‹ Manuel encyclopédique du commerceChapitre 18 sur 1459 · FONDS GENERAL DE LA SOCIETE · texte numérisé non relu

FONDS GENERAL DE LA SOCIETE

(stock) ou capital dans sa plus large

acception. r fixe j Bâtiments d'exploitation.

I i Améliorations des terres.

CAPITAL ] ( Talents.

proprement dit, ] Argent.

circulant Denrées-

j Matières premières.

( Ouvrage fait.

Distinction importante du capital fixe et du capital circulant. — La distinction du capital fixe et du capital circulant donne lieu à d'importantes réflexions.

Dans l'industrie lainière, par exemple, le capital fixe, c'est l'usine qui abrite le travailleur et ses outils, la machine à vapeur, l'arbre de couche et les courroies qui font marcher les machines, les bacs pour dégraissage, les peigneuses, les bancs à broches, les métiers à tisser, les magasins pour les laines, pour les produits fabriqués, etc. Le capital circulant est représenté par les laines, fils et tissus, les savons et les huiles, les matières tinctoriales, etc.

Le capital fixe et le capital circulant sont indispensables dans l'oeuvre de la production ; mais ce qui n'est pas moins indispensable, c'est leur sage proportion. On ne la méconnaît pas impunément ; on est tenu de la respecter sous peine de privation, d'arrêt dans la production, d'échec pour les entreprises individuelles, de crises pour l'industrie et la société.

C'est évidemment quelque chose de grave que d'engager un capital qu'on ne peut pas facilement dégager, sans perte quelquefois considérable ; qui se détériore, même dans le meilleur état de conservation. Après quelques années, une machine est dépréciée, et parfois elle n'est plus bonne qu'à mettre à la vieille ferraille, les progrès des sciences et de la mécanique finissant par obliger de les remplacer.

Le capital fixe représente les sacrifices à faire; le capital de roulement représente les fruits à recueillir. Donc le but à poursuivre, c'est de diminuer le plus possible le premier, d'augmenter le plus possible le second, le progrès consistant à produire avec moins de frais.

Pour les machines, par exemple, le manufacturier sensé n'attachera pas grand prix à ce que les colonnes de la machine à vapeur soient tournées ou polies, au lieu d'être peintes; à ce que les bâtis soient rabotés, au lieu d'être simplement coulés. Les Anglais sont généralement plus sages que nous sous ce rapport; ils diminuent ainsi les premiers frais d'établissement.

Pour les bâtiments, on se gardera de même d'y consacrer trop de fonds, soit pour le luxe, soit même pour la solidité. Le calcul de J.-B. Say le démontre sans réplique : supposez deux manufacturiers, l'un dépensant 100,000 francs en constructions solides, à l'abri des injures du temps; l'autre ne consacrant que 60,000 francs à des bâtiments en bois et en plâtre, et relativement de peu de durée. « Il restera au second manufacturier, une fois que son exploitation sera

en activité, une somme de 40,000 francs à faire valoir, que le premier ne possédera plus. Or 40,000 francs sont un capital qui, en supposant qu'il ne rapporte que l'intérêt modéré de 5 p. 4 00 avec les intérêts des intérêts, est doublé en moins de quinze ans. Arrivé à cette époque, cette portion du capital de ce manufacturier seri donc de 80,000 francs, et au bout de trente ans elle ne vaudra pas moins de 160,000 francs! Si, à cette époque, son bâtiment demande à être reconstruit, il lui causera, à la vérité, une nouvelle dépense de 60,000 francs ; mais il aura un bénéfice net de 400,000 francs que n'aura pas le manufacturier solidement logé dans son éternelle maison. »

Formation du capital. — Comment se forment les capitaux ?

Par l'épargne et l'accumulation, c'est-à-dire non pas seulement en entassant écus sur écus, mais encore en dépensant avec intelligence, en consacrant le produit épargné à faire de nouvelles avances à la production. Un agriculteur, par exemple, emploie une partie de ses profits à augmenter ses bestiaux, à fertiliser sa terre. Un industriel, de même, consacre une portion de ses bénéfices à accroître l'importance de ses affaires. En dépensant ainsi avec intelligence, ils augmentent leur capital et celui de la société.

Destruction du capital. — Comment se détruisent les capitaux ?

Par l'inhabileté, le luxe, le désordre social, les hostilités nationales. Voilà un livre magnifiquement édité; mais s'il n'y a ni pensée ni sentiment, l'éditeur a vraiment fait une œuvre de destruction. Il a détruit la valeur du papier, il a perdu le travail de la composition et du tirage, l'emploi du matériel de l'imprimerie. Le plus bel exemple du genre, c'est ce négociant anglais qui aurait, diton, expédié une cargaison de patins pour quelque région de la zone torride !

La prodigalité, le luxe, sont plus encore les ennemis du capital. Si le capital se forme surtout par l'épargne, c'est une conclusion nécessaire, il se détruit par la dissipation. Cela fait aller le commerce, dit la foule superficielle. La science ne parle pas ainsi : « Tout prodigue est un ennemi public, et tout homme économe doit être regardé comme un bienfaiteur de la société. » (Adam Smith.)

La guerre surtout est l'ennemie du capital ; elle déchaîne tous les mauvais instincts de l'humanité et s'acharne à détruire les produits, les instruments de production et les producteurs eux-mêmes. En ne comptant que les principales guerres contemporaines dont l'Europe a été le théâtre, de 4 853 à 4 866, la statistique constate que le mauvais génie de la guerre a dévoré 48 milliards pour faire disparaître de la face du monde près de 4,800,000 hommes !

Rapport du capital et du travail. — Au lieu d'être en lutte, ils sont nécessairement associés ; ils ont autant besoin l'un de l'autre. Le tisseur, sans son métier, n'est pas beaucoup plus avancé que le métier sans tisseur. Le travail sans capital, c'est la culture à ongles, c'est le filage avec les doigts, c'est le transport à dos d'hommes, c'est la navigation à la nage, c'est la pêche à la main; mais le capital sans le travail, c'est la charrue sans le laboureur, le mulljenny sans le fileur, la locomotive sans le mécanicien, le vaisseau sans le pilote, la barque et le filet sans le pêcheur.

Le capital et le travail ne peuvent donc se passer de leurs services réciproques. Le mieux évidemment, c'est que le capital et le travail se trouvent dans les mêmes mains. L'épargne, l'instruction, la moralité, l'association, notamment les sociétés coopératives, réaliseront progressivement ce grand bienfait. Dans l'état actuel des choses, surtout avec l'extension des entreprises industrielles et commerciales, le capital et le travail sont plutôt séparés. Le détenteur de capitaux a

besoin de recourir au travail d'autrui : ou iï se fait entrepreneur et paye des ouvriers pour l'exécution de ses plans ; ou il prête ses fonds, moyennant intérêt, à un entrepreneur, qui les fait valoir sous sa responsabilité; ou il les place dans l'entreprise, courant lui-même les chances bonnes ou mauvaises. Mais, de quelque façon qu'il s'y prenne, il ne fait autre chose qu'associer le travail à son capital.

Ceux, au contraire, qui n'ont que leur intelligence et leurs bras doivent associer le capital à leur travail, de trois manières correspondantes : en Rengageant comme ouvriers pour un salaire, ou en payant un intérêt pour le capital emprunté, ou, enfin, en persuadant à des bailleurs de fonds de s'associer avec eux pour l'exécution de l'entreprise.

Mais, de quelque manière que se passent les choses, le travail n'a pas le droit de crier à la tyrannie du capital. Le capital et le travail sont frères. Le capital, c'est le travail d'hier, qui rend possible et fructueux le travail d'aujourd'hui et de demain. Tout ce que pourrait faire le capital, en mettant les choses au pis, c'est de refuser son concours, c'est de remettre le travail dans son primitif isolement, dans sa primitive impuissance, et de montrer ainsi à l'ouvrier abusé tous les services qu'il lui rend, de quelque prix qu'il les fasse payer

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