PHASE TRANSITIONNELLE DE L'ECOLE OGIVALE
fEs monuments de cet âge sont ceux que chérissent les vulgaires admirations. Lignes générales froides, agonisantes et raides, mauvais goût des façades, retombées des travées, inégalité ' monstrueuse des bas-côtés , manque de hauteur et de dignité dans les maîtresses - voûtes, frontons curvilignes et tronqués, ouvertures triangulaires,curvilignes également, tout cela annonce l'époque dégénérée, énervée , abâtardie de Tart ogival et annonce que ses derniers moments approchent Les arcs elliptiques , terminés en accolade, les arcs surbaissés ofirant la courbe de 150 degrés, qui ne donne pas tout-à-fait le demi-cercle, les ogives en S, à contre-courbe, le style volutaire est préparé. Les flèches en charpente, couvertes de plomb , d'ardoises, de tuiles vernissées , remplacent la flèche de pierre , mais toujours élancées, nobles et belles; les porte-à-faux ou encorbellements, les entrelacs prodigués avec une inconcevable persévérance , les guirlandes à jour , les devises, les rébus , les légendes mêlant leurs lettres entortillées aux feuilles
(§sm^ IH mm de chardon et de choux frisé , de lierre terrestre ; les portes placées dans un encadrement carré , flanquées de pilastres divisés en plusieurs panneaux et surmontés d'aiguilles et de pinacles ; les nervures prismatiques , les croisées ovoïdes et carrées, la statuaire efféminée, tourmentée, maniérée, les festons et les balustrades deviennent maîtres absolus du temple chrétien, qui n'est plus qu'une tour de Babel oh l'on parle plusieurs langues , sans se comprendre. Le chapiteau feuille a disparu , le grand type ogival a perdu avec sa cohésion , toute sa noble et primitive majesté. L'ogive abaissée, avilie, au lieu de s'élever vers le ciel, s'incline vers la terre, ce n'est plus qu'une arcade rampante. L'on peut dire que dans cette période, il n'y a plus que des détails et des profils dans l'architecture , et les architectes semblent avoir pris pour règle de conduite, l'horreur pour les surfaces lisses , probablement partant de cette idée vraie au fond , mais fausse en architecture , que rien n'est complètement nu dans la nature.
L'église de Brou nous donne dans sa façade surtout une idée du mauvais goût qui régnait alors ; mais elle nous offre aussi les délicieuses compensations de ses profilations de marbre , de pierre et de bois , à l'intérieur du vaisseau. Même dans le temps où la corruption de cette période fut la plus profonde , il est à remarquer que les objets d'ornementation furent toujours délicats et soignés.
Quelques clochers prennent déjà, à l'amortissement, la forme sphérique et semi-sphérique qui prépare le règne de la coupole ; mais la flèche , remplacée par l'aiguille en charpente , trouve beaucoup plus de sympathies dans l'esprit des populations et des architectes , surtout dans le nord. Nous avons , aux extrêmes limites septentrionales du sud-est , de beaux monuments modèles de flèches en charpente. Dijon qui en a perdu trois fort remarquables , celle de St-Jean , de la Sainte-Chapelle ducale
(^mi: 195 ^i©
et des Chartreux, en a toutefois conservé une qui peut être considérée comme un type , c'est celle qui couronne l'église aujourd'hui cathédrale de Saint-Bénigne. Cette aiguille couverte d'ardoises , file avec une hardiesse de jet incroyable, et s'élève à une grande hauteur : elle ne peut être comparée pour la richesse à celle qui surmonte la cathédrale d'Amiens, et qui est son aînée de beaucoup, en âge ; mais elle produit plus d'effet que cette dernière. Elle est contrebutée à sa base, par des contreforts et arcsboutants. L'Hôtel-Dieu de Beaune, nous présente aussi un modèle de ces aiguilles; mais ici, les proportions sont moins justes qu'à Dijon. La flèche de l'Hôpital Rolin finit trop brusquement, l'acuité n'en est pas assez longtemps et assez progressivement ménagée. Ces aiguilles de la fin du XV* et du XVI* siècles, continuées dans le XVH*, sont généralement octogones. — L'on fit toutefois encore dans cette phase et dans la précédente quelques flèches octogones divisées en zones par des cordons ou boudins, comme à Semur (diocèse de Dijon) ,à Domigny (diocèse d'Autun ) ,etc. Ces flèches étaient de tuf, de pierre ou de briques.
Dans la phase transitionnelle , la cathédrale a achevé de perdre ses anciennes dimensions : et la plus grande de ses beautés 'lui échappe, la rose remplacée par de tristes œilsde-bœuf, par des ouvertures prétentieusement cintrées. Les broderies, les rinceaux, les découpures, les arabesques, sont prodigués dans cet âge : la plus petite console en est chargée ; mais ce n'est plus la riche, noble et forte végétation qui fournit ses feuilles aux guirlandes : l'art les emprunte aux plantes les plus vulgaires, à la mauve, au houx, à la chicorée. Les chapelles latérales s'aplatissent et quelquefois disparaissent entièrement : les contre-nefs et les transsepts deviennent excessivement étroits et mesquins, et les collatéraux cessent, comme
i§&m 196 mm
dans la plupart des églises précédentes ^ de se prolonger autour du sanctuaire et de le circonscrire. — C'en est fait, dans la phase transitionnelle, toute trace de chapiteau et de colonne a disparu. La nouvelle innovation, appelée Renaissance, est toute préparée, elle n'a plus qu'à se formuler. — Nous ne retrouverons plus la grande et immense cathédrale aux doubles nefs collatérales, se développant sur une échelle de cent cinquante mètres dans son œuvre, et s'élançant , par leurs flèches de pierre , jusque dans les nuages qui voilent la foudre du Seigneur. — Occupons-nous maintenant de l'école de la Renaissance.
mm 197 mt®
èéèè6@èô6èèôôa&ôôé6