PALETTES ET CHEVALETS DIVERS
Deux ou plusieurs palettes de rechange sont utiles en certains cas (1), et on doit avoir aussi des carrés de verre double, avec papier blanc collé par dessous, pour échantillonner sur certains mélanges ; des bandes, également en verre double, pour y déposer les couleurs qu’on veut conserver jusqu’au lendemain dans un vase rempli d’eau quand on a fini de travailler.
Les peintres font usage de deux sortes de chevalets : le chevalet à crémaillère et le chevalet droit; sur le premier on peut élever ou abaisser à volonté le tableau et incliner, plus ou moins, au moyen de la traverse à charnière placée derrière, qu’on écarte d’avant en arrière et qui sert d’appui aux deux autres montants qui portent le tableau sur une barre transversale, horizontale, mobile au moyen de la crémaillère.
(1) La palette. Il peut se présenter un cas particulier, celui où une personne gauchère se trouve dans la nécessité de peindre. L’emploi de la palette et la manière dont le trou ovale destiné au pouce exigeront dès lors l’emploi de cette palette sur la partie qui forme l’envers et quelque modification dans le biseau du trou du pouce.
On n’a jamais pensé à cela. L’inconvénient d’être gaucher est certainement très-grand; c’est un vice qui provient de l’absurdité de l’éducation de tous et qui n’est pas prêt à disparaître. Y a-t-il en effet quelque chose de plus honteusement insensé que de condamner dès la plus tendre enfance toute la moitié active de notre corps à ne pas agir aussi librement et habilement que l’autre moitié du côté droit? Nos plus profonds penseurs, nos philosophes, nos économistes, logiciens et statisticiens, progressistes fanatiques, ne se doutent pas que nous sommes tous généralement gauchers par suite de notre éducation, et que si nos armées de soldats et d’ouvriers savaient s’exercer à faire toutes choses avec les deux mains aussi lestement et aussi bien, ils doubleraient leurs facultés.
Sur le second dont les deux montants de devant sont verticaux, la traverse horizontale qui porte la base du tableau, s’élève et s’abaisse, au moyen d’un mécanisme à engrenage qu’on fait mouvoir à l’aide d’une manivelle. Ce chevalet est mieux adapté pour les tableaux de grande dimension. 11 y a aussi des chevalets portatifs très-ingénieusement construits, articulés et pliants, qui servent aux touristes paysagistes désireux de faire, à travers la campagne et sans encombrement; des études peintes qu’ils puissent rapporter dans leur boîte à couleurs. On trouve chez des fabricants spéciaux à Paris et dans la plupart des villes de province-, un choix très- suffisant des plus utiles inventions de ce genre, ainsi que des ombrelles et des pliants pour les peintres en campagne.
Une bonne palette doit être faite en vieux bois très-dur, en carré long ou arrondie en ovale, avec un trou assez large taillé vers le bas pour y passer le pouce de la main gauche ; la légèreté en est indispensable pour éviter la fatigue du bras sur lequel elle pose. On y range les couleurs sur le bord le plus éloigné de la poitrine, et les mélanges s’y font, soit en les préparant au couteau à l’avance, soit avec les brosses ellesmêmes.
Certaines personnes les disposent dans l’ordre suivant, que nous croyons commode.
Le blanc du côté du pouce, ensuite (vers le coude), les jaunes de Naples, les ocres, les rouges, vermillon brun rouge, terre de Sienne brûlée, puis bleus clairs et foncés, cobalt outremer, bleu de Prusse ; puis les bruns, bitumes et les noirs.
Vers le pouce et en tête de la rangée que forment les tas de couleurs, s’adapte un double godet pour l’huile blanche et l’huile grasse. On recommande de nettoyer et faire la palette soigneusement, chaque jour, pendant et après le travail ; on y emploie des chiffons vieux, mais non plucheux, qui servent également pour les brosses et pinceaux; on imbibe ces chiffons d’huile blanche ou d’œillette pour essuyer l’emplacement où se font les mélanges au bas de la palette. Quand on a fini, on dépose sur des lames de verre chaque tas de couleurs qu’on plonge dans l’eau jusqu’au lendemain pour les reposer sur la
palette, après les avoir remaniées un peu au couteau de fer ou de corne, si cela est nécessaire, avant de se remettre au travail.
Il est utile de tenir la palette propre et de la nettoyer chaque jour. Certains peintres se bornent à décharger les couleurs qui se trouvent rangées habituellement vers le bord supérieur, sur le bas de la partie inférieure, et de les reporter, ie lendemain, à la partie supérieure, où elles doivent se trouver; on y ajoute en même temps un peu d’huile d’œillette pour les rafraîchir.
D’autres nettoient entièrement la palette après en avoir transporté les couleurs dans une assiette, qu’on remplit d’eau pour les maintenir humides, ou sur des bandes de verre ou de glace qu’on met tremper dans l’eau et toujours loin de la poussière.
On frotte le bois pour le décrasser avec un peu d’huile et de la prêle, et si la couleur est trop incrustée dans le bois, on peut ajouter de la térébenthine ou du savon noir.
Nous nous rappelons que M. Horace Vernet en avait fait faire une, assez grande, pour peindre ses toiles de la galerie Constantine. Elle avait la forme d’un demi-cercle ou rapporteur et, par conséquent, la partie inférieure ou base qui reposait devant la poitrine et le long du bras, était droite, formant diamètre; 1e pouce de la main étant passé dans un trou ménagé dans l’angle de droite. Nous avons connu des artistes, même en renom, qui ne font jamais leurs palettes, trouvant même dans les hasards des mélanges qui se produisent et dont l’effet est parfois très-agréable à l’œil, une source d’inspiration nécessaire à leur imagination. Nous croyons qu’il vaut mieux prendre des habitudes de soin et de méthode, surtout en débutant dans l’art. Le meilleur moyen de nettoyer la palette est d’en gratter la surface au couteau, de la bien abreuver d’huile blanche et frotter plusieurs fois de la prêle et de la bien essuyer avec un chiffon non plucheux.