‹ Manuel général de la peinture à l'huileChapitre 10 sur 85 · SOINS POUR LE TRAVAIL ET LA CONSERVATION DES PINCEAUX · texte numérisé non relu

SOINS POUR LE TRAVAIL ET LA CONSERVATION DES PINCEAUX

Les instruments de travail du peintre, comme ceux du dessinateur, exigent et méritent tous les égards et tous les soins possibles.

La poussière est ennemie jurée de la peinture. On raconte que le célèbre Gérard Dow, immortel auteur de la Femme hydropique, ne laissait pénétrer personne dans son atelier; on prétend même qu’il y descendait par une trappe ménagée au plafond, pour éviter les tournoiements poudreux qu’aurait pu soulever une porte sur le parquet, et que, une fois entré, il restait assis immobile un quart d’heure devant son travail, dans la crainte d’agiter, par le mouvement de son corps, des poussières qui auraient pu faire des grains et souiller la surface de la toile.

Les pinceaux laissés à la poussière, si vous ne peignez pas tous les jours, se rongent par la pointe. Il est utile de les tenir enfermés dans quelque boîte ou tiroir qui contienne du tabac ou qui soit imprégné de son odeur, qui tue les mites invisibles, ennemis des poils. On peut aussi les imbiber d’huile d’olive avant de s’en servir.

J’ai vu à Florence, chez plusieurs peintres de mes amis, des boîtes ou châssis destinés aux travaux en voie d’exécution, formant un rebord (tout autour de la toile), sur lequel, au moyen d’une tringle, on faisait glisser un rideau pour préserver le travail des inconvénients de la poussière.

Je tiens du célèbre Robert Fleury un procédé qu’il est fort utile de connaître en voyage, pour emporter des esquisses faites à la hâte et qu’on n’a pu laisser sécher à loisir ; il consiste à les couvrir de plusieurs feuilles de papier Joseph, en évitant de les rouler. On les met en portefeuille les unes sur les autres, sans les frotter.

A l’arrivée chez soi, on les laisse bien sécher au soleil, et on enlève ensuite le papier Joseph avec un peu d’eau, il s’en va sous le doigt, et l’on n’a que fort peu de retouches à faire.

L’ATELIER DES ANCIERTS

Une ancienne peinture murale de Pompeï nous montre un intérieur grotesque d’atelier d’un peintre. Les personnages ont des grosses têtes comme celles des baladins qui paradent aux fêtes de Saint-Cloud. On voit l’artiste assis sur un escabeau et vêtu d’une sorte de blouse tellement courte qu’elle laisse à nu les parties siégeantes; il peint avec la plus consciencieuse attention le portrait d’un personnage en toge, assis à quelques pas de lui. Le chevalet sur lequel pose le tableau est de la forme la plus simple possible : c’est un appareil dont les deux montants sont réunis en haut par une traverse qui sert de point d’appui à une troisième pièce de bois, droite comme les deux autres et qui, par son écartement, donne l’inclinaison voulue au tableau.

La palette où l’artiste puise ses couleurs, est une sorte de table posée sur quatre pieds avec des trous pour les teintes, et un pot h côté pour la colle ou la cire ; plus loin un autre personnage est occupé à préparer des matières colorantes sur une sorte de table chaufiée par dessous avec des charbons ; c’étaient

probablement des couleurs à ;la cire ou à l’encaustique. Cette palette est assez curieuse et caractéristique pour être citée ici. Il y a des peintres qui collectionnent leurs palettes; quelquesuns recherchent les palettes en bois de teintes claires, d’autres, au contraire, en bois très-sombre.

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