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NOTIONS SUR LES VITRAUX

»'est hors des contrées auxquelles nous appliquons cet enseignement , que se trouvent les grandes et complètes représentations figurées par les verrières peintes. C'est à Auch , surtout , (à Alby, à Bourges , à Amiens , à Reims , à Rouen , à Sainte-Gudule de Bruxelles, à Strasbourg. Les premières verrières de l'école romano-byzantine ne sont point représentées non plus dans notre pays. Les verrières peintes sont la plus grande beauté réalisable, la plus grande beauté possible dans l'église ; elles valent mieux que la peinture murale et surtout que les tableaux portatifs ou mobiles qui composent l'harmonie des lignes architectoniques : elles donnent aux lointains et aux profils architectonisés des reflets , chatoyants , indécis , prismatiques , mystérieux , qui disposent le cœur aux pieuses exaltations. La présence simultanée des verrières peintes dans toutes les baies et des représentations mosaïcales étendues sur les parois du temple , donnerait un genre de beauté que l'art antique n'a jamais deviné , dont il n'a jamais approché. Malheureusement, cette alliance n'existe

i^irn^ 232 m^ pas dans l'histoire. Dans Père basilicale, quand la mosaïque, ce genre de tableau qui unit la solidité romaine à rélégance grecque , quand la mosaïque régnait , la peinture sur verre était dans l'enfance, et ne connaissait pas encore ces grands effets polychrômiques, ces tons pleins et fermes qu'elle produisit lorsque la mosaïque murale était oubliée. — Il est si important que le jour n'entre pas sans préparation , sans s'être préalablement tempéré et recueilli, dans le temple chrétien , que l'on ne saurait prendre trop de précautions pour conserver les verrières peintes dans les édifices sacrés où elles existent. Sans elles, une église ogivale ne signifie plus rien : la courbe ogivale est trop sèche et trop crue : les colonnettes sont trop grêles ; les hommes de l'école ogivale firent entrer beaucoup de jour dans leurs églises ; mais ils eurent soin de le tempérer , de l'atténuer, par les verrières de couleur.

J'ai dit dans le commencement de cet écrit quelle fut l'origine de la peinture sur verre : elle naquit pour ainsi dire , comme tout l'art chrétien dans les catacombes et les cryptes. Mais toutefois ce n'est pas à dire que l'art de donner au verre des couleurs inaltérables ne remontât pas à une époque plus antique. Les anciens l'employèrent surtout à la composition des splendides mosaïques dont ils décoraient les édifices publics et souvent même les habitations du simple citoyen. Les Romains qui fabriquaient du verre incolore défectueux , eurent une préférence marquée pour le bleu. Malgré l'usage bien répandu du verre de couleur chez les anciens , rien ne nous apprend qu'ils aient jamais su l'appliquer à leurs fenêtres. Dès le troisième siècle , il paraît que l'on commença à employer le lapis specularis ou pierre diaphane , les lamelles de marbre transparent et d'albâtre oriental , et l'espèce de coquille nacrée , appelée Testa perlucens ,

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aux baies des basiliques civiles et des premiers temples chrétiens. La basilique de San Miniato-al-Monte , près de Florence , offre ses baies apsidaires munies encore d'albâtre oriental ou marbre transparent. Ou ces premiers essais imités dans les cryptes, ou le désir de conserver aux premiers temples ce demi-jour mystérieux que donnaient à ces souterrains d'étroites ouvertures recouvertes par des plantes herbagères, et le jeu des rayons solaires à travers leurs feuillages , donnèrent les vitraux de couleur , qui de la basilique latine , passèrent à celles érigées sous le règne romano-byzantin ; mais tout cela n'était pas la peinture sur verre : c'est un beau et mystique système de clôture pour les fenêtres, plutôt qu'un principe de décoration. La peinture sui* verre comme art, n'existe réellement que dans les deux dernières périodes du type romano-byzantin ; elle naquit de la mosaïque amincie , appliquée aux ouvertures au lieu d'être appliquée aux parois comme lambris : elle régna quand la mosaïque murale perdit son ancienne faveur, la remplaça, et forma le complément de l'art chrétien.

C'est principalement au règne minéral que la peinture sur verre emprunte les substances colorantes employées dans ses procédés. Ge sont des oxides métalliques vitrifiables que l'on fait fondre avec le sable destiné à former le verre et qui lui sont incorporés. Les couleurs ainsi produites font donc partie de la substance même du verre et deviennent inaltérables. — L'oxide de cobalt donne le bleu céleste , qui pour être beau , doit avoir le ton foncé du ciel de Naples ; l'oxide de manganèse produit le violet, qui réussit très bien comme fond ; l'oxide de cuivre donne lieu au verre de couleur verte ; l'oxide d'argent ou l'antimonite de plomb font le jaune , et le rouge résulte d'un mélange d'oxide de fer , de cuivre et de manganèse. Ces

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oxides doivent être ajoutés en très petite proportion à la matière ou pâte vitrifiable. Le premier mode d'exécution des vitraux peints estmoinsdu domaine de la peinture que de celui de la verrerie et de la vitrerie. Il consiste à réunir par compartiments, des verres teints en masse : il produit la mosaïque transparente. Avant les deux dernières phases du type romano-byzantin , des essais s'étaient faits par des espèces de grisailles : ce ne fut que dans ces deux dernières périodes, que les vitraux peints firent leur début solennel, sous forme de mosaïques transparentes. L'étage inférieur de l'apside de Saint-Jean de Lyon, nous montre la peinture sur verre telle qu'elle était dans la phase transitionnelle : les vitraux de ce temps sont loin d'être remarquables par la pureté du dessin ; rien toutefois n'égale l'harmonie de leurs couleurs, la hauteur de leur ton. L'on distingue dans cette marqueterie de pièces de rapports en verre teint vivement, et oti le rouge prédomine , quelques personnages grossièrement accusés.

Dans la première période ogivale, les vitraux peints sont composés de médaillons circulaires, trilobés, elliptiques, disposés en sautoir sur unjarge fond démosaïque. Leurs représentations sont généralement riches de science et pauvres de dessin , essentiellement théologiques, bibliques et austères : elles contiennent les détails d'une légende ayant rapport au saint patron du lieu. Les figures et les draperies sont grossièrement indiquées par un simple linéament, sans ombre. Il y a beaucoup de ressemblance entre l'état de la peinture sur verre sous l'influence de la première période ogivale et entre sa situation sous la dernière phase romano-byzantine. La basilique patriarchale et primatiale de Saint-Jean-Baptiste de Lyon, et les médaillons ajustés aux croisées apsidaires de l'église de Saint-Georges de la jfnèine ville , nous offrent des exemples

®M9t 235 im^ de peinture sur verre, dans cet âge. Il y en a aussi un bel exemple dans la chapelle apsidaire centrale de Noti'e^ Dame de Semur-en Auxois ( diocèse de Dijon). Les verres de cette époque ont une remarquable épaisseur, uneprodigieusedensité; ils témoignent de l'âge de force qui les fondait et les assemblait dans les fenêtres des temples. Cette enfance de la peinture sur verre théologique se maintint jusqu'àCimabué : les élèves de ce peintre célèbre, se répandirent, de Florence , dans toutes les parties de l'Europe , et y introduisirent les principes de régénération du dessin. Sous la phase ornée de l'école ogivale , le vitrail peint perdit cette sécheresse de trait qui le caractérisait et qui fut adoucie par quelques lavis qui remplacèrent les ombres. Alors , on tenta l'art du clair-obscur, des ombres et du reflet dans les grandes draperies. Les grandes figures isolées, les personnages en pied, de grandeur colossale , prévalurent sur les petits personnages confusément assemblés et circonscrits dans le cadre d'un médaillon. L'on imita aussi les niches, les consoles, les pinacles de l'architecture ogivale; l'on reproduisit une flèche très surbaissée, ornée de feuilles naturelles. Les amortissements des grandes baies dont on n'avait pas encore songé à munir le cintre de verres autres que des verres teints , reçurent des figures de chérubins, de séraphins ou des fleurons peints dans le verre. On vit commencer aussi un usage qui prouve déjà l'individualisme , mais l'individualisme tempéré par l'humilité et la piété, celui de représenter aux pieds des images des saints les portraits des fondateurs d'églises ou des donateurs de vitraux, avec leurs armoiries. — L'homme ne s'était jamais sculpté ou peint dans la basilique romano-byzantine ; l'artiste, le bienfaiteur, le fondateur, voulaient demeurer ignorés et ne travaillaient qu'en vue de Dieu. — Toutefois, cette

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période est celle de l'art du peintre verrier arrivé à toute la plénitude de ses moyens ; la pureté et l'entente du dessin sont devenues suffisantes ; bien qu'encore susceptibles de progrès, et elles se concilient à la, vivacité du ton et des couleurs, à leur fermeté, à leur richesse qui n'ont rien perdu de leur éclat. Les baies de l'étage supérieur apsidaire de Saint-Jean de Lyon , représentent la haute situation de l'art dans ce temps.

Pendant la période riche de l'école ogivale , la peinture sur verre fit un pas immense vers le perfectionnement du dessin et de la composition ; mais elle perdit en même temps sous le rapport de l'efiFet qui était arrivé à la plus belle réalisation possible dans l'âge précédent. — Les artistes soignaient minutieusement les moindres détails , sans avoir égard à la distance du point dé vue : ils n'admettaient jamais qu'une seule figure dans chaque panneau. La science théologique n'était déjà plus guère représentée dans ces verrières. La Renaissance continua les progrès que le dessin appliqué aux verrières peintes comme à la statuaire et aux peintures murales, avait faits, grâce aux élèves de Cimabué, aux doctrines du maître et à l'influence de Hubert et Jean Van-Eyck. Dans la première période ou phase ogivale de la Renaissance, la magie des couleurs, le moelleux des nuances , le charme des demi - teintes , enfin tout ce que l'art peut produire de plus perfectionné , se fait remarquer dans la peinture transparente ; mais l'effet d'ensemble , l'effet du trompe-Vœil et du vu de loin , s'est sensiblement atténué : la froideur et le calme du tableau, sa régularité calculée, ont envahi la verrière peinte. Nous avons à la cathédrale d'Autun , une verrière de ce temps qui peut être considérée comme un type de beauté. Dès la fin du XVP siècle , cet art admirable tomba dans la décadence , il se mit au service des vanités

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politiques et nobiliaires , il se fit exclusivement héraldique et ne représenta que des blasons. Cette phase met dans l'armoriai peint dans le verre ^ une verve et unbon goût qu'il faut reconnaître :rien de plussuave^ de plus délicieux que ces horions^ ces lambrequins, ces entrelacs , qui jouent avec récusson, que ces devises qui l'entourent, que ces anges ou ces animaux qui le supportent. L'apside deBrou, nous donne ces verrières, dans le plus complet et le plus noble appareil. L'effet des vitraux héraldiques est intéressant, ces pages de la peinture sur verre sont importantes pour l'histoire; mais l'art, l'art qui vaut mieux que les témoignages de l'orgueil des hommes, et qui doit aspirer à une fin plus noble que celle de le satisfaire, l'art a perdu ses majestés : en même temps les tons pâlissent, le verre s'amincit, la matière se défournit, etl'on finit par trou ver que la couleur elle-même, si affaiblie qu'elle soit est de trop dans la verrière. Dès le XV* siècle , la peinture transparente avait perdu déjà de sa spécialité religieuse , elle était entrée dans la maison seigneuriale, et elle se partageait entre l'église et le château. Durant tout le XVI* siècle , ce partage fut encore plus absolu ; et la peinture sur verre de religieuse et seigneuriale qu'elle était devenue , finit par être toute bourgeoise , au temple comme dans la maison-de-ville et l'habitation particulière. Le XVII* siècle ne produisit plus que des grisailles sans effet, sans énergie , sans conditions de durée , sans portée religieuse.- — Ainsi voici l'art revenu à son point de départ ; mais il revient à la grisaille , à la pauvre et misérable grisaille , par épuisement , tandis que chez les byzantins , la grisaille fut une découverte , un progrès , un essai fait dans l'ardeur de la foi el des recherches. Le XVIII" siècle brisa les verrières peintes, de quelque temps et de quelque mérite qu'elles fussent , pour les remplacer par des verres

incolores ; enlin , aujourd'hui Ton revient à ce noble système de décoration pour les églises ; mais d'une manière malheureuse. Avant d'y revenir, l'on avait essayé des verres dépolis relevés par un encadrement ou frise de couleur vive : l'on trouva avec raison , le jour qui sortait de ces verrières divisées en gros compartiments carrés, comme nos vitres, louche et plat, et on se prit brusquement de belle passion pour les verrières peintes ou simplement teintes.

L'Allemagne, plus fidèle que nous aux vieilles et saintes traditions artistiques du moyen-âge , n'a pas laissé tomber l'art de la peinture sur verre , et elle n'a pas eu la peine de le retrouver ; mais elle n'en tire pas plus que nous ne pouvons, ni ne pourrons en tirer, les immenses effets produits aux XIP, XIII% XI V** et XV" siècles. — La manufacture royale de verres peints de Munich est aujourd'hui celle dont les produits sont les plus remarquables. — Nous en avons un exemple dans, la chapelle de la basilique de Saint-Irénée-sur-la-Montagne, à Lyon. — L'Italie s'est préoccupée moins vivement des verrières peintes que les peuples du nord, elle en a moins compris la magnificence et le besoin, car il lui fallait du jour pour éclairer ses fresques, ses peintures murales, ses tableaux. Les vitraux peints y sont rares ; toutefois l'Italie du nord en offre de splèndides exemples, particulièrement à l'église métropolitaine de Milan, à Sainte-Croix et à Sainte-Marie-de-la- Fleur, de Florence, à Sainte-Marie-Nouvelle de la même ville, à la basilique de Saint-Martin de Lucques.

Pour mon propre compte, j'aime encore mieux les verrières ou peintes ou teintes de diverses couleurs que l'on refait aujourd'hui , qu'un jour abondant et importun dans les églises, qui donne au temple l'aspect excentrique delà place publique , et je ne saurais trop engager les conseils

de fabrique de nos paroisses à rappeler ce genre de décoration toutes les fois que leurs ressources matérielles le leur permettent. « Les vitraux actuels , disait naguère un jeune écrivain qui ne signe ses écrits que comme les artistes du XVP siècle signaient leurs œuvres, par des initiales ; les vitraux actuels sont crus , à teintes écarlates , violacées, ils produisent des effets de lumière écorchés et cadavéreux sur les dalles ; c'est la teinture d'ocre et de bois d'Inde, à la place de la pourpre, de l'opale, de tout l'arc-en-ciel. Les vitraux du moyen-age adoucissaient, mais ne décomposaient pas les rayons : la clarté passait à travers leur crible , pour se purifier de son rire joyeux , de son éclat mondain ; son allure semblait trop vive , trop folle, pour qu'elle entrât sans préparation dans la demeure du silence et de la paix. »

C'est peut-être untort de notre époque actuelle^de vouloir se jeter dans la peinture sur verre proprement dite , qui est horriblement dispendieuse et donne des résultats peu satisfaisants. D'abord nous dessinons ou trop bien ou trop mal : nous n'avons plus le sentiment chrétien dans nos œuvres que par esprit de convention et à posteriori : nous ne connaissons plus les rapports qui existent entre un tableau transparent et une cathédrale , nous ne savons pas l'harmoniser avec elle, le faire partie concordante d'un grand tout, le placer dans les conditions de teintes et de proportions qui produisent l'illusion de l'optique. Et puis disons-le, les produits chimiques actuels ne nous fournissent plus ces couleurs intenses et franches qui servaient si merveilleusement les peintres verriers du moyen -âge et de la Renaissance. N'allez pas croire que nos couleurs vitrifiées doivent acquérir avec le temps un ton plus moelleux, mieux fondu, ce qu'on nomme le dô>o/«. L'action du temps et des rayons solaires ne peut rien sur la couleur

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vraiment vitrifiée : les intempéries de l'air peuvent la ternir, la couvrir d'une tartre , d'une couche de crasse ; mais lavez-la et elle reprendra vite son ancien éclat. — Nos verres teints ou peints aussi n'ont pas assez d'épaisseur pour que le moelleux du ton y existe.

Quand on a vu les produits les plus parfaits d'une manufacture de luxe national, comme celle de Sèvres, être si loin de la perfection historique ; quand on voit les verrières apsidaires de Saint-Jean de Besançon, don du roi Charles X, dessinées par Boulanger, cuites à cette manufacture royale de Sèvres, produire un mince effet et ne rappeler ni la teinte, ni l'esprit, ni la magie calme des vitraux peints du moyen-âge, qu'attendre, je vous le demande, d'essais du même genre tentés ailleurs ? Nos artistes croient toujours travailler pour le salon et les expositions : ils traitent le tableau transparent destiné à être vu de loin , à se marier à de grands effets de perspective , comme ils traiteraient le tableau de chevalet.

Les verrières de couleur modernes, ne seront sages qu'autant qu'elles seront presque exclusivement à mosaïques. La médiocrité dans ce genre est rigoureusement supportable, elle ne l'est pas dans la verrière à personnages. En se bornant à la marqueterie transparente, l'on pourra combatti*e d'une manière heureuse cejour qui entre avec profusion et impétuosité dans nos temples dépouillés de leurs anciens vitraux peints par le mauvais goût du XVIII* siècle, par les révolutions. Mais il faut que l'on se rappelle bien que l'emploi des très petits compartiments doit être exclusif, qu'il faut varier et nuancer les couleurs sans bigarrure, qu'il faut marier et fondre les tons et relever l'appareil par une bordure ou encadrement à tons vifs et pleins. La couleur qui, comme fond, réussit le mieux , est le bleu , elle produit un reflet tranquille, calme

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et serein ; mais l'on n'apporte pas encore assez de soin à sa fabrication , et ses teintes sont généralement inégales. Après elle vient le violet-rouge , qui est doux et ferme. La mosaïque de verres de couleur où toutes les pièces de rapport sont bien ajustées a son prix. Nous devrions nous renfermer dans ce genre : mieux vaut cent fois une mosaïque de verres de couleur bien assemblée, bien combinée, qu'une détestable peinture transparente qui coûtera toujours dix fois plus cher. • Nos vitriers commencent à bien comprendre l'ajustement des compartiments qui composent la mosaïque-verrière : il faut les encourager hautement. Nous avons à Lyon, le célèbre Lesourd, qui est passé maître dans ce travail d'habileté, de patience et de goût, et qui peut former des élèves pour tous les diocèses de la province lyonnaise. — Je m'estime heureux d'avoir dès le principe , contribué à sa renommée en offrant ses premiers travaux comme modèles et en signalant ses premiers efforts. La verrière d'assemblage de compartiments de verres teints, ne vaut pas, sans doute, la peinture sur verre qui parle aux yeux, au cœur et à l'esprit ; mais dans des temps comme les nôtres où l'art est impuissant et où les ressources pécuniaires sont bornées, il faut faire ce que l'on peut, le mieux possible, au meilleur marché possible. Un conseil de fabrique épuise ses ressources pour avoir une mauvaise image peinte dans une chapelle : ne serait-il pas plus sagC' si avec les mêmes moyens, il munissait de mosaïques diaphanes un grand nombre de baies qui donnent un jour de forum dans le lieu du recueillement et du silence? Limitons-nous donc, le plus souvent possible, dans la mosaïque, dans l'ornementation, pour la verrière de couleur : varions-la par l'emploi de croix grecques, de monogrammes, de fleurons bien ajustés, d'arabesques même, de blasons et d'écussons , dans lesquels nous réussissons

assez bien ; mais que chaque chose soit mise à sa place. Ceux qui témoignent un éloignement manifeste pour la verrière-mosaïque jugent vraisemblablement de ses effets par ce qu'ils ont vu de détestable en ce genre , dans certaines églises. Le type du trivial et du criard , en fait de verrières-mosaïques existe dans l'église de Notre-Dame de Dole (diocèse d'Autun).

La verrière-mosaïque de l'église de Fontaines-sur-Chalon (diocèse d'Autun)^ est^ussi mauvaise que celles de Dole , mais moins triviale. Les verrières modernes d'Autun ne sont guère plus satisfaisantes : ces dernières sont faites de compartiments beaucoup trop grands. Les verrières mosaïques récemment ajustées aux baies de l'église de la Charité de Lyon offrent le même inconvénient; celles des fenêtres de cet édifice ne sont pas supportables; mais celles qui occupent les œils-de-bœuf, sont infiniment plus heureuses. Les verrières -mosaïques à larges compartiments récemments adaptés à plusieurs baies de la basilique d'Ainai , à Lyon,' ne sont tolérables ni comme couleur ni comme dessin d'assemblage. — Les fonds bleus sont pâles, ternes, inégaux. Toutes les verrières de couleur (mosaïques ) de Saint-Bénigne de Dijon , sont d'un misérable effet , bien qu'à très petits compartiments, et de tons aussi pâles et aussi faux que celui des tuiles vernissées modernes employées au chevet de cette église. Quant aux verrières peintes à personnages , le type du détestable existe à Lyon , à la basilique de Saint-Paul^ dans ce vitrail peint qui nous donne une copie du tableau original du Pérugin, VJscension de notre Seigneur , monument de la libéralité du pape Pie VII envers notice musée lyonnais. Ce vitrail que l'on remarque dans la 3* chapelle à droite, en entrant, est une véritable caricature tant pour la couleur que pour le dessin. Les quatre vitraux peints récemment posés à

Saint-Pierre de Chalon-sur-Saône sont de la même école, bien qu'un peu moins mauvais.

Le grand défaut des verrières peintes modernes est ce ton criard auquel elles ne peuvent échapper que diflScilement. Toutefois soyons justes envers Tart actuel : MM. Maréchal et Gugnon, de Metz, comprennent à merveille les conditions de la bonne peinture sur verre , qui ne doit mettre ni en saillie ni en arrière ses personnages , et ne doit rien avoir de commun avec la peinture à l'huile. Ces messieurs marchent à la tête de la peinture sur verre national, et les œuvres dispendieuses , mais magnifiques , de M. Maréchal, doivent être citées comme modèles et valent celles du moyen-âge. Je n'en veux pour exemple que les verrières qu'il vient de poser à la chapelle de Bourbon , dans la basilique primatiale, à Lyon. La ville de Lyon, centre d'un incroyable mouvement d'art religieux, a fait en France les premiers efforts pour réveiller la peinture sur verre. L'on se rappelle les tentatives malheureuses, mais utiles^ de M. Fox. Elle a aujourd'hui un grand nombre d'ateliers de peinture sur verre : celui de M. Brun-Bastenaire, celui de MM. BorcieretHugon,celuideM. Godard. A Clermont, M. Thevenot et M. Emile Thibaud se sont livrés et se livrent à la peinture sur verre avec un succès qui ne répond pas toujours à leurs longues études et à leur renommée. A Lyon , à Beaune , M. Thibaud a laissé des pages qu'il devrait arracher de l'histoire de sa vie artistique (1).

(1) M. Thibaud a posé une verrière peinte dans le croisillon occidental de la basilique de N.-D. de Beaune : rornementation de ce vitrail est assez satisfaisante^ mais les proportions de la Vierge qui est l'objet de représentation dans cet appareil , ne sont pas tout-à-fait justes : la couleur est trop crue ou trop pâle , la carnation est , comme dans la plupart des essais de peinture sur verre moderne , malheureuse et fausse : l'enfant Jésus est mal dessiné et mal peint : la coloration générale rentre dans le ton des papiers points et dos devants do cheminée.

M. Alexis Brun-Bastenaire est, de tous les peintres verriers de Lyon, celui qui est entré dans le inouvement avec le plus de bonheur et de talent. Son atelier, établi à la montée du Chemin-Neuf, donne des produits qui , comme ceux de Munich, ceux de M. Maréchal, me réconcilieraient pleinement avec la peinture sur verre moderne, si je ne la trouvais pas trop chère, comparativement à nos moyens, et ils méritent d'être hautement encouragés; ils laissent, à mon avis, loin derrière eux ceux de l'Auvergne. Je citerai, parmi le« œuvres les plus remarquables de cet artiste, le saint Grégoire (copie du Pérugin) qu'il a exposé, et les nouvelles verrières peibtes de Notre-Dame-Saint-Louis de la Guillotière, exécutées d'après les cartons de M. Frénet, et dont j'ai rendu compte dans le numéro du 19 mai ISAA de V Union des Provinces. — Les prix, à Lyon, des verrières peintes à personnages, sont communément de 120 fr. le mètre carré , et des verrières mosaïques de 60.

Il me reste à citer, pour compléter ce chapitre, quelques exemples de verrières peintes, anciennes dans nos contrées, et de verrières modernes d'un bon style. — En général , même les verrières modernes ou à personnages ou à mosaïques, d'un style supportable, n'échappent pas complètement à la crudité, à la teinte fausse , terne , louche , des couleurs vitrifiables actuelles.

VfiRRUÈRES HISTORIQUES.

EXEMPLES

Baies de la transsept septentrionale , à Notre-Dame de Dijon (règne ogival, phase sévère).

Baie de la transsept méridionale de la même église (règne ogival, phase riche).

Petits restes dans la luême (règne ogival ^ phase riche et règne de la Renaissance^ phase libre).

Baies supérieures apsidaires de Notre -Dfune de Dijon ( règne ogival , phase ornée ) . . ^

Plusieurs baies de l'église de Villefranche , au diocèse de Lyon (règne ogival, phase riche).

Baies apsidaires de l'église de Brou , au diocèse de Belley , héraldiques ( règne ogival , phase transitionnelle et règne de la Renaissance, phase ogivale).

Plusieurs baies de l'église de Notre-Dame de Bourg (règne de la Renaissance, phase ogivale).

Médaillons des baies de l'église de Saint- Georges, à Lyon ( règne ogival , phase sévère).

Une croisée et plusieurs restes, à la basilique métropolitaine de Saint- Sauveur d'Aix (règne ogival, phase riche ).

Baie d'une chapelle à la cathédrale d'Autun, perfection du genre (règne delà Renaissance, phase ogivale).

Baies d'une nef collatérale de l'église de Notre-Dame de Montluel , au diocèse de Belley (règne de la Renaissance, phase libre).

Verrières de l'église ci-devant abbatiale d'Ambierle, au diocèse de Lyon (règne ogival, phase riche).

Deux verrières apsidaires à Saint-André , de Grenoble (règne ogival, phase ornée).

Baies inférieures apsidaires de la basilique patriarchale et primatiale de Saint-Jean-Baptiste de Lyon (règne romano-byzantin , phase transitionnelle).

Verrières de l'étage supérieur, h l'apside, roses des croisillons , baies et rose de l'arc triomphal , vitraux en médaillons delà chapelle delà sainte Vierge, dans la même basilique ( règne ogival , phase sévère et phase ornée ) .

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Restes de verrières dans les chapelles de Saint-Vincentde-Paule et de Bourbon ( règne ogival ^ phases riche et transitionnelle , et de la Renaissance, phase libre).

Grande rose de la façade (règne ogival, phase ornée).

Chapelle du Sacré-Cœur de la même basilique, restes de vitraux peints règne ogival , phase riche ).

Verrières de la chapelle de THôpital-Général de Chalonsur-Saône, au diocèse d'Autun (règne ogival, phase transi tionnelle).

Restes de verrières peintes à l'église rurale de Thoreysous-Charny, au diocèse de Dijon (règne ogival^ phase riche).

Belles verrières à l'église rurale de saint Beury , même diocèse (règne ogival, phase riche, et règne de la Renaissance, phase ogivale).

Verrières de l'église de Crissey-les-Chalon-sur-Saône , au diocèse d'Autun (règne de la Renaissance, phase ogivale. )

Beaux restes de verrière peinte à la chapelle des Fonts de Notre-Dame de Beaune, au diocèse de Dijon ( règne ogival, phase riche).

Petit reste à l'église rurale de Merceuil, au diocèse do Dijon (règne ogival , phase riche).

Petit reste à la chapelle de Sainte-Elizabeth de Hongrie, dans la basilique de Saint-Nizier de Lyon (règne de la Renaissance , phase ogivale ).

Quelques restes à Saint-Maurice de Vienne , au diocèse de Grenoble (règne de la Renaissance, phase ogivale).

Quelques restes dans la basilique de Saint -Vincent de Chalon-sur-Saône (règne ogival, phases ornée et riche).

Petits restes à l'église rurale de Savigny^sous-Beanne , au diocèse de Dijon (règne ogival, phase riche).

Petits restes aux églises de Saint-Gervais-en-Vallière , Saint-Sernin (Saturnin )-du-PlaiD, Sully, Chagny, à la

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chapelle funéraire du même lieu, au diocèse d'Autun (règne ogival , phase riche et phase transitionnelle).

Restes à l'église rurale de Demigny, au diocèse d'Autun (règne ogival, phase transitionnelle).

Petit reste à l'église rurale de Bouze , au diocèse de Dijon (règne de la Renaissance , phase libre).

Verrières des églises rurales de Reclesnes et Dracy- Saint-Loup, au diocèse d'Autun (règne ogival, phase riche).

Petits restes de vitraux peints à l'église de Vitteaux , au diocèse de Lyon ( règne ogival , phase riche ).

Beaux restes de verrières peintes à l'église rurale de Chailly, au diocèse de Dijon (règne ogival, phase riche).

Vitraux de la chapelle apsidaire centrale à Notre-Dame de Semur-en-Auxois , au même diocèse (règne ogival, phase sévère).

Restes de vitraux dans la même église (règne ogival, phase riche).

Vitrail apsidaire de l'église rurale de laRoche-en-Brény, au même diocèse (règne ogival , phase riche).

Petits restes de verrières peintes à l'église de LucenayrÉvêque, au diocèse d'Autun (règne ogival , phase riche).

D'un effet satisfaisant ou tolérable.

EXEMPLES

Verrières de la chapelle de Bourbon , à la basilique patriarchale et primatiale de Saint-Jean-Bapliste , à Lyon (personnages).

Verrières de l'église Nolre-Dame-Saint-Louis , à la G uillotière ( personnages ) .

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Verrières de l'hôpital de Nuits, au diocèse de Dijon, — malgré de grands défauts qui les déparent (personnages).

Vitraux de l'église cathédrale de Saint-Jean-Baptiste, à Belley (personnages).

Vitrail apsidaire de la grande nef, à Notre-Dame de Fourvières à Lyon (personnages).

Deux vitraux posés comme épreuve et modèle à Saint- Bonaventure, à Lyon (personnages).

Tous les vitraux-mosaïque de la basilique de Saint-Paul, à Lyon , surtout, l'œil-de-bœuf du croisillon sud et celui de la chapelle du Christ.

Verrière de la chapelle apsidaire du sud, à la basilique patriarchale de Saint-Nizier , à Lyon (mosaïque).

Vitraux aux grandes baies de la nef de Saint-Jean , à Lyon (mosaïque).

Vitraux de Téglise du 2*= monastère de la Visitation, à Marseille (mosaïque).

Baie de l'apside de l'église cathédrale de Notre-Dame de Grenoble (mosaïque).

Petite baie dans une chapelle votive , à la basilique de Saint-Irénée, de Lyon (héraldique).

Petite baie à la basilique de S.-Just, à Lyon (mosaïque).

Œil-de-bœuf dans l'église rurale de Saint-Léger-sur- Dheûne, au diocèse d'Autun (mosaïque).

Les œils-de-bœuf seulement à l'église de la Charité , à Lyon (mosaïque).

Verrières apsidaires et celles de la coupole à la basilique de Saint-Paul, à Lyon (mosaïque).

Verrières apsidaires de Saint-Jean , de Besançon (personnages).

Plusieurs verrières de la même basilique (mosaïque).

Baie de la chapelle de la Croix, à Saint-Jean de Lyon (personnages). Si la couleur de ce vitrail et surtout la

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carnation sont détestables , le fond et le dessin sont satisfaisants.

Petit vitrail , copie de Murillo , à Notre-Dame de Fourvières, h Lyon (personnages) , malgré sa sécheresse et sa dureté.

Deux verrières de chapelles 5 à Saint -Michel de Dijon ( mosaïque )

Verrière de la chapelle de la Sainte -Vierge dans la même église (personnages).

Verrières d'une chapelle à Notre-Dame de Beaune au diocèse de Dijon (mosaïque).

Verrières de la basilique de Saint-Symphorien de Nuits , au diocèse de Dijon (mosaïque).

Grandes baies de la maîtresse-nef, dans la basiliqu(' patriarchale et primatiale de Saint-Jean-Baptiste (1) , à Lyon (mosaïque).

Baie de chapelle de là Sainte-Vierge , à Notre-Dame de Beaune , arabesques et feuillages seulement.

Verrières de l'église du Noviciat de Saint-Joseph à Bourg ( mosaïque).

Je me borne à ces quelques exemples qui prouveront aux monumentalistes quel parti l'on peut tirer aujourd'hui de la verrière de couleur , dans les limites du sentiment religieux , et en l'exploitant pour les églises , et à prouver aussi combien ses effets sont plus satisfaisants en général que ceux produits par la verrière h personnages.

(1) Ces vcrricrcs-mosaïqucs elles verrières-mosaïques de Suint-Puul doivent cire considérées comme des modèles. A Sainl-Paul, on a très bien fait avec la mosaïque, on a fait liontciiseiuenl avec la verrière à porsonna«;es

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Le midi eut généralement moins d'amour pour la peinture sur verre que le nord , et les verrières peintes du Dôme de Milan , d'Auch et d'Alby , n'infirment point cette proposition. Il faut pour arriver à retrouver l'ancienne couleur vitrifiée , donner plus de densité au verre , choisir ses oxides minéraux avec le plus grand soin , et les combiner au sable dans de justes proportions : l'on évitera cette maigreur de ton si nuisible à l'effet des couleurs vitrifiées.

Les procédés de la peinture vitrifiée n'ont jamais été ui occultes , ni perdus : ils ont été négligés à cause des immenses difficultés , des lenteurs et des accidents inévitables qu'éprouvent la composition et la construction d'un vitrail ; mais ce qui est perdu, et perdu sans retour, c'est la patience, l'habileté, le sentiment esthétique , spontané et instinctif, l'ardente foi des artistes du moyen -âge. Les modestes peintres verriers des belles époques de l'art , ne signaient jamais leurs ouvrages : ce n'est qu'à l'époque oti la peinture sur verre commença à pâlir, que les peintres verriers mirent au bas de leurs pages une espèce d'hyéroglyphe , un signe presque runique , leurs initiales arrangées en monogramme. « Il n'en fut pas de même dans les temps modernes — dit un monumentaliste qui a écrit avec beaucoup d'élégance de goût et de science , sur les édifices sacrés du moyen-âge , — chacun des artistes jeta avec ses œuvres, son nom à la renommée, et l'imprimerie venant déjà en aide, ces noms sont arrivés en foule jusqu'à nous. Un volume pourrait être rempli par la biographie des peintres verriers du XVP et du XVIP siècle . et par la description des vitraux les plus remarquables de cette époque.

Ilélas! aujourd'hui, que reste-t-il à l'église devenue toute séculière et bourgeoise? Elle n'a plus ni l'art des

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mosaïstes , ni celui des peintres verriers , ni celui des émailleurs : on a violemment chassé les tombeaux de son sein; on ne lui donne plus qu'un maçon pour la bâtir, un tarif de chaises pour l'entretenir , un prêtre, unenfantde- chœur et deux chantres pour célébrer son culte! — Pleurons à chaudes larmes sur ce déplorable état de choses.

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