‹ Manuel général d'archéologie sacrée burgundo-lyonnaiseChapitre 16 sur 44 · PHASE RÉTROGRADE DE L'ÉCOLE ROMANO-BYSANTINE · texte numérisé non relu

PHASE RÉTROGRADE DE L'ÉCOLE ROMANO-BYSANTINE

U basilique lombarde de San Frediano, de jLucques, est le type le plus absolu et le plus beau d'édifices ecclésiastiques de cette ère , moins sa façade qui lui est de beaucoup posté- ' rieure. L'arc triomphal et l'apside sont nus. Cette dernière présente une disposition de baies qui fut fréquente alors et que nous retrouvons dans nos contrées : trois petites fenêtres éclairent cet augusteum ; aucun arc simulé ne les accompagne et ne les unit^ elles sont crues et sèches , et placées plus près de la voûte concave ( il concavo) que de l'aire.

Les artistes romano-byzantins que l'empereur Karl-le- Grand avait attirés dans son empire et qui firent ruisseler les mosaïques helléno-romaines sur les parois des temples érigés par ses ordres, avaient disparu avec lui. Les dissensions intestines 5 les malheurs politiques effroyables causés par les invasions , annoncèrent bientôt une décadence marquée dans l'architecture chrétienne. L'ère sacerdotale de la basilique fit place à un type concret, mais qui continue toutefois à porter le sceau de l'austérité biblique. — Une autre cause qui ne contribua pas peu à motiver

cette dégénération , ce fut cette crainte de la fin du monde qui s'était emparée de tous les esprits 5 au milieu du IX' siècle. L'an 1 ,000 était le terme fixé pour la destruction radicale de l'espèce humaine ^ et loin de penser à élever de nouvelles constructions religieuses. Ton travaillait à peine à réparer les anciens temples. — Je n'ai pas grand'chose à dire de cette phase de l'art romanobyzantin, représentée par plusieurs monuments dans notre contrée. C'est toujours le même système de lignes que dans la phase primaire : mais que le plan se rapproche de celui de la basilique latine ou de celui de la basilique orientale, que le temple soit parallélogrammatique, circulaire, carré , octogone , les profils y deviennent de plus en plus rares, grossiers, pauvres, la mosaïque cesse d'étendre ses opulents tapis de marbre et de dérouler ses histoires figurées et ses symboles. Les édifices de ce temps sont lourds, rampants; tout un âge de barbarie semble peser sur leurs cintres. Le chapiteau n'existe plus du tout : il est remplacé, dans la colonne faite souvent de briques arrondies sur les bords, en demi-cercle ou en quart de cercle, par un simple ressaut ou par un bourrelet , comme à Saint-Philibert de Tournus.

Les édifices qui, en Italie, dans la province ecclésiastique de Lyon et dans le sud-est de la France, correspondent à cette phase, sont moins rudimentaires, moins pauvres , moins hybrides , que partout ailleurs : les plus barbares architectes, constructeurs de basiliques, dans ces belles contrées , avaient sous les yeux les monuments antiques d'Autun , de Lyon , Vienne, Arles , Nîmes, et cette vue les préservait d'un oubli complet des traditions du bon goût. Les clochers oflrent plus généralement la forme carrée : souvent ils se terminent par une plate-forme armée de créneaux, comme cela se voit au campanile

mm 95 «8«® de la basilique cathédrale de Fiesole (Toscane) et à la basilique métropolitaine de San Martino de Lacques.

Avant même l'association architectonique de la basilique latine à la basilique orientale, il y avait eu des exemples de temples esquissant dans leur plan , la figure de la croix latine. La basilique s'était élargie à la naissance du sanctuaire, pour faire plus de place aux magistrats. Peut-être même ce plan remonte-t-il à certaines basiliques civiles; ce qu'il y a de certain, c'est que dans la phase rétrograde du type, la transsept qui se caractérisa d'une manière si large dans les deux périodes suivantes, fut pratiquée dans certains monuments ecclésiastiques.

Dans la phase rétrograde de l'école roniano-byzantine , les voûtes commencèrent à régner sur les nefs et à y remplacer le plafond ou la charpente visibles. Avec ces voûtes, disposées quelquefois comme celles de la basilique de Saint- Philibert de Tournus , par zones cintrées transversalement, parut l'arc doubleau, à l'intérieur, et le contrefort, simple pilier-butant, à l'extérieur. L'on employa plus fréquemment aussi, dans la construction des basiliques, la pierre que la brique ; mais l'appareil n'eut plus la solide élégance de l'appareil romain , et ses petits moellons carrés si régulièrement ajustés. Il se compose de moellons à peine rustiques, souvent de simple pierre mureuse, surtout dans les villages. L'ancienne basilique de Saint-Baudèle de Beaune (nouveau diocèse de Dijon) , qui représente la phase rétrograde du type romano-byzantin , est voûtée et offre l'arc doubleau. Les croisées du triforium se réduisent presque à de simples fissures cintrées ou carrées, dans les édifices de ce temps. Ces baies offrent plutôt la figure d'un très petit parallélogramme que la forme carrée proprement dite : elles sont taillées en biseau sur les bords. Nous en avons des exemples h la basilique rurale do Sassenay et h

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l'église rebâtie de Saint-Pantaléon-lès-Autun , où l'on utilisa uue baie de la basilique primitive (diocèse d'Autun). Les portes deviennent plus basses^ plus profondément ensevelies dans l'épaisseur prodigieuse des murailles : les portelles carrées à linteau massif^ s'appuyant sur des jambages dont la portion supérieure saillit carrément, se multiplient. Leur cintre retombe rarement sur des colonnes ; mais ordinairement sur de simples pieds-droits. L'on remarque dans cette période, beaucoup d'ouvertures bouchées par des retraits successifs de dedans en dehors, qui eurent une raison morale et une raison matérielle; la première était un symbole des agrandissements progressifs de la maison du Seigneur, la seconde se rattachait à un principe de solidité. Cette disposition se remarque dans quelques régions de construction primitive de l'insigne basilique collégiale de Beaune.

L'on trouvera dans les exemples cités à la fin de ces instructions, un assez grand nombre d'édifices ecclésiastiques, qui représentent, dans l'ancien royaume de Burgundie , la phase rétrograde du type romano-byzantin. La basilique ci-devant abbatiale de Saint-Philibert de Tournus, est l'exemple le plus complet que nous offre la nationalité burgundo-lyonnaise, d'un temple de cette période : ses nefs, son église supérieure et sou pronaos, les bases de ses clochers, représentent exclusivement la phase rétrograde du type romano-byzantin.

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