PHASE SEVERE DE L'ECOLE OGIVALE
•ETTE phase vigoureuse et harmonique de Tarchitecture sacrée , pleine de majesté et de nerf, offre une réalisation homogène ^ unitaire , complète. Le type ogival né géant, se formule par des 'œuvres gigantesques. — Nous n'avons, je le répète, aux extrêmes limites septentrionales de notre sudest , qu'un seul monument qui ait été intégralement fondu dans ce moule. L'austérité monumentaire du XIIP siècle , n'est représentée sur notre territoire , hors de Dijon , que par des portions d'édifices et non par des édifices entiers. Encore, l'œil exercé du monumentaliste accoutumé à comparer les familles d'édifices congénères, reconnaîtra-t-il dans la façade de cette même église déjà si souvent citée ici de N. -D. de Dijon, les émanations de l'architecture grecque, les tendances antiques bien formellement accusées , à tel point, qu'il croira, comme moi, que cette façade aux lignes horizontales et carrées , est l'œuvre d'un architecte byzantin , qui voulut se livrer à une imitation libre du style ogival , l'employer comme profils , mais l'exclure comme lignes et comme pensée d'ensemble.
L'école ogivale dès sa phase sévère, témoigna de son aversion pour les nombres pairs , continua la représentation
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figurée du symbole de la Trinité , el acheva de se dépouiller du caractère hiératique des basiliques 5 que les édifices des deux dernières phases du faire romano-by^an tin avaient déjà négligé. Il ne fit plus qu'un usage borné aussi de ces monogrammes qui avaient joué un si grand rôle dans l'ère antérieure. C'est surtout dans cette phase que fut apparente la déviation de l'apside par rapport à l'axe de la nef, disposition que nous retrouvons si prononcée dans les églises rurales de St-Desert et Aluse ( diocèse d'Autun), dans celle de Santenay , dans l'église de N.-D. d'Auxonne , toutes deux au diocèse de Dijon 5 et dans celle de Lucenay-l'Evêque ( diocèse d'Autun ).
Un des caractères les plus certains, les plus déterminés du type ogival dans ses diverses phases , à partir du XIII* siècle, dans les portions du territoire français où il prit naissance, ce fut d'avoir deux clochers au lieu d'un seul, et de les établir généralement à la façade des églises. De là ces inégalités de tours dont nous avons déjà parlé , lorsque la phase transitionnelle de Técote romano-byzantine , nous en apporta les premiers exemples. L'usage fut de placer les façades et les clochers qui les surmontaient, en avant-corps des églises, unies à elles par une grande force de cohésion, mais réellement appliquées plutôt que bâties par continuation. Dans le sud-est de la France où l'on n'a pas généralement admis les tours jumelles , les façades sont toutes construites dans un système différent D'abord leur importance architectouique y est relativement beaucoup moins grande que dans le nord; puis les clochers y sont toujours placés (excepté à Saint-Maurice de Vienne), aux deux flancs du mur de clôture, laissant à nu et les murailles et le pignon de la façade, et ne permettant pas la présence de ces profondes voussures qui sont une grande beauté dans les types du nord. Les clochers bien
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postérieurs à la phase sévère, de Saint-Jean de Lyon, ceux de Saint-Jean de Dijon , etc. , flanquent le mur de la façade et s'élèvent tout-à-fait en arrière de ce mur : le contraire précisément se fait remarquer dans le nord.
L'architecture ogivale introduisit les toits aigus, dont l'élévation fut égale à toute la largeur de la base, ce qui forma , pour chaque côté du comble , une inclinaison de soixante-trois degrés vingt-sept minutes. Cette réaction forcée du système pyramidal sur les tojtures, contraria les habitudes du midi et du sud-est qui étaient accoutumés aux lignes horizontales et les préfèrent encore aujourd'hui aux lignes verticales : ces provincesse contentèrent du triangle équilatéral qui réduisait les pentes à soixante degrés; cette cause est une de celles qui contribuèrent le plus puissamment à empêcher le développement et le progrès du faire ogival dans nos contrées : aussi, plus l'on descend, à partir de Lyon, plus l'architecture ogivale se montre négative et neutre; plus l'on remonte au nord, plus on la trouve rentrant dans les caractères harmoniques qui lui sont propres. Il est difficile d'approprier les combles à deux égoûts, même ceux dont la hauteur égale la moitié de la largeur de la base, aux amortissements pyramidaux de l'architecture ogivale. La présence de toitures surbaissées mariées aux profils de cette architecture, produit à Lyon, à Vienne, descontrasteschoquants(l). La toiture peu aiguë des basiliques romano-byzantines se mariait bien mieux aux frontons de ce temps : aussi, même dans
(1) A la basilique de Saint-Andoche-de-Saulieu (diocèse de Dijon) , par exemple , Ton remarque que la région apsidairc sur-clevce est couverte à tuiles plates , et présente par conséquent une toiture aiguë , tandis que le corps du temple , la nef d'architecture romano-byzantine est couverte à tuiles courbes et présente une faible inclinaison. Si dans cette Sibérie du pays de Bourgogne , dans cette ville que la rigueur de
des lieux où le climat semblait nécessiter les combles pointus avant que l'architecture ne les demandât, comme dans l'Autunois, les temples étaient-ils tout naturellement couverts à tuiles courbes, sous l'influence romano-byzantine, ainsi que nous le démontrent la basilique d'Issy-l'Evéque (diocèse d'Autun) et l'église rurale de la Celle, même diocèse. La ville de Lyon étant située à quarante-cinq degrés quarante-cinq minutes cinquante -une secondes de latitude, son éloignement du tropique est de vingtdeux degrés dix-sept minutes cinquante-^ine secondes, et cet éloignement donne la mesure d'inclinaison que devraient avoir les combles dans cette cité. Cependant, l'usage est de n'y donner pour hauteur d'un comble à deux égoûts, que la cinquième partie de sa base, ce qui produit une pente de vingt-un degrés quarame-huit minutes, au lieu de vingt-deux degi*és dix-sept minutes cinquante-une secondes, qu'indique sa distance du tropique. Cette pente se réduit même le plus souvent à celle de dix-neuf degrés cinquante minutes. Cette même pente, dans l'extrême midi, en Italie, en Espagne, varie de quatorze degrés et demi à vingt-kleux dix-sept minutes. A Rome, à Florence, la pente est de vingt-deux degrés dixsept minutes, parce que, dans ces villes, on a conservé l'usage antique alternatif de la tuile plate et de la tuile courbe, qui exige une inclinaison plus rapide que l'emploi exclusif de la tuile courbe.
son climat et rabondancc des neiges qui y tombent , placent dans des conditions exceptionnelles, l'on a maintenu la toiture à tuiles creuses sur les régions romano-byzantines et adopte la toiture à tuiles plates pour Tapside lors de sa reconstruction bien postérieure , n'est-ce pas une preuve que rarchilecture romano-byzantine semblait repousser ce mode de toiture ?
En entrant dans ces détails qui sont loin d'être étrangers à nos instructions, nous ne pouvons nous empêcher de faire une réflexion, c'est que la diversité du climat indique réellement deux architeçtoniques naturelles, celle du midi et celle du nord , entre lesquelles se place celle de transition (zone tempérée), qui participe du caractère de Tune et de l'autre. C'est cette architecture indivise qui est particulièrement représentée dans notre sud-est. Nous avons constamment roulé entre deux imitations ; mais nos tendances architeçtoniques ayant toujours été plus méridionales que septentrionales, si nous n'avons jamais formulé dans tout son éclat natif, le type ogival venu du nord, nous avons du moins imité avec tant de bonheur les types de l'art romano-byzantin , qu'on prendrait nos monuments de cette fabrique, pour des édifices complètement nationaux et originaux. — Ajoutons que les montagnes , en général, continuent le nord dans le midi, et partant l'architecture septentrionale : ainsi, Chambéry qui est à peu près sur le même degré de latitude que Lyon , présente les toits pointus (1).
L'arc aigu fut évidemment connu, à l'état rudimentaire, dès la plus haute antiquité : employé accidentellement par les anciens, il n'est devenu un des éléments du type ogival , que sous l'influence nationale chrétienne ; mais il ne faut pas attacher trop d'importance à cet élément, il n'est qu'une conséquence du système aigu et n'en est point du tout le principe générateur. Les anciens n'en firent jamais systématiquement usage ; mais ils le pratiquèrent
(1) Le voyageur qui va de Grenoble à Lyon par Rives et Bourgoin , a dû remarquer que dans la partie montagneuse du trajet , les toits pointus régnent comme dans le nord. — Gènes dont le climat est trèsdoux a aussi les toits assez aigus : cette condition résulte de Temploi exclusif dans cette ville , de Tardoisc , pour les toitures.
par occasion et durent l'estimer en raison de son extrême solidité. — Je ne donnerai pas ici sa raison mathématique qui n'est pas encore bien clairement déterminée. — On employa toutefois encore dans la période du type sévère, l'arc surbaissé ; mais exceptionnellement, comme dans les transsepts de Notre-Dame de Dijon.
Dans la phase sévère de l'école ogivale, le plan des églises auxquelles je cesserai de donner le nom de basiliques, à moins que leur histoire ne le réclame, subit des modifications marquées. Le chœur s'allongea encore, le parallélogramme des nefs s'élargit de nouveau : les neis collatérales en furent inséparables; ces contre-nefe se doublèrent quelquefois et se prolongèrent presque toujours autour de l'apside. La figure de croix latine fut invariablement fixée, et l'orientation liturgique continuée. — L'on comprend combien cette orientation qui avait été établie par les byzantins, devint favorable au luxe des verrières peintes. Les plus beaux, les plus magiques effets de lumière, sont ceux produits par le soleil levant et le soleil couchant; or, les splendeurs de l'aurore filtrées et décomposées en mille reflets magiques arrivaient au sanctuaire qui regardait le levant, et celles du soleil couchant dans les nefis, par la façade qui regardait l'ouest. La loi de l'orientation ne fut jamais violée jusqu'à la fin du XV*" siècle, à moins que des nécessités de position ne forçassent les architectes h ne pas s'y conformer. L'orientation ne devint arbitraire que dans les siècles où la foi elle-même chancela dans les cœurs. Le chevet continua encore , pendant une partie de cette période, à se terminer en hémicycle et en ligne droite, ou carrément ; mais ici s'établit une modification sensible qui , il est vrai , remonte à la naissance des apsides carrées dont la dernière phase de l'école romano4)yzantine a laissé des exemples rares dans le reste de la France , mais innom-
brables en Boui^ogne^ précisément parce qu'on y continuait encore le système romano-byzantin dans les XIIP et XIV* siècles, car ces formes de chevets ne sont point d'invention byzantine bien constatée. Dans l'ère architectonique antérieure au règne ogival, les apsides étaient toujours plus basses que la nef : dans l'ère ogivale , ce fut au contraire le chœur qui tendit à s'élever, comme cela existe à Saint-Thibault (diocèse de Dijon). Dans les églises faites toutes d'une pièce , dans toutes les périodes du faire ogival, le chœur et l'apside qui formèrent deux régions distinctes, furent au même niveau que la voûte de la nef. Dans notre province lyonnaise, l'on n'eut pas de règle bien fixe pour la reconstruction partielle des églises : tantôt 4'on a rebâti la nef pour l'approprier aux idées ogivales , en respectant l'apside romano-byzantine, tantôt, au contraire. Ton a conservé la nef byzantine et exhaussé le chœur et le chevet dans le goût de l'école ogivale. De sorte qu'il n'est pas rare de trouver des chœurs infiniment plus élevés que la nef ou des nefs infiniment plus élevées que les apsides. En Italie, les sanctuaires romano-byzantins furent presque toujours religieusement respectés dans les réédifications postérieures, — j'ai déjà eu occasion de le dire., — à cause de leurauthenticité, de leur antiquité et de la vénération profonde qu'ils inspiraient. Dans un grand nombre de cas, toutefois, nous nous trouvons par rapport à cette disposition dans les mêmes conditions que l'Italie, notamment à Saint-Jean de Lyon (1).
(1) Peut-être ne doit-on pas dire qu'il y eut ici respect pour le sanctuaire ; Tarchitecture romano-bizantine de transition, en a bâti l'étage inférieur, le type ogival primitif a termine cette région. La nef a été plus tard érigée par la phase ornée du type ogival, et a voulu monter
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Des chapelles commémor|itives et patronales continuèrent à rayonner autour du sanctuaire , dans le prolongement des nefs collatérales ; celle qui correspondait^ dans Taxe du vaisseau^ à Tautel majeur^ reçut quelquefois un développement considérable et sembla un second temple placé au bout du premier^ elle était consacrée à la Sainte- Vierge. Le prolongement des nefs collatérales supprima les deux apsides secondaires : et l'on songea à élever ces petits monuments toujours embarrassants pour les architectes ^ destinés aux sacristies ^ pour remplacer le sacrarium et le diaconicum des basiliques. L'on continua encore à creuser, sous la région du chœur et du chevet, une vaste chapelle souterraine à laquelle le nom de confession fut maintenu traditionnellement II ne paraît pas que les ambons aient été chassés du temple chrétien, dès les premiers temps de la révolution ogivale. L'on ne trouve aucun exemple de chaires et de jubés avant l'extrême fin du XIV* etleXV* siècle. La forme des autels fut encore quelquefois celle des dernières phases du type romano-byzantin ; le coffre se maintint carré, il était décoré de bas reliefs : à son centre, l'on remarquait un cadre elliptique et quelquefois une niche où le Christ était représenté. Les ordres mendiants, dès les premiers âges de l'architecture aiguë, s'abstinrent d'ériger des églises à trois nefs, ils se contentèrent, dans un esprit d'humUité, d'une seule nef secondaire à côté de la maîtresse nef.
Les bras de la croix nommés transsepts ou croisillons se terminèrent généralement carrément; toutefois l'on trouve dans le nord (mais nous n'en avons aucun exemple dans notre sud-est) quelques cathédrales ogivales avec
plus haut que le chœur pour suivre rimpuision des temps. Cela prouve que trois âges architectoniques concoururent à Térection de ce beau iemplo.
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croisillons terminés en apsides. L'église métropolitaine de Cambrai démolie de fond en comble par le fanatisme révolutionnaire 5 offrait cette disposition^ qui ne se généralisa pas 5 par la diflSculté qu'on eût éprouvée pour l'enrichir de roses. Dans le cours de la phase sévère^ l'on abandonna la terminaison demi-circulaire ou carrée des apsides 5 pour adopter la forme polygonale : alors cette forme adoptée ^ il y eut des exemples de croisillons terminés en apsides polygonales y comme à l'élise cathédrale de Soissons ; mais l'usage du croisillon carré et de l'apside polygonale prévalut. L'arc triomphal dut disparaître entièrement par suite de l'exhaussement du chœur : la coupole placée au point d'intersection^ ne fut plus qu'un renfoncement sans caractère^ et ne continua d'être un élément de beauté qu'exceptionnellement^ comme à l'église métropolitaine de Rouen. Les colonnes se groupèrent autour des piliers et s'eflSlèrent prodigieusement , elles * trompèrent l'œil sur la hauteur véritable des temples. Ces colonnes 5 mieux proportionnées^ généralement cantonnées en croix autour des piliers^ se distinguèrent par leurs chapiteaux ornés de feuillages le plus souvent recourbés en volutes à forme de crochets. La grosse colonne cylindrique de la phase romano-byzantine transitionnelle , régna encore quelque temps dans cette période seule ou cantonnée. La feuille d'acanthe est quelquefois ébauchée, mais nos artistes de l'école nationale préfèrent figurer les feuillages de nos arbres et de nos plantes indigènes^ ceux de la rose 5 du chêne, du lierre; ils combinent tout cela pour en former une ornementation originale et éminemment française. — Il y eut dans la. phase sévère du type ogival 5 comme dans les périodes postérieures, un grand respect pour les nombres trois et sept. La disposition des trois colonnettes dans les arcs géminés, des croisées à
trois divisions^ est un hommage symbolique rendu à la sainte Trinité. Ces nombres sacrés jouaient un rôle essentiellement symbolique dans l'architecture religieuse de cette époque.
L'on ne trouvé^ dans cette période ^ aucun exemple du petit meuble d'autel nommé tabernacle; l'autel continua^ comme dans la période romano-byzantine^ à n'offrir aucune image : Ton y posait le livre des Evangiles^ l'on y plaçait quatre flambeaux ou le chandelier à sept branches ; il est à croire toutefois qu'à partir de la phase progressive du romano-byzantin , l'image du Christ en croix ^ commença à y paraître. Le Saint-Sacrement ^ à la suppression des cryptes et à celle du sacrarium, fut renfermé dans des reposons 9 crédences, custodes suspendues ou adhérentes aux parois du sanctuaire^ tantôt à gauche ^ tantôt à droite du maître-autel. Les niches^ les crédences, les piscines destinées à l'écoulement de l'eau nécessaire pour le service de la messe, eurent dans la phase sévère, un aspect austère : c'était simplement un arc ogival soutenu par deux colonnettes, avec renfoncement, quelquefois le cintre était formé par un trèfle taillé sur ses bords extérieurs, en biseau. Les vasques destinés aux lustr^tions et aux purifications dont la place avait été jadis marquée sous le pronaos des basiliques, étaient déjà introduites dans le temple, lorsque l'architecture ogivale s'en empara.
L'ogive des croisées et des voûtes s'élança avec une forme un peu sèche , mais nerveuse , précise et ferme ; l'arc en tiers-point prit la forme du fer de lance. Les fenêtres furent étroites et allongées, accolées deux à deux, par nombre de trois plus souvent, et inscrites dans un arc ogival qui encadra le couple ou la trinité, ou parurent isolées. Leur style fut éminemment austère. Deux petites colonnettes les flanquèrent presque toujours ; elles furent
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couronnées par une archivolte qui n'était autre chose qu'un rebord saillant Quand la fenêtre se subdivisa en deux arcs encadrés dans un arc plus grand ^ l'on vit à la partie supérieure de l'ogive principale^ appliquée sur la pointe des lancettes géminées , ce que nos anciens monumentalistes appelaient un remplissage^ c'est-à-dire une gracieuse figure découpée en quatre feuilles, trèfle ou rosace ^ circonscrite dans un cercle.
Les roses sont nées avec la phase sévère de l'école ogivale. Dès leur première apparition, nous admirons leurs harmonieuses proportions, elles rayonnent, elles s'épanouissent comme d'immenses fleurs, et reçoivent entre leurs compartiments , la plus merveilleuse conception de l'architecture clw'étienne, les verrières peintes. Elles s'établirent aux trois façades, au dessus des portes principales. Les portes restèrent, comme dans les deux dernières phases romano- byzantines, en possession de fixer tout l'art des sculpteurs. L'on fit entièrement disparaître les pierres du linteau , du tympan et de la voussure, sous l'appareil des statuettes, des' statues, des niches, des dais, des aiguilles. Tout autour du grand portail, l'on rangea en longues files, les archanges, les anges, les patriarches, les prophètes, les rois, ancêtres de J.-C . , les martyrs et les confesseurs. A l'extrados des arcs des portes , l'on indiqua ces pinacles qui devinrent dans les deux âges suivants , une partie si capitale de la décoration et qui , dans le XIIP siècle , ne furent presque qu'esquissés et ébauchés. Les stéréobates se chargèrent de bas-reliefs la plupart du temps encadrés dans des médaillons, représentant des scènes du Nouveau Testament. Les trois portes trinitaires de la façade et la porto de chaque façade de croisillon, furent ornées avec un grand luxe : toutefois, ce luxe fut toujours plus tempéré dans les façades latérales.
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La porte trinitaire du milieu de la grande façade d'orientation, correspondant à la porte Regia ou Speciosa des basiliques, fut sensiblement plus haute et plus large que ses deux voisines, les portes secondaires. L'on commença à en partager l'ouverture par un trumeau. La façade se composa toujours des trois portes trinitaires, d'une galerie composée d'arcs en trèfle , séparées par des colonnettes polygonales ou cylindriques, formant quelquefois une suite de niches et recevant les statues des rois, des ducs et des princes de la terre ; puis delà rose qui correspondait à la grande nef, de fenêtres simulées ou ouvertes qui correspondaient aux nefs secondaires, sur les à-côtés de la rose, d'une seconde galerie supérieure, en forme d'attique , destinée à voiler le pignon de la nef. Cette façade se prolongea latéralement en l'air, par les deux clochers jumeaux ou inégaux, qui à partir de cette seconde galerie, se dégageaient de la base majestueuse avec laquelle ils étaient mêlés et dont l'on ne' distinguait les lignes qu'à l'aide des contreforts qui les accusaient Le couronnement de ces clochers était en plate-forme quelquefois, plus souvent pyramidal, et toujours pyramidal dans lesplansde l'architecte; mais ce cône d'amortissement, le plus souvent quadrilatère, divisé par assises établies par un cordon saillant , s'éloignait généralement peu de la figure du triangle équilatéral, et ne faisait deviner qu'imparfaitement encore la flèche. La cathédrale du XIIP siècle , mettait trop de recherche dans sa façade pour souffrir qu'un pronaos la voilât. Aussi les anti-temples deviennentils très rares , et ne s'appliquent-ils qu'à des dispositions de façades autres que celles dont je viens de donner l'esquisse. Dans nos contrées ces dispositions ne furent point du tout pratiquées , le narthex ouvert sur trois faces ou sur une seule , fut quelquefois continué. L'on connaît le
@8M« 157 Me© bel antitemple qui forme la base de la façade de N.-D. de Dijon 5 et celui qui fut accidentellement mais seulement dans la phase ornée du style ^ posé devant la façade de N.-D. deBeaune, magnifique portique double qui rappelle un peu les riches dispositions du pronaos romanobyzantin de Perrecy-les-Forges ( diocèse d'Autun. ) L'on connaît encore le pronaos si hardiment élevé , toujours postérieurement à la phase sévère , mais peu de temps après elle, devant l'église de St-Pierre, de Montpellier. Dans la province lyonnaise, nous n'eûmes presque jamais qu'un seul clocher dont la base nous donna un porche accidentel , qui devint un crypto-portique ou tambour si le clocher était engagé , et un vestibule ouvert, si le clocher était placé en avant de la façade. Plus tard , nous eûmes les auvents et les chapiteaux , espèces d'humbles porches pour lesquels j'invoque toujours le respect des architectes restaurateurs, quel que soit leur caractère architectonique , parce qu'ils sont la tradition et la continuation du narthex des basiliques.
J'ai dit quelle fut la forme de nos clochers ; posés à la façade ou au centre de la croix, ils eurent invariablement le même type. Plus tard , ce gros clocher carré à toitifre à quatre égoûts faiblement inclinée , couverte selon les localités , de tuiles courbes ou de laves , se modifia par l'addition d'une petite aiguille à son centre , dont • Jes clochers de Chaudenay-sur-Dheune (diocèse d'Autun), et de Serrigny ( diocèse de Dijon) , nous fournissent le modèle. Nos clochers se bornèrent, dans cette phase , comme dans les suivantes, à une maigre ornementation : ils étaient divisés en deux étages par un cordon. L'étage supérieur était percé de deux baies à plein cintre ( attendu qu'au XIIP siècle , l'ogive n'existait chez nous qu'à l'état romano-byzantin , dans les grands arceaux ) : entre ces
®8IIK 158 «ne© baies et le comble , régnaient des corbillons peu ouvragés. L'étage inférieur se composait d'une seule baie, sans aucune architectonisation. Il paraît qu'en Bourgogne, dès le XIIP siècle , l'on plaça au fatte des clochers le symbole gaulois du coq au dessus de la croix. — Serait-ce parce que ce pays et le nord de la France étaient plus profondément pénétrés de l'élément celtique ? — Rien de moins hiératique que le coq à la cime d'un clocher.
Les contreforts , dans cet âge , se couronnent de pyramides octogones, se rangent comme des satellites aux flancs de la cathédrale, se décorent de niches, de statues , de clochetons , de gargouilles et se rallient aux murs de l'édifice qu'ils contrebutent, par un arc-boutmit, ce qui les rend tout-à-fait dissemblables des contreforts romanobyzantins essentiellement adhérents aux murs. Cet appareil né du simple besoin de contrebuter fortement des murailles sans cesse menacées par la poussée des voûtes , devint l'occasion et le texte d'une magnifique ornementation extérieure. J'ai dit que la chaire à prêcher était inconnue dans cette phase : l'évêquequi seul parlait aux. fidèles assemblés dans le temple , s'asseyait sur un si^e portatif qu'on plaçait en avant de l'autel , ce siège se nommait Faldistorium. Les corbeaux qui ornaient l'extérieur des églises sous les combles,étaient généralement carrés, quelquefois décorés de mascarons.
Le pavé des temples s'harmonisait avec l'ensemble des monuments. Des portraits d'évêques, d'abbés, de chevaliers, étaient gravés sur la pierre, pour indiquer leur sépulture, et formaient un autre musée lapidaire, pour continuer ceux des bas-reliefs, des imageries et des verrières peintes. Ce pavé historique et moral a presque partout disparu de nos églises. Je me réserve de dire quel fut l'état de la peinture sur verre dans les différents âges
^m^ 159 iMBS) de Tart chrétien où elle fut cultivée^ et je renvoie les lecteurs aux notions qui s'y rattachent , et que l'on trouvera immédiatement après celles sur les divers types d'architecture employés pour les temples du Seigneur.
Les arcatures furent largement continuées dans cet âge, elles régnaient entre l'extrados des percées ogivales de la nef et les grandes croisées, à l'état de galeries ou tribunes. Ces tribunes n'étaient autre chose que la tradition et la continuation du triforium romano-byzantin. Elles se composaient souvent de trois arcs enfermés dans un arc ogival, mais avec celui du milieu plus haut que les deux autres. Les zones de voûte ou travées, qui étaient marquées par des arcs doubleaux, et des nervures croisées, peu saillantes, sans ornements accessoires, vinrent s'y réunir à un centre commun , la clef. Les profils les plus généralement employés, furent les quatre-feuilles et le trèfle seuls ou combinés avec l'arc entiers-point. Les charpentes faites de chêne blanc et non point de châtaignier comme on l'a prétendu, appelées forêts ^ étaient d'une exécution compliquée, mais parfaite. Dès le XIIP siècle, au nord bien entendu , l'on éleva quelquefois au point central de la croix latine dont le temple donnait la figure , une petite aiguille de bois , couverte de plomb. C'est l'origine des grandes aiguilles qui régnèrent plus tard. Le plomb était généralement, dans les provinces septentrionales, employé pour la couverture des comblesaigus des cathédrales. Il est reconnu que tout ce qui était profils, bas-reliefs , statues et statuettes était dès la phase sévère du type ogival , couvert d'une peinture aux plus vives couleurs. Les artistes du moyen-âge , voulurent ainsi imiter les Grecs qui peignaient quelquefois jusqu'à l'extérieur de leur temple. Ce fut sous l'influence de cette première phase de l'école ogivale, que la statuaire en s'éloignant du caractère
®8M 160 mm romano-byzantin^qui lui donnait encore des poses gênées^ contraintes 5 raides, malgré son éclatante renaissance, commença à s'animer , à vivre d'une nouvelle vie.
Si l'on me demandait quelle est des diverses phases de l'école ogivale , celle que je préfère , je répondrais sans hésiter que c'est la phase sévère , parce qu'elle est plus près du type byzantin ^ parce qu'elle est la plus énergique , la plus inspirée et la plus mâle^ parce qu'elle a conservé un reste de respect pour l'hiératisme et le monogramme , parce qu'elle est la plus nerveuse et la plus ferme. — J'aime la rigidité dans les édifices religieux comme dans les mœurs du clergé. Plus on orna cette architectonique ogivale , plus aussi on lui enleva sa majesté native ^ sa portée religieuse ^ son incroyable austérité. Elle seule sut réaliser l'immensité dans le temple. Dans la phase suivante, l'on verra toutefois que la gravité des lignes sait encore se concilier merveilleusement à une ornementation plus riche. — Le véritable triomphe des architectes de cette phase sévère, c'est l'art admirable avec lequel ils ont su élever à une hauteur prodigieuse , des voûtes si Itères et si robustes tout à la fois supportées par de si minces et si délicates colonnes.
Dans la dernière phase romano-byzantine et dans la première phase ogivale, une habitude éminenunent primitive et hiératique disparut, celle d'isoler le baptistère du temple, et d'en faire un monument à part
Il existe, sur le territoire des suffragances lyonnaises, des églises où le type ogival de la première phase est entré en corps, non en esprit : les voûtes et les arcs sont cintrés en tiers-point ; mais l'apside principale est carrée : les trois baies symboliques ou accolées ou rapprochées sur une seule ligne, ou superposées, existent à la fois à la grande façade, à l'apside, aux deux façades collatérales des croisillons. — Mais passons à la deuxième période du type.