Doit et avoir, par Freytag, trad. de Suckau
nières, par cette politesse sans affectation et sans importunité, dont la mesure
est si difficile à saisir.
Le commis-voyageur. — Le placier et le commis-voyageur ne sont le plus souvent que des commis à la vente, agissant dans un cercle plus vaste, et investis d'une plus large responsabilité, avec cette différence, toutefois, que l'un et l'autre ne sont pas toujours attachés d'une manière permanente à telle ou telle maison particulière, et ne bornent pas leurs opérations à une seule branche de commerce.
Le commis-voyageur, avec sa vie errante, avec la variété de ressources, la facilité de parole, la sagacité qu'il est obligé de déployer, est à la fois l'aventurier et le diplomate du commerce : c'est là peut-être ce qui l'a exposé à fournir aux vaudevillistes et aux romanciers ces types de mystificateurs et de lovelaces d'auberge ou de diligence, qui sont à peu près effacés, en supposant même qu'ils aient jamais existé autre part que dans l'imagination des auteurs. En effet, si l'enjouement et la plaisanterie placés à propos peuvent être à l'occasion un élément de succès, ce n'est pas en bafouant le public, et en empruntant son langage et ses manières aux farces de la foire, qu'on réussira à inspirer la confiance et à se créer une clientèle. Un commis-voyageur qui userait aujourd'hui de pareils procédés, risquerait de trouver sur son chemin des déceptions et des aventures peu agréables, qui ne tarderaient pas à le corriger.
Le commis à l'achat. — L'achat exige autant de savoir-faire et plus de connaissances pratiques que la vente. C'est le dernier échelon que le commis ait à franchir avant d'arriver au sommet de la hiérarchie, c'est-à-dire au titre de fondé de procuration, qui l'élève moralement au rang d'associé de son patron. Aussi, le chef d'une maison, lors même qu'il se réserve, comme il doit le faire, le droit de contrôler et d'approuver définitivement les marchés, ne saurait-il appeler à ce poste de confiance que les commis recommandés à son attention par un entier dévouement, une probité irréprochable et une parfaite connaissance de la place et des marchandises, qui suppose toujours une assez longue expérience.
Le commis à la correspondance. — L'employé comptable commence ordinairement par la rédaction des factures, qui n'exige que des connaissances générales de métrologie et d'arithmétique commerciale; celui qui se destine à Ja correspondance, débute comme expéditionnaire, et se met ainsi au courant des formules et des usages particuliers de la maison.
Ecriture nette et rapide, rédaction claire et brève, telles sont les qualités d'une bonne correspondance commerciale; pour peu que les affaires de la maison aient un certain développement, les employés chargés de la correspondance ne peuvent guère se dispenser de connaître une ou deux langues étrangères, d'une manière assez complète pour pouvoir les lire rapidement, et les écrire correctement. Un commis, qui saurait, outre sa langue maternelle, l'anglais et l'allemand, ou l'italien et l'espagnol, ne sciait jamais embarrassé de se placer aux conditions tes plus avantageuses, soit en France, soit à l'étranger.
L'employé comptable. — Les qualités morales du leneur de livres et du caissier ressortent de la nature même de leur emploi. Initiés d'une manière plus intime ï l'ensemble des opérations et aux secrets les plus importants de la maison, la discrétion, l'exactitude, la probité la plus scrupuleuse, leur sont plus nécessaires encore qu'aux autres employés. Quant aux connaissances techniques qu'ils doivent posséder, et ï la meilleure manière do les mettre en œuvre, nous
n'avons pas à nous en occuper ici, et cette question sera traitée en détail dans la comptabilité commerciale.
Le fondé de procuration. — Le but auquel tout employé doit aspirer^ et la plus haute marque de confiance qu'il puisse attendre, c'est d'obtenir la signature de la maison. Il est facile de comprendre ce qu'un pareil privilège, qui, ainsi que nous venons de le dire, l'associe moralement au patron, exige de sa part de réserve, de prudence et de délicatesse : il est plus facile encore de se rendre com[ te des avantages qu'il doit en retirer, moins par le bénéfice matériel que par la considération et par le crédit, qui s'attacheront à son nom, et qui le suivront dans toutes les phases de sa carrière, soit qu'il conserve une situation qui ne peut que s'améliorer avec le temps, soit qu'il préfère se créer une position indépendante.
Les employés des administrations. — Jusqu'ici, nous avons supposé que l'employé dépendait d'une maison particulière. Quant aux grandes administrations, aux puissantes compagnies qui se sont multipliées sur tous les points de l'Europe, elles offrent, avec un avancement plus lent et peu de chances de faire fortune, plus de sécurité, un travail presque toujours moins pénible, un chemin tracé d'avance, et où l'on n'a pour ainsi dire qu'à descendre une pente facile; enfin, une retraite que les maisons particulières assurent rarement à leurs employés, mais que ceux-ci peurent toujours se créer par l'économie, par la prévoyance et par le concours des nombreuses associations organisées à cette intention.
C'est à chacun de choisir suivant ses goûts et sa position; mais nous ne saurions dissimuler qu'à nos yeux le commerce militant est le seul qui convienne à une nature énergique et entreprenante. Les hasards sont plus grands sans doute, mais il faut se souvenir du vieil adage : « Qui ne risque rien ne gagne rien. »
Nous avons peu de choses à dire de l'ouvrier; les devoirs de son état sont si simples, qu'il est inutile d'insister à ce sujet. Travail et économie, telle doit être sa devise, et s'il y reste fidèle, sa condition, grâce aux lois qui le protègent, grâce aux facilités offertes à l'épargne et à l'association, est peut-être plus favorable que celle de l'employé; caria fatigue physique et l'infériorité du salaire, en supposant qu'elle existe, sont des inconvénients largement compensés par la différence de responsabilité, par le peu d'instruction générale que demandent la plupart des professions manuelles, et par l'absence de ces frais de représentation que les convenances sociales exigent de l'employé, et dont l'ouvrier est exempt. Aussi, n'hésitons-nous pas à affirmer qu'avec une bonne conduite, de l'habileté dans sa profession, et une instruction élémentaire même des plus modestes, il est peu d'ouvriers qui ne puissent aspirer à s'établir et peut-être à s'enrichir, ou du moins à occuper dans la grande industrie quelqu'une de ces positions de contremaîtres, de surveillants, de conducteurs de travaux qui leur assureront une existence honorable, et leur permettront de faire des économies suffisantes pour mettre leur vieillesse à l'abri du besoin.