CHAPITRE II
DE L'ARCHEOLOGIE SACREE.
t'ÀRCHÉOLOGiE chrétiepne historique appliquée aux ^édifices ecclésiastiques ( dont l'étude emporte celle et donne la clef des édifices civils et militaires ) , est essentiellement une science d'obser- ' vation. La science historique et spéculative peut se séparel* de la science pratique et technique des monuments. L'on devient monumentaliste, sans être architecte^ comme l'on devient connaisseur en peinture^ sans être peintre, par la comparaison des modèles. Mais l'on ne fera jamais que de stériles progrès dans l'archéologie sacrée , si l'on n'aborde point cette science avec amour, avec vocation, si Ton n'est pas liturgiste, versé dans l'histoire ecclésiastique , homme de culte et de foi ; sans ces études, ces goûts parallèles et préalables , l'on n'aura jamais la clef d'une foule de problèmes, l'on ne parviendra pas à expliquer une foule de symboles, un grand nombre de faits monumentaires qui n'ont pas été fortuits, mais sont toujours la représentatioq d'une pensée morale. Il faut donc, il faut surtout que l'homme qui veut étudier les basiliques , soit comme le clergé , comme la plupart des architectes de la ville de Lyon , profondément i)énétré du sentiment chrétien.
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L'architecture sacrée offre deux grandes divisions^ antérieure au XIIP siècle, à partir du IV% postérieure au XIP, et s'étendant jusqu'à la première moitié du XVIP, inclusivement. Ces deux grandes divisions qui sont loin d'être absolues dans la province Lyonnaise et dans le midi de la France, mais que nous devons admettre ici, en thèse générale, se partagent en plusieurs subdivisions.
Les instructions archéologiques publiées sous les auspices du ministère de l'instruction publique, et rédigées par les membres du comité historique des arts et monuments, peuvent être considérées comme le code indispensable aux hommes spéciaux, préparés par des études graves , à la science des «lonuments ; elles forment le complément de tout ce qu'ils doivent apprendre , et résument tout ce qu'il faudrait chercher épars dans les histoires et les monographies particulières, les leçons écrites et orales. Cependant ces instructions, qui généralisent les questions d'architecture chrétienne historique, n'ont pu encore s'appliquer à toutes les modifications partielles que les types ont subies dans telle ou telle circonscription géographique, sous l'influence du climat, des mœurs locales, des traditions, des événements politiques; elles ne se trouvent que dans les mains d'un petit nombre d'inteUigences, elles ne sont pas d'ailleurs, à la portée de tous les hommes, destinées qu'elles sont, non pas à former des monumentalistes chrétiens, mais à fortifier les études de ceux qui ont déjà voué une portion notable de leur vie à l'étude sérieuse des monuments du moyen-âge.
Pour faciliter la connaissance des édifices sacrés qui couvrent nos sereines et tranquilles contrées, aux personnes instruites qui, dans nos départements du sud-est, s'intéressent à l'architectonique du moyen-âge, et demandent sur ses monuments historiques, des lumières, des
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préceptes éclectiques et des exemples^ nous avons pensé qu'il serait utile ^ pour les initier aux notions qu'elles sollicitent et qu'elles aiment^ de relever succinctement, pour elles, les caractères généraux et particuliers, propres aux diverses phases de l'art chrétien, dans nos contrées, afin qu'elles puissent elles-mêmes en faire l'application aux monuments qui les environnent, et ensuite, par comparaison , à ceux qui n'ont pas pris place parmi les nombreux édifices cités dans cet ouvrage. Notre but donc , est de faire un livre classique, et nous désirons surtout qu'il se répande dans les séminaires diocésains de Lyon, d'Autun, de Belley, de Grenoble, de Dijon, d'Aix, et qu'il aille aux mains du jeune clergé destiné, dans les fonctions du ministère apostolique et pastoral, qui lui seront confiées, à exercer quelque influence sur les monuments de l'archéologie sacrée nationale. Quand nous aurons, par un grand nombre d'exemples cités à l'appui des préceptes établis, donné les âges visiblement écrits dans leur architectonisation, d'une foule de basiliques et d'églises rurales, un curé pourra dire : « Mon chœur est de telle époque, la nef de mon église représente telle phase de l'architecture sacrée...» et il saura quel caractère il conviendra de donner à une restauration, ou à une augmentation, s'il s'agit de raccorder une œuvre nouvelle à une œuvre ancienne, si trouvant que ses croisées apsidaires laissent arriver trop peu de jour au maître-autel , il veut augmenter leur ouverture, tout en restant fidèle à la forme primitive, dans la reproduction qui en sera faite. — A l'aide des notions qu'on va lire, toute personne d'un ei^rit cultivé, préoccupée de questions historiques, et amie des monuments, pourra aisément mettre l'âge sur les édifices chrétiens, se rendre compte de leurs beautés ou de leurs défauts, discerner les sous-types du type, retrouver l'ac-
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eord entre tes dates historiques et le profil architectoral. Ces éléments seront bien suffisants pour les honunes qui ne font point leur spécialité unique de l'architecture du moyen-âge 5 mais s'y intéressent comme à une branche de l'histoire.
L'architecture chrétienne historique que Ton étudie dans diverses familles de monuments^ est quelquefois reur fermée tout entière dans un seul. Plusieurs basiliques ont Papside byzantine : leurs transepts sont formulés par le style de transition, leur nef est l'œuvre du XIIP siècle, leur façade appartient au XIV*, leurs chapelles collatérales ont été érigées successivement par le XV" et la Renaissance. Ces édifices -arlequins manquent d'unité et d'harmonie, ils offrent un décousu, des disparates qui choquent les regards du spectateur vulgaire ; ils sont toutefois rarement constitués ainsi de toutes les pièces de l'art; mais quand ils se trouvent ainsi faits, ils sont les plus curieux pour le monumentaliste, et c'est dans un de ces édifices que l'on pourrait professer, avec le plus de succès, un cours d'archéologie sacrée. La basilique primatiale et patriarchale de St-Jean-Baptiste de Hyon, la basilique de St-Maurice de Vienne , celle de St-nJean de Besançon , l'église cathédrale de St-Lazare d'Autun, la basilique pontificale de Notre-Dame-des-Doms d'Avignon, la basilique métropolitaine de St-Sauveur d'Aix, représentent et expliquent à peu près toute l'histoire de l'art chrétien. Une basilique complètement unitaire, résumant toute sa généalogie dans une date certaine et le cours d'un siècle, fondue tout d'un coup dans un moule unique, homogène et cohérente comme une immense monolithe, est presque aussi rare que les temples où tous les faires architectoniques du moyen-âge ont établi leur zone.
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