‹ Manuel général d'archéologie sacrée burgundo-lyonnaiseChapitre 18 sur 44 · PHASE TRANSITIONNELLE DE L'ÉCOLE R0MAN0-BY7ANTINE · texte numérisé non relu

PHASE TRANSITIONNELLE DE L'ÉCOLE R0MAN0-BY7ANTINE

ANS les basiliques de cette phase, le plan subit ' encore des modifications importantes : le chœur s'allonge sensiblement et semble une prolongation de la nef : les transsepts prennent encore plus d'ampleur et de fermeté ; mais l'apside continue à être plus basse que la nef et voûtée en cul-de-four ogival. Souvent aussi , l'une des nefs collatérales est plus large que sa sœur, comme à la basilique de Saint-Marcellès-Châlon, à celle de Saint-Vincent, de Châlon, à la basilique rurale de Gergy (diocèse d'Autun). Ce ne fut que bien plus tard, sous la phase transitionnelle du type ogival et sous la phase ogivale de la renaissance , que les ordres mendiants eurent des églises avec une seule nef mineure. Tous les grands arceaux offrent l'arc en tiers-point timidement, mais généralement formulé : ils sont communément à ressaut, comme à Saint-Lazare, d'Autun, à Notre- Dame, de Beaune, aux basiliques de Chagny (diocèse d'Autun) , de la Rochepot ( nouveau diocèse de Dijon) , monuments du type romano-byzantin transitionnel , etc.

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Toutefois, les petits arcs, les arcatures^ les détails architectoniques continuent très souvent à offrir le plein-cintre. C'est aux phases progressive et transitionnelte que se rapportent les premières chapelles rayonnantes établies dans le pourtour de l'apside , et permettant la circulation des fidèles derrière le sanctuaire : ces chapelles continuent aussi à être voûtées en cul-de-four et le plus souvent sont à plein-cintre ; quelquefois elles se terminent par une apside carrée , comme à Tournus. Hors de nos contrées , mais dans une province voisine où l'architecture sacrée est représentée par de beaux types, en Auvergne, la basilique de Saint-Nectaire est un exemple à citer de ces apsides à chapelles rayonnantes. Notre basilique abbatiale de Cluny, la plus vaste basilique romano-byzantine du monde, l'archétype de la phase transitionnelle de cette école , la plus grande gloire et la plus grande douleur monumentale du sol burgundo-lyonnais , la basilique de Cluny , présenta sur une gigantesque échelle cette majestueuse et grave disposition , que nous retrouvons aux basiliques de Saint- Apollinaire de Valence , de Paray-le-Monial ( diocèse d'Autun), de Notre-Dame de Beaune, de Saint-Philibert de Tournus, etc. , et que l'Italie ne connut pas.

La place assignée au maître-autel est variable : tantôt il demeure presque adhérent au revers de l'hémicycle apsidaire, tantôt il est posé au point d'intersection de la nef, des transsepts et du chœur, sous la coupole, usage qui a fini par prévaloir. Ce fut l'augmentation sensible de l'apside et l'addition des croisillons par laquelle la basilique prit la figure de croix latine , qui détermina cette dernière place assignée à l'autel majeur. Cet usage serait bon à maintenir dans les églises dont le plan offre la croix latine, mais l'autel doit être posé aux limites mêmes de l'espace apsidairo et non pas au point d'intersection.

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L'autel adossé au mur du chevet s'est dit à la romaine , et celui placé au centre de la croisée à la grecque , bien que les Grecs n'aient eu l'autel que dans leur apside. Dans toutes les églises de plan basilical , le sacrificatorium doit être religieusement maintenu dans l'hémicycle apsidaire : l'espace laissé derrière lui doit servir à l'évêque et aux chanoines ; le chœur proprement dit doit toujours être en avant (1). La forme de ces autels est toujours à peu près la même , table soutenue par des colonnettes , comme nous la retrouvons dans une basiliqfue rurale de cet âge transitionnel , à Bard-le-Régulier ( nouveau diocèse de Dijon ) y ou coffre carré avec un médaillon elliptique au centre et des bas-reliefs sur les côtés, tel qu'il y en a un exemple .dans l'église d'Avenas (diocèse de Lyon). La confession existe toujours ainsi que les deux ambons. C'est surtout dans cette phase de transformation de l'art romano-byzantin, que l'on trouve les archivoltes boudinées dont l'imposte se forme d'une tête d'homme ou d'animal, et ces arcs trilobés en demi-relief 5 dont j'ai déjà parlé, circonscrits dans un arc commun ou séparés par groupes réguliers detrois, de cinq, de sept, par des plates-bandes, à Textérieur et à l'intérieur des basiliques. Ce système remplace souvent les corbeaux , sous les combles , chaque écaillure ou petit cintre se termine en pointe ou par une tête d'animal sculptée.

Dans cette période d'épuisement de l'école romanobyzantine , les fenêtres de l'apside et de la nef qui s'étaient déjà sensiblement élargies (voyez les basiliques de Saint- Apollinaire de Valence, et de Saint-Philibert de Tournus),

(1) Par le mot chœur, j'entends l'ensemble du clergé mineur et des clcrgeons , et non point les chantres laïques que repousse la liturgie lyonnaise.

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preunent encore plus d'ampleur. Les baies qui éclairent les trois chapelles rayonnantes apsidaires de Notre- Dame de Beaune^ offrent d'assez grandes dimensions; la colonnette devient fuselée et le chapiteau perd sa figure trapézifonne pour en affecter une plus élégante et plus svelte qu'il avait déjà à peu près trouvée dans la phase progressive. Les cintres générateurs^ je l'ai dit, accusent l'arc en tiers-point ; l'ornementation toutefois reste presque la même que dans les âges antérieurs , mais s'inscrit sur une ordonnance de lignes différentes. La rose commence à paraître dans les basiliques, faite de meneaux disposés en trèfles. Les colonnes et colonnettes commencent à se grouper en faisceaux. Le nouvel arc ogival règne concurremment avec l'arc à plein-cintre , et il n'est pas rare de rencontrer dans les édifices de ce temps , une ogive encadrée dans un plein-cintre ou bien des arcades alternativement semi-circulaires et ogivales. Le tiers-point de cette époque n'a pas encore cette forme pure et gracieuse qu'elle doit acquérir un peu plus tard ; elle se pare encore des ornements et des moulures de l'architecture qu'elle va détrôner. — Rien de plus arbitraire que le mélange de l'ogive et du plein-cintre : ce dernier se montre toujours aux portes , surtout à celle du milieu ; certains arceaux n'offrent qu'un pressentiment ogival, d'autres semblent avoir anticipé sur les âges suivants et vous donnent un tiers-point fermement et nettement accusé. La peinture murale continua ses progrès dans cette âge : elle choisit souvent pour zone, les tympans monolithes des portes. Il en existe des restes à Saint-Philibert, de Dijon.

Les clochers adhérents au temple se rattachent invariablement à lui : ils sont, comme dans la période précédente , placés ou à la façade , ou au point d'intersection du chœur de la nef et des transsepts. Ils commencent à

devenir doubles à la façade. Avec cette disposition nouville , se montre l'inégalité de ces tours dans certains monuments. L'on a cru longtemps que les clochers jumeaux indiquaient les basiliques métropolitaines , patriarchales ou abbatiales^ et que les simples basiliques, cathédrales, collégiales ou priorales étaient marquées par les clochers d'inégale hauteur. Un grand nombre d'exceptions s'opposantà ce que l'on admît la règle, on a pensé que cette disposition voulait symboliser dans la tour la plus basse , le monde temporel , et dans la plus haute, le monde spirituel. Beaucoup de clochers , et presque tous ceux du sudest de la France , mettent d'accord toutes les opinions , car ils né sont pas doubles et se placent généralement ou à la façade ou au dessus de la coupole. Les clochers jumeaux toutefois se développèrent d'une manière prodigieuse et présentèrent le caractère symbolique, que nous annonçons surtout dans l'ère ogivale dont la phase transitionnelle du type romano-byzantin est l'avant-coureur et le lien. — Le plus communément, chez nous, le clocher persévère dans la forme du tombeau antique : il est posé indistinctement ou à la façade ou en flanc , ou au point d'intersection du chœur ^ de la nef et des croisillons ; mais plus volontiers, il occupe cette dernière place.

Les clochers demeurèrent massifs et carrés ; mais on découvrit l'art d'appuyer à leur sommet des flèches octogones. Il se fit aussi un grand nombre de clochers polygonaux à deux ou trois étages , quelquefois couronnés d'une coupole curviligne , de pierre ; dans ces clochers , un étage fut ogival , l'autre à plein-cintre ; comme nous en avons l'exemple à Bard-le-Régulier (nouveau diocèse de Dijon) et à Chamay-lès-Mâcon (diocèse d'Autun), où l'on a remplacé l'amortissement pyramidal , par un segment de sphère d'un mauvais goût. Dans les clochers carrés , la

@8IM( 116 iM6© même disposition se fait remarquer, ils sont d'ordinaire à deux étages y dont l'un est occupé par une arcature à plein-cintre et l'autre par des baies ogivales , tantôt géminées , circonscrites dans un arc commun et séparées par une gracieuse colonnette, tantôt simples, à voussure profonde , flanquée de trois colonnettes, comme à Chagny (diocèse d'Autim), à Notre-Dame de Beaune et à Saint- Andoche de Saulieu (diocèse de Dijon).

Le triforium est remplacé souvent par une série de fenêtres simulées , séparées par des pilastres cannelés , à chapiteaux dissemblables : ces arcatures se placent entre l'extrados des grands arceaux et les croisées qui éclairent la nef. Nous avons de beaux exemples de ces tribunes en simulacre , aux basiliques de Saint-Lazare d'Autun , et de Notre-Dame de Beaune : leur ornementation et leur disposition sont ici évidemment copiées de l'antique et inspirées par la vue des monuments romains.

Les trèfles et les quatre feuilles ont un régné marqué dans cette phase. La statuaire romano-byzantine, née de l'imitation des représentations mosaïcales , continue à se développer en Occident , sous l'influence de la variété transitionnelle. Les personnages sculptés, vêtus de costumes riches empruntés à l'empire d'Orient, présentent une admirable expression chrétienne, une naïveté charmante, unies à l'invariable immobilité de la pose. Les, figures du Père éternel, de Jésus-Christ, de la sainte Vierge, les apôtres, les anges, ont une expression arrêtée qu^on retrouve dans tous les temples décorés de sculptures, mais le type hiératique déterminé de ces figures, fixé par la mosaïque dans les basiliques de Constantinople , deRavenne et de Rome , commence à perdre son caractère original. — La basilique s'éloigne des symboles grecs, des légendes bibliques et du caractère oriental. La mosaïque est

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entièrement sacrifiée à la suulpture , et ne consiste plus qu'en incrustations de diverses couleurs , le plus souvent d'arabesques blanches sur fond de stuc rouge, comme cela se voit dans des frises de Saint-Jean de Lyon et de Saint- Maurice de Vienne. Ces incrustations de diverses couleurs, communes surtout en Auvergne , sont moins des produits romano-byzantins , que des imitations des écoles élégantes et savantes de la Toscane.

Les façades de basiliques deviennent d'une incroyable somptuosité : les croisillons eux-mêmes veulent avoir la leur , et ces façades latérales résument la magnifique décoration de la façade principale. Voculus du pignon ou du fronton est le plus souvent remplacé par un nimbe circonscrivant la figure peinte ou sculptée de N. S. Les colonnettes, dans cet âge , vinrent aussi concourir à la décoration des fenêtres qui s'élargirent sensiblement, et cessèrent de ressembler à des meurtrières. Les fenêtres de la basilique de St-ApoUinaire de Valence sont, dans le sud-est, le plus bel exemple des heureuses proportions données aux croisées. — Disons que dans notre sud-est où l'on fit un plus commun usage du marbre que dans le nord , les colonnettes des fenêtres^ des arcatures, furent presque toujours de granit ou de marbre. Nous avons constamment, bien plus que les hommes du nord, imité l'architecture antique dans le choix et le luxe des matériaux.

Les sujets le plus généralement représentés par la sculpture dans les deux dernières périodes de l'école romanobyzantine, sont : la naissance de Jésus-Christ, la visite des Bergers, l'adoration des Mages, la Fuite en Egypte, la Visitation , les Miracles de Notre-Seigneur, le Jugement dernier, les peines de l'enfer, le pèsementdes âmes. Dans les deux dernières périodes de cette ère , il n'est pas rare de trouver la pureté du profil. grec modifié par l'art chrétien ;

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ce n'est, je le répète, que dans la phase progressive et la phase transitionnelle ^ que les romano-byzantins bâtirent sur une grande échelle et donnèrent à la basilique ces prodigieuses dimensions dont elle était éloignée auparavant.

Le symbole trinitaire des trois portes de la façade , s'étend aux croisées : la façade est souvent percée ou d'une grande croisée trilobée ou de trois baies dont celle du milieu plus grande que ses sœurs. Cette disposition se retrouve aux croisillons, comme à Notre-Dame de Beanne, à Saint-Lazare d'Autun, etc. , ou à la façade, ou au mur de l'apside quand elle est carrée : les fenêtres y sont ou disposées triangulairement comme à Saint-Andoche de Saulieu, ou sur une seule ligne, séparées ou accolées. L'arc triomphal devenu beaucoup plus ample, et le plus souvent ogival comme la voûte de la nef et le culde-four de l'apside , est également percé de trois fenêtres superposées ou posées sur la même ligne , et quelquefois aussi d'une seule, comme à la basilique de Saint-Jacques d'Issy-l'Evêque ( diocèse d'Autun ) , avec ou sans colonnettes (1). Les pignons de l'apside carrée, des croisillons, sont souvent percés d'une baie en forme de croix grecque, surtout dans des basiliques rurales qui ne comportaient pas un grand luxe. Cette disposition est très commune en Bourgogne : vous la retrouvez à Sassenay (diocèse d'Autun), à Corgoloin , Prissey (diocèse de Dijon ) , à cette partie de la façade de Saint-Philibert de Tournus , qui correspond à l'église supérieure de Saint- Michel. J'ai dit, au chapitre 5* que je l'avais trouvée à

(1) L'arc triomphai de l'église d'Auxy ( diocèse d'Autun ) est aussi percé d'une baie. Celui de Saint-Jean de Lyon , l'est d'une rose au centre et de baies ogivales sur les côtés ; celui de Saint-Vincent de Châlon-S.-S. , d'une sorte de rose.

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Saint-Alexandre , de Lucques. — C'est ici le cas de relever nne foule des caractères particuliers de l'architecture romano-byzantine dans les provinces burgundolyonnaises.

L'architecture romano-byzantine a su atteindre dans nos contrées , de belles et larges proportions et se fait distinguer par la régularité de ses formes. L'emploi de pilastres cannelés même dans nos plus pauvres églises de villages , est une preuve constante d'un bon goût que l'on ne trouve pas dans le nord. Dans nos basiliques de transition, nous avons plus qu'aucune contrée , pratiqué ces apsides carrées que l'on ne rencontre déjà plus dans l'extrême midi , et qui ont permis à nos architectes romano-byzantins de déployer dans le sanctuaire le grand symbole de la Trinité. Ces apsides sont déjà de niveau avec la voûte de la nef. Elles sont quelquefois aussi percées d'un énorme oculus ou œil-de-bœuf. L'on rencontre dans cet âge, les premières apsides polygonales , comme à Saint-Jean de Lyon.

Moins somptueux que ceux de Técole Ligérine , peutêtre, n'offrant pas comme ceux de l'école Juvergnate ces incrustations de pierres de couleur, ces belles marqueteries auxquelles les volcans éteints des monts Dore et des monts Dôme fournissaient abondamment leurs laves de couleur pour compartiments, moins constamment antiques par la forme que ceux de l'école Jquitanique, mais n'offrant jamais ces dispositions anguleuses, cette ornementation barbare, ces défauts impardonnables d'ajustement, ces colonnes dont les trois parties sont si maladroitement assorties, dés monuments deV école Normande; nos temples de l'ère romano-byzantine sont surtout remarquables par l'élégance du galbe, la régularité du plan, la correction des détails , le mérite de l'exécution. — Je ne sais quels

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enfants de la Grèce pénétrèrent sur cette partie du territoire burgunde , qui forme aujourd'hui le canton de Nuits (nouveau diocèse de Dijon), et y bâtirent les temples ruraux de Gerlans, Argilly , la façade de celui d'Agencourt, celui de Prissey; mais il y a une suavité de profils, une pureté d'exécution et de faire , qui surprennent le monumentaliste. — Je dois dire ici que les quatre périodes de l'école romano-byzantine ne pratiquèrent le contrefort qu'à l'état de pilier massif, et répéter qu'ils persistèrent plusou moins dans cet usage par suite duquel les nefs étaient pauvres comparativement aux sanctuaires pour les quels on réservait toutes les somptuosités de l'art Les petites arcades aveugles ou ouvertes, eurent dans les temps romano-byzantins, une faveur qui s'est soutenue jusque dans la deuxième phase du type ogival. L'exti'émité supérieure des pignons était le plus souvent ornée d'une croix grecque , évidée à jour, formée d'une espèce de quatre feuilles.

Le lecteur doit avoir maintenant une idée assez claire de l'école romano-byzantine. Il a vu que la pensée des arcades d'entrecolonnement exerça sur l'architecture une influence qui s'étend jusqu'à nous et qui fut l'ame de ce type, par la substitution du cintre à l'architrave, dont il n'existe aucun exemple dans l'antiquité. Il a vu l'usage des basiliques latines transféré àByzance avec le siège de l'empire, la féconde imagination des Grecs, le soleil de l'Hellénie, terre de l'élégance et de la grâce, modifier l'architecture basilicale, qui revint ensuite en Occident^ sous le nom d'architecture romano-byzantine, qui lui est restée resplendissante d'or, d'azur, de mosaïques , de cinabre, de jaspes, marbres et porphyres, et se formula somptueusement à Ra venues à Rome, dans les Gaules, sous la grande inspiration de cette Sainte-Sophie, dont la dédicace eut lieu en 537, et qui sera toujours considérée comme

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le prototype du type. — Tout archéophile qui voudra compléter ses études sur l'école romano-byzantine ^ devra absolument s'occuper des vases , de l'orfèvrerie , des émaux, des mosaïques, des pierres précieuses, des marbres , des porphyres, des jaspes, des albâtres d'Orient, du vert antique, du serpentin, du lapis lazzuli , du jaspe sanguin , des basaltes , des ouvrages de nacre de perle , d'ivoire et d'écaillé , des agathes , des stucs et des incrustations qu'ils reçoivent; des métaux, des pâtes vitreuses, des brèches et des granits, qui jouaient un grand rôle dans le mobilier des basiliques. Il devra aussi étudier particulièrement l'état de la peinture sur verre , qui remonte aux deux dernières phases de ce type, et qui alors ne fut qu'une mosaïque transparente, une sorte de marqueterie de pièces de rapports de couleur , sans entente de la demiteinte ou du clair-obscur. Plus on s'éloigne des types natifs de cette école, plus aussi les monuments semblent perdre ce caractère essentiellement tumulaire et hiératique qui lui est propre. La basilique latine de l'ère mosaïcale a une solitude , un silence , un recueillement qui ne sont qu'à elles. Je me souviens des émotions que j'éprouvai à Rome, chaque fois que je visitai les basiliques anciennes, de ce calme, de cette mélancolie, de cette pieuse solitude qui entourent les saintes et vénérables basiliques constantiniennes. Ainsi, dès les deux dernières périodes du type, la langue des monogrammes perd son omnipotence. Le mouvement byzantin parti de l'Orient, s'est fait sentir plus tard dans le Nord qu'au Midi , comme aussi le mouvement ogival parti du Nord, s'est fait sentir plus tard dans le Midi que dans les provinces voisines de son berceau. Les quatre phases bien distinctes du type romano-byzantin , ne peuvent être étudiées méthodiquement que sur des monuments de même âge , de même lieu, abstraction faite

du siècle qui les érigea ; ce ne sont pas les siècles , mais les mœurs qui font l'architecture^ et la marche des mœurs n'est pas partout identiquement conforme à celle des siècles^ elle les précède ou les devance. Le mouvement qui caractérise une époque ne s'arrête point en présence du chiffre qui ouvre une nouvelle série d'années et ne l'attend souvent pas. En général^ les classifications de phases architectoniques ne peuvent être que relativement rigoureuses, surtout si l'on a la folle prétention de vouloir les faire coïncider avec tel ou tel siècle. La forme , dans les monuments , est souvent en contradiction avec leur âge et leur histoire. Ainsi , lorsque l'on dit qu'un édifice appartient à tel âge , ce n'est pas qu'il soit né en cet âge , mais bien qu'il rappelle Vart dominant de cette époque. Je ne me suis servi de noms de siècles , que pour séparer les diverses grandes périodes du type architectonique , jamais pour des édifices isolés. Dans notre sud-est de la France, pour lequel j'écris, nous sommes toujours de 100 ans au moins en retard sur le nord, pour l'adoption du système ogival et de ses dérivés. Dans l'extrême midi , ces conditions d'inégalité ne sont guère mieux marquées que chez nous. Si par hasard donc il m'arrivait quelquefois , pour me mettre d'accord avec les synchronismes fixés pour le Nord , de dire, par exemple, architecture du XIII' siècle, il faudra bien se souvenir que je voudrai parler du faire le plus généralement adopté dans cette période , à son point de départ. Pour la province ecclésiastique de Lyon , le XIIP siècle n'existe pas dans le sens architectonique : il n'est représenté que par des monuments romano-byzantins de transition. L'on en était encore à l'architecture néo-grecque dans notre pays , que déjà l'architecture ogivale préparée par tant de monuments de transition , régnait en souveraine dans le nord.

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Ces différences se U'ouvent dans les langues : le patois provençal est Fancienne langue romane ; cette langue se parle encore en Provence, tandis que depuis longtemps l'élément français s'est introduit dans le langage populaire en Normandie, en Picardie.

Personne plus que moi n'aime l'architecture ogivale surtout dans sa période austère, comme ordonnance de lignes, et dans sa période riche comme détails, profils et ornementation ; j'admire plus que tout autre ces flèches aériennes qui , comme celle d'Autun , semblent le dernier soupir du moyen-âge vers le ciel. — Cette architectonique est la plus infinie, la plus spiritualisée, elle est pour nous, enfants du «pays de France, la plus glorieuse et la seule nationale. — Mais je ne puis toutefois dissimuler mes énergiques sympathies pour le plan, l'aspect, la pensée semi-antique de la basilique constantinienneetpourl'école romano-byzantine qui vint se greffer sur elle, parce que le byzantin est plus en harmonie avec le ciel méridional que je préfère à tous les ciels, parce qu'il est plus silencieux et plus grave, parce qu'il nous force à nous courber plus profondément vers le tombeau et nous fait encore mieux réfléchir au néant du monde, parce qu'il est plus ascétique, plus biblique, plus primitif, frappé d'un sceau plus fortement empreint d'authenticité apostolique. Le type ogival , plus idéal dans sa forme , nous conduit à Dieu par en haut, le type romano-byzantin nous y mène par en bas, à travers le sang des martyrs, les catacombes et les cryptes. La forme du premier est plus insaisissable et plus inspirée, elle nous exalte et nous spiritualise ; celle du second, plus positive, nous brise et nous anéantit. Ceux qui s'étonneraient de ma préférence pour l'architecture romano-byzantine que certain monumentaliste a osé flétrir du nom d'hybride, voudront bien se rappeler que pour

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juger cet art^ il faut en connaître les archétypes. J'aime passionnément l'architecture ogivale^ mais l'on ne peut se dissimuler qu'elle est peu naturelle^ qu'elle surprend bien plus qu'elle ne satisfait, qu'elle ne présente pas à l'œil cette apparence de solidité qui est une des conditions du beau.

Et , de tous les types architectoniques , je puis juger par comparaison. — Naguère encore , à Rome , je me suis élevé de la catacombe et de la crypte à la basilique latine , de celle-ci à la basilique romano-byzantine , de cette dernière à l'église et je suis redescendu du temple chrétien à la maison ecclésiastique , dans St-Pierrcrdu-Vatican. — Ce qui peut-être n'a pas peu concouru à atténuer mon admiration pour l'école ogivale, c'est le peu de cas qu'en fit la Ville Eternelle , reine du goût monumental. Rome n'aperçut point le style dit gothique : elle passa majestueusement et sans transition , de l'architecture romano - byzantine à celle de la Renaissance. — Et puis c'est encore cette gothicomanie de notre époque , plus funeste à l'art que le vendalisme : ce sont ces parodies d'une grande pensée catholique et nationale , ce gothique de flacons, de devant de cheminées , de pendules , de chaises , de papiers peints, qui envahit toutes les boutiques. — Quelques remarques topiques.

Le monogrammedu Christ s'estarrêtéà la ville de Lyon : on ne le retrouve sur aucun monument ecclésiastique ancien des diocèses d'Autun et de Dijon : plus on s'éloignait de Rome , plus on perdait le sens des primitives hiéroglyphes chrétiennes. Mais ce qu'on trouve au delà de Lyon , en remontant la Saône, c'est la présence du coq au faîte de la croix des clochers. — Disons-le ici , il n'y a ni à Rome , ni dans le midi de la France , ni à Lyon même aucun exemple de coq ainsi posé. Ce sont les hommes du

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Nord qui ont dû inventer cette représentation et leur influence se sera étendue jusqu'en Bourgogne. Danslemidi^ l'on ne place le coq que sur certaines croix rogatoires, ornées des instruments de la passion^ jamais au dessus des petites croix d'un clocher. Au faîte de tous* les campaniles romains , il y a tout uniment une petite girouette surmontée d'une croix de fer , à la cîme des coupoles, une simple croix latine, le plus souvent dorée. Sur les frontons et pignons d'édifices ecclésiastiques, il y a toujours une croix, mais sa base se compose de 3 ou 6 petites bornes superposées, disposées triangulairement, qui figurent les pierres angulaires de l'Eglise du Christ. Cette figure, de Rome, n'est point arrivée jusqu'à Lyon: je ne l'ai trouvée reproduite nulle part en France. — Espérons que Lyon , fille aînée de Rome se conformera, à cet endroit, aux habitudes de son auguste mère.

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