LES EMBLÈMES
Le but des arts étant de s'adresser à l'àme, de parler à l'esprit, à l'imagination et au cœur, on traça d'abord sur le bois, sur les pierres employés par l'homme des figures ou imitations de la nature auxquelles on attacha des idées particulières ; telle fut l'origine des écritures pritimives. C'est ainsi que les Égyptiens prodiguèrent partout les hiéroglyphes (mot tiré du grec, qui signifie caractère sacré ou signe mystérieux).
Leurs colonnes, leurs obélisques, leurs habitations, leurs palais, leurs temples et leurs sépultures en furent surchargés. L'étude des monuments anciens de chaque pays ou science archéologique est fondée sur la connaissance de leurs formes, de leur ornementation €t des attributs et emblèmes qu'on y retrouve»
La science hiéroglyphique qui n'était d'abord que l'écriture, fille de la nécessité, se perdit dans la société , insensiblement les prêtres seuls l'employèrent à conserver les secrets de la religion; elle fut la source du culte que les Égyptiens rendirent aux animaux, et cette source jeta ce peuple dans une idolâtrie des plus grossières. L'histoire de leurs grandes divinités, de leurs rois, de leurs législations se trouvait peinte eu hiéroglyphes par des figures et autres représentations.
L'invention des emblèmes prit naissance dans les hiéroglyphes, l'emblème n'étant autre chose qu'une devise ou le sens moral qui ressort d'une ou plusieurs images; exemple : le pélican, qui ouvre son sein pour nourrir ses petits, est un emblème ou une devise instructive et morale de l'amour paternel ou du dévouement d'un prince pour ses sujets.
L'emblème s'explique souvent de lui-même, mais il a souvent besoin d'un mot ou d'une inscription qui en donne l'intelligence.
Lorsqu'il sert à caractériser une figure hiéroglyphique, il devient attribut. Si cet attribut a rapport au dogme, à la morale ou au mystique, il est symbole.
S'agit-il de peindre une divinité fabuleuse, on a recours à la mythologie pour comiaitre les attributs qui lui sont propres ; veut-on personnifier une passion, on a recours à l'hiérographie qui €n donne les* attributs.
Ces attributs sont tellement connus, qu'aucun artiste ne saurait s'en écarter et doit s'y assujettir comme à une loi éternelle. Les passions les plus violentes, les vertus les plus recommandables et les vices les plus affreux ont aussi leurs distinctifs ; la colère se reconnaît ainsi que la vengeance au poignard du crime, au flambeau qui allume l'incendie et aux serpents venimeux; la foi, l'espérance et la charité sont caractérisées parle calice, l'ancre et le cœur embrasé. L'orgueil est personnifié par le paon , la rapine par le loup, l'astuce ou la ruse par le renard, la cruauté par le tigre, etc. On nomme ces figures attributs animés. Les attributs inanimés sont des fruits, des fleurs ou des branches d'arbres de diverses espèces dont les qualités sont emblématiques; ce sont aussi des instruments de musique, des outils propres aux arts, des armes, des livres ou autres représentations qui rappellent des idées de science, d'industrie, d'agriculture, etc. Les couleurs ont aussi leurs significations : le vert est la couleur symbolique de l'espérance, le blanc, de la pureté, le rouge, de la charité et de la bravoure, l'agneau et la colombe sont les symboles de la douceur et de l'innocence.
La manière de grouper les attributs et les emblèmes constitue souvent des allégories poétiques fort agréables dont rornementiste habile doit toujours tirer bon parti.
L'allégorie, en poésie, est une manière figurée de peindre par le choix des expressions, par un sens diflerent de ce que l'on dit et de voiler pour ainsi dire à demi la pensée.
L'allégorie en peinture consiste à exprimer par une ou plusieurs figures un grand sujet.
C'est le style qu'on a toujours suivi pour la composition des médailles. D'un côté est le portrait et le nom du héros ou personnage dont elle perpétue la gloire, et sur le revers une ou deux figures allégoriques, ou souvent même quelques emblèmes, font connaître à quel sujet elles ont été frappées.
L'ornementation acquiert donc beaucoup d'intérêt par les attributs, les symboles et les emblèmes qui sont autant de moyens de provoquer l'attention en parlant à l'imagination.
Il ne faut pas cependant pousser jusqu'à l'abus l'amour de l'allégorie; elle n'a de véritable mérite que dans la clarté du sens; gardez-vous de l'énigme qui n'a été devinée que par son seul auteur.
Ornementation et Décoration des édifices.
L'harmonie des formes consiste dans un balancement particulier des lignes entre elles qui doit satisfaire l'œil et l'esprit, dans une heureuse combinaison, souvent très-conventionnelle, mais fondée sur une apparence suffisante d'imitation.
Dans la décoration de monument ou d'appartement, la convenance exige tel genre d'ornement pour l'intérieur et tel autre pour l'extérieur. Les surfaces à décorer peuvent être plates ou courbes, mais elles sont toujours limitées par des lignes simples, droites, ou courbes, ou mixtes ; ces surfaces prennent des noms différents, selon la position architecturale qu'elles occupent : ce sont des phuthes, panneaux rectangulaires, ou des médaillons, des frises, des compartiments (dans un plafond) , caissons ou des surfaces triangulaires nommées frontons, quand elles sont plates et terminent la partie supérieure d'une construction, comme le fronton de la Madeleine, du Panthéon, etc. (Voir au Dictonnaire des Beaux- Arts.)
Dans le genre appelé arabesque, toutes les lignes généralement courbes qui forment ce qu'on appelle les rinceaux (imitations généralement conventionnelle de la végétation) doivent partir d'une même souche pour couvrir la surface; cette souche, si le panneau est en hauteur, doit partir du bas pour monter vers le haut verticalement. Dans son milieu, à droite et à gauche avec symétrie, on peut répéter des spirales symétriques , volutes ou enroulements ornés d'imitations végétales variées, telles que de l'accanthe, ou tout autre genre de feuillage. Toute jonction de courbe ou succession de lignes ondulées ou spirale doit être exempte de jarrets ou cassures, c'est-à-dire, qu'une grande courbe d'un grand rayon doit se raccorder avec la courbe suivante ou précédente d'un rayon plus petit ou plus grand. L'œil éprouvera toujours du plaisir quand les lois de l'équilibre seront observées. Ces lois sont celles de la solidité, on ne doit jamais les enfreindre.
D'après la nature végétale, un tronc d'arbre est plus fort à sa base qu'à la cîme, les branches près de la base seront plus fortes que celles qui en sont le plus éloignées ; la végétation procède toujours par gradation, imitez-la sous ce rapport.
La couleur en décoration doit toujours être agréable, mais son but est surtout d'aider à lire facilement le motif décoratif principal, et à faire ressortir les ondulations par sa distribution au jeu bi'^n
calculé de la lumière et des ombres ; ou bien à fixer l'œil sur les divisions ou compartiments.
On doit attacher une grande importance à la couleur du fond aussi bien que des rinceaux. L'expérience et l'observation du coloriste démontreront que la couleur augmente ou dimiime l'apparence et le relief des surfaces qu'elle couvre.
Les diverses couleurs employées doivent être tellement choisies, opposées et mélangées que, vues à une certaine distance, elles offrent un aspect suffisant de fraîcheur sans dureté.
La disposition de l'ornement est un art soumis à des règles créées par l'imagination et l'observation d'après nature-, le but est de plaire aux yeux et de récréer l'esprit.
La rose ou rosace est un motif d'ornement imité de la fleur, on en voit dans des caissons de plafond, de fort riches dans les voûtes des coupoles de la Madeleine.
Celle qui termine la volute du chapiteau ionique se nomme œil de la volute.
Il y a des rosaces à 3 compartitions, à 4, à 5, à 6, à 7, à 8, etc. Dans tous les styles d'architecture on en peut inventer des variétés infinies.
La construction géométrique du cercle et des polygones réguhers, depuis le triangle équilatéral jusqu'aux polygones d'un nombre indéterminé de côtés (voir Géom. Artistique), fournit le moyen de compartir le cercle ou une surface quelconque autour d'un point central, de façon à y disposer les formes des pétales qu'on copie ou qu'on invente. Les Orientaux ont des styles d'ornements plats et sans ombres qui semblent faits de découpures, de couleurs sur fonds, de couleurs ou d'or; ils emploient beaucoup de rosaces. Les menuisiers, les brodeurs, les orfèvres et une foule d'autres industriels en Egypte , en Syrie et dans tout l'Orient, composent euxmêmes leur ornementation d'une façon toute pratique, les rosaces en font la base.