‹ Manuel général d'archéologie sacrée burgundo-lyonnaiseChapitre 23 sur 44 · PHASE RICHE DE L'ECOLE OGIVALE · texte numérisé non relu

PHASE RICHE DE L'ECOLE OGIVALE

[lus que jamais 9 le caracère hiératique et tumulaire des basiliques va disparaître : les dernières traces de l'ère basilicale , des traditions rappelant la primitive Eglise , vont s'effacer. L'Apocalypse ne sera plus rendue populaire par le symbole : plus rien n'indiquera devant le temple la place de l'atrium et du narthex, à l'exception de l'humble auvent qui viendra quelquefois abriter la porte d'entrée des églises rurales. L'orientation , la figure des édifices religieux toutefois ne fléchissent point. — Disons-le, tout en commençant, la province lyonnaise, dans l'ère la plus riche et la plus éclatante de l'école ogivale, n'imita qu'avec une extrême sobriété les prodigalités d'ornementation, et se borna à les distribuer avec sagesse sur les masses. La façade de St-Bonavenlure de Lyon , de St-Jean de Dijon , justifient cette remarque. Il existe deux périodes bien distinctes dans la phase riche : j'ai bien pu les isoler dans ma classification ; mais elles se touchent par trop de points pour que je puisse les séparer dans mes instructions. Ces deux périodes sont , 1® celle où le type s'est enrichi jusqu'à l'opulence , sans cesser d'être correct et digne , et celle oti

esclave du profil , il se fait sensualiste et finit par rencontrer la confusion^ le désordre, l'anarchie, dans ses capricieux et incroyables tours de forces. Dans la première période , dont notre basilique de St-Nizier de Lyon, est la plus noble expression nationale , le grand drame monumentaire de l'architecture ogivale n'est pas achevé , l'épopée n'est pas à son terme. Mais bientôt , l'on arrive aux dernières limites du beau , pour trouver la corruption. La portée religieuse et esthétique , le thème unitaire du type sont tout- à -fait sacrifiés aux détails : les lignes générales deviennent puritaines et roturières , négatives et schismatiquçs. A force d'être étudiée , tourmentée , torturée et contournée, à force de ronger l'épiderme du temple, l'ornementation finit par une souillure et trouve la honte dans l'abus de ses moyens.

Dès le commencement du XV' siècle qui vient mettre le synchronisme de nos monuments religieux lyonnais, bourguignons et provençaux, d'accord avec celui des églises du nord, quant à la date, l'échelle des églises devient moins grande. La phase riche de l'école ogivale continua à comprendre parfaitement et à réaliser d*une manière admirable le pittoresque. Tout, dans la cathédrale, devint symbole et magie pour les yeux : les bases, les flancs, les pignons, les portes, les combles, les clochers, tout, jusqu'aux toitures, qui plus généralement encore que dans l'âge précédent, se formèrent de tuifes vernissées noires ou brunes avec des figures plus ou moins variées résultant de l'emploi de tuiles jaunes et dorées disposées sur les fonds (1); et le mobilier des églises s'harmonisait merveilleusement avec leur caractère

(l) C'est suiloul dans le XVhel le XVII« sicelcs que l'on fit un usage général do ces pittoresques couvertures pratiques et connues dès la fin du XIV^

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architectonique. Les dyptSques et les tryptiques de grande dimension 5 sculptés, comme celui de la chartreuse de Dijon (1), aux riches encadrements , sont remplacés par les tryptiques peints, et doivent être comptés parmi les plus somptueux trésors mobiliers du temple : ces tryptiques servaient de contre-retable aux autels et y établissaient une grande et riche décoration. Le plus somptueux exemple de tryptique peint qui puisse en être fourni dans la province ecclésiastique de Lyon , est celui qui existe dans THôtel- Dieu de Beaune, réputé peint par Jean de Bruges , et qui était posé en avant de Tautel de la chapelle, sur une espèce de clôture ou jubé, qui séparait cette chapelle proprement dite de la grande salle des malades. Toutes les belles croix rogatoires ou processionnales, tous les beaux ornements, toutes les belles châsses, tous les précieux reliquaires et coffrets, datent de cette époque. L'existence de chaires à prêcher fixées contre un des piliers de la nef, n'est bien constatée que dans la troisième phase de Tère ogivale. Ce fut dans cet âge que Donatello en sculpta une à l'extérieur de la cathédrale de Prato (grand duché de Toscane). Il y a une chaire extérieure au dôme de Pérouse, il y en a une dans une des églises de Viterbe, deux au dôme de Spoleto (de la Renaissance). A Sienne, dans la basilique métropolitaine, l'on voit une sorte de chaire-ambon, placée dans un entrecolonnement. La chaire de Saint-Didier et celle de Saint-Pierre d'Avignon, sont des espèces de petites tribunes placées dans l'embrasure d'une fenêtre , ce sont plutôt des balcons que

(1) Cette œuvre d'art nommée la chapelle du Duc, ( XIV® siècle ) correspond à la phase ornce du type ogival. M. Fevrct de saint-Mcrain, conservateur dumusde de Dijon, s'occupe depuis longues années avec une patience merveilleuse et un art plus merveilleux encore à la réparer de ses propres mains.

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des chaires. Je ne connais que deux chaires venant poser sur le pavé 5 qui remontent à cette époque ^ ce sont celles des cathédrales de Strasbourg et de Bâie. Au XV* siècle, l'usage de l'orgue s'étant généralisé, les types de tribunes destinées à supporter cet instrument deviennent communs; sans recourir à celle qui existe à Strasbourg, nous en avons un modèle parfait sur le territoire de la province lyonnaise, à l'église cathédrale d'Autun. Ce sont d'immenses ogives descendantes, s'entrecroisant, ornées de dentelles et de crosses végétales , de têtes de chou frisé , produisant un ensemble du plus pittoresque effet. L'on a aussi un type de buffet d'orgues, de ce temps ou mieux de la phase transitionnelle de l'ère ogivale, dans la montre d'orgues de Strasbourg; mais il n'en existe aucun exemple chez nous.

Nous avons, à deux pas de Lyon, mais en dehors de la province lyonnaise, dans l'église de Brou, un type indivis entre la dernière période du XV' siècle et l'école de la Renaissance, qui jouit d'une grande célébrité, méritée par beaucoup de points, par les détails notamment, contestable par beaucoup d'autres, comme monument, par l'ensemble surtout.

Les clochers, dans la phase riche, acquièrent un prodigieux développement. Les uns sont à deux ou à quatre pignons, c'est-à-dire que leur masse quadrangulaire est terminée par un toit à pignons, sur quatre ou sur deux faces ; les autres à pyramides dont la construction se termine en pointe au moyen de retraits successifs rectilignes ou curvilignes, les autres encore à aiguille ou à cônes très allongés, et tout d'une venue ; les autres, enfin, à flèches octogones ou cylindriques avec toit aigu. L'ou voit aussi beaucoup de clochers-tours terminés à plateforme ornée de balustrades. Dans le nord, les fenêtres

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ogivales de ces clochers, sont à voussures profondes comme celles des portes^ et reçoivent d'immenses abatvents dont le peu de profondeur des baies, ne permit pas l'introduction dans nos contrées. Ils sont souvent flanqués de quatre renflements octogones chargés de niches et de statues, qui, comme des contre-forts, vont du pied à la tête. — La belle tour-clocher de Saint-Cyr de Nevers en est un exemple. — Le fénestrage des baies de clochers est, dans la province lyonnaise, souvent aussi compliqué que celui des croisées de la nef.

L'on trouve, en cet âge, dans le midi, quelques exemples de clochers en coupole curviligne, dont le toit s'arrondit en segment sphérique, imités du règne romanobyzantin; mais la forme la plus majestueuse et la plus noblement pratiquée pour les clochers de cette ère, est celle de la flèche. Dans le sud-est, beaucoup de clochers à base carrée se couronnèrent d'une flèche cylindrique à assises, cantonnée, vers sa naissance, de quatre petites aiguilles ou de quatre flambeaux : ces clochers étaient de pierre, de tuf ou de briques cimentées. Le type des plus beaux clochers à pyramide, de cette phase, que nous ayons, existe à la cathédrale d'Antun. Toutes les vives arêtes de cette^ flèche octogone sont hérissées de crosses convenablement espacées ; à la naissance de la pyramide, s'élèvent de délicieux pinacles découpés à jour ; les flèches de ce genre reposent sur une plate-forme à balustrade richement ouvragée, ornée de clochetons, de flambeaux et de gargouilles. La base du clocher est chargée de moulures : les baies ofi'rent lamême ornementation flamboyante que les croisées de cette période. La flèche, fille du nord, importée en Bourgogne par les princes de la maison de Bourgogne qui régnaient sur les Flandres et l'Artois, et amenaient dans leurs états du midi, une foule d'artistes

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flamands , la flèche s'y acclimata facilement et y fut portée à un si haut degré de perfection, qu'elle devint pour ce système, un véritable foyer d'impulsion. Si elle ne s'est pas propagée avec autant de faveur dans le Lyonnais , le Beaujolais, la Bresse, c'est parce qu'elle trouva plus de résistance dans l'architectonique existante, c'est qu'elle nécessitait d'ailleurs d'immenses dépenses pour son érection. Les Mascaranni toutefois en avaient élevé une très belle à Saint-Paul de Lyon : celle de Saint-Nizier est restée inachevée. C'est surtout dans le nord de la province lyonnaise, que l'on remarque une grande quantité de flèches; en Bourgogne, la flèche s'est maintenue jusqu'à nous, pour ainsi dire. Elle fut adoptée avec un empressement peu commun et remplaça les couverts à cône obtus qui régnaient auparavant et régnent encore concurremment avec elle. La flèche d'Autun est un type qui a irradié autour de lui : imitée d'abord dans l'église détruite de Saint-Andoche de la même ville , elle le fut ensuite dans diverses localités , à Saint-Philibert de Dijon , à Meursault etNolay (diocèse de Dijon), à Saint-Sernin-du-Plain, à Saint-Léger-sur-Dheûne (diocèse d'Autun) où elle se renfla un peu à son centre, pour figurer la mitre de saint Léger, évêque, patron de l'église : nos relations avec le midi y portèrent cette flèche du XV*" siècle, et elle s'établit à Avignon , à Beaucaire dans l'église de Saint-Paul , h Tarascon dans la basilique de Sainte-Marthe, à Arles à l'église des Cordeliers, devenue aujourd'hui chapelle des Pénitents, à La Palud (diocèse d'Avignon), à Avignonet, à Marseille , notamment au clocher de la basilique détruite de Notre-Dame des Accoules, à Aix en Provence, à la partie supérieure seulement du clocher de Saint-Jean, sur les bases érigées dans le siècle précédent. Enfin , elle fut imitée même en Italie , et particulièrement à Pérouse.

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Toutefois, Ton peut dire que les flèches du midi sont généralement sensiblement moins aiguës que celles du nord.

Dans ce siècle parurent quelques exemples de petites flèches posées en porte-à-faux à l'aiguille du pignon des façades : ces petites flèches, entièrement à jour , régnèrent à Bâle, et dans cette province à moitié allemande d'Alsace, où les carrières de Molsheim fournirent une pierre rouge si monumentale, de si beaux matériaux pour l'érection des édifices chrétiens , pierre dont la province ecclésiastique de Lyon donne l'analogue à Sampans (diocèse de Saint-Claude). La parenté et la filiation des types archilectoniques se déterminent d'une manière facile. Le Mûnsler de Strasbourg a engendré les clochers de Thann et de Fribourg en Brisgaw ; le clocher-donjon de Dole, a été imité sur une portion notable du territoire de la Franche-Comté de Bourgogne.

Ce fut dans le XV* siècle et pendant la Renaissance que Ton travailla ces belles croix rogatoires , processionnales , épiscopales, que nous admirons aujourd'hui. La magnifique croix à branches latérales , surmontée des images de la Vierge et de saint Jean, donnée par Philippe d'Arbois, évoque de Tournay, au chapitre d'Arbois, date de cet âge ou de la fin du précédent. Nous avons d'intéressantes épreuves de croix rogatoires, à Irigny (diocèse de Lyon), à Charrecey et à Créteuil , commune de Chaudenay-sur- Dheûne (diocèse d'Autun).

L'on attachait, dans cet âge, une si grande importance aux fenêtres et à la décoration compliquée qu'elles recevaient, que lorsqu'un artiste ou ouvrier fenestrier se présentait pour en opérer le remplissage par des meneaux, on le soumettait à une épreuve. On lui faisait faire au préalable, ce que l'on nomme un chef-d'œuvre. Je n'ai

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trouvé l'exemple de ces petits chefs-d'œuvre qu'en Bourgogne, dans quatre églises, celles de Gergy (diocèse d'Aulun), et de Meursault, Sainte-Marie-la-Blanche et Merceuil (diocèse de Dijon). Ces petits ouvrages n'étaient autre chose qu'une fenêtre ou une rose sur la plus restreinte échelle de proportion : leurplace est ordinairement au mur apsidaire, à l'extérieur du monument, à deux mètres environ du sol, à l'angle nord, c'est-à-dire à droite du spectateur. Ces petits monuments ont eu deux destinations : d'abord c'étaient les chefs-d'œuvredes fénestriers, puis ils indiquaient à l'extérieur et signalaient au respect l'endroit où reposait d'ordinaire la crédence, la suspension ou cuslode , le repositorium , renfermant le Saint- Sacrement, à l'intérieur du temple, car ils correspondaient à ce tabernacle. Il serait possible que ce petit ouvrage fût le chef-d'oeuvre final du fénestrier, dans certain cas, et non pas son épreuve. Les documents sont muets à cet égard. — J'ai dit que la place de ces chefs-d'œuvre était ordinairement au mur aspîdaire, parce qu'en Bourgogne, depuis la phase romano-byzantine transitionnelle , la terminaison des apsides était plus généralement carrée qu'ailleurs. L'apside plate dont celle de l'église ci-devant cathédrale de Laôn est le type le plus grandiose , s'est constamment pratiquée, sous toutes les époques ogivales et de la Renaissance, dans cette région de la province lyonnaise. Au XV* siècle , le mur de clôture de l'apside était percé d'une large fenêtre richement nervée, que le plus souvent, on boucha plus tard, pour appliquer à l'intérieur un contre-retable d'autel , du XVIII* siècle. Cette fenêtre se nomma souvent hénédictine, surtout lorqu'elle se trouva dans la forme et les conditions de celle de l'église rurale de Collonges-sur-Saône (diocèse de Lyon), qui est un monument de la période ornée du faire

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ogival , c'est-à-dire avec trois ou deux subdivisions nettement accusées.

Dans Téglise rurale de Serrigny (diocèse de Dijon), qui fut bâtie au XIV* siècle, sous l'influence des idées romano-byzantines de transition, au lieu du chef-d' œuvre , à la même place, il y a une petite ouverture circulaire, correspondante l'ancien reposilorium ^ munie d'une petite grille. Cette ouverture est pratiquée dans une dalle posée après coup portant le millésime de 1540. Aux quatre angles de cette dalle, sont quatre médaillons gravés en creux,. dont trois représentent seulement les attributs des évangélistes, et le quatrième, saint Matthieu et son attribut. L'absence de fenestrages de pierre ici, semble prouver que ces ouvertures avaient pour but de signaler, comme je l'ai dit plus haut, au respect des fidèles, le lieu où reposait le Saint-Sacrement, dans la crédence placée à l'intérieur. Une toute petite ouverture bouchée, placée à droite, dans le pourtour du sanctuaire de la basilique de Tournus, indique la même pensée. Ainsi l'on aurait signalé le repositoriiim même dans l'ère romanobyzantine (1).

Dans la phase riche de l'architecture ogivale, le plan des églises est le même : en Bourgogne, les apsides carrées se maintiennent même dans cette période, suitout dans les villages, et s'enrichissent des plus riches fenêtres qui remplacent alors les trois baies triangulairement superposées ou accolées de l'ère romano-byzantine transitionnelle. L'appareil des murs est moyen ou grand selon les localités. L'arc en tiers-point continue à être dessiné avec franchise et une notable ampleur; mais la maigreur des moulures

(1) Quand le repositorium étail signalé à l'exicrieur , Ton voyait presque toujours un charmant grillage qui protégeait le fenestrage de la petite rose ou de la petite croisée.

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commence à se faire sentir. Le trumeau qui divisait en deux ventaux la grande porte de la façade et celles des façades des croisillons, et portait la statue de la sainte Vierge ou d'un saint ou d'une sainte, se charge d'ornements, de filets et de nervures. Les cinq portes qui concourent à faciliter l'entrée et l'écoulement des fidèles dans le temple, sont toujours un objet de prédilection pour les imaygiers. Les contreforts sont couverts de ciselures, de moulures, de dais, de pinacles vrais ou simulés, de niches et statues, de flambeaux et clochetons octogones ; les arcsboutants sont ornés de festons et présentent l'image de balustrades aériennes découpées avec un art et une variété de motifs infinis. Les colonnes , après avoir encore régné quelque temps, disparaissent et sont remplacées par de simples baguettes, des nervures prismatiques, verticales ou en spirales. Les choux , les chardons et diverses feuilles frisées sortent des nervures. Dans le sud-est et le midi de la France , les architectes , même sous l'influence du XV* siècle, se séparèrent difficilement de la colonne, et continuèrent à ériger plusieurs monuments de la phase riche, avec ce grand moyen. La substitution des nervures aux colonnes est un règne évident de décadence. Souvent les nervures suivent les contours des arcades, s'élèvent le long des murailles, jusqu'aux voûtes qu'elles traversent, pour venir se réunir à la clef délicatement ciselée. (1) La riche corbeille du chapiteau de la phase ornée n'existe plus sur la plupart des piliers, ou bien cette élégante corbeille des deux phases précédentes , est remplacée par une guirlande, un bouquet de feuilles frisées, profondément et habilement

(1) Dans la phase scvcre nous avons vu les chapiteaux armés de crochets ', dans la phase ornée, il nous ont présenté l'image d'une véritable corbeille; ils étaient Jeuillés par le lierre, le chou-fleur, la feuille de chêne , etc.

(mm 183 «^:^ fouillées. Les voûtes deviennent un des sièges les plus importants de la décoration ; elles se chargent de nervures ramifiées en cœur, d'écussons alvéolés, de pendentifs et clefs pendantes. Elles étalent tout l'armoriai d'une province, elles deviennent le plus beau et le plus pittoresque des codes héraldiques. La voûte de Saint-Nizièr de Lyon nous donne ce code héraldique, tout comme les verrières peintes de l'église de Brou donnent l'armoriai historique complet de la maison de Savoie. La basilique de Saint- Nizier de Lyon est, je le répète, ce que le XV* siècle encore chaste, sobre et plein de bon goût a érigé de plus beau ; c'est l'archétype de la phase riche de l'école ogivale , et je mets à côté d'elle, l'église de Pérouges, Perugiœ (diocèse de Belley).

En cet âge, les arcades des portes commencent à offrir un signe caractéristique ; au lieu de suivre la direction de la courbe naturelle pour former l'amortissement de l'arc en tiers -point, les lignes relèvent subitement vers le point de jonction, pour former un angle très aigu; ses archivoltes festonnées, chargées de crosses végétales et de moulures, se plient également à cette contre-courbe ; c'est ce que l'on nomme l'ogive elliptique ou terminée en accolade. Les bouquets , les statues et statuettes entrent essentiellementdans cette ornementation commune aux arcatures et aux galeries ou tribunes. L'ogive franche continue à régner dans les voûtes et les grandes croisées. Ses gorges ot moulures sont le plus souvent ornées de la plus fine végétation de pierre sculptée et évidée : ce sont des chardons , de la laitue , des choux , etc. On trouve dans ce siècle beaucoup d'exemples d'églises à une seule nef et à voûtes de bardeaux , dont les entraits , poinçons et nervures sont richement sculptés. St-Jean de Dijon est de ce genre. — Il y a deux systèmes arrêtés dans ce siècle , l'un qui met

®^êé« 184 mm) rornementatiou partout, comme à St-Nizier de Lyon el à Pérouges ; l'autre qui la réserve uniquement pour les portes y les fenêtres et les chapiteaux et laisse d'immenses zones lisses et nues. Tous les pinacles, toutes les archivoltes sont hérissés de crosses. La disposition des façades est la même que dans les phases précédentes ; seulement elles sont infiniment plus chargées de frises, de rinceaux , de gargouilles , de niches , de consoles et de dais. Les croisées aussi hautes que larges, offrent un fenestrage extrêmement compliqué, leurs meneaux se contournent en ligures flamboyantes. Les roses obéissent à la même mode , leurs compartiments se divisent et se subdivisent à l'infini en forme de cœurs, de larmes, de quatre-feuilles. Les festons trilobés, gracieuses découpures suspendues avec une grâce Mnouïe autour des voussures des portes , des arcades , des fenêtres , aux arcsboutants et aux arceaux des voûtes ; les pinacles simulés , appliqués sur les murs comme au revers de la façade de St-Jean de Lyon ; les réseaux qui constituent les balustrades, les tables de communion , et se forment de cœurs placés en sens inverse , inscrits dans un cercle ; les flambeaux et clochetons, les dentelles, les entrelacs, les chiffres qui ont décidément remplacé les monogrammes, les légendes, les trèfles très aigus dont les deux lobes inférieurs à peine indiqués finissent par deux lignes parallèles , les frises découpées , les trèfles et quatre-feuilles pointus, régnent en despotes. Les crédences destinées à supporter les vases sacrés, l'encensoir, les flambeaux, les piscines en niches, se chargent de dais évidés à jour, de riches consoles et de culs-^de-lampes, de clochetons hérissés de crosses végétales dont le sommet s'épanouit en bouquet. Les feuilles de choux ^de chardons , de vigne , s'arrangent en festons , en bouquets , en guirlandes. Les crédences doivent

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ôtre distinguées eu mobiles ou portatives et fixes ou adhérentes 9 en saillantes ou enfoncées. Les crédeoces mobiles sont d'ordinaire des coffres de bois merveilleusement sculptés comme il en existe un dans Téglise de St-Etienne de Montluel ; les crédences fixes sont en pierre ou en marbre. Celles qui sont enfoncées ou en forme de niches, reçoivent aussi le nom de piscines. L'art infini qui cisèle la pierre , se prend à travailler également les métaux dans les candélabres , les patènes , les ciboires , les burettes , les ostensoirs, les reliquaires , etc. , le bois dans les confessionnaux, les stalles, les lambris, les contreretables d'autels ; tous ces objets résument et représentent sur une petite échelle, les allures de l'architectonique. C'est surtout dans les chapelles latérales , les autels toujours de forme carrée , ayant leur coffre percé d'une suite de.niches archivoltées, qui reçoivent des statuettes , dans les tribunes destinées à porter les buffets d'orgue , les baptistères, les bénitiers , les tombeaux, que les artistes s'attachent à déployer toute la verve de leur imagination et les tailleurs d'imayges et de profils , tous les prodiges de leur ciseau. L'expression de la statuaire de ce temps est vive et originale, maligne, moqueuse, elle se charge du rôle rempli plus tard par l'épigramme , la chanson , la caricature. Les mascarons posés à la naissance des arêtes sont autant de figures grimaçantes et de charges excellentes. Les stalles des églises de Cuiseaux (diocèse d'Autun) , St-Claude (diocèse de ce nom) , de Flavigny etBard-le- Régulier (diocèse de Dijon) , N.-D. de Bourg ( diocèse de Belley ) , de Saint-Andoche de Saulieu ( diocèse de Dijon) , sont la peinture la plus fidèle des mœurs railleuses de l'époque, et d'ingénieuses parodies. Les stalles se hérissent, comme les tombeaux, comme les confessionnaux, les chaires et les sièges, de mille flambeaux,

de mille clochetons , se couvrent de dentelles et de délicieux rinceaux. Les stalles de l'église de Brou peuvent nous expliquer tout cet art, tout ce travail.

Les jubés qui commencèrent dans la phase ornée du type à continuer , du côtéde la nef, les clôturesdu chœur, furent aussi un des objets de prédilection des artistes. Celui de Brou est le modèle le plus complet de jubés que nous puissions citer dans nos contrées. Quelquefois, les jubés furent ornés d'une petite chaire ou balcon , soutenu en porte-à-faux, comme à Flavigny (diocèse de Dijon). J'ai dit pourquoi j'aimais peu ces barrières dressées entre le peuple et le clergé ; mais je ne partage point du tout la pensée qui les fit détruire , même avant la révolution qui a dépouillé nos temples de leurs antiques ornements. Le célébrant , les chanoines crurent ne jamais pouvoir être assez en vue , ils abattirent toutes les clôtures du sanctuaire et du chœur. Pour satisfaire à ces idées de vanité, l'on renversa toutes les idées reçues , l'on viola l'antique coutume, l'antique règle devenue liturgique, consacrée qu'elle était par la tradition romano-byzantine , l'on mit l'autel en avant et le chœur en arrière. — C'est depuis qu'on a vu qu'un autel pouvait se déplacer aussi facilement, dit un auteur moderne , se transporter à volonté d'un bout de l'église à l'autre , que l'on s'est accoutumé à l'envisager comme un meuble , lorsqu'il devrait être considéré comme la pierre angulaire , comme le fondement inébranlable de l'édifice.

C'est à ce siècle que se rattachent ces belles inscriptions en relief sur cuivre, ces belles tombes en pierre et en cuivre, sculptées en relief, à personnages et à légendes; ces belles pierres tumulaires armoriées , gravées en creux , qui servaient de pavés aux églises. Il n'est point de temps où l'on fît un plus large usage de la peinture polychrômiquc

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pour tous les profils et bas-reliefs : les voûtes étaient peintes azur , semées d'étoiles d'or , les nervures d'azur relevé par le cinabre et ror(ij. Les représentations de zodiaques étaient extrêmement fréquentes aussi. Les scènes historiques et sacrées représentées par la peinture murale, lasculpture^les tapisseries que l'on commençaà introduire dans les églises , les verrières peintes furent exclusivement empruntées au Nouveau-Testament, l'on était déjà loin des temps antiques et bibliques où s'élevait la basilique. C'est à cette époque aussi que le tableau portatif , qui fut l'assassin de la peinture murale, commençaà s'établir dans les contre-retables des autels latéraux , inscrit dans un cadre de la plus grande richesse : ces tableaux sur bois étaient remarquables par le naturel , la béatitude , l'innocence, la pieuse exaltation, la naïveté des figures.

En ce siècle , l'on poussa loin la recherche des petites choses : certaines chapelles placées près du chœur eurent une cheminée qui permettait au seigneur d'entendre la messe au coin de son feu : cette disposition fut pratiquée à Brou par l'architecte de Marguerite d'Autriche. Ces chapelles mettaient le prince ou le seigneur en communication avec le sanctuaire par un vaste orifice qui se dirigeait obliquement et conduisait le regard au maître-autel : nous trouvons ces orifices dans plusieurs églises de notre pays , à celles de St-Sernin- ( St-Saturnin ) du-Plain, de Saint- Desert, Chamilly (diocèse d'Autun) , Meloisey (diocèse de Dijon) , etc. , et aussi à Brou. Il existe aussi une cheminée dans la chapelle domestique du château d'Eguilly (diocèse de Dijon ).

(1) L'église de Notre-Dame de Sémur-cn-Auxois (diocèse de Dijon), nous montre encore les chapiteaux de ses piliers et colonnes , vctus de la peinture primitive.

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Le tabernacle commença à paraître sur quelques autels: mais les églises qui respectaient l'ancienne liturgie Tadmirent difficilement ; l'on continua à conserver le Saint- Sacrement à part dans un reposoir que l'on nomme aussi crédence et tabernacle , mais auquel le nom de custode convient mieux. J'ai parlé dans les notions sur le ciborium des premières basiliques , des beaux exemples de custodes que nous avons à Grenoble , à Villars ( diocèse de Belley ) , à Foissy (diocèse de Dijon). Ces petits monuments sont tous des œuvres du XV* siècle : ils sont à flambeaux et clochetons, décorés d'un nombre infini de dentelles et de petites fenêtres flamboyantes , et d'une forme toute pyramidale. La custode de N.-D. de Grenoble est l'archétype du genre , l'œuvre de cette nature la plus riche , la plus élancée , la plus hardie que je connaisse ; après elle , vient celle de l'église de Notre-Dame de Semur en Auxois, placée sous la contre-nef septentrionale, c'est une délicieuse pyramide à jour d'un travail infini , d'un style extrêmement riche.

Les premiers évêques de l'ère basilicale , loin de vouloir s'exposer aux regards des fidèles, s'étaient placés au fond de l'apside , et bien que leur siège élevé sur plusieurs gradins tandis que l'autel n'en avait qu'un, dépassât celui-ci en hauteur, ainsi posés , ils n'étaient qu'à peine aperçus par le peuple , dans les moments où les rideaux du ciborium se tiraient Dans la phase riche du type ogival, le siège épiscopal se plaça à droite ou à gauche de l'autel , d'une manière devenue arbitraire , quoiqu'elle ne dût pas l'être dans l'origine et que ce siège dût nécessairement être inséparable du côté de l'évangile. Ce ne fut plus la chaise curule de marbre ou de bois, mais uti véritable trône ciselé , ouvragé comme les châsses et les reliquaires du temps. On riii fit un majestueux et solennel couronnement

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de dais, de clochetons, de pyramides élancées. Une ou trois pyramides formèrent ces magnifiques couronnements qui montaient presque jusqu'aux naissances de la voûte. Nous avons un magnifique exemple des couronnements de chaires épiscopales dans l'ancienne basilique cathédrale de Saint- Vincent de Ghâlon-sur-Saône.

Il n'y a à peu près plus de trace de coupole au point d'intersection de la nef, du sanctuaire et des croisillons; l'on ne creuse plus de confession sous l'apside , et l'on se borne à y établir des charniers ; le chevet ne présente plus de déviation par rapport à l'axe de la nef : l'anti-temple , le péristyle chrétien qui avait encore reparu à Beaune et à Semur dans le XIV* siècle , est tout-à-fait oublié dans le XV' , comme j'ai déjà eu lieu de le dire. L'arc triomphal n'entre plus dans l'architectonisation des églises^ depuis que l'on a mis la voûte du chœur au niveau de celle de la nef, sous la phase sévère.

Le XV* siècle pratiqua beaucoup de portes carrées dont le linteau se recourbait un peu sur les angles, et très souvent l'arc surbaissé , mais non plus de la même manière que les romano - byzantins l'avaient formulé notamment dans notre basilique de Toulon-sur-Arroux. Pour s'identifier avec l'esprit architectonique et la somptuosité infinie , incroyable, du XV* siècle, il faut l'observer dans les plus petits meubles, vases, ustensiles, dans l'encensoir, comme dans la chaire : voir toutes ses incrustations d'émaux, toutes ses ciselures, tous ses tours de force en petit et en grand, dans le jubé ou l'humble lampeUe , dans les pupitres et les couvertures métalliques enrichies de reliefs, de ses antiphonaires et de ses missels. — Chaque phase du type ogival a un sentiment , un génie qui lui sont propres : mais le XV* siècle les étend à toutes choses, et vous le retrouvez, superbe, fécond , patient ,

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jetant l'or^ le travail, le marbre à pleines mains dans les plus petites, jusque dans la clef et la serrure du plus petit placard.

A ce propos , disons ici que les architectes du moyenâge ne dessinaient jamais les profils dans leurs projets : ils sebornaient k en indiquer la place, laissant le champ libre à l'imagination des ouvriers spéciaux , les imagiers , les fenestriers , les fruitiers et feuillagistes. La liberté de conception était ainsi un élément de vie pour la sculpture monumentale : l'art agissait dans toute la plénitude de ses moyens : le maître-de-l'œuvre n'était point contrarié dans l'essor de sa pensée, par un conseil des bâtiments, distrait par le détail , de la pensée d'ensemble : l'artiste d'ornementation ne l'était pas par le maître-de-l'œuvre. Tous les altistes se comprenaient et convergeaient, par un concours simultané d'efforts, vers le même but, animés de la même foi, obéissantàla même idée d'unité. — Ainsi, dans chaque localité, les ouvriers sculptaient sur les chapiteaux, l'histoire de la localité , les feuilles et les fruits du pays. A la basilique rurale de Gergy ( diocèse d'Autun), dans notre province lyonnaise, il y a des chapiteaux qui représentent les feuilles du nénuphar , parce que Gergy est lin pays d'étangs et que les tailleurs de chapiteaux sculptèrent les feuillages qui croissaient à Gergy et qu'ils avaient sous les yeux.

Si le sud-est et le midi de la France reçurent avec froideur le style ogival de la phase sévère , il n'en fut pas de même de la phase riche. Cette phase qui sacrifiait souvent la ligne au profil, était plus conforme aux mœurs sensualistes, aux goûts, aux instincts déjà un peu italiens de ces provinces : elle devait y trouver et y trouva effectivement de vives sympathies. Tout l'ancien royaume de Bourgogne est couvert de chefs-d'œuvre de l'architecture du XV"

®)ô^ 191 ^ê^® siècle , où le fini de l'exécution profilée fait oublier l'indigence monumentaire des masses. Répétons aussi que chez nous , plus pure , plus châtiée , plus calme , mieux disciplinée par le bon goût, elle sut placer avec beaucoup plus de tempérance et d'économie qu'ailleurs , ses parties ouvragées sur les masses. — C'est que l'ornementation de cette phase est un produit italique. Les Italiens ne comprirent et n'acceptèrent le type ogival qu'à la condition de l'ornementer et de le fleurir à leur manière. La phase riche du type ogival ou français que l'on ne saurait désigner du nom de gothique sans tomber dans le burlesque (attendu que l'on vit dans Ravenne, un roi Goth, Théodoric, bâtissant des basiliques et des palais avec l'architecture byzantine 5 ce qui prouve assez que les Goths n'ont jamais eu d'architecture nationale et que le nom de gothique donné à l'art national est un non-sens) , la phase riche du type , ne cessa qu'à son déclin d'être méthodique dans ses réalisations : c'est la phase vraiment esthétique de l'architectonique ogivale ; mais hélas ! tout annonce déjà que les réformes vont s'établir , que le feu sacré va pâlir et s'éteindre, que les siècles de doute , d'individualisme et d'orgueil, vont conspirer contre la Jérusalem céleste, symbolysée par la cathédrale des XIIP et XIV® siècles. — Triste condition des œuvres humaines ! à peine arrivé aux termes de sa puissance, l'art national décline , parce que l'on ne peut rester stationnaire ni dans la gloire , ni dans l'opprobre. — Les temps bibliques et canoniques sont finis pour l'architecture de l'Eglise : nous allons entrer dans une ère paradoxale oii les formes les plus arbitraires d'autels, de tombeaux, se produiront, où l'on détruira comme barbares , les monuments des plus beaux siècles du moyen-âge.

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