DU MOBILIER DES BASILIQUES
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?L n-'est pas du tout prouvé que les premiers ^chrétiens aient adopté la figure de la croix, ^avec un but direct, et pour le plan de leurs cryptes, oratoires et basiliques, et pour sympieux à placer sur leurs tombeaux. La croix grecque que Ton trouve quelquefois sur les pierres sépulcrales des temps chrétiens primitifs, était un signe symbolique de la vie future, dont le plus souvent, les païens eux-mêmes marquèrent leur sépulture; encore a-t-on souvent pris pour des croix, des ancres mal figurées. La croix ne commença à être honorée et vénérée qu'après qu'elle eut été arborée par Constantin ; elle fut adoptée comme signe hiératique ; mais nue, c'est-à-dire sans Christ. Elle fut accidentellement, dès le V* siècle, représentée dans le plan des basiliques, à l'état de croix grecque et même de croix latine : nous trouverons cette dernière figure dans l'oratoire consacré aux SS. Nazaire et Celse, élevé à Ravenne, par l'impératrice Galla Placidia, fille de Théodose-le-Grand, pour servir de sépulcre à elle et à sa famille. Cet oratoire date du milieu du V* siècle.
— Mais ce ne fut que dans les temps avancés de l'ère romano-byzantine^ et surtout sous l'influence ogivale^ que la croix latine fut généralement adoptée comme figure, dans le plan des basiliques et des églises.
L'idée du Sauveur crucifié fixa peu les premiers chrétiens et ne fut jamais représentée par l'art des primitifs jours de l'Eglise. A Rome, cette grande boussole de notre foi, l'on ne trouve pas , dans les catacombes, une seule trace de Jésus mis en croix , la moindre figure qui rappelle la flagellation et le supplice , la plus faible image déchirante de douleur et de deuil. Dans les premiers essais de la peinture sacrée dans les cubicula et les cryptes, sur les vases sacrés de ces temps natifs de la religion , coDune le fait remarquer Dom Guéranger dans ses Institutions liturgiques relativement au calice , dans les mosaïques et les sculptures , Jésus-Christ est toujours représenté sous l'image du Bon Pasteur, au milieu de ses apôtres, portant sa brebis, barbu ou imberbe, poisson et pécheur. — Rien en lui ne rappelle la^ passion qu'il soufirit dans le grand sacrifice de la Rédemption. L'on peut consulter sur ce sujet les notions sur le crucifix, que M. Didier Petit, de Lyon , a placées à la suite du catalogue imprimé de sa collection d'objets d'art ( 1 ). L'absence du crucifix s'explique par les raisons suivantes : l'on voulait ménager la susceptibilité des Juifs et des Gentils qui avaient horreur du supplice de la croix réservé alors aux esclaves ; le respect que les premiers chrétiens avaient pour un Dieu fait homme , ne leur permettait pas de reproduire l'image du crime des Juifs ; il paraissait inutile de parler au cœur et de réveiller la foi des premiers fidèles , par la vue des
(1) M. Didier Petit est le premier archéologue qui ait étudié gravement cette question, indiquée par M. Raoul-Rochette, (Mém. de J^Acad. des inscrip. et belles-lettres.) et qui en ait donné la solution.
tortures auxquelles le divin Rédempteur s'était soumis ; le sentiment de pudeur qui dut retenir les premiers pas des artistes 5 pour cette représentation du Sauveur du monde en l'état de nudité et d'ignominie dans lequel les Juifs l'avaient mis à mort. Telles sont les principales raisons de la primitive absence du crucifix , établies avec autant de talent que de vraisemblance , par M. Didier Petit. Quoi qu'il en soit ^ nous ne pouvions nous dispenser de constater le fait. Ce n'est qu'à mesure que l'on s'éloigna de cette grande époque de la rédemption que l'Église sembla tolérer ^ si ce n'est provoquer ^ les images de la passion du Sauveur. Le crucifix ne se montra que fort tard dans les basiliques. — Les exigences hiératiques ont souvent changé ; ainsi , pas de christ en croix avant le ¥• siècle , pas de représentations peintes ou sculptées de l'assomption de la Vierge Marie avant le XVII* ^ mais toujours des couronnements 5 etc.
La recherche des premières représentations du Christ crucifié était le second objet de mes nouvelles études en Italie, et je les ai poursuivies avec un zèle infatigable : ce n'est donc pas à la légère que je me suis hasard^ à fixer au cinquième siècle la première épreuve des crucifix. Mon honorable et célèbre collègue , le chevalier Pierre- Hercule Visconti , secrétaire perpétuel de la pontificale Académie romaine d'archéologie, commissaire des antiquités romaines, président du Musée Capitolin, partage complètement cette opinion et a beaucoup contribué à asseoir irrévocablement la mienne ; c'est aussi celle du savant Père de-Ferrari , préfet de la bibliothèque Casanalense y à la Minerve, et membre surnuméraire de la même académie. Le crucifix en mosaïque qui se voit dans la partie concave ( il concavo ) de l'apside de St-Clément, à Rome, ne saurait toutefois déposer en faveur de
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cette opinion , car il appartient au XIII* siècle ^ c'est-àdire à Tère transitionnelle du type romano-byzantin , avec les ornements en arabesques qui Tentourent^ dans cette belle mosaïque apsidaire. Ce crucifix est nu et porte la ceinture. Il en est de même du crucifix de la basilique métropolitaine de St-Martin , de Lucques , qui est bien loin de remonter aux temps qui suivirent immédiatement l'époque constantinienne. Le plus ancien monument de ce genre qui soit arrivé à ma connaissance , parmi tous les crucifix que j'ai vus^ est le petit crucifix en bronze qui existe dans le cabinet des bronzes, à la galerie degli Uffiziy à Florence , et que le bienveillant custode a eu la bonté de me confier plusieurs fois. Le Christ a la tête inclinée de gauche à droite ; cette tête porte une espèce de couronne murale à trois compartiments ou créneaux. Le buste et les jambes sont nus , le corps est vêtu d'une demi-tunique ou juste-au-corps. Les linéaments des côtes sont indiqués par des lignes en creux et les cheveux par des points ; les plis de la tunique par une pâte de couleur bleue et ceux de la ceinture par une pâte blanche. La figure est longue , grossièrement profilée , conforme au type hiératique que continuèrent les artistes byzantins jusqu'au XI* siècle : l'on y remarque des moustaches. L'inscription ou légende gravée en creux porte ces mots ainsi rangés :