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De tous les genres de musique, il n’en est pas, surtout en Fiance, qui, de nos jours, ait été généralement aussi mal partagé que la musique militaire. L’indifférence du public, ou, pour mieux dire, d’absurdes préventions, n’ont pas peu contribué k la maintenir dans cet état d’infér iorité; mais il faut également convenir que, par le mauvais clioix de ses éléments ou l’inhabileté de leur mise en œuvre, la musique mililaiie justifiait jusqu’à un certain point l’espèce d’ostiacisme dont elle était l’objet. .\u\ yeux des gens du monde, elle passait pour n’avoir qu’une spécialité restreinte, peu digne d’éveiller l’attention, si ce n’est dans les circonstances où elle servait d’accompagnement à la pompe des solennités militaires; on aimait alors à l’entendre, parce ([u’elle donnait à ces fêtes plus de mouvement et de gaieté; elle plaisait comme une superfluité agréable; mais (ju’elle eût en pareil cas un but plus sérieux, une plus haute destination , c’est ce que la pénétration de (juelques esprits philosophiques ])Ouvait seule découvrir, et l’on sait que ces esprits d’élite ne composent pas, tant s’en faut, la majorité parmi la foule. Une fois 1 occasion venue d’entendre de la musique militaire, — occasion qu’on ne recherchait [jas d’ailleurs, — on se contentait de dire cpie cette musique était bonne ou
luauvaise, suivant les données reçues ou d’après le sentiment [)ersonnel , c’est-à-dire suivant qu’elle avait paru plus ou moins fausse, car elle 1 était bien toujours un peu. Hors de là, on n’avait garde d’y songer, et la musique d’église , la musique de théâtre ou la musique de concert , exerçant en souveraines leur suprématie, continuaient de défrayer à elles seules les conversations des gens du inonde. I^our le commun des artistes, la musique militaire occupait un rang bien plus secondaire encore; ils ne se faisaient point faute de la traiter avec ironie et dédain, et ce n est pas sans une profonde expression de mépris, par exemple, que le plus médiocre exécutant d’un orchestre serait venu à parler d’un musicien de
régiment.
Repoussée en quelque sorte ignominieusement dans les régions infimes du monde artistique, où l’ignorance accrédite tant de faux jugements, la musique militaire n’obtenait un meilleur accueil qu’auprès des musiciens insli uits et des écrivains éclairés , faits pour en apprécier l’importance au point de vue moial. Cependant ces derniers ne laissaient pas de reconnaître que son infériorité, sous le rapport de l’art, n’était que trop réelle et ne justifiait que trop bien l’indifférence, voire même le mépris où elle était tombée en France. Ils s’attachaient donc à démontrer ce qui la rendait défectueuse à tant d’égards; ils signalaient et le mauvais choix des instruments à vent en usage, et les vices de leur fabrication, et enfin le système plus vicieux encore d’après lequel on combinait ces éléments disparates, si toutefois il convient d’employer le mot combiner eu parlant d’une agglomération instrumentale qui était plutôt l’effet du hasard que le produit de la réflexion. Depuis i83o, plusieurs écrivains et théoriciens éminents, plusieurs artistes et littérateurs distingués se sont empalés à diverses reprises de cette question, sur laquelle il leur semblait que le pouvoir n’exerçait pas un contrôle assez actif ni assez rigoureux, et, après l’avoir traitée sous toutes ses faces avec un talent réel d’observation, ont conclu en réclamant une réforme aussi prompte que r adicale. MM. Fétis, Castil-Blaze et Berl ioz sont, à notre connaissance, ceux qui ont écrit sur ce sujet les articles les mieux raisonnés, les plus intéressants: aussi peuvent-ils se considérer à bon droit comme les principaux moteurs de l’utile réforme qui vient de s’accomplir. L’époque qu’ils avaient choisie [)our faire entendre ces justes doléances en faveur de la musique mili-