SYNCHRONISME MONUMENTAL DU SUD-EST
^E véritable règne monumental de la province tecclésiastique de Lyon, se formule par des édifices de la transition de l'école romanobyzantine à l'école ogivale, dont l'apside de Saint- I Jean de Lyon, à son étage inférieur, la façade de la basilique d'Ainai, Saint-Maurice de Vienne, la nef de Saint-Philibert de Dijon , l'église cathédrale d' Autun , sont d'admirables et curieuses expressions. Cette condition architectonique a sa raison : nos douces contrées sont intermédiaires entre le nord et l'extrême midi, elles tiennent à l'un et à l'autre, mais avec des sympathies et des affinités marquées pour le sud; leur topographie, leurs goûts , leur climat dut être représenté dans leur architecture publique. Aussi avons-nous un peuple d'édifices de transition où la tendance romano-byzantine l'emporte sur l'innovation ogivale. Je l'ai dit, le mouvement romanobyzantin parti de Constantinople, de Ravenne et de Rome, se lit sentir fort tard dans le nord , et ce fut grâce à l'empereur Karl-le-Grand, qu'il y arriva au VHP siècle : le mouvement ogival au contraire, issu du nord, se fit sentir fort tard dans le midi , et ne parvint jamais à s'y
@8MK 128 mm acclimater. Notre-Dame de Dijon exceptée^ presque aucune église des parties méridionales de la Bourgogne, n'a imité au XIIP siècle, l'art ogival formulé dans cet âge; et encore Notre-Dame de Dijon, monument de ce siècle, a-t-elle cru devoir payer encore un tribut important aux réminiscences byzantines, dans la grande porte du milieu, de sa façade , qui est à plein cintre et d'un goût exclusivement romano-byzantin. La province ecclésiastique de Lyon n'offre rien de bien complet dans le style ogival , et n'a jamais poussé cet art à un certain degré d'éclat, à l'exception de Saint-Nizier de Lyon, qui correspond à un âge avancé du type, où par conséquent il avait dû se généraliser, tandis qu'elle avait, dans l'abbaye de Cluny, formulé la plus vaste et la plus sublime réalisation de l'érole romano-byzantine des phases progressive ettransitionndk. Nos aïeux eurent presque pour l'ogive, la même aversion que les hommes de l'extrême midi. Quand, par hasard, dans le midi ou les contrées où la tendance et les allures méridionales prédominent, l'on rencontre quelques monuments de l'école ogivale, franchement imités de ceux du nord, c'est qu'ils furent bâtis sous l'influence d'événements politiques puissants. Ainsi, quelques ^ises ogivales de Naples, terre où l'architecture topic[ueaIeplus de répugnance pour les lignes aiguës et verticales, l'église ogivale de Saint-Maximin (Var) et quelques autres églises ogivales de Provence, s'expliquent parle règne de la maison d'Anjou, qui amena des artistes du nord dans ses états; comme le style belge de l'Hôtel-Dieu de Beaune, s'explique par le règne des ducs de Bourgogne, qui avaient appelé les artistes des Flandres soumises à leur autorité souveraine, dans leurs cités bourguignonnes. — Tous les monuments que, dans mes nombreux exemples, je classerai comme exclusivement romano -byzantins, quand ils n'oflriront
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aucune esquisse ogivale ^ ne furent , dans nos conirees», presque toujours bâtis qu'en 1100. Tous ceux que je rangerai parmi ceux de transition^ ne furent presque jamais édifiés qu'en 1200, c'est-à-dire dans le cours du XIII* siècle. En général, pour tous nos diocèses lyonnais, et pour ceux du nudi, il faut, pour être vrai, sedéshaUtuer d'aitacher un nom de siècle à une réalisation architectonique, ou du moins avoir soin de dire que tel monument corre^ond par sa forme, non par son âge, au siècle où dans le nord l'on adopta le plus généralement tels ou tels caractères. Pour être complètement rationnel, pour obtenir une appréciation chronologique juste des édifices religieux historiques érigés par l'architecture burgundo-lyonnaise et rentrant dans sa grande unité, il convient de classer les monuments par règnes et phases architectoniques, non par siècles : c'est le seul moyen d'établir leur généalogie précise, leurs rapports avec telle période de l'art; il convient encore de repousser ces froides subdivisions toutes numériques d'écoles, comme phase primaire , secondaire, tertiaire, et de les remplacer par des noms qui parlent à la pensée et aux yeux, par des dénominations pittoresques, historiques ou morales. — Voilà pourquoi les Traités d'Archéologie chrétienne faits pour la Normandie, la Tourraine, l'Ile-de-France, sont d'un faible secours au monumentaliste de la province lyonnaise et de l'extrême midi de la France, et peuvent même lui donner des idées fausses relativement aux édifices de notre pays. Je connais en Bourgogne, en Dauphiné, une foule d'églises romanobyzantines construites dans le XIV* siècle, aurais-je pu ne pas les rattacher à l'art du XIP? Toutes les bases de l'apside semi-romano-byzantine , semi-ogivale de St-Jean de Lyon, qui sont du XIIP siècle, correspondraient, à Rouen, à la fin du XP.
Toutes nos églises de villes et de villages appartenaient au faire romano-byzantin ; presque toutes sont demeurées telles en tout ou en partie ^ tandis que dans le nord de la France, les temples de cette ère sont devenus extrêmement rares. Nous avons, dans le nouveau diocèse de Dijon (1), un canton, le plus beau de ce diocèse, celui de Nuits, où l'architecture romano-byzantine règne d'une manière absolue, formulée, je le répète ici, avec une grâce, une suavité de profils dignes des temps de l'art antique. Les montagnes, en isolant les populations, en les préservant de points de contact avec les étrangers, ont contribué à protéger ce type si éminemment chrétien : dans l'Âuxois, que nous nommons le pays des BéquinSj dans l'Autunois, qui continuent le Charollais, dans le Charollais et le Brionnais, il est aussi exclusif et plus encore que dans le canton de Nuits. Dans la Bresse châlonnaise, dans les cantons de Saint-Germain-du-Bois , Saint-Martin-en-Bresse, de Pierre, il se montre peu; mais il est souverain dans toute la Bresse lyonnaise et le Bugey. Le diocèse de Saint-Claude en offre un nombre plus restreint d'exemples ; mais presque toutes les églises des Vaux , de la Côte châlonnaise , sont des monuments de l'ère romano-byzantine, comme celles du Maçonnais et du Lyonnais. Les temples de cet âge redeviennent moins fréquents dans le nouveau diocèse de Grenoble; tandis que dans les montagnes situées à l'opposite de celles du Dauphiné , dans le Forez , les basiliques de type romanobyzantin régnent à peu près en souveraines, flottant entre
( l) Je dis nouveau d'abord parce que le siège épiscopal de Dijon ne remonte qu'au dernier siècle, et ensuite parce qu'il n'a plus aujourd'hui les limites étroites qu'il reçut à sa naissance. Il est donc doublement nouveau : aussi faut-il moins s'étonner s'il n'a ni doctrine ni discipline , ni liturgie qui lui soient propres , et s'il manque de rituel.
deux influences architectoniques , celle de Tunité burgundo-lyonnaise et celle de l'école auvergnate. Dans l'extrême midi, dans les diocèses d'Aix, Montpellier, Nîmes , le type romano-lyonnais n'est pa&^plus généralement formulé que dans la province lyonnaise et la partie de la province ecclésiastique de Besançon qui comprend le diocèse de Belley.
Il arriva chez nous aussi , 9e qui est arrivé plus en grand encore dans l'extrême midi ; le climat tempéré de nos contrées ayant respecté les édifices bâtis sous l'influence des byzantins d'Occident, Ton n'éprouva pas, comme dans le nord, le besoin de reconstruire, dans les siècles suivants, des édifices dégradés par le froid, les neiges, les intempéries de l'air : et puis cette architecture était plus en harmonie avec notre nationalité particulière , nous n'acceptions pas la révolution faite par d'autres mœurs et par d'autres mains, nous tenions fortement à nos habitudes et à nos traditions. — Toutes nos églises qui ne sont pas romano-byzantines, ont été refaites tard et mal , lorsqu'après longues hésitations, nous avons enfin subi incomplètement l'innovation ogivale. La prédominance des basiliques romano-byzantines dans notre pays tient donc à deux causes, à l'influence de notre climat qui a protégé d'anciens monuments , à l'habitude que l'on eut chez nous de continuer les formes romano-byzantines très tard, même dans les siècles où, dans le nord, on avait complètement oublié ces formes. Le plus illustre et le plus beau diocèse de la province ecclésiastique de Lyon , après celui de la glorieuse et sainte métropole, le diocèse actuel d'Autun, quirenfermç les anciens diocèses de Châlon-S.-S. et de Mâcon, se trouva particulièrement dansles meilleures conditions, je le répète, pour formuler avecéclat l'architecture romano-byzantine du type burgundo-lyonnais.
^fumm 132 mm Il s'est fait longtemps en Bourgogne » dans le Lyonnais ^ le Forez ; le Beaujolais y ainsi qu'à Rome^ dans tonte l'Italie , dans l'extrême midi français et dans tons les pays oik l'usage des grosses cloches a- eu peu de faveur ^ parce que les hommes y étant plus impressionnables ^ donés d'organes plus irritables , éprouvent moins le besoin d'émotions vives ^ comme en Italie^ et à Rome particnlièrement ; un genre de clochers que l'on trouve rarement dans le nord. Ces clochers se composent d'un simple mur à pignon obtus , percé d'une, deux ou de trois baies, dans lesquelles les cloches sont engagées, comme elles le sont dans notre midi , dans l'embrasure elle-même des fenêtres de clochers. Ces clochers qui se rattachent au faire romano-byzantin , étaient la Adèle copie de plusieurs campaniles de monastères épars dans la campagne de Rome. Us se sont pratiqués jusque dans le XVI* siècle dans la province lyonnaise, le Comtat, la Provence. J'en vais citer quelques-uns qui rentrent dans le type romanobyzantin , quoique élevés pour la plupart sous l'influence ogivale ou sous celle de la Renaissance : d'abord celui de la chapelle de Saint-Bénézet, sur l'ancien pont d'Avignon, ceux du palais pontifical de la même ville, deux élevés sur la basilique de Saint-Sauveur d'Aix, plusieurs à Aries, celui de la chapelle funéraire de Chagny, de la chapelle de Corchanu (diocèse d'Autun), ceux des chapelles de Melin et Vollenay, de l'église de Posange (diocèse de Dijon), celui h arcs triangulairement superposés de l'ancienne église de Saint-Nicolas, à Saint-Rambeit-l'Ile- Barbe (diocèse de Lyon). La chapelle romano-byzantine de l'Aiguë, à Beaune, était naguère encore couronnée d'un clocher de cette espèce. — Tous ces clochers étaient placés à la façade , dont ils formaient le couronnement.
Dans la province lyonnaise , même lorsque l'on voulut bien subir l'influence ogivale en petit ou en grand, l'on persista, à demeurer dans le type romano-byzantin , pour ' la grande porte du temple et le clocher. Ainsi nous avons constamment imité dans le clocher, le campanile romain, depuis le XP siècle jusqu'au XVI* inclusivement, et si l'ogive s'est montrée quelquefois dans le cintre de ses baies, ce n'a été qu'accidentellement Tous nos clochers des XII', XIIP et XIV* siècles, sont communément carrés, à cône très obtus; leur place est habituellement marquée au centre de la croisée, quand elle existe. Cette forme topique de clochers se retrouve dans tous les environs de Lyon : celui de Saint-Barthelemy de Montluel (diocèse de Belley), ceux de Saint-Symphoriei) de Nuits et de Gevrey (diocèse de Dijon) , sont des exemples frappants du genre. Le clocher de la province lyonnaise, le plus analogue aux campaniles romains, à l'élancement près, ayant, comme ceux-ci , une toiture à quatre égoûts, très surbaissée , à tuiles courbes , est celui de l'église de la Celle, au diocèse d'Autun.
Ajoutons à ces notions que réclamait le but localisateur de ce travail, que c'est surtout le synchronisme de nos églises de type romano-byzantin transitionnel, qui se trouve endésaccordmanifesteavec le synchronisme des monuments ecclésiastiques congénères du nord. La première période ogivale qui, dans le nord, correspond d'une manière absolue au XIII* siècle, n'existe dans la province ecclésiastique de Lyon, comme je l'ai dit plus haut, qu'à Dijon , à Notre-Dame. Nous n'avons fait de l'école ogivale primaire, pendant le XIIP siècle, qu'en la mariant aux formes romano-byzantines. Au XIIP siècle, nos édifices religieux sont romano-byzantins et n'offrent que le pressentiment ogival Durant tout le XIV* siècle, les
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réminiscences byzantines furent nombreuses dans nos églises. Ce n'est qu'au XV* siècle que le synchronisme de nos églises se rapproche de celui généralement adopté pour les édifices religieux du nord , c'est ce qui explique la présence à Lyon de la magnifique réalisation artistique qu'on appelle la basilique de Saint-Nizier. Même en plein XVP siècle, nos pères se souvenaient encore du faire romanobyzantin et le représentaient accidentellement A l'église rurale d'Epinac (diocèse d'Autun), bâtie par le cardinal Rolin, à la fin du XY*' siècle, l'on remarque une baie toute romano-byzantine.
Ainsi , la date architectonique des temples qui , dans nos contrées, représentent la phase riche de l'ère ogivale , se confond et coïncide d'une manière presque certaine avec la date chronologique, c'est-à-dire qu'ils se rapportent au XV** siècle, parce qu'alors, toutes les traditions romano-byzantines étaient définitivement épuisées et effacées : encore ceci n'est pas absolu pour les portes et les clochers. Ceci établi, l'on ne s'étonnera pas que les belles églises de Saint-Agricol et de Saint-Pierre d'Avignon, représentent, comme notre chef-d'œuvre de Saint-Nizier, à la fois leur âge historique réel et leur âge architectonique. — Je ne pouvais trop insister sur ces considérations, pour empêcher que dans notre sud-est. Ton ne s'obstinât à conclure de la forme de nos églises, pour les catégoriser systématiquement dans tel ou tel siècle, comme époque de construction (qu'il ne faut encore pas confondre avec l'époque de fondation ) , et h les soumettre à la chronologie adoptée ailleurs.
Mais arrivons à l'architecture ogivale.
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