DES CRYPTES
^ES cryptes, de RpuTTTÔç Kcw cacA^, lieu secret, tsoDt des souterrains autres que les catacombes, ce sont des grottes, cavernes factices ou naturelles où les membres de la primitive Eglise dérobèrent ' aux persécutions leurs premières assemblées, leur première société , leur premier culte. Il y a trois espèces de cryptes : les primitives, creusées dans le roc ou dans Targile, dans un but direct; les secondaires ou celles établies dans des souterrains naturels, par suite du choix qui en fut fait, et celles qui plus tard, furent construites sous les basiliques, auxquelles le même nom est resté par extension et par abus, ainsi que celui de confessions. Telles sont les trois significations hiératiques du mot crypte.
Il est aujourd'hui difficile de retrouver dans les cryptes primitives un assez grand nombre de signes certains pour constater leur authenticité. L'on sait seulement que leur plan était quelquefois circulaire, d'autres fois conforme au parallélogramme rectangle, qu'ils esquissaient, d'autres fois la croix grecque ; que derrière l'autel-tombeau , un espace semi-circulaire indiquait le sanctuaire. Un autel ,
une vasque ou bassin servant de baptistère, quelques sièges grossièrement taillés dans le roc, tel était le mobilier de ces temples de la foi naissante , dans lesquels on a retrouvé aussi quelques restes de peintures à fresque sur stuc y représentant le Sauveur, la Vierge Marie, les apôtres et les premiers martyrs, primitifs et vénérables essais de la peinture monumentale religieuse. — Les cryptes naturelles n'eurent vraisemblablement d'autre plan que celui que les accidents de rochers avaient établi. Nous avons à Lyon , à la basilique des Martyrs, un exemple réputé authentique, de crypte primitive non naturelle, construite dans un but direct ; la crypte de Saint-Pothin , sous la basilique de Saint-Nizier, de la même ville, celle de la basilique de Saint-Laurent, à Grenoble, les substructions de la crypte du cimetière de Saint-Emiland (diocèse d'Autun), celle de Sainte-Blandine, sous la basilique d'Ainay, à Lyon^ paraissent être en tout ou en partie des restes de cryptes primitives , aussi creusées dans un but direct, pour y prier sur le tombeau d'un saint, d'un martyr que l'on y avait religieusement et d'une manière occulte recueilli. La crypte la plus importante que je connaisse sur cette portion du territoire de la France méridionale à laquelle se rattachent nos études , est celle qui se trouve sous la basilique de St-Victor de Marseille , et que j'ai revue avec le plus grand soin, en septembre 18&3, accompagné de M. Louis Falque , architecte. Cette crypte qui présente un assemblage confus de nefs, disposées sans plan régulier, offre une de ses portions nommée Grotte de Sainte-Made^ leine, que je n'hésite pas à regarder comme une crypte primitive. La Gaule chrétienne fut peuplée de cryptes, comme la ville de Rome elle-même , qui en a conservé un grand nombre, parmi lesquelles, celle de San Martine a' Monti. Le Lugdunum des premiers âges chrétiens et
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ses environs, les alentours d'Arles , d'Autun, de Vienne, de Cbâlon-sur-Saône et de Mâcon , eurent des cryptes primitives : l'on sait qu'il en existait un nombre considérable sur le territoire de la province Lyonnaise spécialement. Les abbayes de St-Etienne et de St-Bénigne de Dijon , durent leur orignë, comme celle d'Ainay de Lyon, à des cryptes. L'ancienne basilique pontificale, aujourd'hui détruite, de Saint-Félix de Valence, où l'on conservait précieusement les reliques des diacres Fortunat, Félix et Achille, avait été érigée sur l'emplacement d'une crypte. L'on a cru reconnaître quelques-uns de ces souterrains sacrés dans les arrondissements de Vienne, de la Tour-du- Pin et de St-Marcellin (diocèse de Grenoble) ; mais l'on n'a pu constater leur authenticité. Les basiliques et les premiers temples de l'ère ogivale voulurent continuer cette commémoration de la primitive Eglise. En Italie surtout, et dans beaucoup d'églises dé France , l'on perça , sous l'apside et quelquefois sous une portion plus considérable du temple supérieur, des oratoires souterrains qui constituent les cryptes tertiaires, que l'on devrait, pour être vrai , nommer chapelles ou églises souterraines , selon leur étendue. Les basiliques recueillaient dans ces cryptes plus particulièrement nommées confessions^ les restes mortels ou les reliques de leurs docteurs et de leurs saints. Les églises bâties au XIIP siècle y recevaient les tombeaux de leurs pontifes ou de leurs abbés. — L'on descendait , comme nous le dirons dans nos notions sur les basiliques , dans les confessions, par un double rang de marches placées derrière l'autel , quelquefois en avant. La basilique de St-Nizier de Lyon , nous donne encore un exemple de ces oratoires souterrains ; et la ville d'Arles , en perdant sa célèbre abbaye de Montmajor, a été assez heureuse pour conserver la confession qui régnait sous sa basilique. —
©80^ 26 mm Plus tard 9 dès le milieu du XIY^ siècle^ cette continuation de l'Eglise primitive s'interrompit ; il n'y eut plus de confessions sous les églises^ mais de simples charniers dans quelques-unes : les chapelles collatérales qui naquirent vers la fin de ce siècle, servirent à la commémoration des saints et des martyrs.
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