LA SÉCURITÉ
Sans rémunération pas de travail. — Toute peine mérite salaire dit la sagesse des nations, et le travail, c'est cela même, la peine, l'effort : à lui par conséquent, la récompense, la satisfaction ; c'est même lui seul que l'o paye, parce que c'est lui seul qui a de la valeur. La houille ne vaut que la peine de l'extraire et de la transporter; à fleur de terre, elle a toujours même utilité ; mais s'il n'y avait en quelque sorte qu'à se baisser pour la prendre, si elle n'exigeait pour ainsi dire aucun travail, elle aurait peu ou point de valeur. Ce qu'on rémunère, c'est donc le travail ; cette rémunération est la cause finale de l'effort. Donc supprimez cette rémunération, vous anéantissez à l'instant le travail Nous sommes bien sûrs, par conséquent, d'avoir trouvé une des conditions les plus importantes de l'activité humaine.
Origine de la propriété. — Cette rémunération, il faut l'appeler par son vrai nom : c'est la propriété. Voilà l'origine sacrée de la propriété, bien comprise dans son sens le plus large, c'est-dire le droit indiscutable que possède le travailleur sur la chose utile qu'il a créée par sa peine. Cette branche n'appartient à personne, j'en fais un arc : cette arme est bien à moi, parce qu'elle est le fruit de mon travail. Je m'en sers pour percer un animal qui n'appartient à personne : cette proie est bien à moi, parce qu'elle est encore le fruit de mon travail. Je défriche une terre que personne n'a fécondée de ses sueurs, je l'ensemence : cette terre et la récolte qu'elle portera sont bien à moi, parce qu'elles sont encore le fruit de mon travail. S'il y a au monde un droit clair et net, c'est, à coup sûr, celui-là. Si, dans ces divers travaux, j'ai partagé la peine avec un de mes semblables, une part lui revient également, et proportionnelle à ses efforts, dans le produit commun de notre activité. Voilà la forme la plus simple, la forme primitive de la rémunération. Elle subsiste encore dans la grande pêche, où les marins n'ont pas de salaires fixes. Tous ceux qui participent à l'expédition en attendent la fin pour savoir quelle sera la rétribution de leur pénible campagne. Si la pêche est abondante, tant mieux, la part sera plus grande; si elle est malheureuse, tant pis, la part sera plus petite, ou même nulle.