LIVRE DEUXIÈME
sa main , ses propres jouets, ainsi que de petits ouvrages qui témoignaient d une habileté j)récoce dans l’art de tourner sur bois et sur métaux. Ses dispositions pour tout ce qui avait rapport à la mécanique et aux mathématiques en général étaient telles, qu’à onze ans il hasarda de donnei un conseil sur les moyens de prévenir les éboulements; cet avis profita si bien à la personne (pii l’avait recueilli, qu’elle eut de là occasion d’obtenir un brevet. M. Adolphe Sax fut initié de bonne heure à tout ce qui concerne la fabrication des instruments. Déjà habile ouvrier à un âge où d’autres commencent l’apprentissage, dit M. Fétis, il savait, à douze ans , tourner les pièces d’une clarinette, mouler les clefs, les fondre, les polir et les ajuster. Mais son éducation ne se bornait point à cette seule branche, et l’art musical devait trouver en lui, non-seulement un excellent facteur d’instrument^, mais encore un exécutant distingué. M. Sax possédait déjà les éléments de la musique et du chant lorsqu’il devint élève du Conservatoire de Bruxelles, où il reçut des leçons de M. Lahou pour la flûte. Comme il se proposait d’apporter des perfectionnements à la clarinette, il comprit la nécessité de savoir jouer de cet instrument, pour être à même d’en améliorer avec plus de sûreté la construction. Après s’être livré pendant quelques années à cette étude, il y acquit un si haut degré de perfection, que le compositeur Küffner, ayant eu occasion de l’entendre lors d’un voyage qu’il fit à Bruxelles, en i834 , lui dédia un œuvre de duos pour deux clarinettes, en témoignage du plaisir que son talent de virtuose lui avait procuré. Cependant M. Sax s’occupait de la réalisation de ses projets; une foule d’idées nouvelles germaient dans le cerveau de l’inventeur. Il commença par fabriquer une claiinette de vingt-quatre clefs, qu’il présenta à l’exposition de l’industrie belge, et qui lui valut une mention honorable. Dans l’intervalle de i835 à 1837, obtint un brevet de dix années pour la construction d’une clarinette-basse. Cet instrument fut jugé du plus bel effet, et l’on raconte que notre illustre chef d’orchestre, M. Habeneck, l’ayant entendu un jour à son passage à Bruxelles, en fut tellement émerveillé, qu’à la suite de la comparaison (ju’il ne pouvait manquer (i’établir, il appela l’ancienne clarinette une. rnonstruosité. Dans un concei t où deux morceaux furent executes, l’un sur l’ancien instrument, et l’autre sur le nouveau, M. Sax, ayant rempoilc avec ce dernier un triomphe signalé sur son concurrent, lut immédiate-
nient choisi pour occuper l’emploi de clarinette-basse solo a l’Harmonie
loyale et à la Société philharmonique.
Lors de l’exposition française de 1889, les journaux parlèrent dune prétendue nouvelle clarinette-basse, et M. Dacosta, clarinette solo de 1 Académie royale de musique, annonça qu’il se disposait a voyager pour jnoduire cet instrument dans les concerts. A cette nouvelle, M. Sax cjuitte Rruxelles, emportant son instrument , et arrive à Paris. Il se rend chez M. Dacosta, et n’est pas {leu surpt is de lui voir entre les mains l’ancienne claiinette fort peu amélioiée. Alors il s’empresse de montrer la sienne à M. Dacosta, (|ui ne peut s’empêcher de Uadrnirer, et, pour mieux lui en faire connaître tous les avantages, il exécute à l’instant, devant cet artiste distingué, le solo du cimjuième acte des Huguenots. M. Dacosta, voyant le jeune virtuose ti iomphei' des modulations les plus difficiles, en un mot de tous les olistacles qui auraient pu entraver l’exécution sur l’ancienne clarinette, sent son admiration s’accroîtie , et redouble d’éloges. Gependant M. Sax n’aurait pu dire alors, sans se tiomper amèrement, ces mots si connus : T eui, vicli., lu'ci! Il lui était réservé, au contraire, de passer par une série d’épreuves bien cruelles, qui devaient lui apprendre ce qu’il en coûte d’aspirer aux faveurs de la renommée. Il est viai que ses lèvres avaient déjà trempé plus d’une fois à la coupe de fiel qu’à une certaine époque de sa vie tout artiste, sur son Golgotha de souffrances et de misères, voit approcher de lui sans pouvoir la lepousser. Toutefois cet esprit inventif, en dépit des obstacles qui avaient essavé de comprimer ses premiers élans, avait courageusement suivi son essor, et n’avait point interrompu le cours de ses laboiieuses méditations. Non content d’avoir perfectionné la clarinette soprano et la clarinette-basse, et d’avoir inventé la clarinette contre-basse, il établit, en j84o, un nouveau système de clarinette-soprano, en même temps (pi’il créait toute une famille d’instruments de cuivie. Ces productions, dénotant un mérite supéi ieur, fixèrent les legards de plusieurs artistes compétents, (pii en portèrent le jugement le plus favorable. M. Fétis, qui les avait vues pour ainsi dire éclore sous ses yeux, en fit les plus grands éloges. Dans un long et important article, spécialement consacré à l’examen de la clarinette-basse de M. Adolphe Sax, et qui parut, en 1841 , dans la Revue et gazette musicale de Paris., le savant direcleiir du Conservatoire royal de Bruxelles déclaie que cette