LIVRE DEUXIEME
c'iaiinetle peut devenir un inslrinnent d’une grande ressource dans l’orchestre, pai-ce (pi’elle ne laisse rien à désirer, soit sous le rapport de la justesse, soit sous celui de la beauté, soit enfin sous celui de é égalité. Le même auteur avait piécédeniment fait observer que M. Sax, lorsqu’il s’était proposé de porter* à la per fection le système complet de la clarinette, par- sa position, son talent comme exécutant et ses connaissances dans la facture, pouvait mieux qu’un autre atteindre ce but; quant à la réalité et à rautbenticité du perfectionnement, M. Fétis l’a proclamé haulemenl dans un aulr^e endroit, en disant que la clarinette-basse de M. Sax ne conserve (pie le nom de eelles (pion avait faites précédemment. L’opinion d’un homme aussi savant que M. Fétis aurait dii paralyser les basses menées de l’intrigue; mais l’envie, qui va chercher sa proie parmi les artistes de talent et d’avenir, avait déjà tendu ses pièges sur la route que devait suivre M. Adolphe Sax. Les instruments de ce facteur, dont les gens désintéressés s’accor daient à vanter- le mérite, ne fur ent admis qu’avec beaucoup de mauvaise grâce à l’exposition industrielle qui eut lieu en t84i. Il n’est point de lâchetés puér iles devant lesquelles on ait reculé pour empêcher M. Sax d’exposer les produits de sa fabrication ; ainsi, par exemple, au lieu de mettre ceux-ci en vue, on eut soin de les enfouir dans un coin obscur et reculé, et l’on assure même qu’un instrument enveloppé d’une toile qu’Ad. Sax avait voulu présenter ou du moins faire entendre au jury d’admission, fut envoyé au loin d’un violent coup de pied que lui porta, dans un moment où l’rnventeur Ad. Sax s’était absenté, une personne restée inconnue (i). L’instrument sur lequel s’était accompli cet acte de lâche animosité n’était autre pour tant que celui dont Rossini lit (pielque temps après l’éloge, en s’écriant (jiiil ri avait jamais rien vu d’aussi beau (2). Mais si le saxophone (car c’est de ce magnifique ins-
(1} >^onobstant les efforts de l’intrigue et les cabales des envieux, M. Sax obtint un beau succès à cette exposition, où neuf de ses instruments avaient été admis. La section d’examen le reconnut digne de la première médaille d’or, comme inventeur , et demanda , en conséquence, que cette médaille lui fût décernée. Mais le jury central , le trouvant trop jeune pour la médaille d’or, ne lui accorda que la première médaille de vermeil. M. Sax, |)Oussé par le sentiment de sa dignité, la refusa, déclarant que, s’il était trop jeune pour la médaille d’or, il était assurément trop vieux pour celle-là.
(2) Rossini a été l’un des premiers à adopter les instruments d’Ad. Sax. C’est lui qui les a introduits dan j le conservatoiie de Rolog^^e.
trument qu’il s’agit) fut accueilli, à son entrée clans le monde artistique, à peu près de la même manière que le fut dans l’Olympe le dieu qui forge le fer et coule le bronze, le succès cju il a depuis obtenu , 1 admiration qu’il a excitée et qu’il excite encore chaque jour, tout cela doit être envisagé comme une réparation éclatante, et cjue 1 avenir rendra encore plus complète. C’est qu’en effet le saxophone est bien l’une des plus belles inventions d’Adolphe Sax, et l’une des plus précieuses acquisitions de l’instrumentation moderne. Cette invention, qui suffirait à elle seule pour éterniser la mémoire d’un artiste, s’est produite dans des circonstances assez remarcpiables. Un jour que M. Adolphe Sax parcourait ses ateliers déserts, il se prit à considérer des morceaux de bois et des feuilles de cuivre comme s’ils se fussent présentés pour la première fois a ses regards. Perdu dans ses réflexions, il laissait la puissance du raisonnement conduire sa pensée à la découverte d’une solution importante. 11 savait qu’un facteur habile peut prévoir certains effets, et venir à bout de vaincre, dans l’intérêt de l’exécutant, des difficultés , des résistances que la défectuosité des instruments oppose au talent de l’artiste; il savait que le bois donne un son plus beau, mais plus mou que celui du cuivre, et ce dernier métal un son plus vigoureux, mais plus criard que celui du bois. Il savait qu’en raison de ces propriétés si différentes du timbre, les instruments en bois, dans les orchestres, et principalement dans les orchestres militair es, sont sans force pour lutter conti'e le chœur des instruments de cuivre, et que dans les orchestres de symphonie les instruments à cordes ne résistent pas mieux aux instruments à vent,* dont la sonorité forme le plus souvent une disparate avec la leur. Il sentait donc qu’il v avait là quelque progrès à réaliser*. Déjà, en ce qui concerne le bois, les perfectionnements apportés aux clarinettes-sopranos et basses avaient parfaitement rempli ses vues; mais pour ce qui est du cuivre, le problème n’était-il pas impossible à résoudr-e? Pouvait-on créer quelque chose de mieux rjue ce qui avait été fait jusque-là ? Adolphe Sax resta quelque temps à réfléchir et à méditer; puis, par une inspiration soudaine, se mit courageusement à l’œuvre. Le premier essai manqua, et le second, tenté à un ou deux jours d’intervalle, fut tout aussi infructueux. Sax ne se découragea cependairt pas, et procéda à une troisième épreuve. Cette fois, il eut le botdieur der*éussir. Le r*ésultat cpi’il obtint surpassa même ses pr é-