PREMIÈRE PARTIE. — THÉORIE
14. Pour qu'une comptabilité soit complète, elle doit remplir deux conditions essentielles:
La première est de présenter constamment la situation du compte de chaque correspondant, à l'aide d'un compte particulier ouvert à chacun.
La seconde est de fournir les moyens de se rendre compte à soimême du mouvement des valeurs sur lesquelles on opère; des pertes ou des gains partiels, faits dans chaque branche particulière i du bénéfice net ou de la perte résultant, en définitive, des opérations générales; enfin de son état de situation ou bilan, au moment où l'on veut le connaître.
Or il n'est pas possible d'obtenir ces importants résultats par la partie simple, où l'on fait usage de livres auxiliaires qui n'offrent que des détails incohérents, incertains et sans aucun contrôle.
La méthode en partie double conduit seule au double but proposé, et voici par quels moyens :
DU JOURNAL. 1089
15. Non-seulement elle ouvre un compte par débit et crédit aux individus avec lesquels on est en rapport d'affaires, mais elle ouvre aussi des comptes aux objets, aux valeurs et même aux circonstances particulières du commerce auquel on se livre.
En un mot, elle crée des comptes pour les choses comme pour les personnes.
Ainsi, avec elle, non-seulement il y a des comptes de Paul, de Pierre ou de Jean, mais également des comptes de marchandises, de caisse et d'effets. Les premiers, qui ne concernent que la personne à laquelle ils sont ouverts, se nomment comptes particuliers; les seconds sont appelés comptes généraux.
Pour donner une idée juste de ces derniers comptes, nous entrerons dans certains développements; car de la nette conception des comptes généraux dépend en grande partie l'intelligence parfaite de la méthode en partie double.
Du journal en partie double.
16. Chaque article du journal en partie double doit comprendre toujours un débiteur et un créancier.
C'est ce qui distingue cette méthode de la partie simple, où chaque article au journal ne contient qu'un débiteur ou un créancier. Dans la partie double, il faut Pun et l'autre; de là le nom départie double.
17. Dans toute opération de commerce, il y a deux personnes qui contractent : l'une qui reçoit une valeur, et l'autre qui la fournit; or ces deux personnes devant être en présence et figurer dans chaque article, le principe veut qu'on débite celle qui reçoit, et qu'on crédite celle qui donne.
En effet, je compte à Paul 1000 francs en espèces; il résulte évidemment de ce fait que Paul est le débiteur et moi le créancier de cette somme : Paul est le débiteur, parce qu'il a reçu l'argent, et moi, Pierre, je suis le créancier, parce que j'ai donné les 1000 francs.
II en résulte ce principe général :
18. Il faut, par le même article, débiter celui qui reçoit et créditer celui qui donne.
19. Cette double opération s'exécute par la formule suivante, qui ne varie pas ;
Paul doit à Pierre, pour tel objet, etc.
C'est là ce qu'on appelle débiter Paul et en même temps créditer Pierre, parce qu'en effet il ressort clairement que Paul doit et qu'il est dû à Pierre.
20. Si nous appliquons ce principe aux exemples déjà proposés, et si nous supposons que le négociant se nomme x, voici les raisonnements à faire et les articles que nous obtiendrons :
1° Dans la première opération, rai vendu, à Guillaume 5 pièces de vin, etc.
Qui est-ce qui reçoit1? C'est Guillaume; donc il faut débiter Guillaume, ou, en d'autres termes, écrire qu'il doit (18).
Qui est-ce qui fournit? C'est moi x; donc il faut créditer a; (18) : ce que j'exécute en écrivant, selon la formule adoptée (19) :
Guillaume doit à X. fr. 600 pour vente à lui faite de 5 pièces devin, etc. . . G00
2° Dans la seconde opération, J'ai acheté à Paul une balle de laine 1000
Qui est-ce qui reçoit? C'est moi x; donc il faut débiter x (18). Qui est-ce qui donne? C'est Paul ; donc il faut créditer Paul (18), ce que j'exécute en écrivant :
X. doit à Paul fr. 1000 pour achat que je lui ai fait, etc 1000
3° Dans la troisième opération,
J'ai payé à Paul 1000 fr. en espèces 100O
Qui est-ce qui reçoit? C'est Paul; donc il faut le débiter (18). Qui est-ce qui donne? C'est moi x; donc il faut créditer x (18) et écrire :
Paul doit à X. fr. 1000 à lui comptés en espèces 1000
U° Enfin, dans la quatrième opération,
J'ai reçu de Pierre un billet de 3000 fr.
Qui est-ce qui reçoit? C'est moi x; donc il faut débiter x (18). Qui est-ce qui donne? C'est Pierre; donc il faut le créditer (18) et écrire.
X doit à Pierre fr. 3000 pour un billet qu'il m'a remis, etc ....... . 3000
Origine et objet des cinq comptes généraux.
21. Mais on doit remarquer que si l'on passait les écritures comme nous venons de le faire, en laissant subsister le nom du négociant x, celui-ci se trouverait nécessairement débité ou crédité dans chaque article du Journal, puisque, dans ses propres affaires, il est toujours une des parties qui contractent; de plus, comme il faudrait reporter au Grand-Livre tous ces articles au compte du négociant x, ce compte serait aussi long que le Journal lui-même, et tout y serait confondu : marchandises, argent, billets; enfin ce compte n'aurait que l'inconvénient de multiplier les écritures, sans offrir aucun résultat clair et précis.
22. C'est pour remédier à cette confusion qu'on a senti la nécessité, au lieu d'avoir un seul compte pour le négociant x, de lui en ouvrir plusieurs, et qu'on est convenu de ne plus l'appeler sous son nom propre, mais de le désigner sous les cinq noms suivants : Marchandises, Caisse,
1. Comme le principe veut que celui qui reçoit soit débité, et que celui qui donne soit crédité (18, il suffit, pour trouver ce débiteur et ce créancier, de se demander : Qui est-ce qui reçoit? la réponse indique celui qui doit être débité; et Qui est-ce qui donne? la réponse indique celui qu'il faut créditer.