LIVRE DEUXIÈME
au Iriomplie trune opinion qu’ils ont ])ai tagée avec le clief de l’Étal, (les utiles auxiliaiies , ces inteiprètes habiles de la pensée loyale n’ont point lait défaut à Sa Majesté Louis-Philippe. Un lioinme devenu tout-puissant aujourd’hui, non ])as seulement de cette toute-puissance cpie donnent la naissance, le rang, la fortuneet les actes meme d’une vie glorieuse , mais bien encore de celle qui s’acquiert par la noblesse du cœur, et parles qualités sympathiques d’un caractère franc et généieux ; un homme que sa réputation de bravoiue, son dévouement au pays, sa sollicitude pour le bienêtre de l’armée, font honorei' de tous et rendent cbei- au soldat ; un homme enfin capable de comprendre et d’appiécier tous les genres de gloire, celle cpii est la récompense du courage sur un champ de bataille, comme celle tpii, dans la carrière des arts, est promise au talent, allait seconder avec l’ardeur d’une profonde conviction l’exécution des projets de réforme, dont l’utilité n’avait pas échappé à la sagacité et à la pénétration du gouvernement. INous n’avons pas besoin de dire quel était ce défenseur zélé des intérêts de la musique militaire : car, en lisant ce (pii précède, tout le monde aura déjà nommé le lieutenant général comte de Rumigny, aide de camp de Sa Majesté Louis-Philippe. Certes, ce ne peut être une digression inutile que de donner ici quelques détails biographiques sur cet officier général dont l’intervention a été si précieuse pour la réussite d’une entreprise que la routine et la malveillance ne cessaient d’entraver, bien (ju’elle dût assurer la gloire de l’art musical et contribuer à celle du pays. I.e lecteur, nous n’en doutons pas, après avoir apprécié les services (jue le général de Rumigny a rendus à sa patrie comme soldat, ne verra pas avec moins d’intérêt tout ce qu’il a su faire encore de grand et d’utile pour elle comme protecteur des arts. Ce double titre a la considération que possède cet homme éminent, mérite d’autant plus d’être remarqué, qu’il suppose un heureux accord entre des inclinations généralement re-
<^ardées comme incompatibles. Le soldat, et tel il doit être, aime la gueiie
parce (pie la guerre lui promet un avenir glorieux. Or, la guerre mene a la destruction, à la ruine, au carnage; l’artiste n’aime que la paix, parce que la paix seule est favorable aux arts, et (pi’elle contribue ainsi a lui assurer des chances de plus à la célébrité. Appelés, chacun en sens contraire, a suivre des destinées diverses, il arrive (pi’artistes et guerriers ne sympathisent pas toujours entre eux. Et cependant , pour peu qu on veuille y le-
(lécliir, que de points d’analogie ne trouvera-t-on pas entre la carrière des uns et celle des autres ? N’ont-ils pas un but commun, celui de contribuer à la gloire du pays, tout en assurant leur propre gloire? et pour arriver à ce but tant désiré, noble but s’il en fût jamais , puisqu il exclut les idees
d’intérél matériel qui avilissent les hommes, et n admet qu une jouissance morale qui tend à les ennoblir; pour arriver a ce but, disons-nous, n ont-ils pas, des deux parts, de nombreux obstacles a vaincre, des dangers infinis a surmonter, de redoutables embûches a craindre? N ont-ils pas enfin d aussi fréquents combats à livrer, dans lesquels ils doivent apporter la même
somme de courage? Si les uns versent leur sang dans la lutte, les autres y perdent leurs forces et s’y épuisent. Qu’insensiblement la vie s échappé d’une blessure apparente ou d’une plaie cachée, la mort ne s ensuit-elle pas moins? D’un autre côté, ne sait-on pas que les héros donnent aux artistes, pour faire éclore leurs chefs-d’œuvre, les plus poétiques sujets d’inspiration , et que les artistes , en revanche , éternisent la mémoire des héros? Non, aucun motif de répulsion ne devrait exister entre ces deux nobles professions d’ai tiste et de soldat, car elles sont faites l’une et l’autre pour honorer le pays et lui assurer l’estime des nations l ivales.
Le général de Rumigny est né soldat ; entré en i8o5 à l’école militaire de Fontainebleau , il y passa une année, et en sortit avec le giade de souslieutenant, pour faire la campagne de Prusse. Après avoir servi sous les ordres du général Gudin , de 1806 à 1807, il conquit en 1809, au combat de Presbourg , les épaulettes de lieutenant , et, le mois suivant, à Wagram, où sa brillante conduite attira pour la première fois sur lui le regaid de l’empereur, celles d’adjudant-major dans le 12® de ligne. A Smolensk, il reçut de la main de Napoléon la croix des braves sur le champ de bataille. Pendant la retraite de Russie, il devint aide de camp du maréchal Gérard. Nommé chef de bataillon le 4 janvier 1 8 1 3 , il se distingua dans la retraite de Pologne, et notamment au combat de Presbourg, où le général Gérard repoussa le corps de Woronzof, avec une poignée d’hommes échappés au désastre de cette mémorable retraite. Sa conduite à la bataille de Dr esde lui valut le titre d’officier- de la Légion d’honneur. Lois des campagnes de France, à Brienne, à Arcis-sui-Aube, aux combats de Nangis et de Montereau, on le vit se signaler encore , et , brave entre tous les bi-aves, emporter a la pointe de son épée le grade de colonel , que demanda pour lui un