‹ Manuel général de la peinture à l'huileChapitre 4 sur 85 · COUP D’ŒIL SUR LE PRÉSENT · texte numérisé non relu

COUP D’ŒIL SUR LE PRÉSENT

Si l’on jette uu coup d’œil rapide sur les œuvres des maîtres primitifs les plus anciens des diverses écoles de l’Europe et qu’on les compare avec certaines œuvres des écoles modernes, au point de vue de la fraîcheur et de la conservation du coloris, on est surpris de remarquer dans certaines peintures, relativement récentes, de nombreuses détériorations qui semble-

raient leur assigner une date de production bien antérieure à la réalité. Toute l’école française de l’époque de la Restauration : des peintures de Gros (voir la peste de Jaffa), de Girodet (voir les Révoltés du Caire), de David, de Géricault, de Ingres, Delacroix, Léopold Robert (voir la Madone de l’Arc) les Moissonneurs, les Scheffer, jusqu’à Horace Vernet inclusivement; toute cette série de productions des hommes qu’on peut à juste raison appeler des maîtres, que nous avons tous admirés dans notre jeunesse; est dans un état de décomposition matérielle qui ne fait que s’accroître de plus en plus I! Cet état désastreux est la preuve la plus convaincante de l’imperfection des procédés matériels de peinture de leurs temps récents.

Toutes ces belles peintures fournissent une bien dure leçon aux trop nombreux indifférents artistes de nos jours, bien que pleins de talent, d’habileté, d’adresse et de science artistique du dessin, ainsi que de facilité à produire. La richesse et l’engouement public s’arrachent leurs œuvres à des prix fabuleux aujourd’hui; mais leur insouciance du sort qui attend leurs ouvrages dans l’avenir n’a d’égal que leurs succès.

On peint beaucoup aujourd’hui, on peint même admirablement bien et de fort beaux et bons tableaux, surtout dans la peinture de genre; mais dans cinquante ans on les verra bien changés, car nul ne sait avec quoi il peint ni sur quoi il peint. C’est en effet fort commode de ne s’en point inquiéter et de tout acheter tout fait, y compris les modèles, qu’on trouve chez messieurs les photographes.

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