‹ Manuel général d'archéologie sacrée burgundo-lyonnaiseChapitre 27 sur 44 · PHASE LIBRE DE L'ECOLE DE LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

PHASE LIBRE DE L'ECOLE DE LA RENAISSANCE

^ous avions^ avant la révolution si fatale à nos monuments chrétiens ^ dans le plus ancien et le plus glorieux diocèse de la province ecclésiastique de Lyon, dans Fillustre cité d'Autun ellemême , un magnifique exemple de la phase libre de la Renaissance, c'était Féglise collégiale de Noti'e- Dame. — Une reste plus dans nos contrées que des portions d'édifices qui rappellent cette période de l'art, des chapelles castrales ou des chapelles élevées le long des bas côtés de nos grandes églises. Elles possèdent aussi un grand nombre de croix rogatoires de cette période, comme celles de Sully, Chassey, Dezize, (diocèse d'Autun).

Le sensualisme a fait de grands progrès dans l'architecture ; néanmoins, le génie des artistes laïques, puise encore on lui-même ses inspirations, malgré l'influence qu'il subit. L'ornementation de ce temps, malgré ses emprunts, présente un type original et certain , une touche ferme et sûre. C'est la liberté la plus franche et la plus absolue : l'architecture imite l'art antique, rappelle par certaines dispositions et par ses profilations, celui du moyen-âge, remplace les guirlandes par les rinceaux de fruilage,

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déploie une grande fécondité d'ornementation, une grande puissance d'imagination, une grande suavité de motifs. — Il ne faut pas être injuste envers la Renaissance et n'y voir comme certains esprits dédaigneux , qu'un opprobre national. Nul type d'architecture ne peut se stéréotyper, rester immobile et stationnaire : Dieu a voulu que tout marchât sur la terre, les institutions, les hommes, les monuments, en arrière ou en avant.

La peinture sur verre héraldique et historique, continue à être cultivée avec éclat dans cette période. Le plan des .églises devient décidément celui de la croix grecque, quelquefois celui d'une croix latine sans proportions. La colonne reparut avec les cannelures et les rudentures, mais avec des proportions plus justes, avec un chapiteau visant à l'imitation des formes ioniques ou corinthiennes ; le plus souvent, pourtant, il est couvert de dessins capricieux. L'on reconnut dans l'entablement, les trois parties qui le composent, l'architrave, la frise et la corniche, l'on distingua une régularité calculée et mesurée, et des rapports assez exacts entre le piédestal , le fût , le chapiteau et l'entablement. .Les arabesques s'arrondissent et jouent un grand rôle dans l'ornementation ; elles offrent souvent dans leurs délicates ramures, la légèreté, la précision et la pureté du ciseau grec. Les voûtes se cintrent et toute leur surface se partage par des caissons symétriques remplis de sculptures variées. Quelquefois, l'on revient au soffitto des Italiens, et au lieu de voûtes , l'on voit de simples plafonds en bois ou en pierre : ces plafonds sont ornés dans le même goût que les voûtes cintrées. Quand la voûte est cintrée, elle se charge de clefs prodigieusement saillantes et de culs-delampe.

La coupole , celte grande et belle chose antique dont le Panthéon offre le plus bel exemple , ce qui fit dire à Michel-

Ange, qu'il voulait mettre le panthéon dans les eieux, lorsqu'il éleva la coupole de Saint-Pierre de Rome, la coupole circulaire reparaît majestueusement dans les églises et se charge intérieurement ou de caissons , ou de fresques, ou de bas-reliefs. — C'est une belle compensation aux pertes qu'éprouvait l'architecture chrétienne. Ses proportions furent généralement heureuses , soit qu'elle présentât l'amortissement semi-sphérique, et ovoïde, soit qu'elle prît la forme de la tiare , comme les coupoles romaines , et celle de N.-D.-de-la-Fleur de Florence. La coupole ne resta pas très longtemps dans sa beauté native : elle prit bientôt des formes- bizarres, devint carrée, polygonale, à sa base comme à sa toiture. En naissant, elle se chargea déjà d'une lanterne ou petite coupole qui contribua alors à lui donner de la noblesse et de la grâce ; mais l'on renchérit sur cette addition en lui associant un ornement discordant , je veux dire la flèche qui termina souvent ces lanternes. La coupole ne fut jamais destinée à l'usage du clocher , dans son origine. Plus tard, l'on appliqua cette forme aux clochers eux-mêmes. — L'on élevait communément une , trois et même cinq coupoles. — De la coupole naquit cet amortissement campaniforme , en forme de cloche , surmonté d'une petite aiguille, qui est devenu le type absolu des clochers de Franche-Comté et de Savoie. — La coupole qui n'avait été qu'esquissée par les hommes de l'école ogivale, qui comprirent mal quel immense parti ils pouvaient en tirer , la coupole est une immense beauté : c'est un premier ciel qui fait deviner et entrevoir le second , c'est l'image du séjour céleste entr'ouvert à nos yeux ; elle fait monter la prière aux pieds du Très-Haut et vous transporte au milieu des chœurs des séraphins et des anges. Elle n'a été bien comprise avec ses conditions d'air et de vide ,* qu'en Grèce et en Italie , sous l'influence du ciel

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concave et limpide dont elle est l'imitation. Sous la Renaissance elle fut, je le répète tantôt aiguë, tantôt ovoïde, curviligne, souvent en forme de tiare, quelquefois en forme de calotte.

L'autel conserva encore pendant quelque temps la forme carrée : le coffre était orné de médaillons entourés de torsades ; mais bientôt on lui donna une forme arbitraire qui amena cette forme hybride que nous trouvons dans le cours du XVIP siècle. — Le clergé trouva que l'autel carré le gênait pour les génuflexions et les encensements... Pourquoi ne revint-il pas à l'autel byzantin , le plus beau , à la table soutenue par des colonnettes? — Mais Tonenti'ait dans un âge étrangement paradoxal. — Dès les deux dernières phases du règne ogival, l'on eut, dans certaines églises cathédrales un maître-autel à coffre double , pour favoriser certains usages du cérémonial liturgique. Les deux coffres étaient adossés, et celui de derrière servait particulièrement comme crédence. — C'est l'image et la commémoration du paratorium des basiliques , où se déposaient et se préparaient les vases sacrés qui devaient servir au saint sacrifice. Cet usage existe encore à Saint- Jean de Lyon. Dans quelques cathédrales, au lieu de l'autel double, on eut deux autels distincts, placés à quelque distance l'un de l'autre , mais toujours sur la même ligne. Ceci existe à Reims où la liturgie à conservé comme à Lyon , un antique et saint caractère. Dans les basiliques patriarchales de Rome, il y a aussi deux autels majeurs, dont l'un est exclusivement l'autel pontifical.

Le chevet des églises reprit sa forme semi-circulaire, et se termina de nouveau en apside avec voûte en cul-de-four, mais de niveau avec celle du chœur et de la nef. — Ainsi , on le voit , l'on revenait sans s'en douter à l'architectonique des basiliques grecques et à l'art des byzantins

®^e^ 209 m^ d'orient et d'occident; mais ce cul-de-four apsidaire, ce concavo des Italiens n'eut plus les proportions romanobyzantines; il fut moins enfoncé , moins mystique : au lieu de se couvrir de splendides mosaïques , il ne présenta que de stériles et monotones caissons plats , sculptés en demirelief avec rosaces et fleurons. — Les frontons brisés, curvilignes ou triangulaires, les torsades, les cariatides, les colonnes en spirales , les surfaces vermiculées , viennent s'établir dans cette phase qui s'étend jusque dans le XVII' siècle. Les sculptures des caissons représentent des fruits , des têtes humaines, des génies ailés, des figures emblématiques, des dessins fantastiques; les représentations héraldiques ne sont pas oubliées non plus : les écussons se multiplient, ils sont, je l'ai déjà dit, supportés par des anges, dont les ailes conservent la forme aiguë, quelque-* fois par des animaux. Les entrelacs arrondis , les devises, les cartouches inscrits dans des cadres à la fois angulaires et cintrés, les médaillons pullulent. Au milieu de l'appareil des guirlandes , des fleurons , des festons , des rosaces, des dentelles, on distingue des moulures noblement imitées de l'antique et vivement accentuées, des médaillons dans lesquels sont représentés en demi-relief, par un ciseau correct , les figures des personnages considérables de l'époque, des saints et des saintes. La finesse , l'élégance , la pureté , la perfection des profils et des contours, marquent cette phase. Les monuments de ce temps présentent encoie de beaux sujets d'études : ils conservent le dernier sceau du genre chrétien ; c'est la dernière étincelle de ce feu qui échaufla l'architecture sacerdotale et inspirée des âges catholiques.

La rose n'existe plus, l'ogive n'est plus pratiquée, la courbe demi-circulaire, les lignes horizontales sont combinées à une foule de profils neufs, variés, qui nés

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de diverses imitatioDS et surtout de rimitation antique , offrent pourtant , comme le style romano - byzantin , un assez grand nombre de caractères propres, pour former un type, une école. Sur la plupart des façades, l'on revient pour décorer le fronton, à l'ancien oculus des basiliques latines. Le radicalisme de la Renaissance se trouve formulé dans un assez grand nombre de monuments nationaux. La nationalité française est étrangère à cette école qui nous vient de l'Italie ; mais le génie de notre patrie l'a modifiée et lui a imprimé une physionomie individuelle, sa souplesse, sa hardiesse, sa légèreté , son amour de la liberté, ses caprices même. Dans cette ère, les contreforts sont remplacés aux façades d'églises par des consoles renversées ou des pilastres , les roses par de grandes croisées à pleincintre , subdivisées par des compartiments à figures arrondies : elles sont ornées de médaillons et de têtes saillantes. Nous avons un exemple admirable de ces croisées dans la petite église du Vernois ( diocèse de Dijon ) à sa région apsidaire. Les dimensions des églises en hauteur, largeur, longueur , se sont singulièrement réduites : il n'y a plus besoin pour contrebuter les voûtes de ces forêts de contreforts, et de ces arcs-boutants qui contribuèrent si puissamment à la majesté extérieure des temples de l'ère ogival ; il ne faut plus qu'un pilier , qu'une fiche de soutènement : et sa forme est stérile. Il n'y a plus ni tribunes, ni galeries, niarcatures, ni pinacles simulés ou à jour. Le ciborium des basiliques toutefois se reproduit au maître-autel , dans le baldaquin soutenu par des colonnes de marbre. Les meubles de l'église, les vases sacrés sont travaillés avec un goût précieux. Les confessionnaux, les chaires, les crédences , deviennent de véritables monuments.

Les tours-clochers sont carrées, rondes, quelquefois formées de plusieurs ordres superposés , amorties en

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coupoles : chaque face est percée de deux jolies petites fenêtres, à moulures 5 souvent sans archivolte ni imposte. Les aiguilles en charpente continuent à régner concurremment avec ces tours dont la place est à la façade , tandis que Taiguille s'élève au centre de la croix, lorsque la place n'est pas prise par la coupole à qui l'aiguille la dispute souvent. Les clochetons prennent la forme de candélabres, leurs piédestaux sont carrés ou octogones ; la sculpture est généralement extrêmement châtiée , soit qu'elle s'exerce sur des statues ou statuettes , soit qu'elle s'applique aux basreliefs, aux délicieuses arborescences, aux cartouches, aux lambrequins et alvéoles d'écussons, aux suaves et limpides rinceaux de l'époque.

La peinture vraiment monumentale, la fresque s'établit avec plus d'éclat encore dans les églises , que dans les dernières phases du type ogival ; elle conspire déjà contre cet autre genre de peinture monumentale réalisé par les verrières peintes , dont les grands effets vont bientôt disparaître. Nous trouvons des restes de peinture murale dans une chapelle de St-Maurice de Vienne , et récemment des fresques ensevelies sous un triple linceul de badigeon ont été découvertes à l'église de Saint-Desert ( diocèse d'Autun ) , dans la chapelle des Bernardon. L'art figuré du catholicisme revit dans ces grandes pages , gloire de l'Italie. Si l'architecture proprement dite a fléchi , le monumentaliste trouve encore dans les édifices de ce temps, de belles et nobles compensations dans la fresque , les peintures à l'huile appliquées sur les murs et aux coupoles, la sculpture : il y a loin de ces proportions de la peinture à celles oti elle s'est depuis les temps de la Renaissance , ravalée et réduite lorsqu'elle se borna au tableau portatif ou mobile, à son tour détrôné par la gravure et la lithographie , qui rendent l'art populaire, mais le ruinent , et ne

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sauraient remplacer le véritable art monumental. — Dans les jours d'individualisme , d'égoïsme , chacun a voulu avoir de l'art chez soi , dans sa maison , dans sa chambre, tandis que l'art n'est à sa place que dans les monuments publics , faits pour tous , tandis qu'il ne peut croître et se développer que là. — Aujourd'hui , chacun veut avoir aussi un cabinet du moyen-âge , et c'est pitié de voir entassée comme dans une boutique de frippier, dans un espace de deux ou trois mètres carrés, des meubles , des vases, qui n'avaient de sens que dans le lieu pour lequel ils étaient faits.

Les émailleurs du XVI* siècle continuèrent dans cette seconde période à orner une foule de vases sacrés : l'orfèvrerie sacrée, les tapisseries réalisèrent de belles et nobles choses auxquelles le siècle de Louis XV n'attacha aucun prix, et que nous recherchons aujourd'hui avec empressement — C'est à ce temps aussi qu'il faut rapporter ces beaux ouvrages en bas-reliefs sur faïence , de Lucca et d'Andréa délia Robbia, qui ornèrent en Italie, tant de tympans de portes d'églises , et arrivèrent en France. L'on en trouve encore de belles épreuves à Radicofani (Toscane) et à Sainte-Marie-de-la-Fleur de Florence. Je n'en connais aucune sur le territoire de la province lyonnaise.

Sous les deux périodes de la Renaissance , les façades d'églises conservèrent souvent les deux clochers : mais le plus souvent elles se bornèrent à ne présenter qu'un appareil de petits et grands frontons, de divers ordres de colonnes superposées. La région inférieure de la façade de Saint-Nizier de Lyon , bâtie par Philibert Delorme, est un type parfait de la seconde phase de la Renaissance. — En ce temps , l'on fut moins sévère sur le point de l'orientation que dans les âges romano-byzantinset ogivaux ;rarbitraire, l'eniplacement , déterminèrent souvent l'orientation.

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Dans les deux dernières phases du type ogival et dans les d«ux phases de la Renaissance , les objets de détail des églises rentrèrent plus essentiellement que jamais^ dans les conditions génériqnes du type dominant. Parmi les meubles fixes qui lesornaient, il faut compter les tombeaux qui concoururent si puissamment à leur aspect moral et pittoresque. La Renaissance se plut à épuiser tous ses trésors d'imagination, comme le XV^'siècle, dans les petites choses , les mausolées ^ les crédences , les piscines^ et dans de plus grandes, comme les porte-orgues, les chapelles collatérales, les baptistères. Elle y déploya un grand luxe , une rare patience, une plus rare perfection d'exécution ; elle mit de vives couleurs sur tous les profils ; elle donna au marbre, à la pierre, au bois, auxmétaux, une singulière animation. Dès la seconde période de la Renaissance , l'on commence à ne plus ériger de jubés entre la nef et le chœur ; celui de Brou est la dernière épreuve du genre , dans la province ecclésiastique de Lyon. Il en existe pourtant encore quelques-uns qui datent de ce temps, mais loin de nous, comme celui de Saint-Etienne-du-Mont , à Paris.

La Renaissance dans ses deux périodes , a encore merveilleusement compris et réalisé le pittoresque. L'église du XVP siècle , plaît , intéresse, attache , mais elle n'émeut pas ; elk ne fait point l'homme s'anéantir devant Dieu , elle ne l'abîme point dans les saintes et mystiques profondeurs du recueillement et de la prière , elle est trop individuelle et trop bourgeoise pour le temple. — Après elle vient l'ère profane et négative de l'architecture religieuse ; le visigothisme moderne le plus débouté , le crétinismele plus déplorable, le plus absurde , conspirent contre la vieille arche du moyen-âge, la souillent, la lacèrent, la dépouillent. L'église réduite aux conditions de l'architecture ci vile et individuelle, s'est définitivement faite maison. 15

L'architecture se maintientpittoresqiie jusqu'au cardinal de Richelieu qui régna sous le nom de Louis XIIL 'Sous Louis-le-Grand , elle prend une allure nouvelle ; elle imite plus servilement l'ère antique, tout en prenant une physionomie encore tellement nationale, qu'elle forme pour ainsi dire un nouveau type , sous le nom d'architecture du siècle de Louis XIV ; elle demeure digne de la France, mais non plus du catholicisme, d'ailleurs, elle bâtit plus de palais, de châteaux, d'hôtels, que de temples. Puis elle arrive à cette impuissance complète de production , à cette période de débauche que l'on a nommée l'âge du rococo , qui introduisit les autels contournés, les angescupidons, etc. , à cette déplorable situation d'où les efforts de quelques grands artistes commencent à peine à la tirer. — Cependant , même dans la période hybride et négative de l'architecture religieuse , l'imitation des monuments ecclésiastiques élevés à Rome par l'école de Michel- Ange et issus de Notre-Dame-des-Anges , et le génie personnel de quelques artistes qui avaient encore un reste de sentiment religieux, érigent parfois d'assez belles façades d'églises à frontons triangulaires ou arrondis, du milieu du XVIP siècle jusqu'à la fin du XVIII". — Je citerai sur le terrain que j'ai choisi , les nobles façades à fronton triangulaire de Saint-Etienne de Dijon, de N.-D. d'Autun , de la Magdeleine de Besançon , de Saint - Polycarpe de Lyon, de l'église de Saint-Louis de Grenoble, l'église d'Allerey ( diocèse d'Autun). — Le type de ces frontons est celui de l'église de Saint-Marc de Florence. Les églises du Saint-Esprit et de Saint-Laurent de la même ville, sont d'irréprochables produits delà Renaissance , remarquables par les plus heureuses proportions, l'harmonie des lignes, la régularité du plan.

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Il faut encore rapporter à la Renaissance, cette architecture plus hybride qu'aucune autre que fit fleurir une congrégation célèbre , qui a rendu de grands services à la religion , mais n'en a rendu que de bien mauvais à l'art : je veux parler de la compagnie de Jésus. Les Jésuites abusèrent dans les façades de leurs églises de toutes les petites choses, de toutes les mesquineries de la seconde période delà Renaissance, des torsades, des surfaces vermiculées, des frontons brisés , des baies et œils-de-bœuf curvilignes , des cariatides, des colonnettes en spirale , des colonnes torses dont les cavités sont remplies par des feuillages et ramures qui en suivent les circonvolutions. Ils répandirent avec profusion, les petites couronnes d'épines, les petites niches, les cœurs, les chiffres, le mauvais goût. Toutes les églises des Jésuites qui furent de détestables artistes , se font reconnaître par un type absolu de fadeur, de prétention minutieuse et d'afféterie. Ils abusèrent de la colonne torse au dedans et au dehors de leurs temples. Ils ont laissé tant de monuments de leur mauvais goût dans noi$ contrées, qu'il est inutile d'en citer des exemples.

Avec la Renaissance , finit l'architecture chrétienne historique ; c'est avec elle que se cloront aussi nos principales notions didactiques sur l'histoire de l'architecture sacrée. « Il n'est asme si revêche, dit Montaigne, qui ne se sente touchée de quelque révérence, à considérer la vastité sombre de nos églises, la diversité d'ornements , à ouïr le son dévotieux de nos orgues et l'harmonie si posée et religieuse de nos voix. » — Je vais passer tout à l'heure aux exemples qui sont une partie importante de ce travail , celle qui annonce le plus de persévérantes recherches, d'utiles pérégrinations," celle qui sera la plus propre à former des archéologues chrétiens, parce que chacun trouvera chez soi l'application à côté de la théorie. —

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L'archéologie n'est qu'une science de comparaison et d'observation , il ne faut pas l'oublier. — Tous les monuments que je citerai à ma barre , je les ai tous vus , compris , observés, analysés attentivement : l'on peut être sûr que mes observations sont rigoureuses. Peu importe que les exemples amenés offrent des réalisations du beau : c'est l'âge architectonique , le caractère monumentaire de telle ou telle période et non point toujours sa beauté qu'ils sont appelés à représenter, à expliquer aux yeux des monumentalistes novices; si dans les résumés de notions qui précéderont ces exemples , j'ai souvent maintenu encore le nom du siècle , malgré que par suite du peu de concordance qui existe entre les règnëk artistiques du nord et les nôtres^ nous arrivions ou plus tôt ou plus tard que les provinces septentrionales , pour pouvoir être , au besoin , compris partout^ pour faire coïncider mes classifications raisonnées avec celles admises ailleurs. Notre snd-est n'étant qu'une portion de la France, j'ai dû mettre son synchronisme artistique partiellement en rapport avec celui du reste du royaume. — Et puis même dans le nord , la concordance entre le style architectoral et le siècle , n'est pas toujours exacte , rigoureuse : c'est pour frapper l'esprit, pour aider à la mémoire, que l'on associe une phase artistique à un siècle. Le cours du XIII'' siècle est , je le répète, le temps où cette discordance est à peu près absolue , bien que chez nous la forme et les réminiscences romano-byzantines se soient maintenues jusques en plein XVII* siècle, surtout dans les campagnes, qui étaient plus éloignées des grands foyers d'impulsion artistique, à tel point que dans nos contrées, les édifices religieux romano-byzantins sont la règle, tandis que ceux de la période ogivale et de la Renaissance, ne sont que l'exception.

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J'aurais voulu pouvoir citer comme exemples et classer tous lesédifices ecclésiastiques, sans exception, antérieurs à Louis XIII, élevés dans notre sud-est, de Marseille à Dijon , c'est-à-dire des divers diocèses intéressés dans ce travail , ôar il n'est pas un monument chrétien historique, si pauvre qu'il soit en apparence et en réalité, qui ne renferme au moins un détail digne d'attention , un ornement fixe ou meuble curieux, dans le plus humble et reculé village; mais cette tâche devant laquelle mon zèle n'aurait pas reculé , devenait incompatible avec le temps qu'il m'était donné de consacrer à mon ouvrage, fruit de tant de persévérance, de pérégrinations, d'années et d'études , fait non pas avec des livres, comme tant d'autres, mais avec des monuments. Nul après nous*, n'aura peut-être, nul avant nous, n'eût eu le goût, ou les loisirs nécessaires pour se livrer à une telle entreprise. M. l'abbé Bourrasse a décrit dans un style magique des monuments qu'il n'a pas vus : s'il se fût mis en relation avec eux , il n'aurait pas dit, par exemple, que la principale façade de la cathédrale d'Autun est tournée au midi. — Je ne l'ai point imité : veni et vidi ^ je suis venu et j'ai vu. — J'ai dû me borner à produire le plus grand nombre d'exemples possible, qui serviront à établir les points de comparaison, et restreindre mes citations aux dernières limites du diocèse actuel de Dijon, où viennent s'éteindre et se fondre dans le type du nord, les derniers reflets de l'architecture burgundo-lyonnaise. J'ai fait fléchir cette loi pour la seule cathédrale de Langres qui appartient encore à la province lyonnaise. — Le type burgundo-lyonnais, a influé d'une manière marquée à 15 myriamètres au dessus et au dessous de cette métropole , sur une ligne longitudinale parallèle à la Saône et au Rhône ; mais au levant et au

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couchant^ arrêté dans sa propagation par de hautes montagnes, il ne s'est guère étendu qu'à un diamètre d'environ 12 myriamètres, d'une limite à l'autre. J'aurais aimé à faire la flore, l'ornitologie , la zoologie, l'iconographie, le monogrammaire, le légendaire, la glyptique, la paléographie de toutes les basiliques ou églises citées comme exemples, à dire quels fleurs, fruits, feuilles furent sculptés dans tel âge , quels saints et saintes furent représentés , quels attributs furent donnés à tels martyrs ou docteurs, quelles scènes d'histoire religieuse fournirent sous telle ou telle ère , la matière des bas-reliefs, des verrières peintes, et des fresques byzantines ou ogivales : J'aurais aimé à trouver peut-être dans l'accouplement de certains profils, de certaines figures, les monogrammes des artistes et ouvriers qui avaient dessiné, bâti, sculpté, peint, orné, vitré les divers temples du Dieu Vivant ; mais alors , je n'aurais pu me renfermer dans les limites d'un livre élémentaire. J'ai indiqué tout cela de mon mieux, le plus brièvement possible , et je renvoie aux traités spéciaux sur chaque branche de l'archéologie chrétienne , dont on trouvera les titres dans la Bibliographie de V Archéologie sacrée que nous plaçons à la fin de cet ouvrage. — Malgré ses imperfections et ses lacunes , puisse-t-il, cet ouvrage être utile , porter les fruits que j'ose en espérer ; et puissent NN. SS. les Archevêques et Evêques des divers diocèses auxquels s'appliquent nos instructions, l'adopter pour l'enseignement archéologique dans leurs grands-séminaires diocésains ! — Si le diocèse de Sens n'avait pas été exclu de ce travail par les bornes naturelles que nous lui avons posées , j'aurais pu choisir à Auxerre , à Vézelay, à Aval- Ion , à Vermanton , à Villeneuve-le-Roy , à Joigny même , à Sens et à Tonnerre, de bien remarquables exemples des styles romano-byzantin , ogival et de la Renaissance ; mais

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nous ne devons point quitter nos douces vallées de la Saône , du Doubs et du Rhône , bien que l'arrondissement d' A vallon, placé aux marches de la terre Burgunde, ait fait partie intégrante de cette province et de l'ancien diocèse d'Autun , et que l'ancienne comté d'Auxerre , dont l'union à notre duché , n'a jamais été que purement politique, ait partagé sinon la nationalité, du moins le nom de Bourgogne.

Je ne dois pas clore ce chapitre sans parler des tran-silions. Les types sont toujours embrouillés et mixtes à leur début. Pris dans un sens moins restreint que le sens systématique, il y a deux Renaissances. Les principales transitions architectoniques sont le passage du type romano-byzantin au type ogival , puis celui de l'école ogivale à la Renaissance. Indépendamment de ces deux grandes transitions de type à type , il y en a de partielles de subdivision à subdivision, de variété à variété, de sous-type à sous-type. Tout cela se comprend à merveille au pied des monuments. Les deux Renaissances sont 1° celle du style romano-byzantin par la sculpture , et celle qui a retenu ce nom par excellence, et qui commence dans le XV* siècle expirant pour ne finir qu'au XVII*.

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