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CHAPITRE XV

PHASE ORNEE DE L'âcOLE OGIVALE.

fETTE phase moins austère que la précédente, réalise pourtant ce qu'il y a de plus désirable dansTart^la variété dans l'unité. Alors, les profils commencent à prédominer sur la ligne ; accusés ( nettement , ils se développent sans sécheresse , sans crudité, doués d'un sentiment toujours grave, mais inclinant vers la grâce. Ici , bien évidemment l'inspiration se soutient dans le type. Les roses s'accidentent de mille ingénieux motifs , les feneslrages se compliquent , le remplissage des baies présente de fines et osées découpures, de souples ramures de pierre^ les plus beaux et les plus variés épanouissements de pétales dans leurs fleurs de pierre. Les évolutions de l'ornementation naissent et se marient merveilleusement avec la ferme et noble majesté du plan général. La phase ornée du type qui correspond au XIV* siècle , nous présente le style ogival parvenu à son plus haut degré de splendeur , à toute la plénitude de sa puissance. Au vif enthousiasme de l'époque précédente , avait succédé une ardeur plus tranquille , mais non moins active. — Nous avons dans la grande nef de la basilique primatiale de Saint-Jean de Lyon , l'expression la plus sereine , la plus calme et en même temps la plus

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majestueuse et la plus complète de Tart chrétien de cette époque.

Sous l'influence de cette phase de Tarchitecture sacrée , la sculpture semble baisser dans les contrées qui formulèrent les premières le style ogival , tandis que pour les nôtres, s'ouvre l'âge d'or de la statuaire. Le portail de l'église des Chartreux, à Dijon, le puits de Moïse, les tombeaux des ducs de Bourgogne sont d'une admirable beauté et attestent à quel point de perfection arrivèrent chez nous la statuaire et la sculpture monumentales. Ce même temps sera aussi pour la Bourgogne et pour la Province lyonnaise, l'âge d'or de l'architecture, en ce sens qu'il fut celui où l'on a édifié le plus grand nombre de monuments religieux. Ce fut exceptionnellement que la grande nef de Saint-Jean de Lyon coïncida avec le style pratiqué dans le Nord , pendant le KIY"* siècle et alla plus loin que le Nord lui-même dans la perfection et la solennité de cette réalisation , dans la merveilleuse harmonie , dans les admirables proportions de l'ensemble, dans le motif si calme , si largement compris des fenêtres , dans la richesse et le bon goût des détails. Je ne connais pas une seule nef qui vaille celle de notre basilique primatiale. Pendant le XIV^ siècle on bâtissait généralement dans nos contrées, surtout dans les campagnes qui étaient plus arriérées dans le progrès, des églises à voûtes ogivales où le système desarcades, des colonnes, annonçait que l'on avaitsubi la révolution architectonique opérée avec tant d'éclat, mais où les réminiscences et l'allure romano-byzantines se manifestaient constamment dans les postes, les clochers, les petites arcatures, les apsides fermées carrément. Il n'y a, je le répète , pas d'âge où l'on ait bâti un si grand nombre d'églises que dans le XV* siècle , en Bourgogne notamment. Tous nos temples importants de villages , comme ceux de

^mk 163 mn^ Chaudenay-sur-Dheune, Gergy, St- Loup -de -la -Salle ( diocèse d'Autun ) , etc. , datent de ce temps : tous passeraient pour des monuments romano-byzantins de transition, si l'on n'y tenait pas compte de certaines manifestations architectoniques qui déposent de l'influence exercée par les idées du Nord. — Les monumentalistes de la Normandie et de la Picardie seraient souvent bien embarrassés . en présence de semblables édifices qui sont vraiment innombrables sur le territoire burgundo-lyonnais. Il en résulte que chez nous , généralement parlant , ces sortes d'édifices ont été la transition qui nous a menés à l'architecture du XV* siècle. Les portes de nos temples dans cette phase , sont presque toujours à plein-cintre^ flanquées de colonnettes : le tympan monolithe-qui est encadré par la courbe demi - circulaire , nous présente souvent pour unique sculpture 9 une croix de Jérusalem sculptée en demi-relief. Cela se remarque aux temples ruraux de Chaudenay-sur- Dheune^ St-Loup-de-la-Salle (diocèse d'Autun) , de Corpeaux, Fixey, Santenay (diocèse de Dijon), etc. — Pendant ce temps, l'on a pratiqué chez nous et ailleurs , beaucoup deportelles ou petites portes latérales, étroites, surmontées d'un linteau-tympan en forme de trèfle.

Dans le XIV'' siècle qui vit fleurir la phase ornée du type, un édifice plus jeune que l'église, vint se poser à son ombre, c'est la maison-de-ville. — Du jour où ce pouvoir nouveau, où ce symbole civil vint ravir à l'église une portion notable de son universalité communale , le temple chrétien perdit un fleuron de sa couronne et l'architecture religieuse dut se modifier. Dans nos pieuses provinces, la maison -de -ville ne se montra que fort tard : l'église continua longtemps à rassembler à la fois Içs fidèles et les citoyens que le christianisme avait confondus, et l'on voit que la basilique de Saint-Nizier de Lyon , servit pendant

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longues années de maison-de-ville et de siège de l'administration consulaire.

L'art figuré du moyen-âge dispose de ses moyens et de ses ressources en véritable souverain. Aucune phase de l'art ogival ne profile plus merveilleusement la cathédrale que la phase ornée : elle multiplie les dyptiques et les tryptiques de grande dimension inconnues à Técoleromanobyzantine et introduits à la fin de la phase sévère du type ogival. Elle fait un usage prodigue du mascaron^ espèce de figure^ le plus souvent chargée d'hommes^ placée à la naissance des nervures. Les apsides sont tontes exclusivement polygonales^ à trois, à cinq et à sept pans, et par conséquent la voûte apsidaire devient à trois , cinq et sept lunettes. Les voûtes des nefs et contre-nefe se'nervent avec éclat. Dès l'ouverture de cette phase, le plan des églises reçoit une importante modification. Jusqu'alors , on n'avait établi de chapelles latérales qu'autour de l'apside ; à cette époque on les ajouta le long des bascôtés de la nef, depuis les transsepts jusqu'au revers de la grande façade occidentale. Cette addition acheva de compléter les cathédrales du moyen-âge. En plaçant un autel dans chacune des chapelles latérales, on en rendit l'aspect encore plus grave. Ces chapelles dont la pensée vint ou d'une pieuse imitation des tombeaux des martyrs si pressés dans les catacombes , ou du besoin que chaque jurande, corporation ou confrérie éprouva d'avoir son autel patronal; ces chapelles, dis-je, parurent si nécessaires aux grands vaisseaux chrétiens , que les architectes de cette ère les ajoutèrent souvent en sous-œuvre aux églises et basiliques bâties dans les siècles précédents. Dans le sud-est de la France et en Italie , les chapelles latérales ne parurent que dans les XV' et XVI' siècles.

L'ogive prend plus d'ampleur, mais c'est aux dépens de rélancement; la colonne garde ses hardies et sévères proportions, mais son chapiteau plus orné, devient légèrement prétentieux : toutefois il est feuille avec infiniment de grâce. Le fût des colonnettes diminue encore son diamètre et tend à se réduire à un simple tore ou boudin : c'est la transition de la colonnette à l'état de nervure prismatique oii la réduisit la dernière phase. Les pinacles se dressent superbes et hauts , ils commencent à se hérisser de crosses à leui's vives arêtes , à se subdiviser par une foule de découpures variées et noblement conçues. La fenêtre arrive à toute la plénitude de son développement, elle combine de la plus heureuse manière ses proportions de hauteur et de laideur , elle est ample et harmonieuse , et les plus suaves motifs concourent à son ornementation. Les grandes baies qui éclairent la maîtresse nef de Saint- Jean , à Lyon , nous offrent les plus achevés modèles de la croisée du XIV* siècle. Le remplissage de ces fenêtres ou le fenestrage^ se compose de six et sept petites baies ; tout l'arc ogival qui les circonscrit, est occupé par trois et quelquefois par six cercles circonscrivant à leur tour des assemblages de trèfles , de quatre-feuilles , et présentant quelquefois l'aspect des roses les plus curieuses. Ces fenêtres , je le répète , sont comme l'ogive , elles prennent une remarquableampleur et s'éloignent de'l'état grêle où les avait laissées la phase sévère. Rien de plus léger, de mieux fouillé et refouillé , rien de plus élégant que ces meneaux ajustés avec tant d'art , dessinés avec un goût si exquis. Les fenêtres rayonnantes forment un des caractères les plus saillants de la phase ornée de l'école ogivale. Les roses, les roses surtout , concurremment avec les croisées , atteignent à toute la perfection rigoureusement réalisable. Ce n'est plus la fleur qui s'épanouit^ c'est la corolle développée , étalant

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au soleil tous les trésors de sa parure. Les tables de communion 9 les balustrades des tribunes , des chapelles , se chargent de trèfles, de quatre-feuilles symétriquement disposés : les tribunes ou galeries remplacent les arcatures et les couloirs étroits des deux derniers âges précédents de Tarchitecture sacrée , entre les grandes croisées de la nef et l'extrémité supérieure des arceaux d'entrecolonnèments : elles offrent les plus heureux motifs d'ornementation. Tous les bas-reliefs, profils, tous les chapiteaux, toutes les statues et statuettes continuent à se chaîner d'une vive polychromie, avec les nervures et les clefs de voûtos, lesquelles quoique peu saillantes , furent artistiquement travaillées et joignirent la légèreté à la résistance. Les architectes de cette phase furent non moins habiles que leurs devanciei*s dans la construction des voûtes. La façade des cathédrales devint l'œuvre capitale : pour la réaliser, la fécondité de l'imagination la plus fertile , la prodigalité de la sculpture et de la statuaire, les richesses des broderies, des dentelles, des fleurs, des feuillages, la délicatesse des moulures, s'épuisèrent pour décorer la porte principale et tout l'ensemble monumental de la région qu'elle caractérisait. Au dessus du splendide portail on sut appuyer ces beaux frontons aigus , découpés à jour , garnis sur leurs arêtes de crosses végétales régulièrement espacées , ce sont les pinacles qui ornaient la face extérieure et souvent même le revers de la façade, quand rien ne s'y opposait — IJ atrium et les dépendances de l'ancienne basilique latine ont complètement disparu : toutefois , dans nos contrées , notamment le pronaos ou Narthex, se maintient, même aux extrêmes limites du XV*' siècle, on le voit se poser encore à la façade de N.-D. d'Auxonne, et il se continuera encore souvent , sous les deux périodes de la Renaissance. J'ai déjà indiqué dans le chapitre précédent , le magnifique

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anti-tcmple de l'insigne basilique collégiale de N.-D. de Beaune, monument de la phase ornée du type ogival.

Cet édifice fut probablement élevé ou à l'image de celui de N.-D. de Dijon , ou en commémoration du narlhex primitif qui dut précéder la façade de la basilique , dans l'ère romano-byzantine.- Nul doute que cette basilique n'eut son pronaos et son atrium ^ dont l'emplacement est encore évident sur la place contiguë. Les portiques se maintinrent de préférence en Bourgogne dans les temples qui succédèrent à une basilique.

L'orgue, ce roi des instruments , qui remonte à la plus haute antiquité, mais qui ne franchit le seuil des basiliques , et ne devint un instrument exclusivement chrétien que dans le VIIP siècle , n'était encore guère commun en France au XIIP siècle (1). Un petit nombre, un très petit nombre de cathédrales riches et privilégiées avaient pu jouir de ce merveilleux instrument. L'architecture, généralement; ne préparait donc rien pour le recevoir. Il est aisé de se convaincre de cette vérité en regardant les tribunes destinées aux montres d'orgues ou porte-orgues : elles sont toutes ou presque toutes d'un style bien postérieur au vaisseau, si ce vaisseau correspond au type romanobyzantin ou aux premières phases du type ogival. Dès le XIV* siècle toutefois, son usage s'étendit à un plus grand

(l) L'usage tout profane auquel avait servi Torgue à souflets , jusqu'au Vile siècle, avait empêche les chrétiens de Tadmettre dans leurs temples, et les pères de l'Eglise en avaient toujours rejeté l'emploi ; mais dès que les fêtes et les spectacles du paganisme eurent disparu , l'orgue fut transportée dans les basiliques. La consécration papale de son emploi , fut proclamée l'an 660 par un décret de Vitallien. L'église de Lyon si fidèle à son austérité primitive et à l'observation de ses rites antiques, a constamment repoussé l'introduction de l'orgue, et ne l'a admis, à titre d'instrument d'accompagnement qu'en 1841.

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uombrç d'églises , et Ton trouve des tribunes d'orgues placées dans les églises. Ces tribunes soutenues par de grandes ogives dont le cintre est occupé par une foule de ramifications, furent presque toujours placées au revers de la grande façade. On n'en trouve que bien peu d'exemples conformes à l'idée que je viens d'en donner, sous la phase sévère du type ogival. — Je ne puis m'empécher d'exprimer ici mon aversion pour les porte-orgues : ces sortes de tribunes rompent l'harmonie des lignes architectoniques, et le jeu d'orgue voile presque toujours les belles roses qui sont le plus somptueux ornement desfaçades de l'ère ogivale. Il est vraiment impossible de déterminer le lieu oh un jeu d'oi^ue peut se placer dans une église sansnuireàson architecture. Au fond de l'apside, il bouche de belles verrières peintes , dans les bras des transsepts, il cache une rose, comme au revers de la façade; sous un des entrecolonnements du chœur , il paraît un hors-d'œuvre, et ne s'établit qu'au préjudice de la perspectire et de l'effet des lignes. Dès la phase ornée de l'école ogivale , l'on trouve des exemples de jubés dans les églises, inventés à la fois pour servir de clôture au sanctuaire et au chœur et pour remplacer les ambons. Ici encore , je m'élèverai contre cette construction qui^ partage en deux un grand édifice et vient brusquement arrêter le développement des lignes architectoniques , la fuite des lointains. Les jubés sont une œuvre du plus mauvais goût comme pensée, quel que soit d'ailleurs leur mérite particulier conmie exécution. Ils sont toutefois empruntés à l'église grecque et rendent le sanctuaire plus mystérieux.

La décoration fixe et meuble des temples s'enrichit prodigieusement dans le cours du XIV' siècle. Les clôtures du sanctuaire se chargèrent de dentelles et de bas-reliefs , les dossiers, les à-côtés, les accoudoirs des stalles, défigures

et de représentations sculptées^ où nous retrouvons la première histoire de la caricature. C'est à ce temps que se rapportent les mascarons des stalles de Saint-Andoche de Saulieu et de l'église de Bard-le-Régulier (diocèse de Dijon). Les niches, les châsses, les crédences , les custodes , les confessionnaux , les encensoirs , les candélabres , lustres , lampes , les bannières , les costumes ecclésiastiques, tout cela devient d'une rare somptuosité. Les baptistères se fixent dans la première chapelle latérale à gauche du spectateur en entrant dans le temple , et s'entourent de la plus belle ornementation : les tombeaux des princes , des évêques , des abbés , des chevaliers , s'élèvent sous les nefs collatérales , dans les chapelles, et concourent à faire du temple un véritable musée historique.

L'aire du chœur , comme dans l'ère romano-byzantine et sous la phase sévère du type ogival , continue à être plus élevée que celle de la nef, et l'on ne renonce encore pas aux chapelles souterraines qui régnent sous cette région. L'autel est toujours carré, chargé de niches occupées par des saints, les apôtres, avec le Christ, dans la niche centrale ; mais l'on ne retrouve plus , dans cet âge , d'exemples de bas-reliefs sur lesQancsdu coffre, tandisque son milieu est chargé d'un grand médaillon elliptique occupant tout 'espace de haut en bas, et circonscrivant la représentation de N. S. en buste ou en pied. La peinture murale vint dans cette période, mêler son luxe à celui de la sculpture et de la statuaire : peut - être est-ce à cet âge qu'il faut rapporter les premières représentations de DanseS'des-Morts , sur lesquelles nous ne nous étendrons pas, parce qu'il n'en existe aucun exemple sur les portions du territoire national pour lesquelles ces instructions sont rédigées. — Nous avons au pronaos de la basilique

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patriarchale et pontificale de Notre-Dame-des-Doms , à Avignon , une belle épreuve de peinture murale de cette phase de Fart, exécutée par Simone Martini, connu sous le nom de Simon de Sienne.

Les toitures aiguës en rendant nécessaire l'usage de la tuile plate ou de l'ardoise pour la couverture des temples, lorsque le plomb ou les dalles de pierre ou tout simplement la lave ne servaient point à cet usage , fit inventer les tuiles vernissées que l'on employa pour les combles et les flèches en charpente. Ces tuiles vernissées produisirent un magnifique effet : les fonds étaient ou rouges ou noirs et bruns, et les zones de briques jaunes , ayant l'éclat de l'or venaient former mille dessins variés, mille figures intéressantes. L'art des effets de tuiles de couleur fut poussé très loin en Bourgogne , et c'est en Bourgogne encore que l'on vient de le réveiller. — Les corbeaux sont en angles de corniches ou à volutes. Les amortissements de clochers, dans cet âge, sont généralement en flèches polygonales, quadrilatères, circulaires, reposant sur une base carrée. La flèche a pris son essor , elle tend décidément au ciel ; elle s'élève dans les plus belles et les plus méthodiques proportions. Ces flèches s'élancent, s'eflBIent, se couvrent quelquefois d'ornements en forme d'écaillés de poisson : elles sont généralement de pierre. Les baies des clochers s'ornent de colonnettes plus délicates que dans les phases précédentes, d'archivoltes et de moulures; des meneaux viennent subdiviser leur arc ogival ; quelquefois, des arcs bouchés, faits à l'imitation des baies ouvertes, décorent aux bases quadrilatères des clochers , l'espace que n'occupent pas les fenêtres. L'église de St-Nicolas de Beaune , nous offre une belle épreuve de clocher de la phase ornée du type ogival , à base carrée , à flèche quadrilatère , de pierre, d'une belle proportion, subdivisée en assises par des

cordons, percée de quatre lucarnes ébrasées, en forme de châsses. — Toute la langue monumentale parlée par les architectes de ce temps fut vraiment éloquente et noble. L'ornementation toute fertile et prodigue qu'elle était, ne cessa pas d'être châtiée , orthodoxe et pure. Les artistes de ce temps eurent une pensée d'ordonnance générale et d'ensemble , moins solennelle , moins puissante , moins austère, moins originale que ceux de la phase sévère; mais ils furent évidemment d'une imagination plus féconde qu'eux , pour tout ce qui toucha à l'ornementation et aux profils. Leur inspiration partit de moins haut, fut moins exclusive, mais immense encore.

Dans la province ecclésiastique de Lyon et le midi de la France , la flèche fut moins communément pratiquée que dans le nord : toutefois nous verrons plus tard que dans les diocèses bourguignons compris dans le ressort métropolitain de Lyon , elle arriva à cet état de perfection qui fait les types.

Sous cette phase , il se pratiqua , dans notre pays quelques cimetières couverts régnant comme un portique , autour des églises ; l'on connaît celui qui s'étend au flanc méridional de l'église rurale de Collonges-sur-Saône ( diocèse de Lyon).

Tous les monuments peints, sculptés, bâtis, vitrés, notés, écrits, mimés de cet âge concilient la majesté et la suavité. L'on voudrait pouvoir faire de toutes ces frêles ramures de pierre des descriptions aussi souples qu'ellesmêmes : la colonnette a une étrange hardiesse ; mais l'on devine que les architectes chrétiens qui l'ont édifiée ont mis en elle le secret de sa solidité.

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