PHASE OGIVALE DE L'ECOLE DE LA RENAISSANCE
*ETTE phase primaire de la Renaissance se confond souvent avec la phase transitionnelle du type ogival. Elle correspond à la première manière de Raphaël. On sent que le canevas de 'ère ogivale est toujours le fond sur lequel les artistes répandent leurs broderies, que le vieux texte monumentaire du moyen-âge se voile sous cette érudition nouvelle de notes, de surcharges, de corrections, d'additions, de ratures; mais enfin, on sent qu'il est là. Les voûtes de grande portée furent toujours construites d'après les principes du type ogival, mais elles furent ordinairement, comme celles de la fin du XV^ siècle, surbaissées et couvertes de culs-de-lampe et de pendentifs ciselés, comme cela se voit dans le sanctuaire de l'église de Saint- Georges de Lyon, et dans celui de Notre-Dame de Bourg. La forme de la croix fut généralement conservée dans les églises; mais on plaça les transsepts tantôt à la région supérieure, comme dans la croix latine, tantôt au milieu , cQmme dans la croix grecque. L'orientation ne paraît pas encore, sous cette phase, avoir sensiblement fléchi : les autels furent toujours carrés , percés de niches occupées
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par des statuettes^ entourées de la décoration la plus luxueuse.
Dans la phase transitionnelle de l'école ogivale et dans la phase ogivale de celle de la Renaissance ^ Timmense beauté des verrières peintes reste à l'église : le dessin de ces tableaux diaphanes devient de plus en plus correct ; mais aussi ils perdent de leur effet mystique. Dans la dernière phase du style ogival et dans la première de la Renaissance qui se confondent si souvent et se touchent par tant de points , l'esprit héraldique s'applique à tout : l'on ne voit que blasons et cartouches, sur la pierre, sur le bois et sur le verre. Les églises de la Renaissance nous donnent toutes un armoriai complet dans leurs verrières peintes. L'écusson tenu par un ange ou inscrit dans de riches alvéoles, se retrouve à toutes les naissances de nervures, il fait partie de toutes les décorations.
Quant aux colonnes, elles sont, dans cette période, exclusivement remplacées par les nervures prismatiques que nous avons vues s'introduire dans le temple pendant le XV* siècle. — Je le répète, le plan des églises n'a pas changé du tout au tout, l'appareil des ornements seul, modifie le caractère de Téglise. C'est cette Renaissance entée sur les lignes expirantes et épuisées de l'architecture ogivale et issue d'elles, qui constitue essentiellement la phase primaire de cette nouvelle école. Ce sont des idées originales unies à un reste de vieilles idées. Les frontons curvilignes, les arcs en anse de panier, les croisées carrées reçoivent une ornementation qui se rapproche déjà de celle que la phase libre va réaliser. Les ogives se trouvent mélangées aux pleins-cintres, cette alternance se remarque surtout aux portes et aux croisées. Le portail est souvent cintré, tandis que les croisées gardent leur amortissement aigu et même le réseau flamboyant des meneaux de la
®»^ 203 )im§) dernière phase du type ogival. Les flèches en charpente, couvertes de plomb , d'ardoises ou de tuiles vernissées du plus pittoresque eflet, se généralisent de plus en plus; elles sont extrêmement fréquentes dans la région septentrionale de la Bresse châlonnaise qui a peu d'églises anciennes ; mais le midi de la France semble constamment repousser l'introduction des aiguilles en charpente, se contentant des flèches de pierre. Les flèches de ce temps se contournent quelquefois en spirale ; nous en avons deux exemples, celle de l'église de Mervans, encore, et celle de l'église de Crissey-lès-Châlon (diocèse d'Autun toujours).
Dans cette période , l'on continua quelquefois à bâtir des églises exclusivement ogivales par la ligne et le profil. Il s'en trouve des exemples dans la province ecclésiastique de Lyon, où la Renaissance s'établit un peu plus tard que sur les bords de la Loire et à Paris, par des raisons que j'ai données plus haut. Ainsi l'église de Notre-Dame de Dole (diocèse de Saint-Claude) est absolument ogivale par l'ensemble et par les détails, bien que bâtie dans le XVI* siècle; il en est de même de l'église de Mervans (diocèse d'Autun) où le plein-cintre et l'arc surbaissé ne se révèlent qu'à la grande porte et au clocher. L'église de Demigny (diocèse d'Autun), bâtie aux dernières limites du XV'' siècle, rentre dans ces conditions. A cette période se rapportent certains clochers-donjons, dont celui de Dole est le type dans notre province lyonnaise. Ce clocher ressemble beaucoup à celui de la basilique métropolitaine de Saint-Laurent de Gênes, à la difl'érence des matériaux près, qui, dans cette dernière cité, se composent d'assises régulièrement alternées de marbre blanc et noir. Il y a toujours dans ces sortes d'édifices, quelque chose qui annonce l'âge réel à l'œil exercé du monumentaliste.
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la colonne qui vientse noyer dans les retombées des voûtes, par exemple ; mais souvent ils embarrassent le spectateur qui veut les rapporter à telle ou telle période de l'art. L'annuaire de Saône-et-Loire écrit gravement depuis longtemps^ que l'église de Mervans est une des plus anciennes du diocèse. Sous cette phase, les tambours ou vestibules intérieurs devinrent communs dans les églises, ainsi que ces porches extérieurs à trois ou à une seule division, s'étendant en largeur devant la façade, ou se dirigeant en ligne droite et en saillie. Ces porches-auvents ou chapiteaux sont, je le répète, extrêmement nombreux dans la province ecclésiastique de Lyon, notamment en Bourgogne. Celui qui abrite la porte de l'église Saint-Nicolas de Beaune est un type du genre qu'il faut bien se garder de détruire.
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