CHAPITRE V
BASI LIQUES.
^ES reproches que les Gentils adressèrent souvent taux premi^s chrétiens ^ de n'avoir ni temples ^ ni autels ^ ni sacrifices , ou se rapportent au temps oh l'Eglise primftive n'était encore sortie li des catacombes^ ni des cryptes^ ou témoignent du peu d'importance qu'eurent les premiers monuments élevés à la foi nouvelle. L'église de Néocésarée, bâtie vers 246, par saint Grégoire-le-Thaumaturge, les Adrianées, sortes de temples érigés pour les assemblées des chrétiens, par l'empereur Adrien devenu plus favorable à la religion naissante , après la lecture de l'apologie de saint Quadrat, sont les principales églises primitives dont l'histoire nous ait conservé le souvenir. Ces églises dont le plan , la distribution nous sont inconnus , et le petit nombre de celles antérieures au IV* siècle, exercèrent une influence difiicilement appréciable sur l'architecture basilicale proprement dite , qui ne date que de la fin du quatrième siècle de notre ère. Sous l'empire de Philippe, et même sous celui d'Alexandre-Sévère, toutefois, il y a lieu de penser que de nombreuses constructions chrétiennes avaient été établies dans les difi*érentes provinces romaines.
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Le docte antiquaire romain^ Giampini^ a démontré Texistence de plusieurs temples chrétiens antérieurs au siècle de Constantin. Les Actes des apôtres nous disent positivement que les premiers fidèles se réunissaient ostensiblement dans les maisons des nouveaux convertis : plus tard. Ton transforma ces salles qui ressemblaient plus à des écoles publiques qu'à des temples, ces maisons particulières en véritables églises. Lorsque la religion devint complètement libre, en comptant au nombre de ses protecteurs le vainqueur de Maxence , les évêques de Rome eurent à choisir parmi les édifices qui convenaient le mieux à l'exercice du culte. Ils eurent grand soin de ne point y approprier les temples souillés par l'idolâtrie , et préférèrent les palais civils nommés basiliques. Ce ne fut que plus fard que Ton construisit dans un but direct , des temples chrétiens qui conservèrent et continuèrent le nom de basilique.
Il nous sufiBra de dire que la basilique civile ^xaïkii^n chez les Grecs, C^TUA, REGI^ DOMVS chez les Latins, fut reproduite par la basilique chrétienne. La racine grecque a prévalu dans les langues modernes, sur Tétymcdogie latine. La présence d'une basilique était une condition indispensable aux villes qui devaient être élevées au rang de municipe ; cet édifice , placé sur le forum , consacré au double usage de tribunal et de bourse pour les transactions de commerce, était souvent une dépendance du palais des rois et des empereurs au nom desquels s'y rendait la justice et s'y traitaient toutes les affaires. La distribution intérieure, uniquement formée par des colonnes isolées, Tabsence de voûtes en pierre remplacées par des plafonds en bois, le peu d'épaisseur qu^une construction aussi peu composée avait nécessité dans les murs, concoururent à assurer promptement la ruine générale
de ces monuments ^ avec l'emploi fait par les premiers chrétiens des riches colonnes de marbre ou de porphyre qui les décoraient^ pour leurs basiliques sacrées.
Le texte de Vitruve, au V® livre de son Traité d'architecture ^ a été longtemps la seule description détaillée que nous ayons d'une basilique païenne construite sur une grande échelle ; mais les fouilles faites avec tant d'intelligence dans les ruines de Pompeï, et celles que l'empereur Napoléon fit exécuter en 1812, sur le Forum de Trajan, à Rome, nous ont révélé le plan authentique de deux basiliques noblement architectonisées ; à Pompeï : cette basilique que M. Auguste Pelet, de Nîmes, vient de copier en liège avec une si admirable fidélité, et qui était sans hémicycle apsidaire, mais offrait le simple parallélogramme rectangle (1) ; à Rome : cette basilique Ulpia dont la charpente était, selon Pausanias, de bois de cèdre revêtu de bronze, dont les plafonds de bois étaient chargés d'or, dont le pavé se composait des plus riches mosaïques, dont la toiture était toute métallique. L'introduction de la basilique à Rome est postérieure à l'année 231 de Jésus- Christ — M. Porcius Gaton, surnommé Priscus, fut le premier qui, pendant sa censure en l'an 204, éleva une basilique qui fut appelée Porcia. Les basiliques FVLFIAy SEMPRONIA, MMIUA, IVLIA, etc., s'érigèrent successivement : on en comptait jusqu'à dix-huit.
Le plan de la basilique civile ayant été presque généralement adopté pour la construction de la basilique chrétienne, nous ne parlerons désormais plus de la première, ou plutôt nous allons confondre l'histoire et la description
(1) L'échelle de réduction adoptée par M. Pelet , pour ses reproductions de monuments antiques , est d'un centimètre par mètre. J'ai été assez heureux pour voir l'original à Pompeï et la copie à Nismes , et je puis rendre ici un hommage public à l'inimitable talent de M. Pelet.
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de l'une et de l'autre dans celles du monument chrétien^ exclusivement chrétien.
La forme des basiliques primitives fut longtemps variable , elle ne devint fixe qu'après la stabilité de l'Eglise . L'église latine n'offrait point encore l'ensemble et la puissance qui la caractérisèrent plus tard et imprimèrent à ses monuments le sceau d'une magnifique unité. Le plan le plus généralement suivi toutefois pour la basilique latine , fut tel que nous allons le décrire.
La basilique latine était, pour l'ordinaire, un parallélogramme rectangle , divisé sur la longueur , en trois nefs par deux rangs de colonnes de granit, de porphyre ou de marbre , et se terminant en un enfoncement demicirculaire appelé apside , ( A-^iç e^'oç, testudo^) parce que la voûte de cette petite région de l'édifice avait la forme d'une conque , d'une écaille de tortue , d'une demicalotte , forme que nous résumons par le mot cul-defour. C'était là que, dans la basilique païenne, siégeaient les juges, les princes quand ils venaient eux-mêmes rendre la justice. L'évêque qui présidait l'assemblée des chrétiens se mit au fond de Vapside nommé plus tard aussi chevet , dans l'espace appelé tribune , à l'endroit p^ siégeait , dans la basilique civile , le juge qui prononçait les sentences. Il s'assit sur une espèce de chaise sénatoriale ou curule en marbre ; les prêtres assistants se rangèrent autour de lui , derrière l'autel , sur un banc en exèdre , à la place des juges assesseurs. La région apsidaire était le plus communément élevée de plusieurs degrés , par rapport au niveau de la nef. L'autel unique s'éleva entre la nef et le siège de l'évêque , dans l'espace apsidaire nommé tribune. Le Presbytère oh se tenaient les diacres et le chœur était en avant de l'autel. Au-dessus de l'autel s'élevait , dans la basilique chrétienne , une coupole sou-
@8«S^ 31 ^msê> tenue par quatre colonnes de marbre précieux , quelquefois d'argent ; on désignait cet emplacement sous le nom de ciborium , à cause de la forme de ce dais , qui était celle d'une coupe renversée. Sur l'autel qui se nomma SAGRiFiGATORiUM 5 daus la lauguc basilicale , les cierges se plaçaient aux quatre coins , comme on peut le voir à Rome^ sur une fresque du temps d'Honorius^ au pronaos de la basilique de Saint-Laurent ^ usage qui s'est maintenu dans l'église grecque. Au centre du ciborium l'on suspendait ordinairement une colombe d'or et d'argent dans laquelle on enfermait l'Eucharistie^ et dont les suspensions ou custodes suspendues ou non suspendues de la plupart de nos anciennes cathédrales^ sont la commémoration et la continuation. Le ciborium de Saint-Clément de Rome , a servi de modèle au dessin qu'a donné le comité historique des arts et monuments. L'on en remarque deux à la basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs , un à San Giorgio in Velabro^ un à Saint-Clément, un à Santa Maria in Cosmedim , etc. Les dais suspendus au-dessus du maître-autel et les baldaquins sont encore la tradition du ciborium. Autour du et 6onum, à la base 5 régnait une balustrade appelée cancel {cancelli, grillages) , qui s'était maintenue dans la basilique de Saint-Etienne, de Lyon, jusqu'à l'époque où cet édifice tomba devant les exigences révolutionnaires.
Par respect pour les anciens usages, les basiliques patriarchales de Rome et la basilique patriarchale et primatiale de Saint-Jean-Baptiste , de Lyon , n'ont jamais admis le tabernacle sur leur autel majeur; mais conservent l'Eucharistie dans le Reposilorium.
Vapside aussi appelée AVGVSTEVM , était séparée de la nef par un rideau, vélum., qui se tirait au moment de la consécration et de la consommation des saints mystères, comme cela se pratique encore aujourd'hui dans
l'église grecque. L'autel placé sous le ciborium nommé aussi labernaculum, se composait d'une simple table de marbre ou de porphyre , soutenue par quatre et quelquefois cinq colonnettes d'un travail riche et varié ; il n'ofirait aucun gradin. Le chœur (1) qui , comme nous l'avons dit, était placé devant l'autel et était destiné aux sous-diacres , aux acolytes, à tout ce qu'on appelait le clergé mineur, occupait précisément l'espace réservé aux avocats, dans la basilique civile. Il s'étendait à une partie de la nef ^ comme il est aisé de s'en apercevoir , en voyant ses limites , à Saint-Clément, de Rome. A l'entrée de ce chœur étaient établies deux espèces de petites chaires nommées ambons et analogues , pour la lecture del'épître et de révangile|, et d'oii le prêtre faisait au peuple les instructions et communications verbales qu'il avait à lui faire entendre. Les deux ambons n'étaient pas toujours pareils, comme cela se voit à Saint-Clément de Rome ; et à l'un d'eux se rattachait une colonnette de marbre , presque toujours torse , enrichie d'incrustations de pierres précieuses , marbres de couleur ou émaux, qui formait le flambeau du cierge pascal. Ce flambeau ou candélabre se trouve à Rome , à Saint- Clément, à Sainte-Marie in Cosmedim (Bocca délia verità), àSan-Giorgio in Velabro (Bàsilica Sempronia). L'ambon de Saint-Clément a servi de type pour les instructions du comité des arts et monuments. La province ecclésiastique de Lyon a conservé quelques-unes de ces chaires primitives dont j'ai retrouvé la tradition à Monthelon (diocèse d'Autun) , dans une sorte de volet fixé à l'angle du chœur , qui se replie pour isoler le prêtre des fidèles.
L'orientation des premières basiliques était dirigée en sensinverse de ce qu'elle devint un peu plus tard. L'évêque
(1) Le motde chœurn'esi point contemporain de la naissance de l'Eglise : il fut employé plus lard , et vicnl de cœtus canentitim décorum.
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ou le célébrant était placé derrière Tautel , de manière h regarder à la fois le peuple et l'Orient. Il n'y avait qu'un étroit espace entre l'autel et le fond de l'apside. Dans toutes les basiliques patriarchales , et même dans la plupart des basiliques de deuxième classe de Rome , l'autel pontifical est disposé de manière à ce que le pape officiant^ regarde le peuple , quelle que soit d'ailleurs l'orientation. Cette loi est constante depuis Saint-Jean-de-Latran jus-r qu'à Sainte-Marie Trastévérine. L'autel des basiliques majeures est souvent à double coffre comme celui de notre basilique primatiale de Lyon.
Les deux ambons formaient la limite naturelle du chœur destiné au clergé mineur ; alors on ne connaissait pas ces chantres laïques dont la sainte église de Lyon , conservatrice des anciens et pieux usages ^ n'a jamais toléré l'introduction. Je ne sais point m'expliquer pourquoi le moyen-âge a interverti cette disposition hiératique primitive qui conservait d'ailleurs la tradition du tabernacle de Moïse et du temple de Salomon. Sous la tribune, en mémoire des anciennes cryptes des martyrs oh leurs restes étaient recueillis , l'on creusa une chapelle souterraine nommée confessio. Près de la tribune, du côté de l'évangile, étaient placés les sénateurs, l'autre côté était réservé aux matrones, et , ainsi , des nefs correspondantes oii les hommes et les femmes étaient séparés.
Toute la région supérieure de la basilique comprenant Yaugusteum , apside ou tribune , le presbytère et lecftœtir, avait sa voûte beaucoup moins élevée que le plancher de la nef, et cette inégalité d'élévation était rachetée par un cintre nommé arc triomphal, placé entre le chœur et la nef, et sur lequel nous aurons beaucoup de détails à donner quand nous serons arrivé à la partie de ces instructions qui concerneront l'architecture
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romano-byzantine. Indépendamment de Fapside principale ou centrale , il y en avait deux collatérales correspondant aux deux contre-nefs : celle de gauche était le diaconicum où le clergé vêtait les habillements sacerdotaux ; celle de droite s'appelait paratormm on secretarium 9 sacrarium, oblationarium ^ et servait à la préparation des vases sacrés. Ces apsides secondaires fermées comme l'apside centrale , par des voiles , continrent les vases sacrés , les livres et les diplômes ; ce fut l'origine des ti^ésors et des bibliothèques. Les basiliques constantiniennes se conformèrent toutefois religieusement aux dispositions de la basilique civile , et n'eurent point les deux apsides collatérales , comme cela se voit dans le plan de Sainte-Agnès-horsles-murs , à Rome.
• L'on a plus tard , sous le règne de l'architecture ogivale , remplacé le diaconicum par la sacristie , et le paratorium par la crédence. — C'est dire assez que l'édicule nommé sacristie et qui fut toujours un embarras pour les architectes , qui ne surent comment le faire entrer dans le plan d'une église ni comment le raccorder avec elle quand eUe préexistait 5 n'existait pas dans l'ère basilicale. Les trois nefs occupées parles plaideurs et les curieux^ dans la basilique païenne ^ furent destinées dans la basilique chrétienne ^ celle de droite aux honmies ^ celle de gauche aux femmes. La nef de droite se nommait australe , et celle de gauche qui était quelquefois plus large que l'autre , parce que , dès ces premiers âges de la foi , la piété des femmes semblait déjà l'emporter sur celle des hommes , celle de gauche^ dis-je, recevait le nom de nef boréale. La portion inférieure de la grande nef était réservée aux catéchumènes qui ne participaient pas encore à la célébralion des mystères , mais qui venaient seulement écouter les instructions. La nef centrale des basiliques présentait
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souvent deux ordres de colonues superposées^ de manière qu'au-dessus du premier ordre régnait une espèce de galerie ou de tribune, désignée sous le nom de triforium, et réservée aux vierges et aux veuves qui se consacraient à Dieu. Le triforiumse bornait quelquefois à orner le revers de la façade ; c'était une tribune subdivisée en trois arcs, comme cela existe à la basilique constantinienne deSainte- Agnès-hors-Ies-murs, à Rome , à la basilique de Saint-Paul , à Lyon. D'autres fois, il régnait à la nef et se composait de séries de trois arcs séparées par un gros pilastre, ainsi que cela existe à Rome encore , à l'église De* Quattro Coronati , à la basilique de Toulon-sur-Arroux (diocèse d'Autun). Triforium aulem dicitur, dit Ducange, quod ejusmodi strictions ambulationis aperturœ intra ipsam œdetn, duabus columnulis distinctœ , trinas fores seu aperturas , quodammodo prœferant.
Une grande porte nommée hasilica ou porte Royale , et deux portes secondaires s'ouvraient sur la façade de la basilique, pour donner accès dans les nefs.
C'était par cette porte nommée aussi speciosa que l'on accédait communément dans le temple. Souvent la basilique était si simple, même à l'intérieur, dans la décoration de sa nef, qu'elle n'avait pas même de plancher (soffittoj, et que l'on y voyait la charpente et la tuile à nud. La basilique cathédrale de Fiesole (Toscane) , l'église des SS. Nereo ed Achilleo,àRome, etc., nous offrent cette disposition. Souvent encore les colonnes étaient elles-mêmes faites de pierres de rapport ou de briques, comme à Fiesole et dans notre abbaye de Tournus. Quatre quarts de cercle réunis formaient l'assise de briques. Les chapiteaux étaient presque toujours des débris d'édifices antiques posés sur la colonne, mais sans rapports et sans harmonie avec elle. Je regarde, à Rome, comme un des
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plus anciens types de la basilique latine primitive^ cet édifice construit parallèlement au chemin , et qui sert d'entrée à la basilique de Sainte-Agnès-hors-les-murs. — La basilique chrétienne continua , dans les premiers siècles de l'Eglise^ la simplicité monumentaire extérieure de la basilique judiciaire et civile. Toute la .construction portait au dehors les marques d'une excessive sobriété d'ornements. Les murailles étaient percées de baies oblongues, étroites , dont le cintre était formé de briques juxta-posées , quelquefois de claveaux séparés par deux briques accolées. Jamais on ne voyait d'archivolte , ni de colonnes ^ ni de sculptures. En imitant cette simplicité extérieure de la basilique civile , les fidèles se conformaient à ce sentiment d'humilité qui leur était propre, et ils évitaient d'appeler sur leurs temples et leurs cérémonies, parle luxe extérieur des édifices sacrés, l'attention jalouse des gentils qui étaient encore nombreux etpuissants. La façade des premières basiliques chrétiennes était composée conune il suit Un fronton peu incliné indiquant la forme du comble occupait le sommet de cette façade; au-dessous était une face lisse et carrée, percée de trois baies. La région inférieure , percée de trois portes fermées par un voile, formait avec le haut un seul plan Vertical , et souvent soutenait un porche composé d'un grand toit saillant que supportaient des colonnes. La toiture était la toiture antique composée de tuiles plates fort larges à rebords recouverts par des tuiles courbes. Au centre du triangle formé par le fronton, une ouverture circulaire , nommée ociilus , œil , donnait de l'air à la charpente du comble ; cette ouverture , quelquefois close, était, dans ce dernier cas, figurée par un cercle renfoncé. Quelquefois aussi , au lieu d'un oculus , c'était une ouverture en forme de croix grecque , comme en fournit l'exemple , la basilique de Saint-Alexandre ,
de Lucques , et, comme cela se voit, imité dans plusieurs églises de Bourgogne, notamment à l'église rurale de Prissey (nouveau diocèse de Dijon). C'est là que se firent les premiers essais de mosaïque extérieure ; on y repré-" senta le Christ en buste ou assis sur un trône; cette figure était une sorte de reproduction des imagines clypeatœ , que les Romains plaçaient dans le fronton de leurs temples. Il existe un exemple de cette introduction de la mosaïque dans Yoculus , à l'antique et imposante basilique de San Frediano , à Lucques.
La porte principale carrée des basiliques était décorée d'un chambranle quelquefois enrichi de Vopus Jlexandrinuniy et dont deux lions sculptés formaient la base. Le moyen-âge romano-byiantin a des exemples nombreux de ce symbole de la force, applic[ué comme ornementation aux porches extérieurs où l'on rendait la justice , c'est ce qui explique le Judicium inter leones de nos vieilles chroniques. Les premiers chrétiens, peu habiles dans la sculpture, ont souvent incrusté dans les murs de la façade de la basilique, auprès des portes, des fragments de sarcophages romains ; les têtes de lions qui s'y trouvent figurées , tiennent lieu de celles qu'ils ne pouvaient exécuter eux-mêmes. La plupart des basiliques de Rome dont la façade n'a pas été modernisée, offrent les lions ou à la porte principale ou au pronaos. Ils se font remarquer à la basilique constantinienne de St-Laurent-horsles-murs, dans les basiliques lombardes, dans la plupart de celles de la ville de Lucques, notamment à San Martino, à Sant' Alessandro, etc. Quelquefois les lions furent plus tard placés en signes commémoratifs , à la partie supérieure de la façade, près de Voculus, comme il arrive à la basilique de Santa Maria Forisportam , à Lucques. La basilique métropolitaine de San Martino de la même
<§sm 38 mn^ ville , offre les lions à son pronaos. Ce pénitentiaire est un type d'édicules du genre. Il se compose de trois arcs dont le plus petit à droite seulement^ est de faire romanobyzantin : aussi est-ce à lui que se rattachent les lions.
Les portes extérieures de la basilique étaient abritées par un porche auquel était suspendu un long voile pendant jusqu'à terre. Ces porches ou péristyles se nommèrent impluvium, anti-temple, portique, pronaos et narthex. Sous le porche^ auprès de la porte principale , étaient placés deux bassins destinés aux purifications ; introduits plus tard dans le temple , ils reçurent l'eau bénite.
V atrium, area, situé devant le porche, était un vaste emplacement carré, ceint par des murailles élevées ou par des portiques. La décoration de ces galeries couvertes qui faisaient le tour de Y atrium ou parvis, était la même que celle du porche avec lequel elles étaient liées. La porte de V atrium était ouverte dans l'axe de la basilique, et abritée, comme le temple, par un porche auquel était aussi suspendu un vélum. L'église de S. Prassede à Rome, a conservé la porte de son ancien atrium, laquelle a servi de modèle pour la figure qu'a donnée, dans ses instructions, le comité historique des arts et monuments, du ministère de l'instruction publique. — Les rideaux qui flottent encore aux portes des églises d'Italie sont la continuation de ceux des basiliques.
Dans les basiliques privées d'atrium, chaque entrecolonnement du grand porche était fermé de même par de longs voiles qui protégeaient les pénitents contre les ardeurs du soleil ; mais le plus généralement ces tentures flottantes étaient communes aux porches et portes de la basilique et au porche de V atrium, même aux portiques qui en formaient l'enceinte. Ainsi Vatrium des basiliques chrétiennes formait une sorte de propylée, dont lespor-
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tiques couverts servaient d'asile aux néophites et aux pénitents, avant leur admission dans le temple. Nous avons, dans la province ecclésiastique de Lyon , au diocèse d'Autun, une vieille église de village, celle de Dennevy, qui nous offre l'image des premières basiliques. Sa porte est abritée par un auvent on chapiteau (1), qui représente le porche, et devant ce porche s'étend un espace entouré de murs, qui représente V atrium. — Avant que le paganisme ne se fût de nouveau introduit dans l'art, même à Rome, et que les souverains Pontifes eux-mêmes, en cédant au mauvais goût des XVP et XVIP siècles , n'eussent enveloppé les basiliques constantiniennes d'un réseau de fioritures et de constructions hétérogènes, ce qu'ils appelaient restaurer (PONTIFEX MAXIMVS INS- TAVRAVIT ET IN AMPLIOREM ORDINEM ADEGIT) , la ville éternelle renfermait un grand nombre de basiliques complètes, ayant toutes leurs dépendances. L'église des Quatre-Couronnés, avec sa cour en avant, son clocher isolé, élevé au-dessus de la porte de V atrium ^ l'église de S. Prasscde, la basilique de St-Laurent, mais surtout l'église de St-Glément, malgré le siège régulier qui en a été fait par le mauvais goût, rappellent d'une manière assez significative encore, les dispositions et les dépendances de la basilique constantinienne chez les Latins. Devant les basiliques primitives, extérieurement à Vatrium et quelquefois aussi dans son enceinte , s'élevait un petit édifice indifféremment carré, circulaire, hexagone, octogone, ou en forme de croix grecque : il était destiné aux cérémonies du baptême, c'était le baptistère. Au centre de cet édicule, un bassin profond prenait, le plus souvent, la forme du monument lui-même. Sous
(1) C'est un nom populaire donné en Bourgogne , aux porches des églises.
rinvocation de saint Jean-Baptiste, l'on y recevait de la main de l'évéque, le baptême par immersion. Les catéchumènes étaient plongés dans la cuve, qui se remplissait par une rigole souterraine, et se vidait par le même moyen. Le bassin était souvent environné d'une galerie de colonnes supportant le plafond. Une baie éclairait Tédicule par en haut ; les bancs des catéchumènes se plaçaient autour du bassin. Vis-à-vis la porte d'entrée placée en regard de celle de la basilique , comme cela existe à Pise et à Florence, l'image de saint Jean-Baptiste présidait à la pieuse cérémonie. Plus tard, la fontaine du baptôme fut introduite sous le porche, puis enfin, dans l'enceinte même des églises où, sous l'école ogivale, elle occupa une chapelle particulière sous les contre-ne£s.
Tel était l'ensemble des constructions qui se rattachaient au naos proprement dit et qui constituaient la l)asilique primitive dont nous reprendrons la description et l'histoire, lorsque nous arriverons aux notions sur l'architecture romano-byzantine. Il n'y avait de voûté dans la basilique que Vaugusteum ; même dans la basilique à l'état primitif, le plancher de la nef que les Italiens nomment soffltto, fut souvent à caissons ornés de moulures et de peintures : les parements inférieurs des murailles intérieures furent quelquefois revêtus de marbres de différentes couleurs, le pavé fut fréquemment disposé en riches mosaïques. Les petites croisées demi-circulaires qui éclairaient les basiliques se garnirent de plaques de marbre percées de trous circulaires ou ovales très rapprochés, dans lesquels étaient incrustés des feuilles de verre ou des lames très minces de gypse.
Il existe une dissemblance frappante entre la basilique chrétienne et la basilique antique, qui exerça une grande influence sur les formes architectoniques des siècles qui
suivirent. Ce point de dissemblance consiste dans la présence de Tarcade sur les colonnes ^ dont il n'existe aucun exemple dans l'antiquité ^ et qui fut substituée, par les fidèles, à l'architecture employée par les païens.
En Grèce et en Orient, la forme quadrilatérale fut généralement adoptée pour les basiliques chrétiennes, dès les premiers siècles de l'Eglise, concurremment avec la forme circulaire ou polygonale. A Gonstantinople, à Antioche, à Jérusalem, ces dispositions furent presque les seules en usage. Les temples étaient tous surmontés d'une voûte en coupole, ce qui les distinguait encore des édifices latins, couverts en charpente, lors même que leur. forme était circulaire, ce qui arriva quelquefois en Occident , oh une nef carrée précéda un sanctuaire complètement circulaire (1). C'est avec ces éléments orientaux, c'est en combinant et en coordonnant les systèmes architectoniques antérieurs, que Isidore de Milet et Anthemius de Tralles, chargés par Justinien de construire la basilique de Sainte-Sophie de Gonstantinople, disposèrent ce temple célèbre que l'on peut considérer comme la base de l'école d'architecture chrétienne, qui moitié grecque, moitié latine, se répandit dans toute l'étendue de l'empire oriental , pénétra en Italie , en Allemagne, en France, et que l'on nomme aujourd'hui romano-byzantine.
La basilique primitive raiq)elait la triple disposition du Naos ou temple hébreu : l'» le sanctuaire, le lieu très saint, Fadyton; 2° le lieu saint, la nef; S'» le porche et les cours : ces trois divisions correspondaient aux trois classes de la société, les prêtres, les fidèles et les catéchumènes.
(1) Le temple élevé par Perpetuus sur le tombeau de saint Martin , près de Tours, fut, sur la terre gauloise , le plus bel exemple de cette disposition curieuse inspirée peut-être par une réminiscence duSlrSépulcre.
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Saint Grégoire de Tours donne pour dimensions aux basiliques élevées de son temps et avant lui^ 150 pieds (ÔO mètres) , non compris V atrium qui était à peu près de cinquante. Il est à remarquer que la basilique de Gluny exceptée 5 qui était le dernier et immense soupir de l'architecture romano-byzantine , toutes nos basiliques importantes de la province lyonnaise^ offrent .cette échelle devenue pour ainsi dire hiératique. On voit que ces dimensions étaient déjà bien autres que celles du temple antique : sous Tère de l'architecture ogivale , le temple chrétien se développa encore davantage et arriva à une échelle vraiment immense en hauteur^ longueur et largeur.
L'archéologie sacrée n'a encore donné aucun nom technique à cette période de l'architecture sacrée qui vit s'élever les basiliques primitives latines ou grecques. Ce n'était plus l'architectonique purement antique qui régnait^ ce n'était pas encore l'architecture orientale combinée au faire latin. C'était une architecture sacrée , d'imitation , mais d'imitation libre , modifiée par le grand fait chrétien : la basilique antérieure aux Y'' et VP siècles, gagna constamment et progressivement en luxe intérieur et en ornementation. Les prêtres alors étaient le plus souvent architectes des temples qu'ils voulaient ériger à Dieu : c'est l'ÈRE SACERDOTALE de l 'architecture sacrée 5 qui dura avant et pendant toute la période romano-byzantine.
La fusion qui s'opéra au VP siècle entre la basilique latine et la basilique orientale , est comme le symbole de l'alliance des deux églises d'Orient et d'Occident A partir de ce VP siècle , les deux basiliques latine et grecque , qui n'avaient pas marché dans la même voie architectonique, se rejoignent, se confondent, et l'histoire de l'architecture romano-byzantine devient celle de l'architecture sacrée en général. J'ai dû , ici , ne parler de la
basilique qu'à l'état primitif , c'est-à-dire avant l'époque où l'Orient vint la modifier et faire ruisseler sur la voûte de ses apsides les flots d'or de ses mosaïques ; j'en laisse maintenant la description et l'histoire pour les reprendre sous l'ère romano-byzantine qui régna d'une manière absolue. Comme il eût été dijQScile de systématiser les premiers monuments de l'art chrétien sans les rattacher à un nom technique, à un type arrêté, dans les instructions et les exemples qui sont l'objet de cet ouvrage, je rattache tous les édifices chrétiens antérieurs au XIIP siècle, à une classe commune désignée sous le nom d'ère romano-byzantine, de telle ou telle phase, même quand il s'agit de monuments élevés avant que la basilique latine ne se soit associée à la basilique orientale d'une manière fixe, car cette association, devenue une fusion sous Justinien , commença dès le règne de Constantin.
J'en ai dit assez sur la basilique primitive érigée dans un but direct, ou la curie civile antique que l'empereur Constantin donna aux premiers chrétiens pour qu'ils eussent à les convertir en temples. — Le temple chrétien, à sa naissance, on l'a vu, n'était qu'un lieu de réunion , DOMVS ORATIONIS. Les évêques de Rome s'opposèrent de tous leurs moyens et leurs efforts à ce que les temples antiques fussent appropriés au culte chrétien ; ils préférèrent d'abord la conversion en églises, de plusieurs auditoires judiciaires auxquels succéda l'érection de temples faits pour la foi nouvelle et parfaitement appropriés à ses besoins. Ils conservèrent le nom de basiliques ; leur apside , celui de tribune , d'où nous avons tiré notre mot tribunal Les basiliques sont donc les églises primitives qui succédèrent aux catacombes , aux cryptes et oratoires souterrains, et cette dénomination s'applique indistinctement soit aux bourses et palais-de-justice devenus temples
chrétiens , par destination , soit anx monuments érigés sur le modèle de ces édifices 5 pour servir exclusivement au culte. Ce nom de basilique s'étendit d'abord aux églises impériales 9 royales ^ ducales etprincières, ensuite à toutes celles qui étaient célèbres par leurs docteurs et le sang de leurs martyrs 9 et qui 5 bâties sur des cryptes , renfermaient de pieuses reliques et des tombeaux de confesseurs et de saints. Par extension^ encore , Ton désigne aujourd'hui du nom de basiliques les temples d'une certaine importance monumentaire, les églises métropolitaines ^ cathédrales, abbatiales 9 collégiales, celles construites sur le plan basilical 9 c'est-à-dire dans la forme parallélogrammatiqoe de la basilique latine , et particulièrement celles qui représentent le type romano-byzantin. Quand une église beaucoup plus moderne a succédé à une ancienne basilique, elle en retient le nom ; ainsi , le temple pontifical de Saint- Pierre, de Rome, bâti dans les idées de la Renaissance, sur remplacement de la basilique vaticane, a conservé le nom de basilique ; ainsi , l'église de Saint-Nizier , de Lyon, érigée au XV"* siècle , à la place d'une basilique romano^byzantine , a , par la même raison , retenu la même dénomination. — Ainsi , le présent d'un peuple se lie à son passé. Je me suis prescrit la loi dans cet ouvrage comme dans mes {n^écédentsémtssur l'archéologie sacrée, de ne pas employer arbitrairement la dénomination de basilique , et de ne m'en servir que pour désigner ou des temples plus ou moins postérieurs au type romanobyzantin, mais élevés sur de primitives basiliques, ou des temiples romano-byzantins , de plan basilical. — Il ne faut pas jouer avec les mots , et il est nécessaire, pour s'entendre, de leur conserver toujours leur véritable signification historique. Quand le temple ne rentre pas dans ces conditions , je le nomme tout simplement église. — Rome
®8M àb mm a un peuple de basiliques ; celles du premier ordre sont appelées BASILIQUES PATRIARCHALES (basiliche maggiori ^ basiliques majeures). Leur nombre est de cinq^ on les appelle aussi stationnaires. La première en rang est la basilique de Saint-Jean-de-Latran ( basilica lateranense), ECCLESIARVM. VRBIS. ET. ORBIS. MATER. ET. CAPVT. C'est la basilique pontificale par excellence , celle où le souverain Pontife prend possession (1). La basilique vaticane (Saint-Pierre) n'estque la seconde ^ malgré Terreur générale du public français ; la troisième est celle de Saint-Paul-hors-les-murs ; la quatrième , la basilique libériane (liberiana) ou de Sainte-Marie-Majeure ; la cinquième^ enfin ^ celle de Saint-Laurent-hors-les-murs. A la basilique libériane , dont la principale porte de bronze appartint à la basilique civile dite Mmilia, se trouve la porte murée dite sainte ^ qui ne s'ouvre que dans Tannée du jubilé universel. — L'Italie , le midi de la France , l'Orient^ la Grèce , une partie de l'Allemagne seules possèdent des basiliques latines ou orientales dans toute la signification du mot ; de ce nombre sont Sainte-Sophie , de Constantinople , convertie en mosquée ; les basiliques de Ravenne ; les BASILIQUES PATRIARCHALES de Rome , les BASILIQUES PATRURCHALES de Lyon. — En voici assez pour l'intelligence des basiliques. Les lecteurs qui désireraient de plus amples documents sur ce sujets peuvent recourir avec fruit aux ouvrages suivants : Délia Economia polilica del Medio Evo , par le chevalier Luigi Cibrario ; Il Costume di tutti i tempi , deW abate L. Menin; Histoire de VJrt par les monuments ^ par
(1) Cette basilique constantinienne réédifiée après son incendie , est, comme Ste-Marie-Majeure, noyée dans une enveloppe d'architectonisalion moderne , surtout à la façade , qui est plutôt celle d*un palais que du premier temple du monde.
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Seroux d'Agincourt ; Synopsis historica de œdifkiis à Constantino Magno extructis , par Ciampini , et Fêtera
Monumenta ^ du même; Histoire de la disposition et
des formes que les chrétiens ont données à leurs temples ^ par J.-D. Leroy; les œuvres d'Eusèbe et de saint Grégoire-de-Tours.
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