immenses bénéfices; car le bon marché de toutes les productions du pays est inouï (5 à 4 0 peaux de bœuf pour 3fr. 75, la peau d'autruche, 3,75 à 41, celle de lion, 7,50 sur le marché de Kouka).

Le chargement des caravanes qui partent de la côte pour l'intérieur consiste en toiles de coton dites de Malte, draps de Thibet, verroterie de Venise, bourre de soie, satin, petits miroirs, papiers communs, armes, fers de bêche, aiguilles, coutellerie, tabac, etc. Le sel, qui manque dans une partie du Soudan, y est également l'objet d'un commerce fort important

Le commerce du Soudan est presque tout entier entre les mains des négociants musulmans de Tafilet et de Ghadamès, à qui les maisons européennes vendent leurs marchandises en leur faisant crédit d'une année à l'autre, et en recevant en échange les produits rapportés de l'intérieur. (La pièce de calicot, qui coûte 1 4 francs à Tripoli, se revend 30 francs à Kouka, et les autres marchandises dans la même proportion.)

La foire de Ghât, qui se tient du mois de septembre à la fin de novembre, est le centre de la plupart des transactions avec la région soudanienne, et il n'est pas rare d'y voir arriver pendant la durée du marché jusqu'à 30,000 chameaux chargés. La monnaie de compte à Ghât se nomme le réal ghâti, et vaut environ 5 fr. 50 ; mais la monnaie courante ou les valeurs de convention varient suivant les marchés : les Touaregs et les Bambarras du haut Niger comptent par mille cauries1 (environ 3 francs), ou par tête de captif (environ US francs); les Fellatahs de Kanou par cauries, par fers de bêche, ou par tobs, pièce de coton de dimension variable.

f. Les 1,000 cauries du haut Niger n'en représentent en réalité que 800, car dans le système de numération indigène, 8 fois 10 = 100, 8 fois 100 = 1,000, etc. Le cauri est un coquillage très-commun dans l'Inde.

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