‹ Manuel encyclopédique du commerceChapitre 27 sur 1459 · SEPTIEME ET HUITIEME CONDITIONS. — RÉMUNÉRATION. SÉCURITÉ · texte numérisé non relu

SEPTIEME ET HUITIEME CONDITIONS. — RÉMUNÉRATION. SÉCURITÉ

puisse peser sur l'individu et la société ; car toute activité s'arrête dès qu'on est sûr dès qu'on craint seulement d'avoir le travail sans la récompense, l'effort sans la satisfaction. L'histoire nous en fournit bien de lugubres démonstrations. Ici, la sécurité manque, parce que l'anarchie y déchaîne toutes les mauvaises passions de la multitude; là, parce qu'un gouvernement sans contrôle laisse libre carrière aux caprices d'un despote. Quelles époques, par exemple, que ces années de désolation où les Jacques, les Pastoureaux, les Maillotins, les Frondeurs, les soldats du roi eux-mêmes promenaient sur notre malheureuse patrie la dévastation et le pillage! Quels pays encore que ces malheureuses contrées de l'Asie ou de l'Afrique, jetées en proie à l'avidité d'un sultan ou d'un pacha, perpétuellement à l'affût du moindre signe de richesse ou d'activité pour exercer leur brigandage! Sans aller si loin, rappelons-nous seulement, dans notre propre histoire, cette fatale organisation de l'impôt, de la taille personnelle, déplorée par Boisguilbert et Vauban, flétrie encore par J.-J. Rousseau. Quelle misère que d'être réduit à paraître misérable pour ne pas le devenir réellement; à se mal vêtir, à se mal nourrir, à mal cultiver ses terres, etc., pour ne pas payer d'exorbitantes contributions, et demeurer encore responsable de celles du voisin insolvable! Un pareil manque de sécurité frappe de stérilité l'activité humaine : tant il est vrai que nous sommes bien ici en présence d'une condition essentielle du travail.

La mission de l'État est, avant tout, d'assurer la sécurité. — Ce grand bien de la sécurité, nous le demandons à l'État, qui a vraiment pour mission de nous le procurer : c'est là son rôle essentiel dans la production. J.-B. Say, profondément frappé des abus de la centralisation administrative, s'est emporté jusqu'à appeler l'État un ulcère; de l'autre côté, les socialistes prétendaient concentrer toute industrie dans les mains de l'État : entre tout et rien, il y a un milieu où se trouve la vérité. L'État, suivant l'heureuse définition de Rossi, est, pour ainsi dire, le conseil d'administration de la société. Comme tel, il ne peut borner son rôle à une action négative, et, dans l'œuvre de la production directe, il lui revient évidemment d'exécuter ce qu'on ne peut pas raisonnablement attendre des simples particuliers ou des associations. Ce serait une vue étroite que de borner strictement la mission de l'État à nous procurer la sécurité, et de lui faire tenir ce langage : vous voulez communiquer entre vous ; eh bien, faites des routes, des canaux, des chemins de fer, etc. Mais il n'en reste pas moins incontestable que le premier devoir de l'État, c'est de faire respecter le droit, la justice, la liberté; en d'autres termes, d'assurer à chacun la sécurité : sécurité contre les invasions de l'étranger, sécurité contre les ennemis du dedans

Dangereuse exagération du rôle de l'État dans la production. — Appel à l'initiative individuelle. — Fléau de la bureaucratie. — Ce serait rendre le plus grand service au pays que de réagir de toutes nos forces contre cette habitude, plusieurs fois séculaire, de tourner toujours les yeux en haut : on demande tout au pouvoir central, au risque de traduire d'inévitables mécomptes par de perpétuelles révolutions. Réveiller de plus en plus l'initiative individuelle, endormie par une centralisation excessive, c'est une question de dignité pour chacun de nous, c'est une source de progrès pour les mœurs publiques, c'est une garantie d'ordre et de sécurité pour la société. Chose remarquable! c'est le chef de l'État lui-même qui nous excite à sortir de notre sommeil : « L'initiative individuelle, disait-il aux exposants français

le 23 janvier 1863, s' exerçant avec une infatigable ardeur, dispense le gouvernement d'être le seul promoteur des forces vitales de la nation. » Malheureusement ce progrès, si nettement encouragé, rencontre un obstacle, pour ainsi dire insurmontable, dans le fléau des temps modernes, la bureaucratie. Un homme éminent, à qui sa haute intelligence, ses longs voyages, ses profondes études, sa position officielle, donnent une très-grande autorité, M. Leplay, commissaire général aux expositions universelles, a énergiquement stigmatisé cet abus menaçant, dans son livre la Réforme sociale en France. Son dernier mot est celui-ci : « La bureaucratie maintient les peuples dans une véritable enfance, et les rend incapables de ces viriles initiatives qui distinguent les peuples libres. »

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