I. C: NAZ ARENVS
REX. IVD EORVM les caractères de cette inscription ne sont pas encore byzantins, ils sont tout-à-fait romains. Au revers de ce crucifix on trouve un millésime mis après coup , c'est celui
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de MCCCXII ; cette date bien postérieure coïncide avec d'autres ornements gravés^ ajoutés plus tard à l'ouvrage primitif 5 et qui consistent en quatre cercles circonscrivant les symboles des évangélistes^ pareils à ceux qui se trouvent gravés sur une pierre extérieure , à l'apside de l'église rurale de Serrigny (nouveau diocèse de Dijon) (1), et enfin 5 un cinquième cercle circonscrivant l'Agneau du Sauveur. — Ce crucifix était jadis doré. — C'est , je crois pouvoir l'assurer ici , un monument presque authentique de la fin du V"* siècle. Il est à remarquer que le Christ est fixé sur la croix par quatre clous. Cette présence des quatre clous dura pendant toute la période romano-4)yzantine. Ce fut Cimabûe qui ^ le premier , eut l'idée 9 par un sentiment personnel d'harmonie artistique 9 ou par un caprice de sa féconde imagination , de réunir les deux pieds du Christ ^ de les superposer et de les fixer par un seul clou , ce qui réduisit à trois le nombre des clous employés dans le crucifix, tandis qu'auparavant , les deux pieds du Christ étaient séparés et fixés chacun isolément par un clou. L'on ne saurait sérieusement faire remonter ce monument à l'ère des premières basiliques constantiniennes ; il est impossible de le rapporter aux temps byzantins ; je crois donc lui choisir sa véritable place, lui assigner son véritable âge en le considérant comme une œuvre du V* siècle. On voit évidemment ici comment l'art triompha petit à petit des répugnances populaires contre la représentation d'un Dieu crucifié. L'on ménagea la sensibilité des populations en vêtant à moitié le Christ ; ce fut la transition entre la croix du Labarum et la croix du Christ nu auquel nos yeux sont maintenant, depuis si longtemps accoutumés. —
(1) Voir la suite de cet ouvrage , chapitre XVI.
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Le magnifique crucifix byzantin de la bibliothèque de Sienne (Toscane) , est bien évidemment un monument du XI"" siècle^ qui n'éclaire pas ce point de Thistoire de l'art, à savoir que c'est au V* siècle seulement , que l'on eommença à représenter Jésus-Christ en croix. — Nous venons de voir comment — Mais, revenons à notre sujet — L'introduction du crucifix dans la basilique exerça une influence marquée sur son architectonique ; car ce fut à partir de cette époque que le sanctuaire des temples offrit cette déviation par rapport à l'axe de la nef qui se remarque dans tant d'anciennes églises, particulièrement à l'église rurale de St-Desert, diocèse d'Autun, et à celle de Notre-Dame d'Auxonne , diocèse de Dijon. Les croix romano-byzantines sont assez communes dans la province ecclésiastique de Lyon. Je citerai la croix processionnale de Chassey (diocèse d'Autun), qui date de la phase transitionnelle dutyperomano-byzantin (1). Elles sont enrichies d'émaux travaillés par les émailleurs de Limoges, pour la plupart , et offrent la terminaison des trois branches en trèfles ; elles sont presque toujours chargées de pierres précieuses incrustées dans le métal de cuivre ou d'argent qui les compose. Le crucifix joua , à partir de son intro* duction dans la basilique , un grand rôle dans l'œrnementation et les cérémonies; il parut sur l'autel majeur et les autels mineurs ; il se montra sur la croix rogatoire et sur la croix processionnale* L'on né connaît pas bien l'origine de la croix grecque qui est produite par le carré de la base du cube et le déploiement horizontal de ses quatre faces perpendiculaires. Cette figure ne serait-elle
(1) La collection de crucifix byzantins formée à Lyon par M. Didier Petit est la plus importante que je connaisse , et j'invite mes lecteurs à la visiter.
pas une réminiscence de la forme du Iieuti*ès-saint(^ad2/^on;^ du temple de Salomon, qui avait 20 coudées de large , 20 coudées de longueur et 20 coudées de hauteur^ d'après le livre des Rois ? — Rien ne fut arbitraire dans les premières figures chrétiennes ; elles étaient toujours imitées de formes sacrées préexistantes. Il en fut de même des nombres sacrés , il ne furent point symbolisés fortuitement — L'église était une doctrine figurée et vivante. — La figure de la croix diffère de six manières principales : croix Grecque , croix Latine , croix de Lorraine, croix de St- André, croix de Malte, croix de Jérusalem {i).
Les crucifix ne se posèrent pas d'abord sur le maîtreautel 9 mais ils furent élevés derrière lui et avaient leur pied en terre. En Toscane , le crucifix de l'autel-majeur se compose généralement d'une immense croix de bois qui se dresse derrière l'autel et s'élève au-dessus de lui à une grande hauteur , avec christ en bronze , en cuivre ou en ivoire. L'on remarque cette disposition au Dôme de Pise et à Ste-Marie-de-la-Fleur , à Florence. Est-ce pour rappeler que le crucifix n'a fait partie que longtemps après les jours de l'Eglise primitive, de cet ensemble qui compose la décoration d'un maître-autel ?
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L'élément de la cloche fut connu dès la plus haute antiquité ; les Hébreux mêmes firent usage de corps sonores ; mais la cloche proprement dite, telle que nous
(1) Je ne parle pas des sous-variétés , de la croix jurcèe , de la croix stellée , etc.
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l'avons aujourd'hui 9 la cloche, cette sainte et majestueuse voix du temple chrétien, ne date pas des. premiers âges du christianisme. Dans la primitive église, quand les persécutions se furent ralenties , Ton se servait pour appeler les fidèles à la basilique , de tubes d'airain qui étaient les trompettes sacrées de l'Eglise militante , quelquefois de crécelles , de planches de bois et de plaques de métal sur lesquelles on frappait avec des marteaux. Le réfectoire de l'ordre des capucins a conservé cette antique tradition , et au lieu de cloche pour convoquer les religieux au repos , l'on se sert encore de plaques métalliques légèrement recourbées qui ne sont autre chose que le tam tam, d'origine orientale. Il paraît certain que les premières cloches (NOLAE, CAMPANAE) furent fabriquées à Noie, en Campanie, sous l'épiscopat de saint Paulin. Le pape Sabinien qui succéda à saint Grégoire les introduisit à Rome d'où elles se répandirent dans tout l'Occident Elles ne pénétrèrent que fort tardivement dans l'Orient , et même n'y devinrent jamais d'un usage fort commun. Introduites au VP siècle , elles ne furent généralement adoptées que dans le VIP. L'usage peu répandu des cloches , en Orient , y cessa complètement après la prise de Codstantinople par les Turcs. Cependant, elles se maintinrent au mont Athos et dans quelques lieux écartés de la Grèce. A la place des cloches, l'on mit l'ais appelé symandre on^ la cymbale, ou la plaque de fer appelée /fer 5acr^ sur laquelle on frappe avec des marteaux de bois. Ces tam lam sont encore aujourd'hui appendus sous le porche des temples grecs. Les cloches ne furent, dans leur origine, que des sonnettes qui se plaçaient autour d'un cercle de bois , à la porte de l'église. La tradition de cette sonnerie primitive s'est maintenue dans notre province ecclésiastique , dans l'église rurale de Monthdon , au diocèse d'Autun ,
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monument obscur que j'ai déjà eu occasion de citer. Avec le temps le volume de ces corps sonores augmenta au point que ^ dès le VII* siècle. Ton fut obligé de bâtir des donjons près des basiliques, dans le but direct de recevoir les cloches. Rien , dans la basilique , n'était préparé pour placer la cloche ou les cloches d'un grand poids. Leur introduction nécessita donc la construction des campaniles qui , à l'état primitif, furent toujours bâtis isolément, mais près de la basilique, pour indiquer qu'ils avaient été érigés après coup , comme cela se voit à Rome , à la basilique déjà citée de* Quattro Coronati. — De même , quand plus tard l'orgue fut découvert, il ne trouva rien de prêt dans le temple , pour le recevoir , et l'on fut obligé de lui faire, aux dépens de l'unité du plan et des lignes architectoniques, une tribune ou un jubé. Les campaniles furent indistinctement élevés dans l'enceinte ou hors de l'enceinte de V atrium. — ^Les Italiens si fidèles au cuite des souvenirs et des traditions religieuses, ont maintenu pendant tout le cours du moyen-âge , la double séparation du baptistère et du campanile d'avec le corps de la basilique. Dans le midi , les cloches n'arrivèrent jamais à un grand volume incompatible avec les sens délicats des méridionaux et avec le mode de la sonnerie liturgique qui s'y est maintenu. Les grosses cloches nommées bourdons eurent le nord pour berceau. Encore aujourd'hui , en Italie et à Rome , la cloche fixe qui se sonne à coups de marteau est bien plus en usage que la cloche sonnée à la corde. La sonnerie liturgique primitive , d'origine orientale , ne fut qu'une sorte de tintement ; cette sonnerie vraiment religieuse et antique s'est maintenue dans la ville de Lyon et dans tout le midi : dans la province lyonnaise , elle commence à la Madeleine de Toumus. L'espèce de tintement qui caractérise ce mode n'est pas produit par la
faible impulsion donnée par le sonneur aux cloches , mais par les longs intervalles laissés entre chaque pulsation. La vibration sonore est^ au contraire, immense dans ce système , elle a toute la plénitude de son possible , puisque la cloche décrit un orbe et fait , pour ainsi dire 5 la roue en deux temps , celui où elle reste sur gorge en sens inverse de sa position naturelle y et celui où elle retombe dans l'état de repos. La sonnerie de Lyon est toujours en ton mineur. Cette sonnerie 5 d'ailleurs , est une science qui a ses règles certaines et non pas une chose de fantaisie comme la sonnerie à volée du nord. La grosse cloche de St-Jean , de Lyon , qui se plie mal à la sonnerie liturgique primitive , semble , pour elle , un embarras que compense suffisamment , d'ailleurs 5 l'effet grave et majestueux produit par les vibrations de ce grand corps métallique. — J'ai retrouvé à Ravenne , très exactement , la sonnerie pratiquée à Lyon , ce qui achève de me prouver qu'elle est la seule antique. Ce que la sainte église de Lyon a conservé avec tant de respect comme portion de sa véritable liturgie orientale , il est étrange que Rome ne l'ait point conservé. L'on sonne à Rome le plus généralement à la volée 5 comme à Autun. La sonnerie lyonnaise s'est maintenue toutefois dans le Milanais 5 le Piémont, à Gênes, de même que dans le midi de la France , avec quelques différences toutefois.
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M. de Lasteyrie a fait une histoire de la peinture sur verre dont je recommande la lecture aux amis de l'art chrétien. — La pensée des verrières peintes est née des feuilles de marbre
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transparent et d'albâtre oriental qui s'adaptaient aux baies étroites des basiliques primitives; et, peut-être, faut-il chercher plus loin encore la première pensée de leur origine. Des rameaux d'arbustes se groupaient vers les rares fissures qui mettaient les cryptes en communication avec l'air extérieur et les voilaient aux regards des persécuteurs et des gentils. Ces arbustes ou ces plantes herbagères , agités par la brise , produisaient , par le jeu du soleil à travers leurs frémissants feuillages, une sorte de décomposition de la lumière, une espèce de lueur incertaine et prismatique qui donna l'idée des clôtures transparentes. Les verrières peintes proprement dites ne s'étant introduites que dans une époque avancée de l'ère romano-byzantine , nous reviendrons à leur histoire et à leur description quand nous aurons établi les différents règnes de l'architecture chrétienne auxquels elles se rapportent Nous ne devons pas ici anticipersur des notions que la suite de cet ouvrage amènera.
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Même avant que l'architecture chrétienne ne se fût fixée dans l'école romano-byzantine , les vases sacrés avaient déjà pris des foimes traditionnelles que le temps a altérées. Les calices étaient petits : la coupe était plus aiguë qu'aujourd'hui : ces vases étaient déjà enrichis de pierres précieuses, d'émaux, de détails gravés. Les patènes seules étaient sculptées. Le calice était toujours apporté nu sur le sacrificalorium, par les diacres et sousdiacres, et cet usage emprunté de l'église d'Orient, s'est religieusement maintenu dans la sainte et apostolique église de Lyon ^ conservatrice des dogmes de la primitive
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liturgie. La matière des calices les plus primitivement usités, (ut le verre.
Quant aux ciboires , ils n'existaient point dans les premiers siècles de l'Eglise. L'eucharistie était renfermée dans de petits coffrets ou boîtes, et les fidèles l'emportaient dans leurs demeures et la conservaient dans des armoires; on ne la laissait pas dans le temple, parce qu'il était à craindre qu'elle ne devînt un objet de profanation pour les païens. Le premier mode d'asservalion^our l'eucharistie, fut delà placer dans l'apside nommé sacrarmmy des basiliques latines , dans une boîte en forme de tour , qui contenait les vases sacrés. Plus tard on la suspendit au dessus de l'autel , sous le ciborium, de là le nom donné dans la suite au vase sacré actuel. J'ai dit, dans les notions sur les basiliques , que les ciboires suspendus eurent la forme d'une colombe d'or ou d'argent. — L'on peut lire sur ce sujet l'excellent Mémoire liturgique sur les Ciboires du moyen-âge , de M. l'abbé Corblet. — Les ostensoirs ne sont pas non plus d'une date bien ancienne , ils remontent au temps où Jean XXII ajouta la procession à la Fête-Dieu ou du Saint-Sacrement, instituée par Urbain IV et confirmée au concile de Vienne, en 1311.
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L*autel, sacrificalorium , toujours unique des basiliques constantiniennes et latines primitives , est ordinairement un tombeau en marbre , en granit ou porphyre ; sa forme est celle d'un sarcophage carré. Sur le coffre sont gravés le monogramme du Christ , l'alpha et l'oméga (A.n) , le labarum, la palme. Souvent aussi
Tautel est une simple table de marbre supportée par quatre et quelquefois ciuq colonnettes, comme nous l'avons dit à propos de la basilique latine. Nous reparlerons encore des autels en décrivant les caractères propres à telle ou telle période de l'art chrétien; — Ces notions préliminaires ne sont que les avant-coureurs des notions didactiques plus étendues qui doivent suivre. — L'autel est^ de tous les meubles de nos églises, celui qui subit sous l'ère ogivale, le plus de variations. L'autel des latins fut tardivement surmonté d'un gradin ; l'autel grec qui est un cube et quelquefois un cylindre , ne reçut jamais cette addition , les flambeaux s'y plaçant isolément aux quatre angles. Les cierges placés sur les autels sur des candélabres ou chandeliers , ou bien rangés sur le chandelier à sept branches , comme à l'ancienne basilique de St- Etienne de Lyon , furent toujours de cire jaune. Le luxe de la cire blanche s'est introduit dans ces derniers siècles ; dans l'église grecque on ne l'a jamais admis ; dans la Suisse catholique, en Allemagne et dans quelques églises d'Italie , l'on a conservé l'usage de la cire jaune.
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Avant la réalisation du type romano-byzantin , lequel confondit la basilique grecque et la basilique latine , qui avaient, dans les premiers siècles, marché dans une voie parallèle , mais difiérente , comme sous toute la période des Byzantins, la chaire, telle que nous l'entendons aujourd'hui , fut complètement inconnue au temple chrétien. Les basiliques latines présentaient, en avant du
sanctuaire, un espace carré entouré d'une clôture en marbre. Les ambons destinés aux instructions et à la lec^ ture des livres saints , s'élevaient sur les faces latérales de cette clôture qui fut la table de communion. Gonstrails en marbres, ces ambons offrent d'un côté un pupitre élevé que supportent des colonnettes et auquel on arrive par plusieurs degrés ; de l'autre est une chaire à laquelle on monte par deux escaliers. Auprès de cette chaire, sur un des pilastres qui la décorent, s'élève une colonnette torse ou droite , enrichie de mosaïques ; elle est destinée à porter le cierge pascal. Vambon , pulpitum fut donc la seule chaire del'ère basilicale. Nous verrons dans le cours de cet ouvrage que les jubés furent la continuation des ambons et que les premiers exemples de chaires isolées, placées dans la nef, ne sont pas antérieurs au XV* siècle.
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Aux quatre angles de l'autel de la basilique latine, s'élevaient des colonnes précieuses surmontées de chapiteaux et d'un entablement en marbre, formant un dais au dessus de la sainte table : cette décoration formait le çiborium. Les plus anciens décrits par les auteurs étaient surmontés d'un fronton : ces espèces de baldaquins eurent aussi la forme d'une coupe renversée, d'une coupole; mais cette forme fut plus particulièrement celle du çiborium grec qui fut maintenu pendant la période romano-byzantine , et régna concurremment avec le ciboire latin. Ce que nous nommons aujourd'hui tabernacle, du mot tabernaculum qui était
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synonyme de dboriumy ne fut connu à l'état de meuble posé sur l'autel^ ni dans les premiers siècles de l'Eglise, ni pendant tout le temps où fleurit rarchitectuk*e romanobyzantine. J'ai dit plus haut quel était le mode d'ameri^atton pour l'euchariistie. La plupart des grandes basiliques, fidèles aux souvenirs de la primitive Eglise , n'ont jamais admis le tabernacle. La custode suspendue ou suspension exista à l'église cathédrale de St-Lazare d'Autun , jusqu'à la suppression révolutionnaire du culte. Elle était portée par l'un des anges placés dans la grande décoration du fond de l'apside, et l'on voit encore le pavillon en bois doré sous lequel la custode venait s'agencer. A Notre- Dame de Grenoble, à Villars (diocèse de Belley), et dans un nombre infini d'églises, la custode ou repositorium ^ devint un objet d'art important : c'était un petit placard, couronné d'une pyramide ciselée avec une admirable finesse. Ces custodes fixes étaient placées dans le sanctuaire, indifiéremment à droite ou à gauche. Quelquefois elles étaient triples, et formaient un objet compliqué d'ornementation : dans ce cas le placard du milieu servait à placer le Saint-Sacrement, celui de droite à déposer les saintes huiles, celui de gauche à conserver le St-Chrême. Ce qui forme aujourd'hui le merveilleux tabernacle de Foissy (diocèse de Dijon) , n'est autre chose qu'une custode fixe, pyramidale, posée plus tard sur l'autel majeur. La basilique qui résume et représente la sainte ÉGLISE DE Lyon, la basilique primatiale de St-Jean, plus fidèle qu'aucune église des Gaules à ses anciens rites et aux traditions qui la rattachent à la primitive Eglise, a conservé le mode le plus primitif d'asservaiion de l'eucharistie , quand elle ne fut plus conservée par le prêtre et les fidèles dans leur propre demeure : le Saint-Sacrement y repose encore dans l'apside collatérale de droite, qui
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représente le sacrarium des premières basiliques chrétieaues (1). L'usage du tabernacle posé sur l'autel majeur ne fut et n'est encore pas génjéral. Le maître-autel de Saint- Jean de Lyon n'a pas de tabernacle : la même chose existe à Reims et dans la plupart des basiliques d'Italie. Dans le Milanais, le tabernacle d'autel a été adopté; mais il y a véritablement pris la forme et l'ampleur du ciborium antique. Les tabernacles de Milan sont de véritables monuments.
J'ai déjà, dans mes notes sur la basilique latine, effleuré les Fonts baptismaux. A l'origine du christianisme, on fit usage de cuves en granit ou en marbre, qui , dans l'antiquité , décorèrent les bains publics ; mais loin des grandes villes, l'on dut y suppléer par une construction facile. Des tablettes de pierre, bien appareillées et bien jointes , furent disposées en polygone ou en carré; dressées autour d'une aire en béton, qui devint le fond de la cuve , elles formèrent un bassin assez grand pour contenir plusieurs personnes à la fois. Des marches placées autour de la vasque permettaient d'entrer plus facilement dans l'eau. Les cuves eurent donc la forme carrée, cylindrique, octogone, celle de la croix grecque, selon le goût des artistes, quand elles furent creusées dans un but direct. Le baptistère de St-Sauveur d'Aix est bien évidemment des premiers temps de l'ère basilicale , malgré les prétendues restaurations à la moderne qu'il a subies.
(1) La chapelle dite de la CROIX , à Saint-Jean de Lyon , est véritablement le repositorium de cette basilique.
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Il se compose de huit colonnes antiques , avec leurs chapiteaux également antiques^ et présente la forme octogone. C'est bien, je crois, là — et cette opinion est partagée par mon savant collègue, M. Rouard, — le baptistère primitif de la primitive basilique dont une partie de la nef du corpus Dominiy où la coupole existe encore, et la porte latérale qui lui correspond, sont les restes. — Lorsque Ton abandonna l'usage de plonger les catéchumènes dans le bassin, il se ferma par un couvercle mobile. L'on se contenta de puiser avec un vase, l'eau du sacrement^: ce changement dans le rit conduisit à resserrer la cuve et à la réduire aux proportions où nous la voyons aujourd'hui. J'ai indiqué suffisamment la forme des baptistères et dit qu'elle était à peu près toujours celle de la vasque baptismale elle-même. La forme des vases destinés aux purifications et que nous nommons bénitiers, qui étaient, dans l'origine, placés sous le porche des basiliques, fut, sur une échelle réduite, à peu près celle des cuves du baptême par immersion. Les bénitiers primitifs n'étaient pas adhérents aux murs ; mais ils reposaient sur une colonnette ou un petit pilier. Nous avons dans la province lyonnaise, une foule d'anciens bénitiers , celui de St-Marcel , deCluny, ceuxdeSampigny,Dezize, Cheilly, St-Martinen-Gatinois, au diocèse d'Autun. Mais le plus ancien bénitier que je connaisse dans nos belles contrées, est bien évidemment celui qui se trouve accidentellement, dans l'église de Notre-Dame et Saint-Louis , à la Guillotière.
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MOSJllQtTSS.
Les mosaïques composées de l'assemblage de marbres de couleurs variées, jouèrent un grand rôle dans Tornementation des basiliques latines, même avant que les Grecs n'y eussent importé la splendeur de leur arL Ces mosaïques étaient employées surtout dans le pavé du sanctuaire et dans les colonnes du ciborium^ ainsi que dans la colonnette de l'ambon. Elles commencèrent aussi à s'établir dans la conque de l'apside (t7 concavo), et à décorer les parois du sanctuaire ; mais sans l'éclat qu'elles déployèrent plus tard dans cette région du lieu 1res saint. Les belles mosaïques à fond d'or, de Ravennes et de Rome, datent des VI% VU* et VHP siècles, et annoncent l'influence orientale. — L'art des mosaïstes, pour lequel on ne fait plus rien aujourd'hui , donne les produits les plus durables et des peintures incarnées aux monuments, faisant corps avec eux. La mosaïque à laquelle la patience de l'art eût fini, malgré les difficultés que cet ouvrage d'assemblage présente, par donner le fini de la peinture, la mosaïque avait résolu le problème de la permanence monumentale; c'était la peinture la plus éternelle possible, s'il y a quelque chose d'étetnel ici-bas. Les mosaïques byzantines étaient toutes de compartiments vitreux ou de marbres divers. Ce grand art de pièces de rapport n'est pas oublié aujourd'hui même en Italie : tous les tableaux de St-Pierre de Rome sont en mosaïque. — Quand j'invoque le réveil de cet art, c'est de la mosaïque de marbre et de compartiments vitreux que je veux parler, non de la mosaïque de stuc, de Florence, frêle et pourtant belle marquetterie, que le moindre lit de salpêtre dans l'autel ou la muraille qu'elle recouvre, altère et réduit en poudre.
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La mosaïque ne fut pas importée dans la basilique latine par les Byzantins d'Orient ; elle existait déjà d'une manière éclatante dans les basiliques constantiniennes^ premières épreuves de la basilique latine ; elle ne fut que perfectionnée par les hommes de l'Orient.
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Antérieurement à Tarchitectonique romano-byzantine, les émaux furent travaillés dans la basilique latine ; mais les objets d'art vraiment curieux en ce genre, étaient l'œuvre des émailleurs de Byzance. Les émaux ornaient tous les vases et coffrets sacrés. Il s'établit de très bonne heure, dans les Gaules, des artistes émailleurs rivaux des Byzantins : la ville de Limoges devint le centre de cette belle industrie, et c'est aux fabriques de cette cité, que nous devons ces merveilleux coffrets émaillés, ces merveilleuses châsses qui furent si communes dans les églises de France et qui, pour la plupart, depuis les spoliations révolutionnaires, ont passé de leur trésor, dans le cabinet des antiquaires. M. Didier Petit, déjà cité, a donné de curieuses notions sur les émaux de Limoges, et réuni les monogrammes et les noms de la plupart des ouvriers émailleurs de cette ville.
La peinture murale chrétienne, nous l'avons vu, commence aux catacombes et aux cryptes : les représentations mosaïcales firent abandonner la fresque, moins durable que la mosaïque, dans les basiliques latines et surtout dans celles bâties sous l'influence romano-byzantine ; mais elle se remontra aux dernières limites de cette architecture, dans les XI* et XII* siècles, et concourut alors avec
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la sculpture à décorer les temples du Seigneur : mais ce fut au détriment de la mosaïque. Nous avons, dans la province ecclésiastique de Lyon, plusieurs restes de fresque romano-byzantine, entr'autres à l'ancienne basilique de Saint-Vincent de Mâcon. Il en existe aussi à la confession de la basilique de Saint-Philibert de Toumus.
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Il y eut une langue muette pour les premiers chrétiens, et cette langue inintelligible aux païens, servit de moyen de communication et de ralliement aux sectateurs du Christ Cette langue, à sa naissance, emprunta de préférence les signes de Talphabet grec, comme offrant plus de concision et se prêtant plus facilement à l'hiéroglyphe. Elle s'inscrivit sur les tombeaux des catacombes et des cryptes , et dans les premières basiliques latines , et fut constamment rappelée et augmentée dans les autels, les frises, les chapiteaux des temples élevés par les Byzantins d'Orient et d'Occident. A la tête de ces monogrammes, il faut placer celui du Christ , formé du X et du P grecs entrelacés placés entre VJlpha, principium et Y Oméga, finis. Ce saint et antique monogramme n'a pas cessé d'être en usage à Lyon, notamment, et c'est encore et ce sera toujours le signe le mieux placé sur le devant des autels (1). L'empereur Constantin l'adopta pour ses monnaies; les empereurs Justinien et Charlemagnc signèrent leurs mé-
II est à remarquer que au dessus de Lyon et dans le nord , le monogramme grec du Christ est presque inconnu et qu'on ne le trouve que bien rarement dans les monuments ecclésiastiques soit anciens soit modernes.
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dailles de leur propre monogramme. Le monogramme régna dans les basiliques , et se multiplia de 1200 à 1600^ à l'infini dans les églises. L'on monogrammisa le nom de la Vierge Marie , les noms de tous les Saints^ et l'on oublia y il faut le dire , celui du Sauveur du monde y qui parut plus rarement dans l'ornementation. Des hauteurs du rôle hiératique qu'il joua dans le sanctuaire , le monogramme tomba dans le domaine de tout le monde. Au XVI' siècle, il n'y eut pas un peintre, un graveur, un sculpteur , un imprimeur qui n'eût le sien.
Les signes hiératiques tirés de l'alphabet grec et de l'alphabet romain ne se bornèrent pas au monogramme. Les abréviations de noms , les lettres superposées s'introduisirent dans la basilique latine et grecque, et régnèrent sous toute la période romano-byzantine. Le mot opéra y le motopii5 s'abrégeaient ainsi : OPA, OPS. Quelquefois la queue du P était traversée par un trait hori- • zontal , — ce qui lui donnait la figure d'une croix :
ops
Salus Mundi, Salvalor Mundi s'écrivaient :
SALVS. MVDI, SAL. MVDI
L'on connaît le IHS , Jésus hominum Salvalor , le LN.R.L Les empereurs faisaient graver leurs monogrammes dans les chapiteaux et les frises des basiliques qu'ils élevaient à la gloire de Dieu. Julianus, fondateur de la basilique de Saint-Vital de Ravenne, y sema avec profusion son monogramme sur les chapiteaux des piliers. L'arc triomphal des basiliques se couvrit de médaillons représentant des Saints en peinture mosaïcale : leur nom était ainsi désigné : SCS pour Sanclus. INS, pour
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Johannes. £PS^ signifiait Episcopus. Ces abréviations étaient placées aux deux flancs du portrait , SCS d'un c6té,PAVL. de l'autre, ou PTS qui voulait dire P«^ni«. Dans les représentations mosaïcales du Christ , placées en grand dans la calotte apsidaire des basiliques , la lettre N, toute seule , signifiant Nazarelhus ou Nazarenus, est souvent marquée sur la tunique du Sauveur : je l'ai particulièrement remarquée à Ravenne. On superposait fréquemment les lettres aussi , p^r exemple :
V C'est-à-dire :
S lESVS. CHRISTVS
P FILIVS. DEi:
En voilà assez, je pense , sur les monogrammes, dont j'ai déjà eu occasion de parler fort au long dans ma Statistique des basiliques de la ville de Ravenne.
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Dans les premiers temps de l'Eglise , la confession était en général publique : toutefois, il est prouvé pfar les pères de l'église grecque , que la confession auriculaire y
®8e^ 69 m9^ était déjà pratiquée ; mais ces confessions générales ou auriculaires 9 n'avaient pas d'époques déterminées par les canons ecclésiastiques. Ce ne fut qu'après le concile IV* œcuménique de Latran, en 1215, qui prescrivit que tout fidèle parvenu à l'âge de discrétion , confesserait ses péchés au moins une fois l'an, que cette préparation au sacrement de pénitence amenant à certains temps une masse considérable de fidèles aux pieds du prêtre , il fallut pour le ministre et pour le pénitent , un petit auditoire particulier. Aucun monument de ce genre n'exista dans la basilique latine, ni dans la basilique romano-byzantine. Le tribunal de la pénitence s'étant introduit dans l'Eglise, y nécessita la présence de ce meuble que nous nommons confessionnal, et dont on ne trouve aucun exemple antérieur au XIII* siècle, lorsqu'une révolution décisive venait de changer le caractère de l'architecture chrétienne.
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Dans la primitive Eglise , la communion était très fréquente, presque quotidienne, et n'avait par conséquent pas d'époques déterminées. Les évêques et les prêtres étaient toujours les consécrateurs des espèces; mais les diacres distribuaient l'eucharistie aux fidèles. Il paraît certain que la communion administrée aux laïques sous une seule espèce, commença en Occident sous le pontificat d'Urbain II , en 1096 , c'est-à-dire avant que le concile de Latran n'eût ordonné que chaque fidèle la recevrait au moins à Pâques, tous les ans. L'église grecque conserva la communion sous les deux espèces, qu'elle nomme
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Syndxe ou Eulogie. Ainsi ^ dans les premières basiliques latines, et dans celles qui leur succédèrent, il y avait déjà des tables de communion en marbre , qui séparaient le chceur de la nef. Ces tables étaient soutenues par des colonnettes, souvent enrichies de mosaïques.
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Au premier rang des objets du mobilier sacré des basiliques, il faut placer les chaires épiscopales, dont le dossier était très allongé et terminé en cintre , dont le marbre blanc était la matière. Ce fut dans l'origine la chaise curulc ou sénatoriale antique : les Byzantins modifièrent un peu son caractère ; le plus communément son dossier affecta la forme d'une mitre épiscopale. Dans les premières basiliques latines, et longtemps encore après, dans les basiliques romano-byzantines, le siège de l'évêque fut beaucoup plus élevé que l'autel, auquel on n'arrivait que par un seul degré. Cette disposition explique le mot de descendre à l'autel , employé par les anciens liturgistes , pour le pontife. En Italie , le siège épiscopal est encore plus élevé que l'autel , généralement Presque toutes les basiliques constantiniennes ont conservé leur siège pontifical primitif. L'on remarque celle de la basilique patriarchale de Saint-Laurent, celle de Sainte- Agnès, etc. La basilique primatiale de Saint-Jean de Lyon en possédait une que S. Em. Mgr. le cardinal de Bonalda fait rechercher derrière les boiseries de l'apside, et. dont il m'a dit n'avoir retrouvé que les marches. Il en existe une , mais un peu restaurée , à la basilique pontificale de Notre-Dame-des-Doms d'Avignon. Les stalles ne
datent que des siècles postérieurs à l'ère byzantine : elles commencent au XIII*. Les idées austères de l'école byzantine ne permirent pas leur introduction dans la basilique : les prêtres continuèrent à s'asseoir aux flancs de l'évêque , sur des bancs en exèdre.
L'usage de l'encensoir passa des temples des Hébreux aux premières basiliques ; l'on pense avec raison que dans leur origine ou mieux dans les premiers temps de leur adoption par les chrétiens , ils se maintinrent privés de chaînes 5 et continuèrent à se porter à la main comme des réchaux ou de grandes cassolettes. Dès la première période de l'architecture romano-byzantine, l'encensoir fut attaché à des chaînes : il était de cuivre , d'or ou d'argent, souvent orné d'émaux ou de sculptures; les encensoirs étaient en général plus gros , moins allongés et se rapprochaient davantage de la forme coupolaire que les nôtres. Nous n'avons pas à nous occuper des formes successives que ces vases reçurent et des variations de leur ornementation, puisque, dans ces notions, nous devons nous restreindre aux meubles usités dans l'Eglise primitive ou à ceux qui furent à la fois communs à la basilique latine antérieure au VP siècle et à la basilique romano-byzantine, pour ne pas anticiper sur l'enchaînement progressif de nos enseignements. Les lampes , les chandeliers , les flambeaux remontent également aux premiers siècles : la forme des lampes demeura presque toujours celle de la lampe antique.
Les processions n'existaient point dans les temps où l'Eglise primitive était constamment troublée ou menacée dans sa sécurité : sous la période romano-byzantine, elles devinrent fréquentes. On sait que c'est sur une terre devenue partie de la province ecclésiastique de Lyon , h Vienne, autrefois métropole antique et illustre elle-même,
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quefutinstiluée, par S. Mamert, la procession des Rogations, et aussi confirmée l'institution de la Fête-Dieu. Les processions développèrent une foule de besoins pour le cérémonial 5 et ces besoins amenèrent les dais^ les candélabres 5 les vases solennels ^ les croix processionnales et augmentèrent la richesse des costumes ecclésiastiques. — Les châsses , les reliquaires devinrent des objets d'art vraiment importants où les émailleurs firent des merveilles. Les coupes et patères, les plats d'argent se multiplièrent Les bannières durent aussi leur origine aux processions solennelles qui constatèrent l'état triomphant du christianisme.
Les codes ou livres d'église étaient très peu communs dans la primitive Eglise : l'art chrétien ne s'était pas encore emparé des manuscrits sacrés ou profanes. Ces livres avaient une couverture de métal de cuivre, d'or ou d'argent , représentant en relief ou le labarum ou le monogramme du Christ d'un côté^ et le monogramme à'Opus que j'ai donné plus haut de l'autre : ils se fer- . maient par de riches fermoirs.
Les ornements sacerdotaux étaient bien différents aussi de ce qu'ils sont aujourd'hui : la chasuble, notamment, a changé de forme, comme le prouve l'ancienne chasuble de St-Rambert-sur-Loire, décrite avec talent dans V Institut catholique , par M. l'abbé Boue. Les icostumes ecclésiastiques ont donc beaucoup varié depuis les premiers temps chrétiens jusqu'à nous. 11 parait que dès l'ère basilicale primitive , la chape , l'étole , etc. , étaient déjà en usage. — La dalmatique servait aux diacres. — Différents ornements fixes et meubles de la basilique , ont changé de place et de forme dans l'église.
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J'ai dit que rorientation des premières basiliques latines fut faite en sens inverse de celle adoptée plus tard ; mais elle était conforme à cette dernière, en ce sens que le prêtre avait déjà les yeux tournés du côté de l'Orient : seulement les fidèles ne s'unissaient pas au célébrant dans ce regard de contemplation et d'amour. L'on ne fut pas toujours maître de donner aux temples chrétiens l'orientation liturgique; la forme des emplacements et des lieux s'y opposait qnelquefois. — Ce qu'il y a de certain , c'est que dès le V' siècle et le VI" où l'architecture orientale vint modifier l'architecture sacrée de l'Occident, le prêtre ayant cessé de regarder le peuple, à l'autel, l'orientation fut fixée et devint vraiment liturgique : alors la façade des basiliques fit face au couchant, et leur chevet fut tourné au levant. Cette règle ne fléchit, durant tout le moyen-âge , que devant d'insurmontables obstacles naturels, comme à Saint-Jean de Besançon, où l'on eût eu à lutter contre une montagne ou à remblayer une pente rapide. Quelquefois , l'on viola aussi cette loi , pour que l'église s'allongeât dans le sens de l'axe principal de la cité , comme cela arriva pour Saint -Lazare à Autun, et l'insigne basilique collégiale de Notre-Dame de Beaune , au diocèse de Dijon. A Lyon , dans aucune église ancienne , l'orientation liturgique n'a été négligée. — J'ai remarqué que dans la Franche-Comté de Bourgogne, l'orientation du plus grand nombre des églises était presque toujours arbitraire , sans que souvent aucune raison d'emplacement puisse expliquer cette disposition. Il est vrai que dans cette contrée, les églises modernes
portent en nombre de beaucoup sur les églises anciennes; mais môme dans des temples érigés pendant le moyenâge , j'ai eu occasion de relever cet oubli de l'orientation liturgique. Les monuments ecclésiastiques étaient quelquefois orientés de manière à ce que le soleil de l'équinoxe les traversât de part en part. Les variations que l'on • remarque dans l'orientation peuvent encore avoir une cause accidentelle , et dépendre du point du ciel où se levait le soleil à l'époque de l'ouverture des travaux, point qui avait servi de régulateur.
Ce serait peut-être le lieu de décrire ici les attributs des saints et saintes ; mais ils sont si généralement connus que ce serait abuser du temps des lecteurs; d'ailleurs, dans les basiliques latines et celles de l'ère romano-byzantine , les représentations les plus fréquentes furent celles des quatre évangélistes dont les attributs sont populairement connus. Sous la période romanobyzantine , le nombre des saints et saintes iQgurés par la mosaïque , la fresque , la sculpture , s'augmenta prodigieusement, et l'on représenta presque tous les évêques consécrateurs ou fondateurs de basiliques décorés du paWmm blanc, semé de croix grecques noires, le plus souvent tenant le monument dans leur main. Les confesseurs, les martyrs, les docteurs, les vierges parurent avec leurs attributs respectifs et formèrent de véritables galeries historiques. — L'iconographie chrétienne dont M. Didron a publié le premier volume, fixera la science au point de vue du symbolisme chrétien. L'on recourra aussi avec fruit sur ce sujet, au Dictionnaire iconographique de M. Griénebaud.
Mais il est temps de clore ces notions préliminaires et d'entrer au cœur de notre sujet. Comme je l'ai déjà dit, ces notions préliminaires n'avaient pour but que
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d'indiquer les objets d'ornementation et de mobilier qui s'appliquèrent aux premières basiliques chrétiennes , latines et grecques. J'ai été quelquefois forcé d'anticiper sur la chronologie et les temps , soit parce que divers objets d'art, d'ornementation, de culte, furent communs à la fois aux premiers siècles et à ceux qui suivirent le VI* , soit parce qu'il m'a paru impossible d'en rompre l'histoire brusquement, quand cette histoire ne devait pas m'entraîner dans de trop longs détails. Je reviendrai à ces notions en détail , aux autels , aux tabernacles, aux verrières peintes surtout ;*mais ces notions seront alors mêlées à la chronologie des monuments ecclésiastiques , et coïncideront avec elle , en sorte qu'en sachant quel était le type archi tectonique à telle époque, l'on saura aussi quel était celui des objets de détails et mobiliers, dans le même âge.