ECOLE DE LA RENAISSANCE
I A découverte des manuscrits de Vitruve, les travaux deBrunelleschi et d'Alberti et de plusieurs autres architectes de l'école italique , le goût qui s'était déclaré pour l'antiquité classique, dans la fin du XV* et au commencement du XVP siècle, enfin, cet esprit d'innovation et de réforme qui remuait la société , travaillait les théologiens et les artistes , concoururent à ce retour solennel vers les traditions architectorales grecques et romaines antiques , qui s'opéra en France sous Louis XII et François P'. L'architecture sacrée qui , depuis la phase ornée du type ogival , n'était plus exclusivement entre les mains des prêtres, devint essentiellement séculière et laïque.
Les artistes italiens amenés en France par le roi-chevalier, construisirent par ses ordres, un grand nombre d'édifices dans les lieux oh il avait des maisons de plaisance. Les bords de la Loire se couvrirent de monuments de la Renaissance. — C'est précisément cette migration d'artistes italiens protégés par un prince ami des arts et des lettres, les encourageant puissamment, les récompensant avec une noble et royale générosité , qui explique pourquoi les contrées ligérines et les environs de Paris nous
©8^ 198 >ff^m donDent des types parfaits de l'école de la Renaissance , tandis que la nouvelle architecture se formule avec peu d'éclat, et ne se présente qu'un peu plus tard dans le sudest et le midi , malgré leur plus grande proximité de l'Italie d'où partait le signal. Toutefois, les architectes nationaux suivirent bientôt l'impulsion et les principes du nouvel art, se répandirent de tous côtés. Il est à remarquer que la Renaissance a plutôt élevé des monuments privés que publics, et qu'elle a édifié peu d'églises, ce qui prouve que l'individualisme devenait de plus en plus dominant dans la société et que la ferveur religieuse pâlissait.
Le style classique ne remplaça pas immédiatement l'architecture ogivale. Il y eut une sorte d'oscillation dans les principes, et il en résulta une fusion, un mélange de formes particulières à chaque système, à peu près comme lorsque le type ogival vint se combiner aux lignes romanobyzantines, quand l'ogive vint en corps, mais non pas en esprit, produisant l'effet d'un élément étranger, se mêler et non point se marier à l'ordonnance des lignes néogrecques.
Tout cependant n'est pas d'emprunt dans l'architecture de la Renaissance. Il y a évidemment dans cette école , génie, hardiesse, liberté et progrès. — C'en est fait du type français : la Renaissance déploie quelquefois tant de verve, elle est si fière, si neuve, si souple, si habile et si fine, qu'elle nous laisse un instant oublier que l'architecture nationale a pour toujours abdiqué son sceptre : elle est pleine d'esprit, elle manque de génie. Tout le moyenâge, assoupi dans les mollesses de la fin du XV* siècle, est venu, lâche et efféminé, se vendre à la Renaissance. L'architectonique ne veut plus parler au cœur par les yeux, elle va devenir toute sensuelle et positive^ dans son galbe, petite et bornée comme nos sens, inintelligible h
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l'enfance et au peuple. Du XVP siècle libre et chrétien au XVI* siècle abâtardi et rampant, il n'y a qu'un pas. — Cependant, la maison-de-ville que nous avons vu naître sous la phase ornée de l'école ogivale, a grandi de tout ce qu'a perdu la cathédrale : le citoyen modifie le catholique, et le bourguemestre traite avec le prêtre de puissance à puissance. — Tout le vieux monde n'est plus : nous n'aurons plus le temple qui brise l'orgueil, anéantit l'homme et montre l'éternité avec ses terreurs et ses béatitudes. — Au lieu de quatre subdivisions, nous ne pouvons en admettre que deux pour la Renaissance. Nous donnons à la première le nom de :
Phase ogivale , parce qu'elle se marie encore à l'esprit du type ogival ; parce qu'elle n'est pas encore dégagée des restes de l'art qui meurt. Nous nommons la seconde :
Phase libre, parce que tout en empruntant son thème principal aux idées de l'architecture classique, néanmoins, elle joue en pleine liberté avec l'ornementation et les détails, invente beaucoup dans ce genre et a des tours pleins de verve et d'originalité. L'architecture, à mon sens, ne devint une copiste servile des monuments antiques, qu'aux temps du cardinal de Richelieu et surtout de Louis XIV, et encore même dans le XVIP siècle, sous ce grand prince, demeura-t-elle, en France, modifiée par le caractère français.
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