‹ Manuel general de musique militaireChapitre 102 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

de tambour. Il liaite le premier d’instrument torticoliju/ue^ de percc-oveille^ eL prodigue de ces plaisanteries vulgaires qui ne coulent rien aux plumes ])eu jalouses de leur dignité , il va cliercber dans les comparaisons les plus triviales, dans les lieux communs les plus bas, des arguments en laveur de son opinion. Mais c’est surtout contre l’emploi du tambour qu’il s’élève avec le plus d’acrimonie , et, cherchant à paraître malin et spii ituel, <f Les « philosophes, dit-il, en s’efforçant* de distinguer l’homme des autres créa- « tures animées, l’ont défini un animal rieur, un animal cuisinier; poura quoi n’ont-ils pas ajouté un animal qui bat le tambour? La première « chose que fait un sauvage après avoir pourvu aux besoins de son eslo- « mac, c’est de creuser un tronçon d’arbre, de le couvrir d’une peau d’animal et de frapper avec un bâton sur cette ingénieuse machine. Voila « l’agréable passe-temps qui nous est arrivé, sans altération, à travers les w âges : seulement, à la place d’un tronc d’arbre, nous fabriquons un ba- « rillet et nous le recouvrons d’une peau d’âne, w Pour compléter tant de notions érudites, nous rappellerons à ce judicieux écrivain que les sauvages, après avoir poiüv U aux besoins de leur estomac ^ vont aussi ramasser' sur les bords de la mer la conque qui , toute naturelle et toute primitive (ju’elle est, n’en passe pas moins pour être l’origine de la trompette; ce (jui n’empêclie pas ce dernier instrument d’élre considéré comme l’un des plus nobles que l’on connaisse: à tel point même, qu’on prétend l’avoii* vu figurer, à l’instar du cor ou cornet, sur les armes parlantes d’une noble famille d’Angleterre; antécédent dont nous nous targuerons, si, comme nous y engage ironiquement notre écrivain, nous venons jamais à meltie sur notre écusson national un tambour, et cela de manière à rappeler à tous ceux qui voudraient pouvoir l’oublier, que si nous avons fait quelquefois (lu bruit, suivant ce qu’on proclame, ce n a jamais été en vain. '( L’armée fiançaise, poursuit notre écrivain, est la seule, je le crois, au « moins fie doute est ici une salutaire précaution oratoire), qui se serve « du tambour pendant l’action du combat. Dans toutes les évolutions de « l’attaque et de la charge, le tambour marche toujours en tète, frappant « sui' sa caisse comme s’il tenait déjà fennemi'sous ses baguettes. » (^esl iju’en effet, n’en déplaise à ce bienveillant historien, il l’y a tenu plus d’une fois, et c’est pour cela qu’il n’y a point lieu de s’étonner que nos simples tambours soient aimés et honorés dans le peuple et dans l’ar^

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inée (i); car, en Erance, on aime et on honore tous ceux qui ont du courage; depuis le généial jusqu’au sous-officier, depuis le sous-officier jusqu au simple soldat, voire même jusqu’au tambour. Les tambours d ailleurs, et lien ici ne prête au ridicule, plus exposés que tous les autres aux hasards de la guerre, ont quelque chose dans leur destinée qui inteiesse vivement les gens non prévenus. Leur insouciance joyeuse devant un avenir souvent plein de périls, leur sang-froid et-leur intrépidité au milieu des dangers les plus réels, le tour vif et original de leur esprit, tout cela compose un type en quelque sorte chevaleresque et surtout éminemment français. Mais c’est précisément parce qu’ils ont du courage que l’écrivain anglais se montre le plus porté à leur en vouloir, et l’on entrevoit déjà les causes secrètes de son antipathie pour l’instrument guerrier qu’ils ont entre les mains. Tout en le rapportant, il est donc conduit, par la nature de ses préventions, à révoquer en doute le fait qu’on va lire. En 1812, lors de la retraite de Russie, les Français, avant laissé deirière eux une garnison à Dantzig, sous le commandement du général Rapp , ce général fit plusieurs sorties contre l’armée russe, qui bloquait la ville, et, dans une de ses dépêches, il poi le cette attestation à la gloiie de ses troupes : « Officiers et soldats, dit-il, tous se sont précipités sur les Russes avec Cf un entraînement et un courage sans exemple. Un tambour entre autres, Cf le brave Mattuzalik, a renversé un ennemi en le frappant avec ses ba- « guettes, et l’a forcé à se rendre. » L’éciivain anglais déclare qu’un pareil

(i) « Cette affection que les Français |)ortent à l’instriunent, dit l’écrivain anglais, s’e- « tend aussi sur le soldat qui en joue. Le tambour d’une compagnie est généralement consi- « déré comme un brave à trois poils, et ses exploits ne se bornent pas à frapj)er sur la peau - d’âne. ». Vient, immédiatement après ces paroles railleuses, le récit du fait que l’on trouve rapporté ci-dessus. «Voilà, ajoute le même auteur, à propos de cette anecdote, un « fait qui frappera aussi d étonnement les incrédules. J’avoue n’avoir jamais appris qu’aucun « WTinosQ en papa-maman ait abattu avec ses baguettes d’autres ennemis que des oiseaux « de basse-cour, emprisonnés ensuite dans l’intérieur de la caisse. Mais, d’après l’estime dont « les simples tambours sont honorée dans l’armée française, on peut concevoir l’admiration « respectueuse dont est entouré leur chef. Quant aux autres sergents qui ont droit au titre « de major, les soldats les désignent ordinairement par leur propre nom; mais le chef des

« tambours est le seul qui soit toujours appelé emphatiquement major, etc. >. Le reste continue sur ce ton.

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