PRÉPARATION DES COULEURS
Beaucoup d’artistes du premier mérite ont des habitudes systématiques relatives à l’emploi de telle ou telle couleur de préférence à telle ou telle autre; c’est une des choses qu’il faut éviter, car le bon sens nous dit que tout système doit être proscrit dans un art qui se propose souvent l’exacte reproduction de la nature, et le but des recherches de l’artiste devant être de trouver les tons nécessaires pour en arriver là, il ne doit rien proscrire de la palette, excepté les couleurs qui noircissent avec le temps, celles qui peu à peu rongent ce qui les environnent, et enfin, celtes qui empêchent les mélanges dans lesquelles elles entrent, de sécher aussi promptement qu’on pourrait le désirer.
Les couleurs se vendent en petites vessies et en tubes. On en trouve de toutes préparées dans beaucoup d’endroits ; mais une fois hors Paris, ou travaillant loin d’une ville, la provision qu’on a faite peut s’épuiser, et l’on a besoin, en ce cas, de pouvoir remplacer ce qui fait défaut : c’est pourquoi
nous croyons devoir indiquer le moyen de s’en procurer surle-champ.
Pour cela, on doit emporter dans ses excursions des couleurs en poudre; plus une glace dépolie dont l’emploi est spécial, avec une molette (les deux nécessaires pour broyer) et deux couteaux souples : l’un en fer, l’autre en corne.
Le broyage s’opère en mettant sur la glace une certaine quantité de couleur, qu’on arrose avec de l’huile blanch-e d’œillette, et qu’on écrase à l’aide de la molette en tournant et appuyant à la fois; pour s’assurer que l’opération est bien faite, on prend un peu de couleur entre deux doigts, et si on n’y sent plus de grain, c’est qu’elle est broyée suffisamment.
Afin de ramener la couleur mise en cet état sur le centre de la glace où s’est faite l’opération, on se sert de l’un des deux couteaux destinés à cet usage; l’un, en fer, ne saurait s’employer ni se mettre en contact avec les couleurs qui peuvent s’oxyder ; pour celles-là, on se sert d’un couteau de corne. Les couleurs qui craignent l’approche du fer sont : le blanc, les ocres, le jaune de Naples et le jaune de chrome; on peut, si on ne veut pas se donner la peine de mettre les couleurs en vessies, les placer dans de petits pots de porcelaine ou de faïence bien couverts.