COULEURS TRÈS-PEU SOUDES
Cinabre, laque de Fernambouc, rouge de Carlhame, ocre verte, vert de vessie, vert anglais, cendre verte, vert de Schèle, vert de Brême, aux émanations insalubres, ainsi que les verts de chrome et d’oxyde de cuivre, pourpre de Gassius, violet végétal.
Le mode de préparation, de broyage, de mélange avec les huiles, etc., influe énormément sur le degré de fixité des couleurs. En général, la couleur sera d’autant plus durable, qu’elle aura été obtenue à une haute température, et qu’elle aura résisté plus longtemps à l’action de la chaleur.
Les couleurs doivent être, autant que possible, conservées dans un endroit sec. Pour sécher les couleurs en poudre qui
auraient absorbé de l’humidité, il faut la chaleur graduée de l’étuve.
Les rayons solaires concourent à la destruction du plus grand nombre des couleurs, puis les émanations gazeuses existant dans l’atmosphère.
Les bons vernis sont les meilleurs préservatifs contre l’action délétère et décolorante de la lumière.
Les composés de plomb noircissent tous au contact des émanations méphitiques produites par le sulfure noir de plomb, et certaines peintures blanches où l’on a employé des siccatifs à base de sels solubles de zinc et de manganèse jaunissent avec le temps.
DE L’EMPLOI DES COULEURS EN GÉ^RAL DE LEURS AVANTAGES ET DE LEURS INCONVÉNIENTS
Le blanc d’argent est le plus parfait de tous les blancs. On s’en sert pour peindre les chairs, les linges, les ciels et tout ce qui exige la pureté, la fraîcheur. Son nom lui vient de son éclat brillant ; il ne contient pas d’argent. C’est le même que la céruse, le blanc en écaille, le blanc de Krems (petite ville d’Allemagne). La manière dont on le broie influe beaucoup sur sa beauté. Watin conseille de le broyer à quatre reprises différentes, et le plus promptement possible, avec l’eau claire, et de le laisser bien sécher en pastilles à chaque fois avant de le mélanger avec l’huile.
Le blanc de plomb a plus de corps et ne s’emploie que dans la peinture à l’huile ; il noircit à la longue, mais le vernis le préserve ordinairement de l’action des vapeurs hydro-sulfureuses plus ou moins répandues dans l’atmosplicre.
Le BLANC DE PLOMB S’emploie dans les grands tableaux qui dépensent beaucoup de couleurs; on s’en sert aussi pour les fonds cl autres grandes parties qui n’exigent pas autant de vivacité du ton.
La céruse plus ou moins calcinée donne naissance au mas-
sicot jaune clair ou foncé du commerce (oxyde de plomb au premier degré ou protoxyde de plomb). C'est chez les fabricants de minium qu’on trouve le véritable massicot. Pour préparer le minium, le plomb est calciné dans un fourneau à réverbère, où se produit un mélange de massicot et de plomb plus ou moins divisé. On sépare ces deux matières par trituration et lévigation (opération qui réduit en poudre très-fine). Le massicot, qui est plus léger, nage à la surface de l’eau ; on le décante, on le laisse déposer et on le recueille ensuite pour le faire sécher (recette de M. Mérimée). Sa qualité est très-siccative. On trouverait de l’avantage à l’employer à l’huile dans les mélanges avec des couleurs qui sèchent difficilement, les laques et les terres bitumineuses.
La mine orange ou minium clair n’a aucune solidité.
Jaune de naples. — On ne doit jamais s’en servir mélangé avec d’autres couleurs pour peindre les parties lumineuses des chairs, car, étant chargé d’arsenic, il décompose les blancs, les cinabres, et tend à les faire tourner au vert, son plus grand défaut étant de verdir avec les années. Comme le jaune de Naples couvre parfaitement, on peut l’employer dans les reflets des chairs, du côté de l’ombre ; là, il remplace le blanc avec avantage, car il est moins lourd et moins froid. Dans les fleurs, dans les draperies jaunes, on ne saurait non plus s’en passer. Il est indispensable dans le paysage pour toucher les parties lumineuses des arbres. On s’en sert encore pour retoucher les ors. Mêlé avec le bleu de Prusse ou l’outremer, il produit de jolis verts clairs.
Le jaune de Naples contient du plomb et de l’antimoine. L’amassette de corne blonde ou d’ivoire est recommandée pour le triturer. Cette couleur serait avantageusement remplacée par le jaune d’antimoine, qui est le plus brillant et trèssolide.
L’ocre jaune clair est indispensable dans les carnations ; elle entre dans une foule de tons composés où nulle autre couleur ne saurait la remplacer; de plus, elle a l’avantage de ne nuire à aucune d’elles, de même qu’aucune d’elles ne saurait l’attaquer; sans être lourde, l’ocre jaune clair couvre bien:
aussi on en fait un usage journalier dans les parties lumineuses des fabriques, des terrains, et, préférablement à toute autre, on la fait entrer dans les teintes destinées à peindre les chairs.
L’ocre de ru ou jaune obscur entre dans tous les mélanges d’ombres qui doivent avoir de la vigueur et qui se trouveraient affaiblis si, en sa place, on se servait de l’ocre jaune clair. Il faut observer de ne jamais la mélanger avec des teintes brillantes et lumineuses, surtout avec le blanc, car le défaut de l’ocre de ru est de pousser au brun. Comme l’ocre jaune clair, elle couvre bien, et fait de très-beaux verts chauds, mélangée au bleu de Prusse. Pour les terrains, les meubles, les fonds, elle fournit des tons excellents.
Le JAUNE INDIEN est Une couleur d’une extrême solidité, mais qui demande à être bien choisie ; car il en existe de verdâtres qu’il faut éviter d’employer. Le beau jaune indien est d’une nuance bouton d’or, et contribue à faire defort belles draperies jaunes. On en obtient aussi pour le paysage de magnifiques tons verts. Mélangé aux ocres ou aux jaunes de Naples, il en ravive l’éclat et la vivacité ; mais, comme il n’a pas de corps par luimême, on ne s’aurait s’en servir pour empâter. Il est essentiel de ne jamais le faire entrer dans les ciels ni dans les chairs, car il foisonne tellement, qu’on ne saurait s’en rendre maître et qu’il absorberait les autres tons auxquels on voudrait l’associer, pour l’usage que nous venons d’indiquer.
Les chromes sont très-solides ; ils .procurent de beaux verts et donnent de belles nuances aux draperies mais ils noircissent.
L’ocre rouge clair est une couleur des plus utiles; sa nuance, d’un rouge fin, convient beaucoup mieux que les cinabres dans une quantité de mélanges où leur ton trop vif et trop cru romprait l’harmonie. Elle partage avec l’ocre jaune l’inestimable qualité de ne pas pouvoir être altérée par le mélange d’autres tons, étant aussi fort innocente par elle-même. Elle remplace très -avantageusement les cinabres, toutes les fois qu’il s’agit d’un ton de chair mâle et énergique.
Le BRUN ROUGE FONCÉ est Une couleur vigoureuse qu’il ne faut employer qu’avec réserve, parce qu’elle fournit abondamment.