LIVRE PREMIER
siiicèrcnient ami des arts et de sou peuple, tout ce rpii peut contribuer à là gloire du pays devient l’objet de constantes et sérieuses piéoccupations : aussi ne tardeions-nous pas à apprendie, nous en sommes convaincu, (ju’après les épreuves destinées à expérimenter le système qui a obtenu tant de succès parmi nous, la Prusse, désireuse d’en faire sa conquête, l’aura généralement appliqué dans ses aimées. C’est là un événement qui déjà est près de s’acconq3lir en Belgique. Au mois d’aoiit 1846, on lisait, dans t lnd(' pendant de Bruxelles, qu’il était fortement question, dans cette ville, de la nouvelle réorganisation des musiques régimentaires de l’armée, et qu’une commission, composée du colonel Trumper, du major Gœtbals et de l’intendant Servaes, venait d’être nommée à cet effet par le ministre de la guerre. Enfin, l’Angleterre, où l’art musical, encore de nos jours, occupe de nobles loisirs et trouve piès du trône un soutien , l’Angleterre manifeste des dispositions analogues; elle pai le de réformes, et reconnaît la nécessité d’imprimer à la musique des régiments plus de relief et d’éclat. Les écrivains (jui encouragent ces tendances s’appuient des motifs qu’on a tant de fois allégués, en dénonçant les vices de l’ancien système. Dans leur critique de cet ensemble défectueux, ils accusent toujours les parties intermédiaires d’impuissance, les parties aigues d’ambition, et les parties graves de tyrannie. Les premières en effet demeurent comme étouffées sous les autres, et celles-ci paraissent lutter entre elles à qui dominera le plus. Est-on forcé de se tenir à distance pendant ce conflit, l’oreille aux abois cherche vainement à sauver du carnage quelque petit lambeau de mélodie; les idées musicales ne parviennent jusqu’à elles que meurtries, défigurées, entièrement méconnaissables. Dans un article sur la musique militaire, article écrit du style le plus tranchant et le plus grossièrement bouffon qui se puisse imaginer, un auteur anglais, dont nous aurons bientôt à citer les opinions excentriques, rapporte que le colonel d’un régiment de sa nation, ayant, comme tant d’autres, observé que les dernières divisions n’entendent plus les sons sur lesquels elles doivent cadencer leur pas, avait pris le parti de placer la musique devant le drapeau, au centre de la colonne, afin que la troupe tout entière pût en goûter l’harmonie. Le même écrivain saisit avec plaisir l’occasion de présenter son petit plan d’organisation ; mais comme ce dei nier n’est autre chose (pie le svstème imaginé par M. Sax , avec addition de cpielques propositions
secoiulaii es inspirées évidemment par la lecture des articles qu ont pnbliés, à l’occasion des tiavaiix de la commission, plusieurs savants ciiticjues cR la presse parisienne, entre aiili’es M. Hector Berlioz, nous ne nous y ailéterons que poui' examiner les modifications auxquelles 1 auteur croit devoir le soumettre, afin de mieux l’approprier aux usages anglais. G est ici (pie l’écrivain recrute ses idées dans son propre fonds et se met en frais d’éloquence; nous allons voir à quelles innovations singulières ce désii’ d’étre ci'éateur et (original le conduit. 11 bannit d’abord a peu près tous les instruments de la bande turcpie; il ne veut plus surtout de la grosse caisse, qu’il déclare être beaucoup trop embarrassante. « Pendant la guerre « de la Péninsule, dit-il , les musiciens anglais s’étaient généralement avi- « sés de placer l’énoi me caisse ventrue sur le dos d’un baudet : n’était-ce « pas là un ridicule emblème de cette guerre déplorable? Entêtement et « bruit! . Mais sait-on quel instrument est destiné, selon lui, à rempla¬
cer les instiuments de percussion de Xià famille parcheminée^ comme il l’appelle? Ce sont des espèces de gongs ou tams-tams convenablement modifiés, dont les Anglais emprunteraient l’usage aux Chinois, avec lesquels ils sont fréquemment en relation, et qui pourraient leur enseigner la for. mule nécessaire pour obtenir l’étonnante sonorité que possèdent ces instntments. Rien ne lui paraît plus avantageux que l’emploi de ces gongs. En effet, pour transpoi ter la grosse caisse, il fallait un homme, tandis que pour chacun de ces tams-tams chinois, il n’en faudra plus guère que deux; ce qui présente assurément d’énormes avantages, sous le double rapport de la commodité et de l’économie. Nous nous demandons seulement quel effet pioduirait le bruit de ces énormes bassins métalliques sur les nerfs d’un écrivain assez délicat pour dire que les cymbales massives ont une âpreté violente fini rappelle l’affreux résonnement d’une voiture chargée de lames de fer sur un paré raboteux. Au reste , ses antipathies ne se bornent point H ces seuls objets, et c'est principalement le fifre et le tambour qu’il a en horreur; il les appelle l’un et l’autre des instruments barbares, et en demande à cor et à cri la suppression. Il faut le voir épancher à ce sujet les flots d’ii onie de sa 'bile railleuse. H n’y a point d’épithètes satiriques qu’il n’accumule à plaisii- sur ce mince tuyau de bois pei cé de trous, vulgairement appelé fifre, et dont il ne bourre à l’en faire crever, cette modeste caisse couverte d’une peait , laquelle porte communément le nom