ECOLE ROMANO- BYZANTINE
(e dois faire observer , eu commençant ce chapitre , que , pour éviter des distinctions souvent obscures qui embarrasseraient plus le lecteur qu'elles ne l'instruiraient, j'ai rangé tous les exemples de monuments ecclésiastiques du type antérieur à l'école ogivale, cités comme application des théories et jalons de l'histoire de l'art, dans une seule classe , sous une seule dénomination, quand même ces monuments auraient été élevés avant l'importation byzantine. Les édifices sacrés antérieurs au VI* siècle sont rares dans notre pays, et leur authenticité presque toujours contestable n'existe d'ailleurs qu'à l'état de crypte ou de substructions de crypte, ou de portion de monument Ces vestiges seront donc rattachés à la première phase de l'école romano-byzantine.
L'époque romano-byzantine est l'âge basilical par excellence, l'ère vraiment sacerdotale et hiératique de l'architecture chrétienne. La plupart des monuments qui la représentent eurent pour architectes des prêtres : ces monuments furent aussi bien inspirés que ceux de l'école ogivale ;. mais l'inspiration qui les produisit , née dans des temps plus ascétiques, plus bibliques, plus austères, plus liturgiques , ne se manifesta pas dans le même sens.
@«« 78 m$8^ L'architecture romano-byzantine , fut produite par le conflit entre les architectures grecque et romaine, modifiées par ridée chrétienne. — De plusieurs éléments hétérogènes importés de Rome et d'Italie , sous la double influence des souvenirs antiques et des inspirations indigènes , se forma un type nouveau d'architecture, qui a reçu le nom de byzantin, t)pe éminemment chrétien. L'empereur Karl-le-Grand le fit fleurir dans ses vastes états , notamment à Trêves , Aix-la-Chapelle et Cologne. Ravenne , Venise , Rome , offrent un grand nombre de basiliques byzantines , et l'on peut dire que l'Italie a conservé constamment un tendre amour pour ce style, qui est une condition de son histoire, de son éducation et de son climat Plus on s'éloigne, <;n Occident , de la mer Méditerranée , et des côtes del'Adriatiquc ,plus aussi cette école va se modifiant, se barbarisant , du midi au nord. — Nous verrons plus tard qu'il faut prendre le type ogival en sens inverse, et que plus l'on s'éloignera de son berceau , qui est le Nord, moins on le trouvera large, homogène, harmonique et complet. J'ai dit dans mon ouvrage sur Ravenne : c< Issu de deux sangs , le style byzantin ne forme point une race, c'est le créole de l'architecture; mais ce créole est beau , cette compilation a fait un livre curieux , cette neutralité a donné une forme majestueuse et grave. L'on peut dire qu'il est la synthèse de trois grands éléments , le produit mixte de trois grandes influences , l'influence chrétienne d'abord qui l'a dépouillé de ce caractère positif et de sensualisme qui marquait l'architectonique antique, l'influence grecque qui aimait la grâce, et l'influence i*omaine qui aimait la solidité. Le point de départ de ce système monumentaire est donc Constantinople où s'est opérée la fusion entre les trois causes qui ont agi sur l'art. Il en a été de l'architecture byzantine comme de touties
®^C8K 79 mm celles qui n'ont pas une nationalité absolue; chaque peuple a prétendu l'avoir trouvée et a voulu la baptiser de son nom. — Le seul pays qui la reçut à sa naissance , des mains de ses inventeurs , qui l'acclimata sur son* sol, qui , sans l'avoir découverte , la formula d'une manière brillante et complète, fut précisément celui qui ne lui donna pas son nom , c'est Ravenne. » — A partir de la réalisation du type byzantin ^ l'architecture sacrée latine et l'architecture sacrée orientale et grecque s'associent et marchent parallèles et confondues^ sous la commune dénomination de type romano-byzantin. Que cette architecture se nomme romane, burgunde^ lombarde, arvernoromane ou auvergnate, carlovingienne, saxonne, angle, anglo-saxonne^ normande , anglo-normande , aquitanique , c'est toujours à peu près la même architecture , modifiée seulement et appropriée à leurs tendances particulières, à leur individualité 5 par les contrées qui l'adoptèrent. Je n'insiste pas sur le synchronisme des variétés de l'architecture romano-byzantinc. Ce sont toutes ces variétés que les monumentalistes modernes ont voulu embrasser sous la dénomination de type néo-grec (nouveau grec), ou type du Bas-Empire. Cette architectonique a des phases- bien déterminées; ces phases sont au nombre de quatre. La première que je fais remonter jusqu'à Constantin, pour pouvoir systématiser et rattacher à un style arrêté d'architecture, les monuments religieux des premiers siècles de l'Eglise ; la première, dis-je, comprend tous les édifices ecclésiastiques élevés depuis l'empereur Constantin jusqu'à la mort de l'empereur Karl-le-Grand. Je nomme cette phase de l'art chrétien :
Phase orientale ou Primaire. J'ai donné la théorie complète de cette architecture, en Occident, j'en ai analysé et décrit les principaux exemples , déterminé tous
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les cai*actères dans ma Statistique des basiliques de Ravenne.
La phase orientale de cette architectonique romanobyzantine, se distingue par le règne mosaïcal : toute son ornementation fut dans les mosaïques , toutes ses représentations figurées consistèrent dans la mosaïque ; ce fut par elle surtout qu'elle formula sa splendeur et son art.
— Quant à la disposition de ses lignes et au système de ses profils, ils se retrouvent dans les phases suivantes.
— C'est hors du sol de France , et partant du temtoire que comprit l'ancien royaume de Burgundie, qu'il faut aller étudier les types de l'architecture romano-byzantine de la phase orientale, ou primaire : à peine en trouve-ton quelques monuments indécis, à l'état rudimen taire , dans des substructions ou des cryptes, dans des plans primitifs, dans quelques portions d'édifices. J'ai donné à la seconde phase de cette école, du IX" siècle, à la deuxième moitié du XP siècle , formulée dans notre pays par un grand nombre d'édifices ecclésiastiques , le nom de :
Phase rétrograde , parce qu'au lieu de marcher dans le sens de la progression , elle alla en arrière , dès la fin du VIII* siècle , se dépouilla de son ornementation souvent châtiée et fine, devint une expression de la barbarie et de la confusion sociales qui recommencèrent pour l'Europe , pour se remettre plus tard en mouvement dans la voie du perfectionnement.
J'appelle la troisième phase , à partir de l'époque où l'architecture basilicale déjà barbarisée , se releva , sous l'influence des premiers cris de guerre contre les infidèles au XI^ siècle jusqu'au milieu du XII* :
Phase progressive , parce qu'elle se distingue par un retour solennel au sentiment du beau , parce qu'elle vient
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continuer ou mieux remplacer l'ancien règne mosaïcal , par un règne nouveau, celui de la sculpture , parce qu'elle s'inspire aux sources authentiques du byzantin oriental , dont elle rappelle les splendeurs , les formes , les ornements , par ses grandes représentations sculptées. Seulement , au lieu de réserver toutes ses ressources pour Tintérieur des temples , pour le sanctuaire , elle les prodigue au dehors, principalement aux portes principales. La France et particulièrement l'ancien royaume de Burgundie s'honorent déposséder un grand nombre de basiliques de cette période; mais chez nous, la sculpture a complètement remplacé la mosaïque, tandis que, sous l'influence de la même renaissance basilicale au XI* siècle, l'Italie plus artiste et plus riche que nous, a su continuer les mosaïques à l'intérieur et les marier aux représentations sculptées de l'extérieur, sans que l'emploi d'un moyen d'ornementation ait nui à l'autre. La quatrième phase du type romano-byzantin , a été appelée :
Phase transitionnelle , parce qu'elle est un' système mixte entre l'école ogivale et les idées romano-byzantines, mais avec des tendances prononcées pour le maintien des formes néo-grecques. Dans cette phase , Ton trouve l'élément byzantin combiné à l'élément ogival ; la ligne appartient à ce dernier ; mais le profil et l'ornementation conservent les allures romano-byzantines. Nous pouvons citer autour de nous beaucoup d'exemples de ce style de transition, romano- byzantin par génie, ogival par accident.
Nous allons indiquer maintenant les caractères généraux et particuliers qui accusent les quatre phases du type néogrec ou style du Bas-Empire , connu et consacré sous le nom de romano-byzantin.
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