LIVRE DEliXlEME
lures sans façon et le laisser-aller des liabiliuies de caserne. La bonne tenue, les bonnes manières, sont une des conditions essentielles de la dignité du commandeinent ; le général de Rnmigny a donc parfaitement l’aison de les rendre obligatoires pour tous les officiers. Les moyens qu’il propose dans ce but , s’ils étaient adoptés, auraient sans nul doute des résultats efficaces , et les améliorations qui s’ensuiviaient seraient de nature à inspirer aux étrangers une meilleure opinion de nos mœurs, en même temps qu’elles augmenteraient la considération dont jouissent à leurs yeux les membres de notre armée. Une pareille mesuie aurait d’ailleurs un autre avantage, qui sei-ait de fortifier l’esprit de corps, si prompt à s’affaiblir et si difficile à maintenir parmi les troupes en temps de paix. En lisant cette intéressante brocbure du général de Rumigny, on leconnaît à cbaque page l’accent de francbise et de bonté qui lui est propre. Pour en donner un exemple, il suffirait de citer le passage où il entreprend de motiver l’apparition de cet écrit et où il débute en ces termes : « Je dirai à mes camarades : Depuis quarante-deux ans je suis au K service; j’ai été sous-lieutenant, lieutenant, capitaine , officier supérieur (( dans l’infanterie ; j’ai vécu comme vous au camp, au bivouac, dans les « cantonnements, dans les garnisons; j’ai essayé de toutes les manières « de vivre; j’ai visité depuis la paix les armées étrangères; j’ai examiné « avec attention tout ce qui a été conçu et entrepiis relativement au mode « de nourriture des officiers; j’ai établi enfin des comparaisons dont j’ai « pu tirer parti en faveur de la grande amélioration qui fait l’objet de cet écrit ; j’ai donc des titres à une confiance que , je l’espère , on ne me re- « fusera pas. »
Le général qui a recbercbé avec tant de sollicitude les moyens a mettre en œuvre pour la moralisation de farmée , ne pouvait manquer de reconnaître que la musique en est un des plus puissants et des plus effica-, ces; il pioclarne également futilité de cet art dans ses diffeientes applications au service miiitaire , et, continuant l’œuvre du marécbal de Saxe, s’en fait le zélé défenseur dans toutes les circonstances où d injustes préventions tendraient à en faii*e considérer l’emploi comme une inutilité, ou du moins comme une futilité sans but. Le general de Rumigny a embrassé celte cause avec d’autant plus d’ardeur qu il est lui-même bon musicien, et (pj’il peut la défendre avec tout l’avantage que donne une
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parfaite connaissance de la matière. Doue d une extrême finesse d ouie, et d’ailleurs exer ce par des études spéciales, il sait discerner de la manière la plus prompte et la plus Labile, et comme bien peu d’amateurs seraient en état de le Lnre, les choses bonnes des choses mauvaises, au point de vue artistique. Durant ses inspections, il avait été souvent frappé de la quantité d’instruments faux et défectueux qui se tiouvaient dans les musiques régimentaiies , et quant à la composition de ces musiques, il avait pu juger combien elle était dégénérée depuis l’Empire. Le général de Rumigny se prit à regretter que la Fiance fût obligée de ceder le pas, sous ce rapport, à la plupart des nations étrangères, et qu’un simple clairon allemand pût narguer les trompettes français, en ripostant, par des sons à peu près justes, à des sons totalement faux. D’un autre côté, il lui parut tout aussi déplorable que l’on payât fort cher des instruments vicieux, et rendus tels non-seulement par les conséquences mêmes de leur nature, mais encore par les imperfections qui proviennent de l’incurie d’une fabrication routinière. Dès lors il rechercha soigneusement s’il était possible de mettre un terme à cet état de choses, et s’occupa sans relâche de cet objet, pour lequel il avait vainement essayé de trouver une solution satisfaisante jusqu’au moment où l’arrivée en France d’un homme plein de talent, mécanicien et acouslicien habile , vint ouvrir à la fabrication des instruments une voie nouvelle, et offrir, par les inventions et les perfectionnements les plus remarquables, un moyen de lever toutes les difficultés. M. Adolphe Sax, le jeune et célèbre facteur qui allait aider à opérer une révolution si complète dans la nature des éléments dont se composait l’ancien système de musique régimentaire, est né le 6 décembre i8i4? à Dinant, en Belgique. La date de sa naissance prouve que nous pourrions le réclamer pour notre compatriote à meilleur titre peut-être que nous ne le faisions pour Grétry; car Grétry était réellement Belge; tandis que M. Sax , né à une époque où son pays faisait partie de notre territoire, a en quelque sorte droit à la qualification de Fi ançais. Mais que nous considérions M. Adolphe Sax comme un compatriote ou comme un étranger, peu importe, ce nous semble; le talent est cosmopolite; il doit retrouver partout une patrie, car l’univers lui appartient.
L’enfance du jeune Sax se passa dans l’atelier de son père, où , dès l’âge le plus tendre, il s’amusait à fiibriquer , avec les outils qu’il trouvait sous