‹ Manuel général d'archéologie sacrée burgundo-lyonnaiseChapitre 15 sur 44 · PHASE ORIENTALE OU PRIMAIRE DE L'ECOLE ROMANO- BYZANTINE · texte numérisé non relu

PHASE ORIENTALE OU PRIMAIRE DE L'ECOLE ROMANO- BYZANTINE

' CI nous sommes forcé d'avouer que notre enseignement théorique ne trouvera guère d'ap- ' plication et d'exemples qu'au delà des bornes territoriales que nous avons posées à ces instructions. Nous avons bien à Lyon cette façade de Saint-Pierre , que je crois devoir ranger parmi les monuments du type romano-byzantin de la phase primaire. Nous avons bien encore , dans un coin ignoré du diocèse d'Autiin, cette chapelle de CoUonge-la-Magdeleine , qui rappelle les temps tout-à-fait primitifs de l'art chrétien ; mais nous ne pourrions citer une basilique complète avec les apsides vêtues de mosaïques. Comme il est impossible de comprendre le type romano-byzantin de la première phase dans sa situation native, sans la mosaïque , sans les revêtements de marbres, et que nous ne sommes pas assez heureux pour avoir conservé des édifices ecclésiastiques issus directement de Constantinople , de Ra venue et de Rome, au point de vue romanobyzantin; nous nous bornerons à esquisser les caractères généraux et particuliers du type , dans ce qu'ils ont de commun avec les trois autres variétés du même style , car le plus grand nombre des caractères byzantins sont

propres aux quatre périodes de Tart et indivis entr elles. Hors des limites de rancien royaume de Burgunde y il y a toutefois^ sur le sol français, un édifice religieux qui semble y représenter rarchitecture romano-byzantine de la phase orientale , c'est la basilique de Saint-Front, de Périgueux. J'ai dit que nous n'avions conserve' presqu'aucun exemple de la phase primaire , parce qu'il est hors de doute que les contrées burgundo-lyonnaises furent couvertes de monuments ecclésiastiques élevés du YP au VHP siècle, qui ont disparu sous la main du temps ou sous la main plus meurtrière des hommes. Notre vénérable reine burgunde, Autun qui a constamment fraternisé avec Rome , et dont le rôle politique s'est clos avec celui de cette dernière, comme dit M. BuUiot, avait dans son ancienne basilique abbatiale de St-Martin , un monument du YI*" siècle , copié sur les édifices ecclésiastiques de Rome et de Ravenne. Ses nefs étaient séparées par des colonnes de marbre , la mosaïque vitreuse , à personnages , ruisselait sur la voûte en cul-de-four de ses trois apsides , le marbre lambrissait ses parois; la mosaïque de compartiments ornait son pavé : elle avait la charpente visible , comme la basilique.des SS. Nérée et Achille de Rome , comme celle de San Frediano , de Lucques ; mais cette charpente apparente était de la plus grande somptuosité. — Trahibus abielinis formosis, (Voir la notice donnée par M. Gabriel BuUiot. )

Ceux de nos lecteurs qui voudraient connaître à fond les édifices de cet âge , peuvent recourir pour la théorie, soit à notre Statistique des basiliques de Ravenne , soit à notre ouvrage eu langue italienne , intitulé : Teoria deW architectura Bisantina orientale, nel Ponente, dal r* alP Fllt secolo inclusivamenle y spiegata co' Ynonumenli di Ravenna : et pour les exeniples à Ravenne, h Rome, etc.

m^ 85 »$8G© — Dans les diocèses de Lyon ^ Grenoble ^elley^ Saint- Claude , d'Autun , de Besançon et Dijon , tout comme dans l'ancien diocèse d'Arles et dans les provinces ecclésiastiques d'Aix et d'Avignon, le style romano-byzantin domine dans nos édifices ecclésiastiques. La prédominance de ce style et des formes antiques dans le sud-est , doit être attribuée à l'influence d'abord politique , sociale et artistique, puis ecclésiastique, exercée par Autun, Lyon, Vienne, Orange, Nîmes, Arles, qui conservèrent et propagèrent autour d'elles l'élément antique. Ainai de Lyon, est un type autour duquel j'ai réuni uu bon nombre d'édifices congénères , dans les exemples placés à la fin de ces instructions. Il y a près de Pise, l'église de San Pietro,dépendancede la factorerie (faltoria) de l'archevêché de cette ville, qui représente absolument le type romanobyzantin , tel qu'on l'a réalisé , sous la troisième période . dans le Lyonnais : je la recommande aux mouumentalistes, nos compatriotes.

La forme du simple rectangle terminé par une apside demi-circulaire, voûtée en cul-de-four, ou divisé en trois nefs par deux rangs de cofonnes et terminé par trois apsides, prévalut dans nos contrées, sur le plan octogone , circulaire, carré adopté plus particulièrement par les premiers byzantinsd'Orientetaussi quelquefois par les byzantins d'Occident. Toutefois , les basiliques à une seule nef furent plus communes, surtout dans les campagnes, que celles à trois nefs. — Tous les cintres donnèrent le demi-cercle: ce ne fut que dans la troisième période de l'art , que l'on rencontra quelquefois l'arc surbaissé, commeàToulon-sur- Arroux (diocèse d' Autun), etl'arcditen fer-à-cheval, parce que son «intre est plus développé que la moitié de la circonférence du cercle. Les portes furent généralement carrées. L'emploi fréquent et souvent exclusif de la brique.

caractérisa la maçonnerie romano-byzantine. L'appareil, quand la basilique fut bâtie en pierre , présentait les plus grands rapports avec la construction antique , la construction romaine; les murailles étaient de moyen , de grand , mais plus généralement de petit appareil , composé de moellons cubiques; les baies étaient petites, oblongues, rares, ébrasées en dedans, souvent plus semblables à des meurtrières qu'à des fenêtres. Leurs cintres étaient faits de briques qui esquissaient une grossière archivolte : les briques non seulement servaient comme claveaux pour les cintres; mais on les employait encore à l'extérieur, quand l'édifice était construit en pieiTes, on en formait des assises régulières , des bandeaux de losanges , des espèces de dessins symétriques que nous retrouvons à l'extérieur des basiliques de Saint-Paul et d'Ainai , de Lyon. Les chapiteaux des colonnes et des piliers étaient démesurément trapus et gros , par rapport au fût de la colonne. — A l'intérieur des temples romano-byzantins , de la phase primaire, l'on remarquait des arcatures vraies ou simulées, dont les cinti^es s'allongeaient verticalement dans leurs retombées. Les piliers étaient généralement carrés , souvent cannelés et rudentés ; les chapiteaux trapéziformes , sans proportion avec le fût, sans tailloir, étaient ornés de feuillages grossièrement ébauchés et de monogrammes. Ces chapiteaux paraissent souvent doubles, c'est-à-dire semblent deux chapiteaux superposés , comme on l'observe à Saint-Vital de Ravenne et sur le territoire de la province lyonnaise actuelle, dans la crypte de Saint-Laurent de Grenoble. L'entablement éprouva de graves mutilations , l'on supprima l'architrave et la frise , et les arceaux des entrecolonnements vinrent reposer immédiatement sur le sommet de la colonne. Les corniches s'appuyèrent sur des modillons de formes très variées et souvent très bizarres.

®)C^ 87 ^^9:^ Ce ne fut que dans la troisième phase que les chapiteaux de colonnes^ de piliers et pilastres, offrirent des figures d'animaux , d'hommes, combinées à des ébauches du feuillage corinthien, et que lesmodillons, d'abord simple extrémité apparente d'une poutre taillée en biseau , se chargèrent de figures. — Les constructeurs italiens des basiliques constantiniennes furent habiles : ils se passèrent presque toujours de contre-forts dans leurs temples et leurs clochers; et ils furent imités même sous la période ogivale par leurs successeurs. Le clocher de Sainte-Mariede-la-Fleur, à Florence , n'est contre -buté par aucun contre-fort

Ce fut vers le VP siècle, que le célébrant ayant changé sa place à l'autel, l'orientation des basiliques dut être dirigée en sens inverse; la façade alors regarda le couchant et le chevet fut tourné vers l'orient : même au V* siècle, l'on retrouve des exemples de cette orientation devenue loi liturgique. C'est à la région supérieure de la basilique que l'ornementation se plut à entasser toutes ses richesses. La grande arcade qui mettait en communication le chœur et la nef, que l'on nommait arc triomphal y était couverte de médaillons , de moulures , d'incrustations. Les médaillons représentaient les évangélistes , les martyrs ; celui du centre était réservé au Seigneur , SALVATOR MVNDL Puis toute l'apside était tapissée de représentations mosaïcales à fond d'or ou à fond noir , dont le Christ en pied , revêtu d'une longue tunique, occupaitlecentre. Dans la basilique civile, ensuite dans la basilique latine antérieure ou postérieure à l'association byzantine, Vaugusteum ou apside n'avait pas de croisées , mais des arcatures ou fenêtres aveugles ; ce ne fut qu'à la fin de la phase rétrograde et dans la phase progressive qu'on eut l'idée d'ouvrii* trois de ces arcs et d'en faire de véritables fenêtres , dont les premiers

essais de verrières de couleur se chargèrent de former la clôture. Il y eutdanslespremiersâges delà basilique, quelques exemples fort rares, d'apsides triangulaires, carrées, et formées de plusieurs pans. L'apside de la basilique patriarchale de Saint-Laurent, à Rome, a cette forme carrée qui fut plus tard reproduite avec tant d'amour dans notre Bourgogne. Au dessus des arcs d'entrecolonnements de la nef, dans l'espace lisse laissé entr'eux et le plafond , et percé de baies rare et étroites, l'on voyait encore des représentations mosaïcales de vierges, de martyrs, de saints et saintes. Les basiliques voûtées étaient extrêmement rares : le plafond à caissons, dorés et peints, remplaçait la voûte qui ne parut que dans les dernières phases du type romano-byzantin. Les monogrammes et les petites croix grecques jouaient un rôle immense dans toutes les basiliques romano-byzantines , mais surtout dans celles de la phase orientale ou primaire. Toute la partie inférieure des nefs était lambrissée de marbres , et l'on peut dire que dans le temple de cette ère, tout ce qui n'était pas mosaïque sur les grandes surfaces était marbre. Les basiliques de ce temps furent communément basses et construites sur l'échelle d'étendue donnée par Saint-Grégoire-de-Tours, laquelle était médiocre, si on la compare à celle des églises bâties par le type ogival. — Quelquefois, les médaillons que nous avons vus décorer l'arc triomphal, se reproduisaient sur les deux flancs des nefs : ils circonscrivaient des bustes de saints et saintes, avec leur nom au bas ou sur les côtés, comme:

SCA. EVFROSINA.

SCA. THEODORA.

SCA. FELIGVLA.

SCA. PLAVTILLA.

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L'empereur Karl-le-Grand fit fleurir le type romanobyzantin de la phase orientale , dans ses vastes états , et le naturalisa en France. Toutefois les plus beaux monuments qu'il en laissa furent érigés sur cette terre germanique^ qui alors dépendait de son empire, à Cologne, Trêves, Aix-la-Chapelle.

Les premiers campaniles ou clochers apparaissent dans la phase orientale ou primaire du type ; mais seulement à sa fin , c'est-à-dire aux VIP et VIII' siècles. Comme dans l'origine , il n'y eut qu'une seule cloche pour appeler les fidèles au temple, ces monuments n'offrirent pas l'ampleur qu'ils présentèrent dans la suite , en certaines cathédrales. Bâtis après la basilique , ils furent séparés d'elle , >Bt construits comme elle en briques. Ils furent originairement de forme circulaire, percés à leur région supérieure de quatre petites baies géminées à plein cintre séparées par une colonnette et le plus souvent circonscrites dans un arc commun. Nous retrouvons l'ancien clocher de la basilique cathédrale primitive de Chalonsur-Saône; il était circulaire, mais bâti en pierre. Il y eut peu de ces tours qui prirent dans le principe la forme octogone : ce ne fut que plus tard qu'elles la présentèrent, ainsi que la forme carrée avec les arcatures percées ou bouchées superposées > comme l'on en voit tant d'exemples à Rome , entr'autres à la Bocca délia Ferilà , à Saint- Marc, à Santa Prudenziana , à Saint-Laurent , etc. A Rome ces campaniles généralement de briques offraient souvent des incrustations de petits compartiments de marbres de couleur, circulaires, en losanges, elliptiques, de granit rouge ; les colonnettes qui séparent les baies sont de marbre ou de granit — Mais ce genre de clochers s'éloigne déjà des temps qui suivirent l'ère constantinienne, et rentre dans les conditions de ce style particuh'èrement

italique qui prévalut du IX* siècle au XIII*. — Ces clochers sont très élancés.

Les sujets bibliques représentés , sous cette période , par la mosaïque ^ sont absolument les mêmes que ceux représentés dans les catacombes et les cryptes , par les premiers essais de la peinture murale chrétienne. L'Ancien Testament fournit sensiblement plus de pages aux artistes que le Nouveau. Indépendamment de ces représentations , il en existe de purement historiques ou politiques : ce sont les fondateurs des églises , les empereurs , les impératrices et leur cour , les sénateurs et les matrones qui les composent.

J'ai parlé dans les notions sur les basiliques et à part , des confessions , des ambons , des autels : il serait ^ je crois superflu d'y revenir. L'autel-tombeau ou sacrificatorium , à coffre carré fut dans cette phase ^ moins fréquemment adopté que l'autel-table supporté par quatre et quelquefois cinq colonnettes (1) , qui laissait apercevoir au peuple, les reliques des saints , et qui facilitait si bien au clergé les encensements et les génuflexions. Quelquefois l'autel carré était ornementé par deux arcs à plein cintre laissant place , au centre , à une autre subdivision couronnée par un fronton triangulaire ^ et occupée par une croix en relief, comme cela se voit à l'église des SS. Nereo ed Achilleo , de Rome. Les autels à table supportée par quatre colonnettes se sont maintenus en Italie , où l'on continue h les établir ainsi (2).

(1) Comme à Montmajour d'Arles.

(2) Il existe à Saint-Sauveur d*Aix , un autel de la phase omcc du type ogival , dont la table est supportée par des colonnettes , ce qui prouve que dans noire cxlrèmc midi , Ton s'efforçait encore en plein XIV" siècle, de continuer le? traditions de l'crc byzantine.

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Les signes apocalyptiques se mêlaient souvent aussi aux représentations mosaïcales et à celles de la sculpture qui étaient à l'état d'enfance. En général , tout est liturgique et austère dans la basilique de la première phase : tout y est digne des temps ascétiques qui la virent s'élever ; toutes les convenances hiératiques y sont religieusement observées.

La coupole caractérisa les monuments de l'architecture romano-byzantine^ dont les basiliques des SS. Apôtres , de Saint-Procope et surtout celle de Sainte-Sophie, rebâtie avec une magnificence sans exemple par Justinien , sont les grands archétypes. Elle se revêtit de riches mosaïques , comme le sanctuaire : selon le plan des basiliques de cette ère , il y eut une ou plusieurs coupoles ; dans ce dernier cas l'une d'elles était centrale et les coupoles secondaires étaient beaucoup plus basses et beaucoup moins amples. La coupole est une grande beauté dans la basilique. En Orient, en Grèce, sa forme fut moins aiguë qu'en Occident, plus en harmonie avec la voûte du beau ciel de l'Hellénie ; à Rome elle affecta celle de la thiare.

Lorsque les chrétiens d'Orient et d'Occident virent leur communion fermement établie, consacrée par le triomphe, hautement protégée par les princes de la terre qui la partageaient , ils arrachèrent , pour rornemcnt de leurs basiliques , une grande quantité de fragments d'architecture antique à Jousles monuments païens qui les environnaient. On vit ainsi , dans les basiliques romano-byzantines , de nombreuses colonnes de marbres, des chapiteaux grecs ou romains , des portions d'architraves et de corniches , dans lesquelles on reconnaissait facilement la suavité de la sculpture antique, le ciseau d'Athènes, d'Ephèse ou de Rome. Ces emprunts ne pouvaient être de longue durée , et les artistes romano-byzantins sentirent le J)esoin de

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recourir à des formes nouvelles, de se montrer créateurs. En cherchant à harmoniser les détails qu'ils venaient d'imaginer avec les sévères constructions qu'ils avaient élevées , ils ne tardèrent pas à briser les gracieuses feuilles du chapiteau corinthien , et au lieu de sa splendide corbeille d'acanthe , ils placèrent un bloc cubique , couvert de feuilles aiguës et peu saillantes, ou tout-à-fait plane. — L'art antique disparut graduellement et progressivement sous l'influence de l'école romano-byzantine , dont la première phase brille presque exclusivement par la mosaïque vitreuse ou à petits compartiments de marbres de sévères couleurs.

La première fois que l'évêque debout derrière Tauteltombeau , regardant le peuple prosterné sur les dalles de la basilique constantinienne, donna la bénédiction grecque ou latine , ou bien, fit entendre du haut de la tribune ^ cette préface deia messe qui prépare à la grandeur du sacrifice , et n'est autre chose pour l'intonation , que la mélopée antique, ce dut être pour la foule un prodigieux spectacle, une scène des plus pathétiques et des plus majestueuses. — Nous continuons notre œuvre didactique.

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