DE VERNIR
NÉCESSITÉ d’un ENSEIGNEMENT SCIENTIFIQUE DE CHIMIE APPLIQUÉE A LA CONNAISSANCE DES MATÉRIAUX EMPLOYÉS PAR l’aRT
En parcourant les musées tant anciens que modernes, on voit le danger de certaines impressions qui ont altéré de remarquables tableaux de maîtres, tels que, par exemple, cer-
laines toiles du Poussin, qui affectionnait les impressions en rouge au minium. On en citerait bien d’autres.
On voit aussi, dans les somptueuses galeries du palais de Versailles, les déplorables ravages causés à une quantité de peintures récentes, par l’incurie des artistes trop pressés de vernir leurs ouvrages aussitôt achevés, et la blâmable insouciance des hommes, même les plus renommés, qui ont ignoré la partie matérielle technique de l’emploi de leurs couleurs, et voué pour ainsi dire de gaieté de cœur leurs ouvrages à la destruction la plus prématurée.
N’est-il pas singulier, dans le temps de progrès où nous sommes, que la pratique de la peinture soit enseignée à l'École nationale des beaux-arts, sans qu’on ait jamais songé à fonder, dans cette école, un simple cours de chimie artistique, où l’on enseignerait, en quelques leçons, la chimie des couleurs à la jeunesse, qui saurait au moins l’A B C raisonné des procédés matériels qu’elle va pratiquer toute sa vie? C’est comme si l’on enseignait la rhétorique française, à des gens qui ignorent l’orthographe et la grammaire I
Les couleurs de l’enduit ou impression dont on recouvre les panneaux, toiles ou cartons à peindre, peuvent varier à l’infini, mais le choix de la teinte n’est pas étranger à la réussite du tableau, ni à sa conservation à venir.