‹ Manuel general de musique militaireChapitre 105 sur 229 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

laire ne devait point rester sourde à leurs vœux. Dès l’avéneinent au trône de la branche d’Oiléans, vouée par sympathie au culte des arts, la musi(jue militaire, après tant de vicissitudes, devint l’objet de plusieurs mesures aussi inespérées (|u’efficaces. Déjà l’on s’apercevait (ju’il y aurait beaucoup à changer et beaucoup à faire poui‘ donner à la musique militaire toute la perfection désirable. D’un aulie côté, on ne pouvait demeurer insensible aux sollicitations que les mille voix de la presse réitéraient chaque jour, et que l’autorité d’une judicieuse critique avait su parfaitement motiver. Il fallait donc se rendre, reconnaître la vérité et entrer dans la voie désignée par les manifestations de l’opinion générale. Pour commencer cette grande lâche, il fut procédé à la création d’un établissement modèle qui devait donnei' à l’armée des musiciens capables, sous la direction desquels on espérait voir les corps de musique s’amélioier insensiblement. Cet établissement reçut le nom de Gymnase musical. Une ordonnance en légalisa l’institution , et diverses décisions ministérielles en régularisèrent les bases. Comme on vient de le dire, cet établissement avait principalement pour but la formation de bons chefs de musique. En conséquence, les légiments étaient invités à y envoyer ceux de leurs musiciens élèves ou de leurs enfants de troupe c(ui manifestaient des dispositions pour l’exécution ou la composition insti umentale: puis, après un certain laps de temps, quand ils avaient acquis le degré d’aptitude nécessaire, ces élèves devaient être r éintégrés dans le per sonnel des musiques de leurs corps respectifs; ou bien, si leur instruction avait été poussée assez loin pour cela, ce qui demandait environ deux années d’étude, ils passaient chefs de musique dès qu’une place de celte nature venait à être vacante dans un régiment. L’idée d’une pareille institution était excellente dans son principe. C’est à M. Meifred , dont le nom s’est plusieurs fois rencontré sous notre plume dans le cours de ce Manuel , (jue l’honneur doit en revenir. Lui-même la soumit à l’autorité administrative, qui, trop éclairée pour n’en point saisir tout l’avantage, l’adopta avec empressement. Cependant ce ne fut pas à l’auteur- du projet qu’on s’adressa pour en effectuer la réalisation. Comme il ar r ive toujours darrs ces sortes d’affaires, un autre recueillit le fr uit de labeur s auxqrtels il n’avait point participé, et le titre de directeur du Gymnase musical militaire, rpte postirlait M. Meifred, et rpri semblait lui appartenir de droit.

échut à M. Berr, bon musicien d’ailleurs, et clarinettiste habile, mais peu fait, sous le rapport de la spécialité des connaissances, pour remplir de si hautes fonctions : aussi faut-il voir dans cette circonstance une des causes premières du peu de résultats obtenus justju’à ce jour par une institution qui, dans le commencement, avait donne de tres-grandes es- [)érances. Il est vrai qn’on ne peut rien arguer de là contre l’excellence de son principe; on ne peut qu’en retiier une preuve nouvelle de 1 inconvénient d’un système qui tend chaque jour à fausser l’application de ce deinier, et qu’il inq^orterait au plus haut point de léformer ou d’anéantir, ainsi que nous le démontrerons plus tard. Quoi (pi’il en soit, la création du Gymnase musical témoignait d’un désir sincère de répondre au vœu des hommes compétents qui avaient élevé la voix en faveur de la musique militaire, et qui, s’attachant à faire ressortir l’importance d’un genre trop longtemps et trop universellement abandonné, étaient parvenus à démontrer la nécessité de le rétablir sur un pied digne de la France aussi bien (jiie de l’art. Cependant il est bon de reconnaître qu’en cela même le pouvoir administratif subissait plutôt l’influence d’une volonté auguste, qu’il n’obéissait à sa propre impulsion. C’est (ju’en effet la pensée magnanime qui préside à l’accomplissement des améliorations nécessaiies au bien-êtie et à la prospérité d’un État, ne doit pas seulement aborder les questions de l’ordre le plus élevé; il faut aussi qu’elle embrasse jusqu’aux moindres détails, jusqu’aux objets de l’intérêt le plus minime en apparence, et cela afin qu’aucune pierre, si petite qu’elle soit, ne manque à l’édifice glorieux qu’elle tend à édifier dans l’ordre social , et qui, mieux qu’aucun autre monument fait seulement pourétonnei* le regard, continue de subsistera travers les âges, marquant ainsi la grandeur du règne dont il perpétue le souvenir. C’est pourquoi le prince instruit et éclairé que le vœu de la nation appela en i83o à régner sur la fiance, ne regarda point comme un objet indigne des ses préoccupations la question de l’amélioiation des musiques militaires. Mais quelles <|ue soient les nobles et généreuses intentions d’un souverain, il pourrait arriver (|u’elles restassent sans effet, si elles ne trouvaient d’intelligents dépositaires [lour les faire fructifier dès que la circonstance s’y prête. Cette tâche, ils l’accomplissent parfois avec d’autant plus de zèle qu’elle les conduit souvent à la réalisation de leurs propres souhaits et

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