AFRIQUE AUSTRALE. — LE CAP ET NATAL
L'Afrique australe comprend :
1° La colonie anglaise du Cap, avec ses six provinces : Cafrerie britannique et Province orientale, sur l'océan Indien; Province occidentale, sur l'Atlantique, Districts au delà du Keï, Pays des Bassoutos, et Pays des Griquas (665,000 kilomètres carrés; — 1,100,000 habitants, dont 250,000 blancs);
2° La Terre de Natal, possession anglaise située sur la côte sud-est de l'Afrique (océan Indien) (80,000 kilom. carrés; 200,000 hab.);
3° Le Transwaal, ancienne république indépendante, annexée aux possessions britanniques en 1877 [296,000 kil. car.; 40,000 blancs et 275,000 indigènes);
4° Les territoires des Namaquas et des Hereros (368,000 kilomètres carrés, 43,000 habitants), soumis à l'Angleterre depuis 1876;
5° La république de l'Orange, fondée au nord de la colonie du Cap par les Boërs hollandais (110,000 kilom. car., 245,000 hab.);
6° Les tribus encore indépendantes des Hottentots et des Cafres, peuples pasteurs à demi nomades et destinés à être absorbés par les Anglais.
Un climat tempéré dans le sud, plus chaud et moins égal à mesure qu'on s'avance dans l'intérieur; un sol fertile bien que coupé de terrains an ides et pierreux ou de déserts sablonneux, comme celui de Calahari; des fleuves qui se dessèchent en été, sans en excepter les plus considérables, comme l'Orale, tributaire de l'Atlantique, et le Limpopo, qui se déverse dans l'océan Indien : tels sont les caractères physiques de l'Afrique australe.
Les richesses naturelles sont des plus variées : cultures européennes, tabacs, céréales, vins, fruits et légumes, aloès, dans la colonie du Cap; cultures tropicales, indigo, coton, canne à sucre, café, arrow-root, dans la terre de Natal et la république des Boërs; innombrables troupeaux de bœufs, de chevaux, de moutons à la laine abondante, ivoire, plumes d'autruche, soies; riches dépôts de guano (île Itehaboë), gisements de houille, de fer, de cuivre, terrains aurifères (Natal), gisements de diamants (colonie du Cap), etc.
Les débouchés du commerce sont, sur l'océan Atlantique, les ports du Cap
AFRIQUE AUSTRALE ET ORIENTALE. m
(40,000 hab.), de Simonstown et de Mosselbay; sur l'océan Indien, Beaufort, Port-Élisabeth, centre du commerce des laines, Port-Alfred et Eash London, enfin Port-Natal, débouché de la colonie du même nom. Les transports se font encore dans l'intérieur par des chariots attelés de bœufs ; mais plusieurs lignes de chemins de fer sont déjà en exploitation sur le littoral et se poursuivent activement.
La France figure à peine pour un million dans le commerce de l'Afrique australe, qui dépasse 330 millions, et qui grandit chaque année, malgré l'abandon de la route du Cap par les lignes de navigation à vapeur de l'Inde et de l'extrême Orient.
Une ligne de vapeurs anglais (Union Company), qui part tous les 15 jours de Southampton (escale à Plymouth) et qui relâche à l'Ascension et à Sainte-Hélène, où on peut se procurer des vivres frais et de l'eau, dessert les ports de l'Afrique australe, du Cap à Natal. {Fret, 50 à 62 fr. 50 par tonne et 10 %. Passage, 792 fr. 50 et 515 rr.'pour Sainte-Hélène et le Cap; 971 fr. 25 pour Natal. Une autre compagnie, dont le point de départ est Londres (escales à Plymouth, Madère et Sainte-Hélène), fait le même trajet à des prix un peu moins élevés.
Régime douanier. — Les eaux-de-vie et liqueurs en fûts ou en caisses sont taxées à 6 fr. 25 par gallon ; les fruits secs, à 6 fr. 25 le quintal ; les vins en bouteilles, à 4 fr. 35 par gallon ; en fûts, à 3 fr. 75. Presque tous les autres articles acquittent un droit ad valorem de 7 %. A Natal, les droits sur les vins sont de 1 fr. 90 par gallon en barriques, et 2 fr. 50 en bouteilles; sur les spiritueux, de 6 fr. 25 par gallon ; sur le thé, de 0 fr. 46 par livre ; la plupart des produits manufacturés payent 6 % de la valeur.
Régime du commerce. — A Natal, les droits de port varient, suivant le tonnage, de 50 à 125 fr. Au Cap, il n'existe ni droits de tonnage ni droits d'ancrage; mais toutes les marchandises acquittent, à l'embarquement et au débarquement, des droits de quai et de grue qui à Port-Élisabeth sont de 5 sh. par 100 liv. ster. de valeur, sauf pour la laine, qui paye 3 pence par 100 livres anglaises (poids); au Cap, les droits sont beaucoup plus variables.
La commission d'achat est de 5 %, ainsi que celle de vente. Les produits du pays se vendent en général au comptant sans escompte; les produits importés, à six mois de terme sans escompte, ou à quatre mois, en vente publique ; mais ils supportent dans ce cas une commission de 8 %.
Le taux de l'escompte varie de 6 à 9 <>/<„ suivant le temps à courir; la commission est de 2 1/2 % sur avances de fonds; de 1 % sur négociation de billets de commerce.
La côte orientale d'Afrique, à partir de la colonie de Natal, comprend deux grandes divisions : la côte de Mozambique, où dominent les Portugais, et celle de Zanguebar, où dominent les Arabes de Mascate.
Les Possessions portugaises s'étendent entre le 26,; et le 11e degré de latitude sud, et commencent à la baie Delagoa pour finir au cap Delgado. On leur donne une étendue de 75 millions d'hectares et 300,000 habitants.
La nature a beaucoup fait pour ces contrées, encore si peu connues. Le coton, 3e café, presque toutes les variétés de graines oléagineuses, de fruits tropicaux, de plantes tinctoriales, de bois précieux, le riz, le tabac, les gommes, l'orseille, l'ivoire, la cire, les plumes d'autruche, l'écaillé de tortue, les perles, la houille, sont des produits indigènes; le fleuve Zambèze ouvre une communication pré-
cieuse avec l'intérieur de l'Afrique, où abondent l'ivoire, la gomme copal, les produits des régions tropicales, et peut-être les mines d'or. La pêche du cachalot dans le canal de Mozambique offre une ressource importante ; mais tout le trafic se borne cependant à quelques relations avec les peuples de l'intérieur par les caravanes qui transportent surtout des esclaves, et à quelques rares arrivages d'Europe, des États-Unis ou des Indes dans les ports d'inhambane, Sofalu, Quilimane, Mozambique, /6o, etc. Cette infériorité ne s'explique que trop par le manque absolu de voies de communication, par l'insuffisance des ressources du gouvernement colonial, impuissant à étendre son influence au delà du rayon des forts portugais, et par le déplorable régime douanier qui impose à tout navire l'obligation de relâcher à Mozambique avant de commercer sur le reste de la côte, multiplie d'une manière arbitraire les droits d'entrée, de sortie, de navigation (1,100 à 1,200 fr. par navire), de consignation (2 1/2 % sur les achats et les ventes) et rebute le commerce étranger.
Les Possessions du sultan de Zanzibar s'étendent nominalement du 1 1 e de latitude sud au 2e degré de latitude nord. Le centre du mouvement commercial de cette région est le port de Zanzibar, dans l'île du même nom, où viennent aboutir les caravanes de la région des Grands-Lacs et les importations d'Europe, des Indes et des États-Unis. Les tissus de coton, les vins, les huiles d'olive, la farine, les armes, la poudre, le fer, le savon, les médicaments, la verroterie à l'importation; l'ivoire, le girofle, les graines de sésame, la gomme copal, les noix de coco, l'orseille, l'écaillé de tortue, la cire, les cuirs secs, les cauries à l'exportation (mouvement total de 26 à 27 millions), représentent les seules marchandises dignes d'intérêt. La France figure dans ce total pour 2 ou 3 millions et 16 à 18 navires appartenant tous à Marseille.
Les ports de Magadoxo, Braoua, Mombas, Quiloa sont peu fréquentés par les Européens. L'ivoire et le copal payent seuls un droit d'exportation.
Les marchandises françaises sont soumises à une taxe unique de 5 % de la valeur qui remplace tout droit de navigation, douane, pilotage, etc. Les comptes se règlent en piastres de Marie-Thérèse (talari de 5 fr. 33). La pièce de 20 fr. est reçue pour 3 piastres 75; celle de 10, pour 1 p. 875; celle de 5 fr.,enor,pour 0,935 ; en argent, pour 0,94. Le dollar américain est au pair avec la piastre.
Les articles d'importation et d'exportation se vendent par frazla de 15 kilogr. 875; par mane de 1 kilogr. 364 (écailles de tortue); par 1,000 pièces (noix de coco) et par dzezla de 257 litres 14 (cauries).
Les commerçants sont pour la plupart Arabes ou Banians, quelques-uns Somaulis : l'arabe est la langue du commerce.
La partie de la côte qui s'étend entre le 2e et le 11e degré de latitude nord, depuis Magadoxo jusqu'au cap Guardafui et même jusqu'à Zeïlah, à l'entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, est désignée sous le nom de Côte d'Ajan, de Somal, d'Adâl, et soumise à l'influence des Somaulis, métis d'Arabes et de Gallas, et des Danakil, vassaux de l'Egypte, qui a poussé ses conquêtes jusqu'à l'équateur. Cette côte produit le myrrhe, l'encens, l'aloès, les gommes, le café, le tabac; le bétail y abonde; l'ivoire et les peaux de bêtes y sont l'objet d'un trafic assez important; mais le principal objet de commerce, ce sont les esclaves que les caravanes de l'intérieur amènent dans les ports de Zeïlah, de Berbèra, de Gamme, etc.
Les Banians, les Somaulis et les Arabes auront sans doute de la peine à lutter contre les progrès de l'influence britannique, qui s'étend peu à peu sur la côte de Somal. Berbèra est depuis 1866 le siège d'une factorerie anglaise, et le voisi-