CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
ri nous avons pris, nous le répétons, la ville de ^Lyon, cette grande expression du sud-est de la France, pour base et point de départ de notre enseignement, de nos théories et de nos f exemples, c'est que, ancienne métropole des Gaules, elle fut, sous la domination romaine, et sous toutes les périodes du moyen-âge , un centre puissant d'action pour l'art historique, qui influa sur les contrées qui Tavoisinent. Ce choix , cette préférence justifiés et expliqués par les monuments , nous rendaient donc maître
da terrain dans toute la circonscription politique de l'ancien royaume de Burgundie. Toutefois, nous avons, restreint nos. instructions 5 en les renfermant dans le cercle des diocèses rangés à l'ombre de la métropole lyonnaise ; mais nous avons voulu les rendre applicables à un plus grand nombre de localités et embrasser nos suaves et belles vallées du Doubs, de la Saône et du Rhône.
L'architecture sacrée a couvert la province ecclésiastique de Lyon, de monuments de toutes les périodes. A l'époque où s'élevaient triomphalement, à Rome, les basiliques constantiniennes , mères des basiliques latines, Lyon érigeait aussi les siennes à l'instar et l'image de celles de la Fille Eternelle.
Plus voisine de l'Orient et de Rome que les métropoles de Sens, de Bourges, de Rouen, de Reims, ayant toujours eu avec le midi les rapports les plus faciles et les plus habituels, berceau du christianisme dans les Gaules, terre depuis longtemps empreinte du génie antique par la domination et la puissance romaines, plus que le sol mérovingien du Soissonnais, des Bries, des Gâtinois, et du nord de la France, elle dut, dans son architectonique, représenter sa position géographique, son climat, ses relations, son histoire et sa foi. — La Province ecclésiastique de Lyon comprend les diocèses de Lyon (renfermant deux départements), d'Autun, de Dijon, de Grenoble, de Langres et de St-Glaude. Avant la révolution* de 1789, les suffragants du siège primatial étaient les évéques d'Autun, de Chalon-sur-Saône, de Mâcon, Dijon (depuis l'érection de ce siège, en 1731), et Langres. Les motifs apostoli->ques et politiques qui firent, dans l'origine, rattacher les suffragances à telle ou telle métropole, n'ont plus décidé des nouvelles circonscriptions; toutefois, on les a toujours respectées autant que faire se pouvait. Ainsi, Saint-
Claude, ville de la Franche-Comté de Bourgogne, faisait et fait encore partie de la province Lyonnaise, et le diocèse de Belley, qui touche à celui de Lyon, était et est encore aujourd'hui compris dans la juridiction métropolitaine de Besançon. Au vénérable et illustre siège d'Autun ont été conservés, sinon sa préséance et ses droits effectifs, dans Tordre dessuffragances, du moins son rang, et ses pontifes ont encore maintenant le titre purement honorifique de premiers suffragants de Lyon.
Nous n'avons, dans cet ouvrage, entamé le diocèse de Langres, malgré ses racines si profondes dans le passé, que pour effleurer les âges de son église cathédrale de Sl- Mamès, parce que d'abord, ce temple diocésain résume en lui tous les types architectoniques qui se sont produits dans l'ancien Bassigny, parce qu'ensuite, cette contrée, bien que comprise dans notre province ecclésiastique , se rapproche du nord, et que partant, l'architecture chrétienne historique y perd tout-à-fait ce caractère d'unité (dont elle s'était déjà sensiblement dépouillée à Dijon), qui la rattache au type lyonnais.
La province lyonnaise, comme centre d'études sur l'Archéologie sacrée, est infiniment préférable à la Normandie choisie par M. de Caumont, pour théâtre et objet de ses enseignements ; elle apprend beaucoup plus que cette dernière. Si nous n'avons pas comme Rome, les basilique^ Constantiniennes, nous offrons au moins les épreuves de la basilique latine issue de celles érigées par le grand empereur. Comme la Ville Eternelle, nous avons des basiliques majeures et mineures dont le nombre s'est singulièrement diminué depuis la révolution qui détruisit la basilique patriarchale de Saint-Etienne. Nos basiliques patriarchales et majeures sont actuellement, la basilique
primatiale de St-nJean-Baptiste , celle de St-Nizier (1), celle de St-Irénéensur-la-Montagne (des Martyrs) , celle de St-Just (des Machabées). Les basiliques de seconde classe sont la royale basilique de St-Martin-d'Ainay, et la basilique de Saint-Paul. C'est sur le territoire des suffragances du siège primatial et archiépiscopal de Lyon^ que se trouvent les édifices purement romains dont l'imitation et le génie se firent sentir dans notre architecture ecclésiastique, et apportèrent dans l'ornementation du faire romano-byzantin , un assez grand nombre de modifications partielles, pour que Ton ait cru devoir classer comme subdivision ou sous-type du type, l'architecture burgundolyonnaise, qui est une des variétés les plus marquées de l'école romano-byzantine. La présence de détails purement romains de style, dans les frises, les rinceaux, les chapiteaux, les corbeaux et corbillons, les arcatures des basiliques d'Autun^ de Paray-le-Monial , de Semur-en- Brionnais, de Beaune; les pilastres cannelés et quelquefois même rudentés, comme à Notre-Dame de St-Paul- Trois-Châteaux , mais toujours cannelés de Notre-Dame de Grenoble, St-Vincent de Chalon-sm'-Saône, St-Maurice et St-André-le-Bas, de Viènna, de St-Paul et St-Jean, de Lyon; des églises de Chagny, Saizy, Dezize, La Rochepot, etc., tout cela est imité des arcs de triomphe d'Autun antique, des édifices romains de Vienne, Orange, Lyon, Arles, etc. — La province ecclésiastique de Lyon se trouva , pour formuler l'architecture chrétienne historique avec éclat, dans les meilleures conditions : l'influence
(1) La basilique patriarchale de St-Nizder se trouve dans le même cas que celles de StJean-de-Latran , de St-Pierre , de Sainte-Maric- Majeure, de St-Paul-hors-les-murs j elle a été réédifice ; mais cette réédification rie lui enlève ni son rang,. ni son titre; elle n'en continue pas moins l'histoire de la plus ancienne basilique patriarchale de Lyon.
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aquitanique lui donna ses tendances méridionales^ les formes basilicales et hiératiques^ les saints de Toulouse, St-Saturnin, St-Baudèle, etc. : Clùny et Vézelay, agissaient d'une manière (1) souveraine sur ses régions intermédiaires entre le nord et l'extrême midi français , et y maintinrent le type romano-byzantin des deui dernières phases, bien au-delà de ce XIP siècle qui fut, pour les contrées septentrionales, la dernière borne de son empire. Des deux types suprêmes de l'architecture sacrée, le type romano-byzantin est celui que la province ecclésiastique de Lyon et le midi de la France ont pratiqué de la manière la plus générale, la plus complète, la plus persévérante, qu'ils ont le mieux approprié à leur nationalité.
L'architecture burgundo-lyonnaise , rentre par trop de points dans l'architecture romano-byzantine , pour que l'étude et l'histoire de l'une ne soient pas celles de l'autre. Elle a quelquefois, comme sous-type ou variété de type^ une idiosyncrasie particulière qu'il a fallu indiquer et que nous indiquerons fréquemment dans le cours de cet ouvrage. L'architecture chrétienne historique, dans les limites de la nationalité territoriale que nous embrasserons, se distingue par une allure et une physionomie qui lui sont propres. Nos contrées, voisines de l'Italie, ont dû, conmie elle, s'éprendi*e du profil, de la beauté de détail, de la forme. L'ornementation, dans nos monuments ecclésiastiques, est plus châtiée, plus correcte, plus pure , plus classique : même sous l'influence des idées du moyen-âge, elle se rapproche beaucoup plus du faire antique que dans les provinces septentrionales. Notre byzantin n'est point grossier, rudimentaire ou bien tourmenté violemment comme celui du nord. Le nord entendait à merveille le pittoresque, le grandiose de la masse»
(1) Vézclay faisait partie de l'ancien diocèse d'Autun.
il groupait mieux que nos vieux architectes du midi^ les lignes d'ensemble; mais ses ornemenis^ ses figurines^ ses bas-reliefs étaient d'un dessin moins fini que les nôtres. Cependant 9 les deux grandes divisions et les subdivisions de l'architecture chrétienne historique offrent des caractères principaux ^ générateurs ^ techniques^ communs à toutes les provinces de la France et de l'étranger, où elle a été formulée, et les enseignements que nous allons donner, restreints à un théâtre, ne le sont pas d'une manière bien absolue à un sous-type , à une individualité isolée. La France monumentale offre plusieurs modifications locales de la même architectonique : les signes généraux sont identiques et certains painout, «lais les variétés d'une même période de l'art, ont dû fléchir devant les variétés historiques, morales, topographiques des différents pays. Ainsi, quatre manuels du monumentaliste chrétien seraient nécessaires pour donner un enseignement national complet, l'un pour le sud-est (et j'essaye de l'offrir à notre public), l'autre pour le nord, le troisième pour l'ouest, le quatrième pour le sud-ouest Le midi ou mieux le sud-est monumental de la France ne s'établit pas rigoureusement par le degré de latitude ; il commence à Tournus (diocèse d'Autun), avec le règne presque exclusif des lignes horizontales dans l'architecture. — Le style basilical ne difi^re plus guère non plus de cette ville à Arles.
Ce n'est point par des assimilations forcées et des rapprochements systématiques, que j'ai reconstitué la grande unité burgundo-lyonnaise, pour en dresser et en faire étudier l'archéologie sacrée. Cette unité existe dans les monuments : toutes les provinces qui concourent à la former, ont marché, en même temps, dans la même voie; en deçà et au delà , le synchronisme basilical change : ce
. mm 7 >tiim qui se faisait ^ durant le moyen-âge 5 à Aix en Provence, à Avignon, à Nîmes, se faisait d'une manière parallèle à Lyon. L'ère sacerdotale, l'ère inspirée de l'architecture chrétienne historique règne à la même époque dans le sud-est de la France, l'ancien royaume Burgunde, et y produit à peu près les mêmes monuments.
Et, pour centre de nos études, en prenant la province Lyonnaise plus particulièrement, n'avons-nous pas choisi la plus belle partie de la France , la plus riche en culte , en splendeurs liturgiques, celle où la foi a le plus de sève et de vie, la plus féconde, sinon en monuments d'une grande beauté, du moins en basiliques d'une haute antiquité, celle qui s'enorgueillissait de posséder dans Cluny, le temple d'Ephèse de l'architecture byzantine? — Je revenais, il y a six semaines, de Rome, pleib des plus nobles et des plus touchantes émotions ; eh bien ! en rentrant à Lyon, j'ai admiré, plus vivement que jamais, les pompes austères et le rit oriental de nos basiliques, cet incroyable appareil de majesté et de calme qui constitue le cérémonial si pacifique, si intime, si pittoresque et si large de la SAINTE Eglise de Lyon, tille de l'Orient. Plus enchanté que jamais, j'ai retrouvé ces têtes d'enfants de chœur et de clergeons^ idéales et candides comme celles que Pierre Pérugin réalisait dans ses anges, et que la sainte Eglise de Lyon seule, sait choisir ainsi; ce clergé si profondément recueilli et digne, si grave dans sa tenue, dans sa pose, dans sa démarche et dans son chant. — A Rome même, vu la différence des mœurs nationales, l'on n'officie pas avec cet austère éclat, avec cette splendeur sévère, il faut bien l'avouer. — S'il est vrai de dire qu'en France, généralement, nous avons l'étude et le mécanisme de l'art, tandis que l'Italie en a l'inspiration et l'instinct; il est pareillement vrai d'ajouter que Lyon est la ville
française qui allie 5 au plus haut degré , les uns et les autres 5 et les consacre solennellement à la gloire de la religion. — Ce n'est pas seulement dans les vastes et solennelles basiliques des cités que nous avons puisé nos préceptes ; mais nous avons demandé leurs enseignements aux plus humbles^ aux plus obscures , aux plus pauvres églises de villages, parce que l'église, qu'elle soit citadine ou rurale, est toujours, et partout, la meilleure expression de la nationalité, parce que dans le tepiple le plus rustique, le plus misérable par la forme, il est bien rare qu'il ne se trouve pas quelque objet de détail intéressant pour l'artiste chrétien. — Dans la région montueuse et sauvage du diocèse d'Autun , connue sous le nom de Morvan, les populations rurales sont disséminées sur une immense étendue de terrain ; le seul point de ralliement de leur nationalité communale, le seul lien de leur civilisation, de leur éducation relative (et l'éducation populaire, c'est la religion), de leur aggrégation sociale, c'est l'église. C'est ce clocher qui s'élève au flanc de la montagne, à travers les touffus châtaigniers, qui appelle tous ces hommes isolés, et les confond tous, à certains jours, à certaines heures, à la voix des mêmes cloches, dans un seul centre commun qui est à tous et pour tous. L'art chrétien s'est-il jamais abstenu de faire quelque chose pour la pli|s humble nationalité communale ?
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